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Poésie

Posts Tagged ‘argile’

Devoirs (Jean Follain)

Posted by arbrealettres sur 14 juillet 2021


 

Retrouver un fil d’or
dans la maison mortuaire
garder intact en mémoire
le hameau d’argile
regarder avec miséricorde
les travaux minutieux
épouser un corps
un soir de fête
en hommage à la vérité nue
sont les tâches qu’elle se donne
avec ses yeux éblouis.

(Jean Follain)

 

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SOUVENEZ-VOUS COMME FIÈREMENT… (Bao Zhao)

Posted by arbrealettres sur 16 juin 2021




    
SOUVENEZ-VOUS COMME FIÈREMENT…
(Du cycle « Le chemin épuisant », quinzième poème)

Souvenez-vous
comme fièrement se dressait
la tour de la Poutre de Cyprès,
il n’en reste
que des ruines
envahies de ronces.
N’avez-vous pas vu
que le palais d’Afang,
si splendide,
est devenu un pré bourbeux
où nichent les perdreaux ?
Aujourd’hui,
des rangées de stèles serrées
couvrent les pentes
où jadis des beautés minces
aux manches flottantes
rivalisaient pour conquérir
le monde entier.
Leurs corps précieux
qui valaient leur poids d’or
ont bien changé.
Que le vin et le plaisir
soient notre but !
Ne faisons
que ce que le coeur désire !
Quand, un jour,
nous descendrons
vers l’argile jaune,
nous n’aurons rien
à regretter !

(Bao Zhao)

 

Recueil: Neige sur la montagne du lotus Chants et vers de la Chine ancienne
Traduction: Ferdinand Stočes
Editions: Picquier poche

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LE BONHEUR EST EN MOI… (Maurice Fombeure)

Posted by arbrealettres sur 25 mars 2021



LE BONHEUR EST EN MOI…
A Carmen.

Le bonheur est en moi comme une eau si tranquille
Que le jour et la nuit n’y mêlent plus leurs eaux
Plus dur que les rochers, plus tremblant que les îles
Comme un bateau s’en va sur deux sillons de laine
Comme un lourd front d’auroch qui partage les eaux

Le bonheur est en moi comme une flûte d’aube
Qui s’allume et s’endort, ô ma rainette d’eau
Ma rainette d’eau claire sur les rives d’argile,
Ce bonheur caressé comme une harpe d’eau.
Douce tête sans nid, douce tête sans rides
Épaule du sommeil, vague au faîte des arbres
Tous les sommeils chantaient en moi comme les eaux

Pour se poser la lune écarte les roseaux
Je retrouve avec toi les printemps éternels
L’arôme des rosiers, les murmures des masques
Les oiseaux sont couchés sur la paille du ciel
Et ton coeur lentement chuchote jusqu’à moi
Doux comme une souris dans le palais des livres
Le rire silencieux de l’herbe déserte

Tout m’entraîne vers toi, tout conspire à ta perte
Ame fraîche, éblouie sous cette averse d’or.

(Maurice Fombeure)

Illustration: Alexander Sigov

 

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La Dame de Syros (Vénus Khoury-Ghata)

Posted by arbrealettres sur 12 mars 2021



    
La Dame de Syros

Bras croisés sur moi-même
je suis ma propre cage
à la fois prison et prisonnière

Visage absent du visage
nez repérant les morts serrés dans leurs bandelettes
ma silhouette silencieuse régnait
sur toute une nécropole

Le sculpteur de Syros le voulait il
m’avait élaguée tel un arbre malade
tailié le superflu à ma survie
effacé l’excédent à ma
temporalité gardé le cri invisible
le regard gelé tourné vers l’intérieur

Le sculpteur de Syros m’a voulue longiligne
comme un pieu
muette comme l’argile
immobile dans mon ossature
bras croisés au seuil de l’infini

(Vénus Khoury-Ghata)

 

Recueil: La Dame de Syros
Traduction:
Editions: Ekphrasis

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PASSE TA ROUTE (Herri Gwilherm Kerouredan)

Posted by arbrealettres sur 4 juillet 2020



PASSE TA ROUTE

I
L’égire du matin
stances muettes sur le seuil
lave ton corps déchu

avant qu’un fouet de houx
porteur d’une voix sans écaille
sillonne l’horizon

d’une main rejeté
à ta limite de l’épaule
dans la nuit de l’extase.

