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Poésie

Posts Tagged ‘arracher’

Le Liseron (Louise Colet)

Posted by arbrealettres sur 15 octobre 2017



Illustration
    
Le Liseron

Aimez le Liseron, cette fleur qui s’attache
Au gazon de la tombe, à l’agreste rocher ;
Triste et modeste fleur qui dans l’ombre se cache
Et frissonne au toucher !

Aimez son teint si pâle et son parfum d’amande ;
Ce parfum, on le cherche, il ne vient pas à vous ;
Mais, à l’humble corolle alors qu’on le demande,
On le sent pur et doux,

Il ne pénètre pas les sens comme la rose,
Il ne jette pas l’âme en de molles langueurs,
Suave et virginal, de l’ivresse il repose,
Et rafraîchit les cœurs.

De l’amour idéal, chaste et touchant emblème,
Il vit et meurt caché sous le regard de Dieu,
S’abreuve de rosée et de soleil, de même
Que l’âme se nourrit de larmes et de feu.

Comme l’amour encore qui, pudique, se voile,
L’homme, sans le sentir, le foule sous ses pas,
Ou parfois à la tige il arrache l’étoile
Et ne l’aspire pas !

Plus d’un cœur fut ainsi brisé dans le silence,
Étouffant un amour, mystère de pudeur,
Désir inexprimé qui vers le ciel s’élance,
Comme du Liseron la balsamique odeur !

(Louise Colet)

 

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QUAND JE REGARDE L’HORIZON BLEU… (Gustavo Adolfo Bécquer)

Posted by arbrealettres sur 4 octobre 2017




QUAND JE REGARDE L’HORIZON BLEU…

Quand je regarde l’horizon bleu
Se perdre au loin,
À travers une gaze de poussière
Dorée et inquiète,
Il me paraît possible de m’arracher
De ce sol misérable,
De flotter avec la brume dorée
En atomes légers, –
Épars comme elle.

Quand, la nuit, je regarde dans le fond
Obscur du ciel
Les étoiles trembler comme d’ardentes
Pupilles de feu,
Il me paraît possible de monter d’un seul vol
Jusqu’où elles brillent,
De me noyer dans leur clarté, et,
Incendié de lumière,
Me fondre avec elles en un baiser.

Sur la mer du doute où je voyage
Je ne sais pas même en quoi je crois.
Cependant, cette inquiétude et ces élans me disent
Que je porte quelque chose
De divin en moi.

***

CUANDO MIRO EL AZUL HORIZONTE…

Cuando miro el azul horizonte
Perderse a lo lejos,
Al través de una gasa de polvo
Dorado e inquieto;
Me parece posible arrancarme
Del mísero suelo
Y flotar con la niebla dorada
En átomos leves
Cual ella deshecho.

Cuando miro de noche en el fondo
Oscuro del cielo
Las estrellas tremblar como ardientes
Pupilas de fuego;
Me parece posible a do brillan
Subir en un vuelo
Y anegarme en su luz, y con ellas
En lumbre encendido
Fundirme en un beso.

En el mar de la duda en que bogo
Ni aun sé lo que creo;
Sin embargo, estas ansias me dicen
Que yo llevo algo
Divino aquí dentro.

(Gustavo Adolfo Bécquer)

 

 

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Legs (Carlos Drummond de Andrade)

Posted by arbrealettres sur 22 septembre 2017



Legs

Je ne laisserai de moi aucun hymne radieux,
aucune voix matinale palpitant dans la brume
qu’une secrète épine puisse arracher à quelqu’un.

De tout ce qu’aura pu être mon pas capricieux
à travers la vie, restera, car le reste s’estompe
une pierre qu’il y avait au milieu du chemin.

(Carlos Drummond de Andrade)

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Petite lyre romantique (Carlos Drummond de Andrade)

Posted by arbrealettres sur 22 septembre 2017



Petite lyre romantique

Pourquoi me refuser
tes yeux et ton souris
et venir m’arracher
ainsi au paradis?

Pourquoi ne veux-tu pas
laissant là les alarmes
(ah, Dieu : ce que sont femmes !)
me prendre dans tes bras ?

Pourquoi as-tu choisi
la fleur sans odeur
l’agressive fleur
de la jalousie?

Est-ce que tu ne saurais
que je t’aime à un tel point
à toute heure que Dieu fait
que je ne sais plus combien ?

Attendu qu’à la fin
tout entier il est tien
nulle autre ne le tient
ce cœur qui est le mien ?

Ange sans foi
en mes serments,
mais pourquoi, pourquoi
me causer tourment?

Mon âme pleut
du froid, tout blême.
Et il ne t’émeut
ce petit poème.

(Carlos Drummond de Andrade)


Illustration: Alexander Sulimov

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Pourquoi serions-nous les premiers ? (Pierre Dhainaut)

Posted by arbrealettres sur 18 septembre 2017



Illustration: René Baumer
    
Pourquoi serions-nous les premiers ?
Le poème en nous arrachant à l’orgueil
réalise ce miracle,
reprendre un geste immémorial,
en faire un geste fondateur.

