Arbrealettres

Poésie

Posts Tagged ‘asphodèle’

Les fleurs d’Ophélie (Laurent Tailhade)

Posted by arbrealettres sur 4 mai 2019



 

Les fleurs d’Ophélie

Fleurs sur fleurs ! fleurs d’été, fleurs de printemps, fleurs blêmes
De novembre épanchant la rancoeur des adieux
Et, dans les joncs tressés, les fauves chrysanthèmes ;

Les lotus réservés pour la table des dieux ;
Les lis hautains, parmi les touffes d’amarante,
Dressant avec orgueil leurs thyrses radieux ;

Les roses de Noël aux pâleurs transparentes ;
Et puis, toutes les fleurs éprises des tombeaux,
Violettes des morts, fougèress odorantes ;

Asphodèles, soleils héraldiques et beaux,
Mandragores criant d’une voix surhumaine
Au pied des gibets noirs que hantent les corbeaux.

Fleurs sur fleurs ! Effeuillez des fleurs ! que l’on promène
Des encensoirs fleuris sur la terre où, là-bas,
Dort Ophélie avec Rowena de Trémaine.

(Laurent Tailhade)

Illustration: Hébert Ernest Antoine Auguste

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

LA VOYAGEUSE (Kathleen Raine)

Posted by arbrealettres sur 15 décembre 2018




    
LA VOYAGEUSE

J’ai dormi cent ans sous une aubépine
Et l’arbre devint la racine et les branches de ma pensée
Et ses pétales blancs fleurirent dans ma couronne.

J’ai flotté mille ans dans un lac
Et mes yeux en pleurs ont pu contenir
La clarté diffuse de la lune et le nuage brûlant.

Oui, mon regard connaît
L’eufraise, l’églantine et l’asphodèle.
J’ai vu l’arc-en-ciel s’ouvrir, s’éteindre le soleil.

Vent qui souffle sur les terres,
J’ai dressé des temples de neige, des châteaux de sable,
Et je les ai laissés vides comme une main morte.

Éphémère ailé, je suis né
Avec des yeux multiples et des ailes scintillantes
Que les flammes doivent flétrir, les eaux noyer.

Je dois vivre, je dois mourir,
Je suis le souvenir de tout désir,
Je suis les cendres du monde, et le feu qui met le feu.

***

THE TRAVELLER

A hundred years I slept beneath a thora
Until the tree was root and branches of my thought
Until white petals blossomed in my crown.

A thousand years I floated in a lake
Until my brimful eje could hold
The scattered moonlight and the burning cloud.

Mine is the gaze that knows
Eyebright, asphodel, and briar rose.
I have seen the rainbow open, the sun close.

A wind that blooms about the land
I have raised temples of snow, castles of land
And left them empty as a dead hand.

A winged ephemerid I am born
With myriad eyes and glittering wings
That flames must wither or waters drown.

I must live, I must die,
I am the memory of all desire,
I am the world’s aches, and the kindling Eire.

(Kathleen Raine)

 

Recueil: Sur un rivage désert
Traduction: Marie-Béatrice Mesnet et Jean Mambrino
Editions: Granit

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 2 Comments »

De l’asphodèle (William Carlos Williams)

Posted by arbrealettres sur 1 septembre 2018



De l’asphodèle, cette fleur verte,
je viens, mon amie,
chanter pour toi !
Mon coeur s’éveille
pensant t’apprendre
quelque chose
qui te concerne
et concerne bien des hommes

Ecoute-moi
car cela me concerne aussi
et tout homme
qui veut mourir en paix dans son lit.

(William Carlos Williams)

Illustration

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , | 3 Comments »

Vignette (Jean Moréas)

Posted by arbrealettres sur 30 juillet 2018



Vignette

Elle mire au miroir son visage où neigea
La poudre odorante et que relève une mouche.
On jurerait, vraiment, que le tuteur se mouche,
A côté, d’illicite façon. Mais déjà
Le cavalier de fer de l’antique horloge a
Clamé le quart de cinq de sa stridente bouche.

Le griffon noir, que la camériste frisa
D’un art sûr, tout en taquinant une babouche,
Attend, sur le fauteuil ample en velours d’Utrecht.
Le corsage, à ramage. A traîne et zinzoline,
La jupe. Et, comme elle va sortir en berline
Découverte, elle pique avec un geste sec
Des asphodèles, dans sa chevelure belle,
Belle et bleue et parfumée et qui se rebelle.

(Jean Moréas)

Illustration

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Entre deux stèles (Jacques Lacarrière)

Posted by arbrealettres sur 18 juin 2018




    
Entre deux stèles, un asphodèle s’est fané.
Les morts soudainement se sont tus.

