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Posts Tagged ‘artisan’

OUTILS POSÉS SUR UNE TABLE (Jean Tardieu)

Posted by arbrealettres sur 11 avril 2019




    
OUTILS POSÉS SUR UNE TABLE

Mes outils d’artisan
sont vieux comme le monde
vous les connaissez
Je les prends devant vous :
verbes adverbes participes
pronoms substantifs adjectifs.

Ils ont su ils savent toujours
peser sur les choses
sur les volontés
éloigner ou rapprocher
réunir séparer
fondre ce qui est pour qu’en transparence
dans cette épaisseur
soient espérés ou redoutés
ce qui n’est pas, ce qui n’est pas encore,
ce qui est tout, ce qui n’est rien,
ce qui n’est plus.

le les pose sur la table
Ils parlent tout seuls je m’en vais.

(Jean Tardieu)

 

Recueil: L’accent grave et l’accent aigu
Traduction:
Editions: Gallimard
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J’AI CHERCHÉ DANS CETTE VILLE (Jean Joubert)

Posted by arbrealettres sur 31 juillet 2018



    

J’AI CHERCHÉ DANS CETTE VILLE

J’ai cherché dans cette ville une rue parfaite
pour son silence et la splendeur de ses pierres,

dans cette rue, la maison la plus simple, habitée
d’un peuple calme et désinvolte

d’artisans, d’ombres, d’oiseaux de nuit.

Une femme oppose au mur laiteux de ma chambre
le miel de ses jeunes épaules.

Insolite dans le grand deuil de son immense chevelure,
bougeant parfois comme une voile,
caressant la fenêtre, un livre,
un couteau
de ses doigts légers comme plume,

intouchable, intouchée,

elle occupe armée le mince territoire où je vaque.

L’ai-je vraiment élue ?
M’a-t-elle vraiment choisi ?
Une autre ne saurait-elle aussi bien, aussi mal, ouvrir et
fermer tour à tour mes yeux qui cherchent un miroir ?

(Jean Joubert)

 

Recueil: Anthologie personnelle
Traduction:
Editions: Actes Sud

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Réapprendre (Jean Follain)

Posted by arbrealettres sur 30 juillet 2018



Réapprendre, refaire la découverte du monde,
retrouver la beauté nue de chaque chose
et ce rapport des simples outils
avec le bras tendu ou levé de l’artisan.

(Jean Follain)

 

 

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LES MURS NE CROULENT PAS (Hilda Doolittle)

Posted by arbrealettres sur 13 mai 2018



 

LES MURS NE CROULENT PAS

Il existe, par exemple, une formule
en chaque coquillage :

la mer pousse, continuelle,
et ne peut rien contre corail,

os, pierre, marbre
taraudés du dedans par cet artisan,

l’hôte de la coque :
huître, palourde, mollusque,

c’est un maître-maçon qui façonne
la merveille de pierre :

oui, cet ermite amorphe, flasque
là-dedans, comme la planète

pressent le fini,
il limite l’orbite

de son être, sa maison,
temple, sanctuaire, lieu saint :

il délivre les portails
à intervalles fixes :

tiraillé par la faim,
il s’ouvre au flux de la marée :

mais l’infini ? non,
de rien-de-trop :

je ressens ma propre limite,
les mâchoires de ma coque claquent

et refusent l’invasion du sans-limite,
le poids de l’océan ; l’infinité de l’eau

ne peut me briser, moi œuf dans ma coquille ;
cercle clos, immortel, complète

plénitude, je sais la force
de la marée, et la bonace

tout autant que la lune ;
le poulpe et son obscurité

sont sans pouvoir contre
sa froide immortalité ;

de même moi à ma façon, je sais
que la baleine

ne peut me digérer :
tiens bon dans ton orbite limitée, statique,

toute petite, et les mâchoires de requin
de ce qui dehors t’entoure

te recracheront :
sois indigeste, dur, sans cœur,

et ainsi vivant en dedans,
engendre-toi, toi-même de toi-même,

et sans toi,
cette perle-de-grand-prix.

***

THE WALLS DO NOT FALL

There is a spell, for instance,
in every sea-shell:

continuous, the seathrust
is powerless against coral,

bone stone marble
hewn from within by that craftsman,

the shell-fish:
oyster, clam, mollusc

is master-mason planning
the stone marvel:

yet that flabby, amorphous hermit
within, like the planet

senses the finite,
it limits its orbit

of being, its house,
temple, fane, shrine:

it unlocks the portals
at stated intervals:

prompted by hunger,
it opens to the tide-flow:

but infinity? no,
of nothing-too-much:

I sense my own limit,
my shell-jaws snap shut

at invasion of the limitless,
ocean-weight; infinite water

can not crack me, egg in egg-shell;
closed in, complete, immortal

full-circle, I know the pull
of the tide, the lull

as well as the moon;
the octopus-darkness

is powerless against
her cold immortality;

so I in my own way know
that the whale

can not digest me:
be firm in your own small, static, limited

orbit and the shark-jaws
of outer circumstances

will spit you forth:
be indigestible, hard, ungiving

so that, living within,
you beget, self-out-of-self,

selfless,
that pearl-of-great-price.

