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MES PENSEES (Taras Chevtchenko)

Posted by arbrealettres sur 28 janvier 2020



Illustration: Taras Chevtchenko
    
MES PENSEES

Mes pensées, mes pensées
Combien vous me torturez !
Pourquoi vous alignez-vous sur ma page
En lignes si tristes ? …
Pourquoi le vent ne vous a-t-il pas éparpillées
Dans la steppe, comme de la vulgaire poussière ?
Pourquoi ne vous êtes vous pas assoupies
Comme l’enfant dans son berceau ? …

*

Le malheur, moqueur, les a fait naître,
En les arrosant de larmes… Pourquoi ne vous ont-elles pas inondées,
Emportées vers la mer, enfouies dans la steppe ?
Personne ne me demanderait ce qui me blesse
Ni pourquoi je maudis mon sort,
Ni pourquoi j’erre dans le monde ? « Je m’en moque »,
Ils n’en parleraient plus ainsi en se moquant …

*

Mes fleurs, mes enfants !
Pourquoi vous avoir aimées, pourquoi vous avoir élevées ?
Y a-t-il un cœur dans le monde entier
Pour vous pleurer ainsi ? .. Peut-être ai-je deviné …
Peut-être y a-t-il une fille,
Cœur tendre, yeux bruns,
Qui pleure sur ces pensées,
Moi, je ne veux plus !
Une larme des yeux noirs de cette demoiselle,
Et le seigneur des seigneurs, je deviendrais !
Mes pensées, mes pensées
Combien vous me torturez !

*

Pour les beaux yeux malicieux
Sous de noirs sourcils
Mon cœur s’est emporté, léger,
Il a chanté la langue,
Il a chanté, habilement,
L’obscurité de la nuit,
Les verts cerisiers sombres du verger,
Les douces caresses de la jeune fille…
Les steppes et les monticules funéraires,
Par l’Ukraine,
Mon cœur ne voulait plus
Chanter dans un autre pays…
(…)

*

Mes pensées, mes pensées
Mes fleurs, mes enfants!
Je vous ai éduquées en prenant soin de vous,
Et maintenant ?
Partez en Ukraine, mes enfants !
Dans notre Ukraine,
Comme des orphelins, à travers les chemins de traverse,
Et moi, moi je vais mourir ici.
Vous trouverez là-bas un cœur sincère
Et de tendres mots
Là, vous trouverez la pure vérité,
Et aussi, peut-être, la gloire …

*

Accepte, ma tendre
Ma chère Ukraine,
Mes innocents enfants
Comme si c’était les tiens.

1839 – Saint-Pétersbourg

***
Думи мої, думи мої

Думи мої, думи мої,
Лихо мені з вами!
Нащо стали на папері
Сумними рядами?..
Чом вас вітер не розвіяв
В степу, як пилину?
Чом вас лихо не приспало,
Як свою дитину?..

*

Бо вас лихо на світ на сміх породило,
Поливали сльози… чом не затопили,
Не винесли в море, не розмили в полі?…
Не питали б люде, що в мене болить,
Не питали б, за що проклинаю долю,
Чого нуджу світом? «Нічого робить»,—
Не сказали б на сміх…

*

Квіти мої, діти!
Нащо ж вас кохав я, нащо доглядав?
Чи заплаче серце одно на всім світі,
Як я з вами плакав?.. Може, і вгадав…
Може, найдеться дівоче
Серце, карі очі,
Що заплачуть на сі думи,—
Я більше не хочу.
Одну сльозу з очей карих —
І пан над панами!
Думи мої, думи мої,
Лихо мені з вами!

*

За карії оченята,
За чорнії брови
Серце рвалося, сміялось,
Виливало мову,
Виливало, як уміло,
За темнії ночі,
За вишневий сад зелений,
За ласки дівочі…
За степи та за могили,
Що на Україні,
Серце мліло, не хотіло
Співать на чужині…
(…)

*

Думи мої, думи мої,
Квіти мої, діти!
Виростав вас, доглядав вас,—
Де ж мені вас діти?
В Україну ідіть, діти!
В нашу Україну,
Попідтинню, сиротами,
А я — тут загину.
Там найдете щире серце
І слово ласкаве,
Там найдете щиру правду,
А ще, може, й славу…

*

Привітай же, моя ненько,
Моя Україно,
Моїх діток нерозумних,
Як свою дитину.

