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Poésie

Posts Tagged ‘asphyxie’

Apnée (Bernard Montini)

Posted by arbrealettres sur 6 mars 2021



Apnée pugnace
de son entêtement d’un ailleurs
jusqu’à l’asphyxie
de son ombre

(Bernard Montini)


Illustration

 

 

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Le désir est un hôte (David Eloy Rodríguez)

Posted by arbrealettres sur 22 février 2021



Illustration
    
Le désir est un hôte

On entre en amour
dans un brouhaha d’enfants
qui jouent dans une piscine.

On quitte l’amour
dans le silence de deux vieillards
qui regardent sur la plage
la lente asphyxie d’un noyé.

***

El deseo es un huésped

Se entra en el amor
con el bullicio de chiquillos
que juegan en una piscina.

Se sale del amor
con el silencio de dos viejos
que miran en la playa
la lenta asfixia de un ahogado.

(David Eloy Rodríguez)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

Recueil: Judite Rodrigues, Poésie par effraction
Traduction:
Editions: Université Bordeaux Montaigne

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LES RUINES DE MEXICO (ÉLÉGIE DU RETOUR) (José Emilio Pacheco)

Posted by arbrealettres sur 27 mars 2020



 

LES RUINES DE MEXICO
(ÉLÉGIE DU RETOUR)

1
Absurde est la matière qui s’écroule,
la matière pénétrée de vide, la creuse.
Non : la matière ne se détruit pas,
la forme que nous lui donnons se désagrège,
nos oeuvres se réduisent en miettes.

2
La terre tourne, entretenue par le feu.
Elle dort sur une poudrière.
Elle porte en son sein un bûcher
un enfer solide
qui soudain se transforme en abîme.

3
La pierre profonde bat dans son gouffre.
En se dépétrifiant, elle rompt son pacte
avec l’immobilité et se transforme
en bélier de la mort.

4
De l’intérieur vient le coup,
la morne cavalcade,
l’éclatement de l’invisible, l’explosion
de ce que nous supposons immobile
et qui pourtant bouillonne sans cesse.

5
L’enfer se dresse pour noyer la terre.
Le Vésuve éclate de l’intérieur.
La bombe monte au lieu de descendre.
L’éclair jaillit d’un puits de ténèbres.

6
Il monte du fond, le vent de la mort.
Le monde tressaille en fracas de mort.
La terre sort de ses gonds de mort.
Comme une fumée secrète avance la mort.
De sa prison profonde s’échappe la mort.
Du plus profond et du plus trouble jaillit la mort.

7
Le jour devient nuit,
la poussière est soleil
et le fracas remplit tout.

8
Ainsi soudain se casse ce qui est ferme,
béton et fer deviennent mouvants,
l’asphalte se déchire, la ville et la vie
s’écroulent. La planète triomphe
contre les projets de ses envahisseurs.

9
La maison qui protégeait contre la nuit et le froid,
la violence et l’intempérie,
le désamour, la faim et la soif
se transforme en gibet et en cercueil.
Le survivant reste emprisonné
dans le sable et les filets de la profonde asphyxie.

10
C’est seulement quand il nous manque, qu’on apprécie l’air.
Seulement quand nous sommes attrapés comme le poisson
dans les filets de l’asphyxie. Il n’y a pas de trous
pour retourner à la mer d’oxygène
où nous nous déplacions en liberté.
Le double poids de l’horreur et de la terreur
nous a sortis
de l’eau de la vie.

Seulement dans le confinement nous comprenons
que vivre c’est avoir de l’espace.
Il fut un temps
heureux où nous pouvions bouger,
sortir, entrer, nous lever, nous asseoir.

Maintenant tout s’est écroulé. Le monde
a fermé ses accès, ses fenêtres.
Aujourd’hui nous comprenons ce que signifie
cette terrible expression : enterrés vivants.

11
Le séisme arrive et devant lui plus rien
ne valent les prières et les supplications.
Il naît de son sein pour détruire
tout ce que nous avons mis à sa portée.
Il jaillit et se fait reconnaître à son oeuvre atroce.
La destruction est son unique langage.
Il veut être vénéré parmi les ruines.

12
Cosmos est chaos, mais nous ne le savions pas
ou nous n’arrivions pas à le comprendre.
La planète descend-elle en tournant
dans les abîmes de feu glacé ?
Tourne-t-elle ou tombe-t-elle cette terre ?
Le destin de la matière est-il dans cette chute infinie ?

Nous sommes nature et rêve. C’est pourquoi
nous sommes ce qui descend toujours :
poussière dans les airs.

(José Emilio Pacheco)

Illustration

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Bien sûr (Stéphane Bataillon)

Posted by arbrealettres sur 21 avril 2019




    
Bien sûr, l’asphyxie
Bien sûr, le pourquoi
crier sans voix au fond de l’ombre

Mais quelque chose
qui nous dit d’attendre

Que nous devrons nommer

Quelque chose de simple.

