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Posts Tagged ‘artifice’

Le jour s’esclaffe (Gemma Tremblay)

Posted by arbrealettres sur 25 septembre 2017



Le jour s’esclaffe

Tu n’as pas compris l’amour
dans mes affluences imagées
l’humble mot serti en mes sortilèges poétiques
tu n’y voyais que désir d’éblouissement
que poudre aux yeux de mirages
tu voyais l’artifice quand je parlais
par l’image

(Gemma Tremblay)

Illustration: Adam Miller

 

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Tu l’entrevois (Robert Sabatier)

Posted by arbrealettres sur 16 septembre 2017




    
Tu l’entrevois

Tu l’entrevois, la belle plénitude
avec sa corne et ses fruits échappés.

Nous avons bu les eaux de tant de sources,
de tant d’oiseaux nous avons bu le chant.

Sommes-nous là pour remercier le ciel
de ces présents que la terre a donnés ?

Nous célébrons de fades artifices
quand le miracle apparaît sous nos yeux.

Et ce miracle — ici tout est miracle —,
c’est que la vie allant de corps en corps

se perpétue au bord de ce cratère
où le feu vif ne brûle qu’au-dedans.

(Robert Sabatier)

 

Recueil: Oeuvres poétiques complètes
Editions: Albin Michel

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Vers les Sirènes (Renée Vivien)

Posted by arbrealettres sur 21 mai 2017



 

Vers les Sirènes

Vous craignez le désir, ô compagnons d’Ulysse !
Aveugles et muets, l’âme close au péril
De la voix qui ruisselle et du rire subtil,
Vous rêvez des foyers qui recueillent l’exil
Aux pieds lassés. Moi seul, ô compagnons d’Ulysse,
Moi seul ai dédaigné la fraude et l’artifice,
Moi seul ose l’amour et le divin péril.

Dénouant leurs cheveux fluides, les Sirènes,
Ceintes de la langueur et du regret des morts,
S’approchent, un reflet de perles sur leurs corps.
Elles chantent… Leur voix se mêle aux clairs accords
Des vagues et du vent… J’entrevois les Sirènes…
Elles chantent l’amour qui corrode les veines
Comme un venin, et fait pleurer les yeux des morts…

Ô lâches compagnons d’Ulysse ! Pour une heure
Je donne l’existence humaine ! Pour un chant
Vaguement répété par la mer au couchant,
Pour un visage à peine entrevu, se penchant
Sur le miroir brisé des ondes, — pour une heure,
J’accepte le silence où le néant demeure,
Le silence où périt la mémoire du chant…

(Renée Vivien)

Illustration: Victor Mottez

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A l’amour (Marceline Desbordes-Valmore)

Posted by arbrealettres sur 12 mai 2017



 

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A l’amour

Reprends de ce bouquet les trompeuses couleurs,
Ces lettres qui font mon supplice,
Ce portrait qui fut ton complice ;
Il te ressemble, il rit, tout baigné de mes pleurs.

Je te rends ce trésor funeste,
Ce froid témoin de mon affreux ennui.
Ton souvenir brûlant, que je déteste,
Sera bientôt froid comme lui.

Oh ! Reprends tout. Si ma main tremble encore,
C’est que j’ai cru te voir sous ces traits que j’abhorre.
Oui, j’ai cru rencontrer le regard d’un trompeur ;
Ce fantôme a troublé mon courage timide.

Ciel ! On peut donc mourir à l’aspect d’un perfide,
Si son ombre fait tant de peur !
Comme ces feux errants dont le reflet égare,
La flamme de ses yeux a passé devant moi ;

Je rougis d’oublier qu’enfin tout nous sépare ;
Mais je n’en rougis que pour toi.
Que mes froids sentiments s’expriment avec peine !
Amour… que je te hais de m’apprendre la haine !

Eloigne-toi, reprends ces trompeuses couleurs,
Ces lettres, qui font mon supplice,
Ce portrait, qui fut ton complice ;
Il te ressemble, il rit, tout baigné de mes pleurs !

