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Poésie

Posts Tagged ‘arrêt’

LA ROUE (Robert Guiette)

Posted by arbrealettres sur 10 janvier 2020



LA ROUE

I
Chante, étranger sur le trottoir
Ta voix n’écarte aucun volet

Au soleil blanc reste en arrêt
Chante plus fort chante plus noir

Dos au mur aveuglant
Face au fronton des façades

La note frappera la seule vitre en flammes
Aux mille éclairs vois le sourire du temps

Comme
un grand visage
qui se nomme

II
O doux éclatement
Le livre s’est ouvert
et j’ai vu du coeur qui ne ment
déborder les souvenirs de mon enfance

Comment
dis-moi comment
ce passé s’est ouvert
que tu gardais si pieusement
pour habiter ce coeur d’abondance

La bouche de blessure
avait-elle mis son secret
dans la grenade mûre
Si longtemps
si longtemps après

C’est bien ma solitude
comme une ancienne fleur
qui plus tard a germé dans ce feu
Où donc
jadis perdue

III
La parole est morte
Et le monde est venu
Et les rues sont pleines de monde

Personne ne passe la porte
Tout se nomme refus
Et les ruines s’enivrent de monde

Au fond de la chaussée
une grande fleur d’encre
qui rature la joie

L’attente folle
couleur de fuite
un souvenir géant
qui efface tout

IV
Coeur dévasté pour rire
beauté usée par les sales regards

Le triste et le gai
comme des éventails
et la blessure comme un loup

L’histoire finit
lorsqu’il n’est plus temps

V
La rue suit sa pente
Les hommes leur chemin
ou suivent les passantes
Moi seul je me souviens
Le soleil las poursuit sa route
Les fenêtres s’entrouvrent
au silence à la fraîcheur

Une grande roue tourne
et tourne grande roue
où les hommes s’usent

La terre mâche la terre

(Robert Guiette)

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T’appartient-il, Seigneur (Rabindranath Tagore)

Posted by arbrealettres sur 23 avril 2019



    

T’appartient-il, Seigneur, de participer à la félicité de ce rythme?
d’être lancé, perdu, brisé dans le tourbillon de cette formidable joie?

Toute chose se précipite, sans arrêt, sans regard en arrière,
sans qu’aucun pouvoir puisse bien retenir,
toutes les choses se précipitent.

Emboîtant le pas au rythme de cette musique inlassée,
chaque saison accourt en dansant, puis passe outre
— couleurs, tons et parfums déversent d’infinies cascades
dans cette surabondante joie qui s’éparpille
et se renonce et meurt à tout moment.

(Rabindranath Tagore)

 

Recueil: L’offrande lyrique
Traduction: André Gide
Editions: Gallimard

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Contre les récifs (Germain Droogenbroodt)

Posted by arbrealettres sur 26 janvier 2019




    
Contre les récifs
se déchirant sans arrêt
la mer houleuse.

***

De donder hamert
op het aambeeld van de zee
die de vonken dooft

***

Martillea el trueno
contra el yunque del mar
que extingue las chispas

***

The thunder hammers
on the anvil of the sea
extinguishing sparks

***

Il tuono martella
sull’incudine del mare
che placa scintille

***

(Germain Droogenbroodt)

 

Recueil: Gouttes de rosée Cent haïkus
Traduction: Français Elisabeth Gerlache / Néerlandais l’original / Espagnol Rafael Carcelén / Anglais Stanley H. Barkan / Italien Silvia Pio / Japonais Taeko Uemura – Mariko Sumikura
Editions: POINT et Boeken Plan(P0ésie INTernationale)

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PÉRIPLE (Jean-Charles Michel)

Posted by arbrealettres sur 28 juillet 2018




PÉRIPLE

Je suis né sur les bords de la Seine et de l’Oise,
Auprès d’un archipel d’îlots embroussaillés
Qui me semblaient voguer avec les mariniers
Vers Mantes-la-Jolie, ou venir de Pontoise.

Les lourds chalands de bois saluaient la Fin d’Oise
Et menaient à Paris leurs frets dépareillés :
Le vin bleu du Maghreb et la pâte à papier,
L’anthracite du Nord et la bière lilloise.

Sur leur route en lacets c’est dévidé mon âge,
Sans hâte et sans arrêt, le rouleau du voyage
A laminé mon temps jusqu’au dernier filet.