II
Lavandières voici minuit
l’eau trouble de la fontaine
attend déserte dans les pierres
recel d’une arche de frai
votre rencontre du blasphème
un siècle l’autre parfois

vierges jusqu’aux primes lueurs
lustrez d’oxyde les glaives
sous l’argile bleue répandus.

III
Salve dans l’oreille
dure fuyant par les ajoncs
certains qui le guettent
se terrent dans l’ajour des volets

jaunes sont les yeux
durant que le chemin se trace
déjà saccagé
par un geste aveugle de l’obscur

visage entre les bibelots
d’argile brûlé.

IV
Etreinte sombre de l’aïeul
des icônes se dérobe
lorsque cerné d’un linceul de plomb
se lève le soleil
lui franc gladiateur déjà ivre
d’un signe assèche les fleuves

bercée loin de l’étoile du gîte
sur les dalles se révulse
une complainte des sources.

V
Soleil de trembler
entre la plaine
la chute des épis
dans l’oreille vespérale
tu soulèves le vent
poitrine nue
à perte d’horizon.

VI
A midi germe de l’obscur
un pas sous le cèdre mesure
terreau d’ancienne douleur
le lieu perfide du repos

par la profusion des épis
l’oeil s’aveugle de désir.

Qui du ciel de l’été
épuise par l’hiver
l’aube des frissons

de ce geste figé
un pas dans les frimas
l’autre sous la lampe

enchante-t-il ce ciel
carmin de l’horizon
sur les routes blanches

où se bercent les corps
près des sources du soir
embaumés de songes.

Le fruit se gâte
quinquet sous la pluie
femme de ta main noire
guide vers le seuil

va quérir l’urne
mais le vent referme
qui de l’aube à la nuit
se trace des fleuves

terroir veux-tu
s’évasent les mains
brodeuses de repos
pour l’arbre du soir.

lX
Ses doigts se joignent sur sa plaie
par le sillon il titube
avant l’arbre de chez nous

le ventre s’ouvre sur la terre
appelant de l’océan
l’ondée du matin sur lui

passe ta route dira l’hôte
une pierre dans les yeux.

X
Mante glaciale du regard
contre la vitre dressé
recouvre de ton charme l’os
d’une blême nudité
hors la pluie se glissant caverne
flammes sur des lèvres de cire

brise la fleur des fournaises
souffle ce maître verrier
teintant de nuit l’âme des sables.

(Herri Gwilherm Kerouredan)

Illustration: Josiane Moïmont

 

 

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Ne me parlez pas de moi (Xavier Grall)

Posted by arbrealettres sur 4 juillet 2020



Ne me parlez pas de moi
Sur ma tête mettez une pierre
D’argile blanche
Et parlez-moi de la terre.

(Xavier Grall)

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Si un jour la douleur te sculpte des muscles d’argile (Bernard Montini)

Posted by arbrealettres sur 3 mars 2020



Si un jour

la douleur te sculpte
des muscles d’argile
sache que dans l’harmonie
réside le processus d’un chaos

(Bernard Montini)


Illustration

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TERRE (Emad Fouad)

Posted by arbrealettres sur 16 janvier 2020



 Illustration: Tineke Storteboom
    
TERRE

Notre terre vierge
au visage noir
Nous la blessons pour enterrer les morts
qu’elle a enfanté et façonné d’argile
Six pieds sous terre
suffisent
pour restituer les choses
confiées à sa famille
et pour recouvrir la terre
de terre.

***

ZIEMIA

Naszą dziewiczą matkę
o czarnej twarzy
ranimy, by chować naszych zmarłych
których rodziła i kształtowała z gliny
Sześć stóp pod ziemią
jest wystarczające,
by zwrócić to, co powierzono jej rodzinie
i usypać kopczyk z ziemi
na ziemi.