Cache au moins ma colère au cruel qui t’envoie,
Dis que j’ai tout brisé, sans larmes, sans efforts ;
En lui peignant mes douloureux transports,
Tu lui donnerais trop de joie.

Reprends aussi, reprends les écrits dangereux,
Où, cachant sous des fleurs son premier artifice,
Il voulut essayer sa cruauté novice
Sur un coeur simple et malheureux.

Quand tu voudras encore égarer l’innocence,
Quand tu voudras voir brûler et languir,
Quand tu voudras faire aimer et mourir,
N’emprunte pas d’autre éloquence.

L’art de séduire est là, comme il est dans son coeur !
Va ! Tu n’as plus besoin d’étude.
Sois léger par penchant, ingrat par habitude,
Donne la fièvre, amour, et garde ta froideur.

Ne change rien aux aveux pleins de charmes
Dont la magie entraîne au désespoir :
Tu peux de chaque mot calculer le pouvoir,
Et choisir ceux encore imprégnés de mes larmes…

Il n’ose me répondre, il s’envole… il est loin.
Puisse-t-il d’un ingrat éterniser l’absence !
Il faudrait par fierté sourire en sa présence :
J’aime mieux souffrir sans témoin.

Il ne reviendra plus, il sait que je l’abhorre ;
Je l’ai dit à l’amour, qui déjà s’est enfui.
S’il osait revenir, je le dirais encore :
Mais on approche, on parle… hélas ! Ce n’est pas lui !

(Marceline Desbordes-Valmore)

Illustration: Otto Lohmuller

 

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Il est vrai qu’il n’y a pas assez de beauté dans le monde (Louise Glück)

Posted by arbrealettres sur 14 mars 2017



Il est vrai qu’il n’y a pas assez de beauté dans le monde.
Il est vrai aussi qu’il n’est pas de ma compétence de lui en redonner.
(…)

Je suis
au travail, bien que silencieuse.

La fade

misère du monde
nous serre de chaque côté, comme une allée

bordée d’arbres ; nous sommes

ensemble ici, sans parler,
chacun dans ses pensées ;

derrière les arbres le fer forgé
des portails de maisons privées,
pièces aux volets fermés,

l’air désert, abandonné,

comme si l’artiste avait
le devoir de créer
de l’espoir, mais avec quoi ? avec quoi ?

le mot lui-même,
faux, un artifice pour réfuter
la perception – À l’intersection,

les lumières ornementales de la saison.

J’étais jeune alors. Voyageant
en métro avec mon petit livre
comme pour me défendre

contre ce même monde :

tu n’es pas seule,
disait le poème,
dans le sombre tunnel.

***

It is true there is not enough beauty in the world.
It is also true that I am not competent to restore it.
Neither is there candor, and here I may be of some use.

I am
at work, though I am silent.

The bland

misery of the world
bounds us on either side, an alley

lined with trees; we are

companions here, not speaking,
each with his own thoughts;

behind the trees, iron
gates of the private houses,
the shuttered rooms

somehow deserted, abandoned,

as though it were the artist’s
duty to create
hope, but out of what? what?

the word itself
false, a device to refute
perception-At the intersection,

ornamental lights of the season.
I was young here. Riding
the subway with my small book
as though to defend myself against

this same world:

you are not alone,
the poem said,
in the dark tunnel.

(Louise Glück)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

 

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DÈS LE PREMIER MOT (Michel Dallaire)

Posted by arbrealettres sur 31 janvier 2017



 

DÈS LE PREMIER MOT

dès le premier mot
tu es là

belle
un bouquet
d’étincelles
obéissant à la chair
du poème nu
sans artifice
ouverte aux pulsions
qu’anime un air au grand galop

dès le premier
vers
tu es là
imaginant le feu
la passion
des êtres qui te font signe
un bond vertigineux
dans le plus parfait des vides
sans élastique

dans un tango de sonorités
dans un rodéo de métaphores
ton poème devient un jardin
du désir
toujours rebelle