1839, С.-Петербург

***

MEUS PENSAMENTOS

Meus pensamentos, meus pensamentos
Quanto você me tortura!
Por que você se alinha na minha página
Em linhas tão tristes? …
Por que o vento não te dispersou
Na estepe como poeira comum?
Por que você não adormeceu
Como a criança em seu berço? …

*

A desgraça, rindo, deu à luz a eles,
Tomando-as de lágrimas … Por que elas não te inundaram,
Por que eles não te levaram para o mar ou foram enterrados nas estepes?
Ninguém me perguntaria o que me machuca
Nem por que eu amaldiçoo meu destino
Nem por que estou vagando no mundo? « Eu não me importo »,
Eles não falavam dessa maneira tirando sarro …

*

Minhas flores, meus filhos!
Por que você ama, por que você se levantou?
Existe um coração no mundo inteiro?
Chorar tanto assim? .. Talvez eu tenha adivinhado …
Talvez haja uma garota
Coração mole, olhos castanhos,
Quem chora sobre esses pensamentos?
Eu não quero mais!
Uma lágrima dos olhos negros desta jovem
E o senhor dos senhores eu me tornaria!
Meus pensamentos, meus pensamentos
Quanto você me tortura!

*

Para belos olhos travessos
Sob sobrancelhas negras
Meu coração se empolgou, luz,
Ele cantou a língua,
Ele cantou, habilmente,
A escuridão da noite,
As cerejeiras verde-escuras do pomar,
As carícias gentis da garota …
As estepes e os montes funerários,
Pela Ucrânia,
Meu coração não queria mais
Cante em outro país…
(…)

*

Meus pensamentos, meus pensamentos
Minhas flores, meus filhos!
Educando-se e cuidando de si mesmo,
E agora?
Vá para a Ucrânia, meus filhos!
Na nossa Ucrânia,
Como órfãos,
E eu vou morrer aqui.
Você vai encontrar lá um coração sincero
E palavras carinhosas
Lá você encontrará a pura verdade,
E também, talvez, glória …

*

Aceite ,meu doce
Minha querida Ucrânia,
Minhas crianças inocentes
Como se fosse seu.

1839 – São Petersburgo

(Taras Chevtchenko)

 

Site : http://artgitato.com/
Traduction: Français Jacky Lavauzelle / Ukrainien / Portugais Jacky Lavauzelle
Editions:

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Petite chapelle (Jules Laforgue)

Posted by arbrealettres sur 8 mai 2019



Petite chapelle

Peuples du Christ, j’expose,
En un ostensoir lourd,
Ce coeur meurtri d’amour
Qu’un sang unique arrose.

Ardente apothéose,
Mille cierges autour
Palpitent nuit et jour
Dans une brume rose.

Ainsi que, jour et nuit,
Se lamentent vers lui,
Comme vers leur idole,

Les coeurs crevés venus
Pour ces maux inconnus
Dont rien, rien ne console.

(Jules Laforgue)

Illustration: ArbreaPhotos

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Le jardin perdu (Claude Roy)

Posted by arbrealettres sur 28 février 2019



    

Le jardin perdu

Il est venu un jardin cette nuit
qui n’avait plus d’adresse
Un peu triste il tenait poliment
ses racines à la main
Pourriez-vous me donner
un jardin où j’aurais
le droit d’être jardin?
Il faudrait arroser mes laitues
et un mur ayant bu beaucoup de soleil
pour mûrir mes poires en espalier
Deux carrés pour mes asperges
et les plates-bandes de fraisiers
Si vous aviez la bonté
de mettre aussi un vieux figuier
pour donner de l’ombre
et beaucoup d’arbres fruitiers
pour les saisons de confitures
N’oubliez pas un puits profond
et un jet d’eau à volonté
C’est une vie qui n’est pas une vie
que d’être un jardin égaré
qui n’existe qu’en souvenir
et ne sait plus où fleurir

(Claude Roy)

 

Recueil: À la lisière du temps suivi de Le voyage d’automne
Traduction:
Editions: Gallimard

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Matin d’Octobre (François Coppée)

Posted by arbrealettres sur 23 septembre 2018



 

François Malespine -janvier-2013-matin-d_automne

Matin d’Octobre

C’est l’heure exquise et matinale
Que rougit un soleil soudain.
A travers la brume automnale
Tombent les feuilles du jardin.

Leur chute est lente. Ou peut les suivre
Du regard en reconnaissant
Le chêne à sa feuille de cuivre,
L’érable à sa feuille de sang.

Les dernières, les plus rouillées,
Tombent des branches dépouillées :
Mais ce n’est pas l’hiver encor.

Une blonde lumière arrose
La nature, et, dans l’air tout rose,
On croirait qu’il neige de l’or.

(François Coppée)

Illustration: François Malespine

 

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PEINES PERDUES (Jean Richepin)

Posted by arbrealettres sur 1 août 2018




    
PEINES PERDUES

Hélas! pourquoi ces pleurs dans mes yeux que j’essuie,
Et pourquoi ces soupirs dans ma gorge crevant?
Je ne puis rappeler le passé décevant,
Ni ranimer le feu dans l’âtre plein de suie.

L’amour s’est envolé, la flamme s’est enfuie.
A quoi bon soupirer, pleurer, en y rêvant,
Comme un hautbois plaintif qui se nourrit de vent,
Comme un vieux toit rompu qui se repaît de pluie?