***

AARDE

Onze maagdelijke moeder
met een zwart gelaat
We kwetsen haar om de doden te begraven
die ze baarde en vormde uit klei
Zes voet onder de aarde
is voldoende
om dingen terug te geven
die aan haar familie werden toevertrouwd
en om de aarde
met aarde te bedekken.

***

EARTH

Our virgin mother
black of face
We hurt her to bury our dead
she bore and formed from clay
Six feet under earth
is enough
to return things entrusted to her family
and pile earth
on earth.

***

ERDE

Unsere jungfräuliche Mutter
mit schwarzem Gesicht
Wir verletzen sie, um unsere Toten zu begraben.
die sie gebar und aus Ton formte
Sechs Fuß unter der Erde
ist genug
um Dinge, die ihren Abkömmlingen anvertraut wurden,
zurückzugeben
und um die Erde
mit Erde zu bedecken

***

ΓΗ

Μητέρα μας παρθένα γη
πρόσωπο μαύρο που
σε σκάβουμε και θάψουμε νεκρούς
που από λάσπη εσχημάτισες
δυο μέτρα στο χώμα σου βαθειά
αρκούν
να της γυρίσουμε αυτά που ωφείλουμε
χώμα πάνω στο χώμα.

***

***

TERRA

Nossa mãe virgem
com a cara negra
ferimos para enterrar nossos mortos
que ela deu a luz e moldou em argila
Seis pés sob a terra
são suficientes
para devolver as coisas confiadas à sua família
e para cobrir a terra
com terra.

***

TIERRA

Nuestra madre virgen
con su rostro negro
La herimos para enterrar a los muertos
que ella dio a luz y modeló en arcilla
Seis pies bajo tierra
son suficientes
para devolver los elementos confiados a su familia
y así cubrir la tierra
con tierra.

***

TERRA

La nostra madre vergine
nera di faccia
la feriamo nel seppellire i nostri morti
che ha tenuto in grembo e formato nell’argilla
Sei piedi sotto terra
è abbastanza
per restituire ciò che è stato affidato
alla sua famiglia
e ammucchiare terra
su terra

***

地 球


我们的圣母
黑脸
我们伤害她是为了埋葬死者
她诞生和成形于粘土
地下六英尺
足够
把委托的东西还给她家
并在人间
堆土。

***

***

(Emad Fouad)

 

Recueil: ITHACA 614
Traduction: Français Germain Droogenbroodt – Elisabeth Gerlache / Polonais Mirosław Grudzień – Małgorzata Żurecka / Néerlandais Germain Droogenbroodt / Anglais Camilo Gómez-Rivas / Allemand Wolfgang Klinck / Grec Manolis Aligizakis / Portugais José Eduardo Degrazia / Espagnol Rafael Carcelén / Italien Luca Benassi / Chinois William Zhou / Arabe / Hébreu Dorit Wiseman /
Editions: POINT

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Territoire d’âme (Andrée Chedid)

Posted by arbrealettres sur 26 décembre 2019



Nos territoire d’âme
Ou d’argile
Transpercés par le glaive
Rongés par les ans

Gardent en leurs replis
Ces élans et ces fièvres
Qui perpétuent le souffle
Pacifient le tourment

(Andrée Chedid)


Illustration: Vladimir Kush

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AU REVERS DES FAÇADES (Andrée Chedid)

Posted by arbrealettres sur 26 décembre 2019



AU REVERS DES FAÇADES

Je déterre ta face
Enfouie dans l’argile
Dans ta prunelle je déchiffre
Les patiences de l’amour
En ta bouche de silences
Je dissous les trophées
J’explore racines,et vents
M’évertuant à te traduire
Loin des masques d’orgueil
Et du geste déguisé

Je te découvre
Au revers des façades
Et des tournures du monde
Loin des courses aux mirages
A rebours du mépris
Je mesure ta place
A l’aulne de l’univers
J’évalue l’exploit
Sur les balances du temps

Tu es ce qui demeure
Quand l’ornement s’éteint.

(Andrée Chedid)

Illustration: Marie-Paule Deville Chabrole

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