(Michel Dallaire)

Illustration: Theodore Chassériau

 

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C’est la réalité des photos qui sont sur mon cœur que je veux (Guillaume Apollinaire)

Posted by arbrealettres sur 1 janvier 2017



 

C’est la réalité des photos qui sont sur mon cœur que je veux
Cette réalité seule elle seule et rien d’autre
mon cœur le répète sans cesse comme une bouche d’orateur et le redit
À chaque battement
Toutes les autres images du monde sont fausses
Elles n’ont pas d’autre apparence que celle des fantômes
Le monde singulier qui m’entoure métallique végétal
Souterrain
Ô vie qui aspire le soleil matinal
Cet univers singulièrement orné d’artifices
N’est-ce point quelque œuvre de sorcellerie
Comme on pouvait l’étudier autrefois
À Tolède
Où fut l’école diabolique la plus illustre
Et moi j’ai sur moi un univers plus précis plus certain
Fait à ton image

(Guillaume Apollinaire)

Découvert ici: http://www.ipernity.com/blog/lara-alpha

 

 

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Je connais tes artifices (Rabîndranâth Tagore)

Posted by arbrealettres sur 5 mars 2016



De peur que je n’apprenne à te connaître trop facilement, tu joues avec moi.
Tu m’éblouis de tes éclats de rire pour cacher tes larmes.
Je connais tes artifices.

Jamais tu ne dis le mot que tu voudrais dire.
De peur que je ne t’apprécie pas, tu m’échappes de cent façons.
De peur que je te confonde avec la foule, tu te tiens seule à part.
Je connais tes artifices.

Jamais tu ne prends le chemin que tu voudrais prendre.
Tu demandes plus que les autres, c’est pourquoi tu es silencieuse.
Avec une folâtre insouciance, tu évites mes dons.
Je connais tes artifices.

Jamais tu ne prends ce que tu voudrais prendre.

(Rabîndranâth Tagore)

Découvert ici: http://www.ipernity.com/blog/lara-alpha

Illustration: Anne-Marie Zilberman

 

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Sonnet (Renée Vivien)

Posted by arbrealettres sur 20 septembre 2015



Sonnet

L’ORGUEIL des lourds anneaux, la pompe des parures,
Mêlent l’éclat de l’art à ton charme pervers,
Et les gardénias qui parent les hivers
Se meurent dans tes mains aux caresses impures.

Ta bouche délicate aux fines ciselures
Excelle à moduler l’artifice des vers :
Sous les flots de satin savamment entr’ouverts,
Ton sein s’épanouit en de pâles luxures.

Le reflet des saphirs assombrit tes yeux bleus,
Et l’incertain remous de ton corps onduleux
Fait un sillage d’or au milieu des lumières.

Quand tu passes, gardant un sourire ténu,
Blond pastel surchargé de parfums et de pierres,
Je songe à la splendeur de ton corps libre et nu.

(Renée Vivien)

Illustration: Konstantin Razumov

 

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Arlequin (Bernard Dimay)

Posted by arbrealettres sur 31 juillet 2015


arlequin

Arlequin, ton sourire était-il d’artifice
Et ta joyeuse humeur un mensonge absolu?
Il faut que l’homme chante et qu’il se divertisse.
Oui, je fus Arlequin, mais sans l’avoir voulu.
Au fond de mon jardin croît la mélancolie.
C’est une fleur superbe et très longue à mourir;
Qui cherche à l’arracher doit craindre la folie.
Moi j’allais au jardin la regarder grandir.

Le jour où je n’aurai plus rien à dire au monde,
Le jour où je n’aurai plus rien à faire ici,
Je m’en irai chercher les vérités profondes
Qu’il me faudra payer d’une mort sans merci.
Aurai-je assez vécu pour m’en aller tranquille?
Mas amis feront-ils quelques pas avec moi?
Laisserai-je un soupçon de regret dans ma ville?
J’emporterai l’amour que je gardais pour toi.

(Bernard Dimay)

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