(Stéphane Bataillon)

 

Recueil: Où nos ombres s’épousent Vivre l’absence
Traduction:
Editions: Bruno Doucey

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Dans cet espace d’asphyxie (Miriam Silesu)

Posted by arbrealettres sur 2 mars 2019




    
Dans cet espace d’asphyxie,
nous ne respirons que dans les bulles d’air
que nous avons créées.

(Miriam Silesu)

 

Recueil: Cinéraire
Traduction:
Editions: Lettres vives

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Pourquoi j’écris ? (Alejandra Pizarnik)

Posted by arbrealettres sur 11 novembre 2018




    
Pourquoi j’écris ?
Pourquoi je sanglote au petit matin
Pourquoi soudain ce goût de chant du cygne
Cette écume verte accumulée dans la gorge

Mon coeur est absurde comme un masque dans la pluie
La frayeur l’assimile à la mer
Mon corps est une invasion de tambours dans le silence de la nuit

Pourquoi ces nuits comme une oasis pour sorcières
Pourquoi cette conjuration d’absences
Cet enlèvement de la fille du vent

Dans la nuit m’entoure une loge exterminatrice
je t’appelle et tu ne viens pas

Je t’aime et tu ne viens pas
Pourquoi tu es venu comme l’éclair
et tu m’as laissée seule dans le dévasté

Si tu écoutais mon bruit de cellule minuscule
peuplée d’agonisants
mon halètement d’asphyxiée

Si soudain tu me voyais à la lisière du réveil,
chanteuse médusée à la cime de son étonnement
Si tu me voyais attachée à ton visage

(Alejandra Pizarnik)

 

Recueil: Approximations
Traduction: Etienne Dobenesque
Editions: Ypfilon

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Paquet souple (Balbino)

Posted by arbrealettres sur 23 août 2018



 

boxe

Paquet souple

J’ai mis tellement de pichenettes
sur
mon paquet souple
que je pourrais
sans efforts
élaborer ta nuit.
Comme un KO voulu
simple
abandon
sur un ring
trop
tendu.
Je frappe
désinvolte
l’aluminium
qui te garde
des brûlures.
Tu parais fragile
si près
de moi…
la rupture.
Le cellophane
compromis
de ton innocence
offerte
colle à ma peau
jusqu’à
l’asphyxie.
J’ai mis tant de coups
dans des cartons vides
des réceptacles
usés
que je pourrais
décider
de changer
mes poings
en lumière.

(Balbino)

Illustration

 

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AUSCHWITZ (Jean-Pierre Lemaire)

Posted by arbrealettres sur 22 juillet 2018



 

    

AUSCHWITZ

Au pays de la mort, nous déambulons,
voyant se succéder derrière les vitres
collines de valises, buissons de lunettes,
plaines de cheveux gris : un aquarium
sec. Nous ne pouvons pas descendre si bas,
plongeurs vite asphyxiés. Nous flottons sur la terre
en levant les yeux vers Celui qui garde
les noms effacés, l’étoile de chacun.

(Jean-Pierre Lemaire)

 

Recueil: Figure humaine
Traduction:
Editions: Gallimard

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La bibliothèque (Alexàndra Galanou)

Posted by arbrealettres sur 17 avril 2018




    
La bibliothèque

Des livres réconciliés
jusqu’à l’asphyxie
s’entretiennent sans bruit
avec le pendule du mur.

Des pages
en attente
accompagnent ce qui écoute
le silence habitant des nuits.
Elles attendent une ouverture,
ne serait-ce qu’un souffle de vie
momentané, insignifiant.
Effleurement fugitif
qui les feuillette.

À la tige desséchée
d’une rose
pend la promesse
d’une visite
sans cesse remise.

(Alexàndra Galanou)

 

Recueil: Dans les recoins des mots
Traduction:
Editions: Circé

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INTÉRIEUR (Paul Auster)

Posted by arbrealettres sur 8 avril 2018



 

INTÉRIEUR

Chair déchirée
du tout autre.
Et chaque chose ici, comme si c’était la dernière chose
à dire : le son d’un mot
marié à la mort, et la vie
qui est cette force en moi
à disparaître.

Volets clos. La poussière
d’un moi antérieur, vidant l’espace
que je ne remplis pas. Cette lumière
qui croît au coin de la pièce,
là où la pièce
entière
a basculé.

La nuit ressasse. Une voix qui ne me parle
que de choses infimes.
Pas même des choses — mais de leurs noms.
Et où n’est aucun nom —
de pierres. Le tintamarre des chèvres
remontant par les villages
de midi. Un scarabée
dévoré dans la sphère
de sa propre fiente. Et le pullulement violet
des papillons au loin.

Dans l’impossibilité des mots,
dans le mot imprononcé
qui asphyxie,
je me trouve.

(Paul Auster)

Illustration: Léon Bonnat

 

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