(Pierre Dhainaut)

 

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Pour Jacqueline (Ida Faubert)

Posted by arbrealettres sur 30 août 2017



 

Francis Picabia -   (1)

Pour Jacqueline

Qu’on parle tout bas; la petite est morte.
Ses jolis yeux clairs sont clos pour jamais,
Et voici déjà des fleurs qu’on apporte…
Je ne verrai plus l’enfant que j’aimais.

Je rêve, sans doute, et l’enfant sommeille;
Pourquoi, près de moi, dit-on qu’il est mort
Pas de bruit surtout, que rien ne l’éveille,
Ne voyez-vous pas que ma fille dort?

Mais elle a gardé la bouche entr’ouverte,
Sa joue est bien pâle et son front glacé,
Son petit corps semble une chose inerte…
Agenouillez-vous, la Mort a passé.

Alors, c’est fini! Tes prunelles closes
Jamais ne verront le ciel rayonnant,
Tu dors pour toujours au milieu des roses,
Toi mon sang, ma chair, ô toi, mon enfant !

Je ne verrai plus ton joli sourire,
Jamais tes regards ne me chercheront,
Tes petites mains qu’on croirait de cire,
Jamais, plus jamais ne me toucheront.

Adieu, mon amour, adieu, ma jolie:
Je n’entendrai plus ton rire joyeux.
Ah! comment guérir ma triste folie;
Comment vivre encore ! je n’ai plus tes yeux.

Et voici soudain qu’on ouvre la porte…
On t’arrache à moi, mon ange adoré,
Mais dans le cercueil, afin qu’on l’emporte,
Près du tien j’ai mis mon coeur déchiré.

Oh! ne parlez plus, la petite est morte…

(Ida Faubert)

Illustration: Francis Picabia

 

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Egoisme (Jean-Baptiste Besnard)

Posted by arbrealettres sur 21 août 2017



Egoïsme

Ton sang joyeux chante
Et les yeux levés vers le ciel
Tu ris dans l’herbe
Alors qu’une clarté imprévue
Charme la fantaisie
Des eaux du ruisseau
Où tu baignes tes pieds mutins

La nuit est sensible à ta grâce
Au milieu des caresses
Et du plaisir accepté
N’oublie pas qu’une étoile te regarde
Tandis que tu t’amuses
A arracher les pétales
D’une fleur de l’ombre

Eprise de toi-même
Tu ne regardes que toi
Avec tes propres yeux
Dans le miroir serti
Dans le mur du couloir
Avant de te plonger dans la nuit
Pour te couvrir d’étoiles
Ou te promener nue
Dans les parfums du jour.

(Jean-Baptiste Besnard)


Illustration: Guillaume Seignac

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Où ai-je vu ce lilas de Perse (Anna Akhmatova)

Posted by arbrealettres sur 13 août 2017



J’arracherai ce jour de ta mémoire
Pour que ton regard, brumeux, désemparé,
Demande: où ai-je vu ce lilas de Perse,
Ces hirondelles, cette maison de bois ?
En m’entendant nommer, tu te rappelleras
La soudaine douleur des désirs indicibles,
Dans des villes pensives tu chercheras
Cette rue qui n’est sur aucun plan.
En voyant arriver une lettre inattendue,
En entendant derrière une porte une voix
Tu penseras: «C’est elle, elle-même,
Qui vient au secours de mon peu de foi.»

(Anna Akhmatova)

Illustration

 

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Toute lutte (Khalil Gibran)

Posted by arbrealettres sur 29 juillet 2017




    
Toute lutte dans la vie
n’est que chaos qui aspire à l’ordre.

La solitude est une tempête de silence
qui arrache toutes nos branches mortes.

(Khalil Gibran)

 

Recueil: Le sable et l’écume

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Poème (Renée Vivien)

Posted by arbrealettres sur 20 juillet 2017



Illustration
    
Poème

J’ai ruiné mon coeur, j’ai dévasté mon âme
Et je suis aujourd’hui le mendiant d’amour :
Des souvenirs, pareils à la vermine infâme,
Me rongent à la face implacable du jour.
J’ai ruiné mon coeur, j’ai dévasté mon âme,
Et je viens lâchement implorer du destin
Un reflet de tes yeux au caprice divin,
O forme fugitive, ô pâleur parfumée
Si prodigalement, si largement aimée !

J’ai cherché ton regard dans les yeux étrangers,
J’ai cherché ton baiser sur des lèvres fuyantes ;
La vigne qui rougit au soleil des vergers
M’a versé dans ses flots le rire des Bacchantes ;
J’ai cherché ton parfum sur les lits étrangers
Sans libérer mon coeur de tes âpres caresses.
Et, comme les soupirs des plaintives maîtresses
Qui pleurent dans la nuit un été sans retour,
J’entends gémir l’écho des paroles d’amour.

O forme fugitive, ô pâleur parfumée,
Incertaine douceur arrachée au destin,
Si prodigalement, si largement aimée,
J’ai perdu ton sourire au caprice divin ;
O forme fugitive, ô pâleur parfumée,
Tu m’as fait aujourd’hui le mendiant d’amour
Etalant à la face implacable du jour
La douleur sans beauté d’une misère infâme…
J’ai ruiné mon coeur, j’ai dévasté mon âme.

(Renée Vivien)

 

Recueil: Dans un coin de violettes
Editions: E. SANSOT & Cie

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