Ah ! pauvre cœur troublé de regrets, de remords,
Tes soupirs rendront-ils le souffle aux oiseaux morts
Et tes pleurs feront-ils s’épanouir des roses?

Au fond de ta douleur tu peux les laisser choir;
Soupirs et pleurs, tout est stérile. Tu n’arroses
Qu’un linceul; et pas même, encore!… ton mouchoir.

« Homme aux yeux cruels, prends garde !
Tu nous écrases! Regarde
Nos cadavres sous tes pas.
Tu pleures et tu t’irrites.
Nous sommes les marguerites.
Pitié! Mais tu n’entends pas.

— Si, je vous entends, menteuses.
peuple d’entremetteuses,
Sois-tu donc anéanti!
Mourez sous mes mains brutales
C’est en comptant vos pétales
Que ma maîtresse a menti. »

(Jean Richepin)

 

 

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Combien le ciel a-t-il d’églises ? (Pablo Neruda)

Posted by arbrealettres sur 28 juillet 2018



Combien le ciel a-t-il d’églises ?

Pourquoi le requin ne mord-il
les sirènes si effrontées ?

La fumée parle-t-elle aux nuages ?

Est-il vrai qu’il faut arroser
l’espoir avec de la rosée ?

(Pablo Neruda)


Illustration

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Nos désirs sont d’amour la dévorante braise (Théodore Agrippa d’Aubigné)

Posted by arbrealettres sur 24 juillet 2018



 

Alexander Nedzvetskaya (15)

Nos désirs sont d’amour la dévorante braise,
Sa boutique nos corps, ses flammes nos douleurs,
Ses tenailles nos yeux, et la trempe nos pleurs,
Nos soupirs ses soufflets, et nos sens sa fournaise.

De courroux, ses marteaux, il tourmente notre aise
Et sur la dureté, il rabat nos malheurs,
Elle lui sert d’enclume et d’étoffe nos coeurs
Qu’au feu trop violent, de nos pleurs il apaise,

Afin que l’apaisant et mouillant peu à peu
Il brûle d’avantage et rengrège son feu.
Mais l’abondance d’eau peut amortir la flamme.

Je tromperai l’enfant, car pensant m’embraser,
Tant de pleurs sortiront sur le feu qui m’enflamme
Qu’il noiera sa fournaise au lieu de l’arroser.

(Théodore Agrippa d’Aubigné)

Illustration: Alexander Nedzvetskaya

 

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LE BASILIC (Jean-Pierre Schlunegger)

Posted by arbrealettres sur 24 juin 2018



LE BASILIC

Et la fermière aux mains de sel, dès l’aube
S’avance dans la cour, lavande et basilic
Au poing, parmi les poules noires
Baignant dans une aurore d’églantine…

Le monde est un feu de copeaux légers,
On dirait qu’un champagne éblouissant arrose
Les genêts d’or de la poitrine incandescente,
Et je vois dans le soleil bleu ce boulanger
Qui va sur les chemins de seigle et de farine
Vers la ferme lointaine où l’amour lui fait signe.

(Jean-Pierre Schlunegger)

Illustration

 

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Le bouquet (Jacques Prévert)

Posted by arbrealettres sur 19 juin 2018



Illustration: Marc Chagall
    
Le bouquet
Pour toi pour moi
loin de moi près de toi
avec toi contre moi
chaque battement de mon cœur
est un fleur arrosée par ton sang
Chaque battement c’est le tien
chaque battement c’est le mien
par tous les temps tout le temps
La vie est une fleuriste
la mort un jardinier
Mais la fleuriste n’est pas triste
le jardinier n’est pas méchant
le bouquet est trop rouge
et le sang trop vivant
la fleuriste sourit
le jardinier attend
et dit Vous avez le temps !
Chaque battement de nos cœurs
est une fleur arrosée par le sang
par le tien par le mien
par le même en même temps.

(Jacques Prévert)

Découvert ici: https://eleonoreb.wordpress.com/

Recueil: Choses et autres
Traduction:
Editions: Gallimard

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Je voudrais être un pommier sauvage (Attila Jozsef)

Posted by arbrealettres sur 12 juin 2018



Je voudrais être un sauvage pommier
Et de mon corps volumineux rassasier
Tous les petits enfants chez qui la faim fait rage
Et que je couvrirais d’un amical ombrage.

Viendraient me voir les tendres orphelins.
Leurs pleurs m’arroseraient, libérant leurs chagrins.
Je voudrais être un pommier, oui, sauvage.

Je voudrais être un sauvage pommier
Qui, tout sec, abattu par le père Janvier,
A la fin de son âge
Sécherait de son feu les pleurs des orphelins.

Que sois-je donc, oui, ce pommier sauvage!
Alors, sur cette terre, aux peines, aux chagrins,
Succédera la joie. Alors chaque visage,
Plus jamais assombri par la peur du néant,
Restera souriant.

(Attila Jozsef)

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