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Poésie

Posts Tagged ‘arracher’

Quels sont ces propos… (Sri Aurobindo)

Posted by arbrealettres sur 22 mars 2020



Illustration: Otto Dix
    
Quels sont ces propos…

Quels sont ces propos de tueur et de tué ?
Les glaives ne sont point assez aiguisés ni les flots assez puissants
pour éteindre le feu de notre âme. La mort et la douleur
sont pures conventions d’un plus noble théâtre.
Tel un héros pourchassé par son destin
tombe comme un pilier arraché du monde immense,
ébranlant le coeur des hommes, et que rempli d’effroi
l’auditoire se tait ou pleure, vaincu par le chagrin,
tandis que derrière la scène l’acteur soupire
de soulagement, ôte son masque
et parle aux amis qui l’attendent, ou des coulisses
observe l’accalmie de la scène finale –
de même l’esprit indemne des tués
s’éloignant de nos yeux, ne cesse pas de vivre.

(Sri Aurobindo)

 

Recueil: Poésie
Traduction: Français Cristof Alward-Pitoëff
Editions: Sri Aurobindo Ashram Trust

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LES DEUX BIEN-AIMES ET LE VALET DE LA MORT (Pierre Morhange)

Posted by arbrealettres sur 14 mars 2020



LES DEUX BIEN-AIMES ET LE VALET DE LA MORT

Si tu t’occupes encore des ombres
Viens me chercher car je n’en peux plus
Fais-moi glisser comme tu veux
Car je suis changé en ombre
Et je ne peux m’arracher.
Arrache-moi sans Lui faire de mal
Tu es délicat, coupe délicatement
Et détale
Qu’Elle tombe et meure
Et que j’erre autre part.

(Pierre Morhange)

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CONSEILS AU POÈTE (Philippe Soupault)

Posted by arbrealettres sur 27 février 2020



Illustration: Josh Fancher
    
CONSEILS AU POÈTE

Sois comme l’eau
celle de la source et celle des nuages
tu peux être irisé ou même incolore
mais que rien ne t’arrête
pas même le temps
Il n’y a pas de chemins trop longs
ni de mers trop lointaines
Ne crains ni le vent
ni encore moins le chaud ou le froid
Apprends à chanter
sans jamais te lasser
murmure et glisse-toi
ou arrache et bouscule
Bondis ou jaillis

Sois l’eau qui dort
qui court qui joue
l’eau qui purifie
l’eau douce et pure
puisqu’elle est la purification
puisqu’elle est la vie pour les vivants
et la mort pour les naufragés

(Philippe Soupault)

 

Recueil: Poèmes et poésies
Traduction:
Editions: Grasset

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L’arbre d’automne (Marie-claire d’Orbaix)

Posted by arbrealettres sur 10 février 2020



Illustration: Martine Rigeade
    
L’arbre d’automne

Peut-être
c’est très douloureux pour toi
cette fuite des feuilles
tout le long de tes branches
Peut-être
tu es arraché
à chaque envol
et tu souffres
dans les bouffées du vent.

Peut-être
je te console
avec ma voix de feuille verte.

(Marie-claire d’Orbaix)

 

Recueil: Les poèmes ont des oreilles
Traduction:
Editions: Rue du Monde

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CETTE ÉCHARDE DE NÉANT (Carolyn Mary Kleefeld)

Posted by arbrealettres sur 27 janvier 2020



Illustration: Carolyn Mary Kleefeld
    
CETTE ÉCHARDE DE NÉANT

Oh toi si éloigné
mais pourtant si intime dans
ta manière sereine de me posséder
Aimerais-je l’inconnu,
plutôt que toi ?

Est-ce la distance que nous gardons
qui fait naître notre intimité ?

Oh inconnu,
pourquoi ta voix enferme-t-elle
une telle richesse –
une richesse qui dilate
mon cœur faiblissant ?

Oh souffle de vie
suis-je à la recherche des étoiles
d’un rêve qui ne se réalisera jamais ?

N’y a t- il que cet oubli
de l’autre côté de la mort ?

Arrache-moi des ombres
qui décapent ma vie.

Prends-moi, enlace-moi
dans cette écharde de néant
où durant un instant
l’on ressent la perfection

***

THAT SLIVER OF NOTHINGNESS

O you, who are so distant,
yet so intimate in
your silent possession of me
Am I loving the unknown,
rather than you?

Is it the distance we keep
that breeds our intimacy?

O unknown one,
why does your voice
hold such richness –
a richness that brightens
my waning heart?

O breath of life,
am I searching for the stars
of a dream never to be?
Is there only this oblivion
outside of death?

Lurch me from the shadows
that leach my life.

Take me, embrace me
in that sliver of nothingness
that for a moment,
can feel so complete.

***

ESSA ESTILHA DO NADA

Ó, tu que estás tão distante,
mas tão íntimo na
tua silenciosa possessão de mim
estou amando o desconhecido
em vez de ti?

É a distância que mantemos
que gera a nossa intimidade?

Ó, desconhecido,
porque a tua voz tem
tais riquezas –
riquezas que iluminam
o meu coração minguante?
Ó, sopro da vida,

estou buscando as estrelas
de um sonho que nunca será?
Existe só este esquecimento
além da morte?