S’il coula dans le creux de mes mains par hasard,
Comme un libre désordre est un effet de l’art,
J’ai pu croire un instant qu’il s’éterniserait.

(Jean-Charles Michel)

 

 

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LA TISSEUSE CÉLESTE (Textes chinois)

Posted by arbrealettres sur 19 juillet 2018



    

LA TISSEUSE CÉLESTE
Inconnu

Pourquoi donc l’homme, enflammé d’amour,
est-il si anxieux et si torturé, loin de l’être qu’il aime ?

L’un à l’ouest, l’autre à l’est du ciel,
nous voyons frémir, entre nous, le Fleuve d’Argent .

Le divin Bouvier , mon amant, ne se plaint pas, lui,
de l’arrêt qui nous condamne à ne nous réunir qu’une seule nuit chaque année.

C’est parce qu’il sait bien
que nous avons à nous toute l’éternité.

(Textes chinois)

 

Recueil: Le Livre de Jade
Traduction: Judith Gautier
Editions: Plon

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Sous ce chêne (Charles Juliet)

Posted by arbrealettres sur 23 juin 2018



Illustration
    
sous ce chêne
tricentenaire
le temps
est en arrêt

(Charles Juliet)

 

Recueil: L’Opulence de la nuit
Traduction:
Editions: P.O.L.

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LES BEAUX YEUX BRUNS D’UN CHIEN BÂTARD (Hwang Ji-u)

Posted by arbrealettres sur 2 juin 2018




Illustration: ArbreaPhotos
    
LES BEAUX YEUX BRUNS D’UN CHIEN BÂTARD

Un matin, en sortant de la maison, au coin de la ruelle,
j’ai rencontré par hasard un chien bâtard. Ses yeux étaient
tellement clairs et tristes, que j’ai penché la tête et ai fixé sur
lui mon regard. Ah, ce chien a aussi penché la tête et m’a
fixé du regard. Son regard est plus doux et limpide que le
ciel printanier de notre pays. Dans ses yeux innocents — la
cornée naïve — le cristallin — la rétine, je suis là, debout,
tenant une enveloppe jaune, habillé d’un imperméable de la
marque London Fog 100%. Tout y est entré : mon
corps entier, mon image entière, l’apparence extérieure de
ma vie entière. Dans la cornée — le cristallin — la rétine d’un
chien bâtard, j’ai impression d’avoir déjà rencontré une fois,
peut-être pas, mon corps entier, mon image entière, l’аpparence
extérieure de ma vie entière. Alors que j’étais dans
cette pensée incertaine, le chien bâtard est parti pour fouiller
une, poubelle. Je suis arrivé à l’arrêt de bus ; sur le poteau
électrique une annonce : La famille Jeon est en deuil. Pompes
funèbres Sion: Tel. 999-1984

(Hwang Ji-u)

 

Recueil: DE L’HIVER-DE-L’ARBRE AU PRINTEMPS-DE-L’ARBRE Cent poèmes
Traduction: Kim Bona
Editions: William Blake & co

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Retouche à la gentillesse (Daniel Boulanger)

Posted by arbrealettres sur 28 mai 2018



 

Chelin Sanjuan 51

retouche à la gentillesse

arrêts du souvenir aux gares d’un instant
un visage sans nom nous offre son sourire
des paroles en feu sous nos mains transparentes

et l’on voit s’en aller toutes peines
sur les chevaux du vent montés par les sirènes

(Daniel Boulanger)

Illustration: Chelin Sanjuan

 

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L’arrêt de mort (Michel Camus)

Posted by arbrealettres sur 2 avril 2018



 

L’arrêt de mort

Seul le silence
ou l’arrêt de la pensée
délivre la conscience
de l’enchaînement du temps.

Il faut arriver
à parler
pour arriver
à se taire.

(Michel Camus)

 

 

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Je bouge et ne veux pas bouger (Eleusis)

Posted by arbrealettres sur 18 mars 2018




    
Je bouge et ne veux pas bouger
Etre seulement dans le temps comme un objet
Comme cette table ou un crayon sur du papier

Etre dans l’arrêt sans année
Sans rire sans obligation sans pleurer
Soldat de plomb
Sans ligne de mire sans lignée

Juste le front
contre le temps.

(Eleusis)

 

Recueil: Le Front contre le temps
Traduction:
Editions: Cheyne

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