(Hilda Doolittle)

Illustration

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CREATION (Nikiforos Vrettakos)

Posted by arbrealettres sur 4 mai 2018




    
CREATION

Cet oeillet, qu’en tenant
entre mes trois doigts
je lève à la lumière, m’a parlé et
malgré ma pensée limitée, je l’ai compris.
Une chaîne de galaxies infinies
ont collaboré, des illuminations
se sont croisées sur la terre – l’univers tout entier
a pris part à la création de cet oeillet.

Et ce que j’entends ce sont les voix
des artisans en son sein.

(Nikiforos Vrettakos)

 

Recueil: LA MYTHOLOGIE DES FLEURS
Traduction: N. Lygeros
Editions:

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VISIONS (Jean Follain)

Posted by arbrealettres sur 9 avril 2018



Illustration: Paul Cézanne
    
VISIONS

Par les villes des hommes
s’épient, se méconnaissent
des filles aux yeux lourds
pensent hâter leur fin.
Une image du dieu Jésus
chez un artisan orne
la cheminée démantelée
dans les prés tremblent
menthes, saponaires ;
sur un seuil usé
où la poussière s’apaise
sommeille ce vieillard
sans foi ni loi
qui fut jardinier
il y a beau temps.

(Jean Follain)

 

Recueil: Des Heures
Traduction:
Editions: Gallimard

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Je voudrais être l’artisan de la lumière (Luis Mizón)

Posted by arbrealettres sur 25 décembre 2017



 

Je voudrais être l’artisan de la lumière
que tu allumes
à mes dépens
chaque fois que ton lourd fouet
frappe ma poitrine
ta lumière éclate entre mes mains
je perçois au fond de tes yeux
l’ivresse de ta victoire
proche

(Luis Mizón)

Illustration: Pascal Renoux

 

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LE STATUAIRE ET LA STATUE DE JUPITER (Jean de la Fontaine)

Posted by arbrealettres sur 9 août 2017



 

LE STATUAIRE ET LA STATUE DE JUPITER

Un bloc de marbre était si beau
Qu’un Statuaire en fit l’emplette.
« Qu’en fera, dit-il, mon ciseau ?
Sera-t-il Dieu, table ou cuvette ?

Il sera Dieu : même je veux
Qu’il ait en sa main un tonnerre.
Tremblez, humains. Faites des voeux ;
Voilà le maître de la terre. »

L’artisan exprima si bien
Le caractère de l’Idole,
Qu’on trouva qu’il ne manquait rien
À Jupiter que la parole.

Même l’on dit que l’ouvrier
Eut à peine achevé l’image,
Qu’on le vit frémir le premier,
Et redouter son propre ouvrage.

À la faiblesse du sculpteur
Le Poète autrefois n’en dut guère,
Des dieux dont il fut l’inventeur
Craignant la haine et la colère.

Il était enfant en ceci :
Les enfants n’ont l’âme occupée
Que du continuel souci
Qu’on ne fâche point leur poupée.

Le coeur suit aisément l’esprit :
De cette source est descendue
L’erreur païenne, qui se vit
Chez tant de peuples répandue.

Ils embrassaient violemment
Les intérêts de leur chimère.
Pygmalion devint amant
De la Vénus dont il fut père.

Chacun tourne en réalités,
Autant qu’il peut, ses propres songes :
L’homme est de glace aux vérités ;
Il est de feu pour les mensonges.

(Jean de la Fontaine)

Illustration: Marc Chagall

 

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L’ABBAYE (Charles Vildrac)

Posted by arbrealettres sur 19 février 2016



L’ABBAYE

Je rêve l’Abbaye, — oh, sans abbé! —
Je rêve l’Abbaye hospitalière
A tous épris d’art plus ou moins crottés
Et déshérités…

En telle Hellade très fleurie,
Et pas pourvue d’académies,
Bien loin, je rêve l’Abbaye
Gaie et recueillie,
Où vivre libres, en thélémites passionnés!

Où vivre quelques-uns et quelques-unes,
Artistes, artisans, buveurs de lune…

Nous nous aimerions mieux que des frères;
Elles s’aimeraient mieux que des soeurs,
Et nous seraient douces comme des fleurs;
Tout n’est-il pas possible en rêve…

Je rêve l’Abbaye…

(Charles Vildrac)

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