Tira-me das sombras
que misturam a minha vida.
Toma-me, abraça-me,
nessa estilha do nada
que por um momento
pode sentir-se tão completa.

***

ARGINTUL ACESTA VAN

Oh tu, care îmi ești străin,
și cunoscut deopotrivă
tăcut mă iei în stăpânire
oare iubesc necunoscutul,
cu mult mai mult decât pe tine?
E oare spațiul dintre noi
cel care dorul ni-l nutrește?
Oh tu, necunoscutul meu,
de ce îmi pare glasul tău
bogat nespus în nestemate
de ce când inima-mi inundă,
lumina lor, ea tot descrește?
Oh, tu suflare-a vieții mele,
deși te caut printre stele
ai să rămâi numai un vis?
E-adevărat că doar uitarea
va dăinui când vom pleca?
Dezleagă-mă de-acele umbre
care m-au prins în mreaja lor.
Cuprinde-mă-n îmbrățișarea
argintului acesta van
să simt măcar pentru o clipă
că visul mi s-a împlinit.

***

DE SPLINTER VAN HET NIETS

O, jij, die zo ver weg bent,
maar toch zo intiem in
jouw, zwijgzaam bezit van mij bent─
Bemin ik het onbekende,
in plaats van jou?
Is het de afstand die we houden
die onze vertrouwelijkheid doet ontstaan?
O onbekende,
waarom bevat jouw stem
zo een rijkdom─
een rijkdom die opfleurt
mijn tanend hart?
O levensadem,
ben ik op zoek naar de sterren
van een droom die nooit plaats zal vinden?
Is er alleen dit vergeten
aan gene zijde van de dood?
Ruk mij uit de schaduwen
die mijn leven uitlogen.
Neem me, omhels me
in die splinter van het niets
die een ogenblik lang,
zo volkomen voelt.

***

ESA ASTILLA DE LA NADA

Oh tú, que estás distante, tan distante, tú,
pero tan íntimo en
tu silenciosa posesión de mí –
¿Estoy amando lo desconocido,
en lugar de a ti?

¿Es la distancia que mantenemos
la que engendra nuestra intimidad?

Oh, desconocido,
¿por qué tu voz tiene
tales riquezas –
una riqueza que ilumina
mi decadente corazón?

Oh, aliento de vida,
¿estoy buscando las estrellas
de un sueño que nunca se cumplirá?
¿Sólo existe este olvido
fuera de la muerte?

Sácame de las sombras
que disuelven mi vida.
Tómame, abrázame
en esa astilla de la nada
para que, por un momento,
pueda sentirme tan completa.

***

***

FLÍS AF ENGU

Ó þú sem ert svo fjarri
en samt svo náinn
þegar þú gagntekur mig orðalaust –
Elska ég hinn ókunna
fremur en þig?

Er það fjarlægðin milli okkar
sem elur af sér nándina?

Ó ókunni maður,
hvers vegna býr rödd þín
yfir slíkum auði –
auði sem lýsir upp
mitt veikburða hjarta?

Ó lífsandi,
leita ég að stjörnum
úr draumi sem aldrei verður?

Er aðeins hyldýpi
handan dauðans?

Hreinsaðu mig af skuggunum
sem má út líf mitt.

Taktu mig, umvefðu mig
þessari flís af engu
sem andartaksstund
getur virst svo fullkomin.

***

***

JENER SPLITTER DES NICHTS

O du, der du so weit entfernt bist
doch so innig
still von mir Besitz genommen hast –
Liebe ich das Unbekannte,
eher als dich?

Ist es der Abstand, den wir halten
der unsere Vertrautheit erzeugt?

O Unbekannter,
Warum enthält deine Stimme
solchen Reichtum –
ein Reichtum, der
mein verlöschendes Herz erhellt?

O Lebensatem,
suche ich nach den Sternen
eines Traumes der sich nie erfüllt?

Gibt es nur dieses Vergessen
jenseits des Todes?
Ziehe mich aus den Schatten
die mein Leben auslaugen.
Fasse mich, umarme mich
in diesem Splitter des Nichts
der sich für einen Augenblick,
so vollkommen anfühlt.

***

QUELL’ ESILE FILO DI NULLA

O tu che sei così distante,
eppure così intimo nel
tuo silenzioso possesso di me –
amo io lo sconosciuto,
invece di te?

È la distanza che manteniamo
che fa crescere la nostra intimità?

O sconosciuto,
perché la tua voce contiene
tanta ricchezza? –
una ricchezza che illumina
il mio scemante cuore?

O fiato di vita,
son io in cerca di stelle
di un sogno che mai si avvererà?
Esiste solo quest’oblio fuori della morte?

Tirami con forza dalle ombre
che sciolgono la mia vita.
Prendimi, abbracciami
in quell’esile filo di nulla
che per un momento,
può farti sentire completa.