(Jacques Lacarrière)

 

Recueil: Trois ménologues
Editions: Cheyne

Posted in haïku, poésie | Tagué: , , , , , , | Leave a Comment »

Laissez ah ! laissez-moi (Anne Perrier)

Posted by arbrealettres sur 30 mai 2018



Illustration
    
Laissez ah ! laissez-moi
Me perdre dans ce lac d’asphodèles
Elles regardent dans les yeux
le ciel
Que m’emporte ce clair essaim
Et la nuit viendra boire
Dans ma main

(Anne Perrier)

Découvert ici: http://laboucheaoreilles.wordpress.com/

Recueil: Le livre d’Ophélie et La voie nomade
Traduction:
Editions: Zoé

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Trouville (Albert Camus)

Posted by arbrealettres sur 23 mai 2018



Claude Monet Trouville

Trouville

Un plateau plein d’asphodèles devant la mer.
De petites villas à barrières vertes ou blanches, à véranda,
quelques-unes enfouies sous les tamaris, quelques autres nues au milieu des pierres.
La mer gronde un peu, en bas. Mais le soleil, le vent léger, la blancheur des asphodèles,
le bleu déjà dur du ciel, tout laisse imaginer l’été,
sa jeunesse dorée, ses filles et ses garçons bruns,
les passions naissantes, les longues heures au soleil
et la douceur subite de ses soirs.
Quel autre sens trouver à nos jours que celui-ci et la leçon de ce plateau :
une naissance et une mort, entre les deux la beauté et la mélancolie.

(Albert Camus)

Illustration: Claude Monet

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

MESSAGE (Salvador Espriu)

Posted by arbrealettres sur 3 avril 2018



Illustration
    
MESSAGE

— Des lointaines rives glacées,
de la mémoire fidèle de la nuit, où ne s’enracine
le rêve errant de l’espérance,
elle vient te chercher, te chercher, petit homme.

Vois t’envelopper le triomphe des asphodèles,
vois s’avancer la dame
sans yeux, la barque
du vieillard solitaire.

Elle vient te chercher, te chercher. Te montrer,
sur tout le silence de la mer, le royaume
fidèle de la nuit, où fleurissent
faiblement, triomphales, les asphodèles.

***

— De llunyanes riberes glaçades,
de la memòria fidel de la nit, on no arrela
el somni vagarós de l’esperança,
ve per tu, ve per tu, petit home.

Mira corn et volta el triomf deis asfòdels,
mira corn avança la dama
sense ulls, la barca
del veil solitari.

Ve per tu, ve per tu. A mostrar-te,
per tot el silenci del mar, el reialme
fidel de la nit, on floreixen
pal lidament, en triomf, els asfòdels.

(Salvador Espriu)

 

Recueil: Cimetière de Sinera
Traduction: Mathilde et Albert Bensoussan et Denise Boyer
Editions: Ibériques

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Un asphodèle (Allen Ginsberg)

Posted by arbrealettres sur 1 avril 2018



Un asphodèle

O cher doux rosâtre
inaccessible désir
… c’est triste, pas moyen
de changer le fol
asphodèle cultivé, la
réalité visible …

Et les épouvantables pétales
de la peau – quelle inspiration
d’être ainsi couché là ivre
et nu dans le salon
à rêver, en l’absence
d’électricité …
à manger encore et encore la basse racine
de l’asphodèle,
grise destinée …

roulant en génération
sur le sofa fleuri
comme sur un rivage en Arden –
ma seule rose ce soir le régal
de ma propre nudité.

(Allen Ginsberg)

Découvert chez la boucheaoreilles ici

 

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 2 Comments »

Amour caché (Luis Cernuda)

Posted by arbrealettres sur 20 décembre 2017



Illustration
    
Amour caché

Comme le tumulte gris sur la mer élève
Un long panache d’écume, merveille
Multiforme de l’eau, qui déjà sur le rivage
Se brise et déjà l’écume nouvelle approche;

Comme les champs s’éveillent au printemps
Éternellement, fidèles sous le sombre
Voilage des nuées, et au soleil froid
Couvrent d’asphodèles la prairie;

Comme le génie sait naître en des corps distincts,
Formes qui se doivent d’attiser l’antique gloire
De son feu, alors que l’humaine scorie
Songe et brûle dans la flamme pour enfin se défaire,

C’est ainsi que toujours tel l’eau, la fleur, la flamme
Tu retournes vers l’ombre, force occulte
De l’autre amour. Le bas-monde t’insulte.
Mais la vie est à toi : jaillis et aime.

(Luis Cernuda)

 

Recueil: Les nuages
Traduction: Anthony Bellanger
Editions: Fata Morgana

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

 
%d blogueurs aiment cette page :