***

***

***

 

***

(Carolyn Mary Kleefeld)

 

Recueil: ITHACA 615
Traduction: Français Germain Droogenbroodt – Elisabeth Gerlache / Américain / Portugais José Eduardo Degrazia / Roumain Gabriela Căluțiu Sonnenberg / Néerlandais Germain Droogenbroodt / Espagnol Rafael Carcelén / Persan / Islandais Thor Stefánsson / Indi Jyotirmaya Thakur / Allemand Wolfgang Klinck / Italien Gaetano Cipolla / Arabe Sarah Silt / Japonais Naoshi Koriyama / Chinois William Zhou / Hébreu Dorit Wiseman /
Editions: POINT

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La fin de Satan (Victor Hugo)

Posted by arbrealettres sur 25 janvier 2020



Illustration: Odilon Redon
    
La fin de Satan

[…]

Oh; je monte et descends et remonte sans cesse,
De la création fouillant le souterrain,
Le bas est de l’acier, le haut est de l’airain,
A jamais, à jamais, à jamais; Je frissonne,
Et je cherche et je crie et j’appelle. Personne;
Et furieux, tremblant, désespéré, banni,
Frappant des pieds, des mains et du front l’infini,
Ainsi qu’un moucheron heurte une vitre sombre,
A l’immensité morne arrachant des pans d’ombre,
Seul, sans trouver d’issue et sans voir de clarté,
Je tâte dans la nuit ce mur, l’éternité.

[…]

(Victor Hugo)

 

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POURQUOI? (Zisho Weinper)

Posted by arbrealettres sur 5 janvier 2020



Illustration: Guy Swyngedau
    
POURQUOI?

Chacun de nous parfois est une branche
Que le vent fait frémir,
Parfois on est un peu d’écume
Qui passe aveuglément
Sur l’abîme des mers,

Mais dans son rêve
Chacun de nous est un navire
Qui avance et se bat
Furieux, aveugle, avec le vent.

En duel le jour et la nuit
Ici nous coupons une corde,
Là nous rejetons un regard
Et très souvent nous arrachons
Dans notre jardin une rose
Que nous-mêmes nous piétinons.

Tel est l’ordre
Maintenant des jours et des nuits
On vous crie: c’est permis,
Il doit en être ainsi
Mais bien souvent nous pleurons de douleur
Pourquoi doit-il en être ainsi ?

(Zisho Weinper)

 

Recueil: Anthologie de la poésie yiddish Le miroir d’un peuple
Traduction:
Editions: Gallimard

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Au fond de la nuit (Luc Bérimont)

Posted by arbrealettres sur 25 décembre 2019



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Au fond de la nuit, les fermes sommeillent,
Cadenas tirés sur la fleur du vin,
Mais la fleur du feu y fermente et veille
Comme le soleil au creux des moulins.

Aux ruisseaux gelés la pierre est à fendre
Par temps de froidure, il n’est plus de fous,
L’heure de minuit, cette heure où l’on chante
Piquera mon cœur bien mieux que le houx.

J’avais des amours, des amis sans nombre
Des rires tressés au ciel de l’été,
Lors, me voici seul, tisonnant des ombres
Le charroi d’hiver a tout emporté.

Pourquoi ce Noël, pourquoi ces lumières,
Il n’est rien venu d’autre que les pleurs,
Je ne mordrai plus dans l’orange amère
Et ton souvenir m’arrache le cœur.

(Luc Bérimont)

 

 

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MÉTAMORPHOSES (Andrée Chedid)

Posted by arbrealettres sur 24 décembre 2019



MÉTAMORPHOSES I

Invente tes métamorphoses

Il est toujours temps de dépister l’éclair
De t’arracher aux paroles stagnantes
D’abreuver le coeur drainé par trop de soifs
D’écarter l’écorce pour surprendre le noyau

Des confins de la terre et du ciel
Jusqu’aux menées de l’âme
Il n’y a pas de grille à la poursuite
Ni aux fictions.

***

MÉTAMORPHOSES II

Où est l’homme
En ce vacarme
En cette lande crevassée ?

Sa voix se perd
Parmi les stridences
Sur sa toile impénétrable
Les fils se sont usés

Quelle main peut le saisir encore
Quel langage le traduire
Quel oeil le fixer ?

Seuls des fragments d’images
Surgissent du repaire des ombres
Écartent de funestes fagots
Infiltrent quelques lueurs
Métamorphosent quelques paroles
En brasiers.

***

MÉTAMORPHOSES III

L’homme décline puis se recrée
Loin des preuves et des ruines

De chantiers en chantiers
Sous le tain sous l’écorce
Il s’extrait du chaos
Il ratisse des jardins
Pour goûter à l’avenir
A sa flore fugitive
A ses grappes éphémères
Et au chant des matins.

(Andrée Chedid)


Illustration: Salvador Dali

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Le cruel vent d’hiver (Michel Butor)

Posted by arbrealettres sur 28 novembre 2019




    
Le cruel vent d’hiver
arrache toutes feuilles
si je joue de la flûte
serai-je son complice

(Michel Butor)

 

Recueil: Collation précédé de HORS-D’OEUVRE scandés par les SOUVENIRS ILLUSOIRES D’UN JAPON TRES ANCIENS
Traduction:
Editions: Seghers

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