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QUATRE PEUPLIERS (Octavio Paz)

Posted by arbrealettres sur 10 avril 2018




QUATRE PEUPLIERS

Comme derrière elle-même va cette ligne
qui se poursuit dans les limites horizontales
et dans l’occident toujours fugitif
où elle se cherche se dissipe

– comme cette même ligne
par le regard levée
change toutes ses lettres
en une colonne diaphane
résolue en une non touchée
ni entendue ni vue mais pensée
fleur de voyelles et de consonnes

– comme cette ligne qui n’en finit pas de s’écrire
et avant de se consumer se redresse
sans cesser de s’écouler mais vers le haut :

les quatre peupliers.

Aspirés
par la hauteur vide et là en bas,
dans une flaque faite ciel, dupliquée,
les quatre sont un seul peuplier
et ils n’en sont aucun.

Derrière, frondaisons en flammes
qui s’éteignent – le soir à la dérive –
d’autres peupliers déjà haillons spectraux
interminablement ondulent
interminablement immobiles.

Le jaune glisse vers le rose,
la nuit dans le violet s’insinue.

Entre le ciel et l’eau
il y a une frange bleue et verte :
soleil et plantes aquatiques,
calligraphie ardente
écrite par le vent.
C’est un reflet suspendu dans un autre.

Passages : palpitations de l’instant.
Le monde perd corps,
il est une apparition, il est quatre peupliers,
quatre mélodies mauves.

De fragiles branches grimpent par les troncs.
Elles sont un peu de lumière avec un peu de vent.
Va-et-vient immobile. Avec les yeux
je les entends murmurer des paroles d’air.

Le silence s’en va avec le fleuve,
revient avec le ciel.

Réel est ce que je vois :
quatre peupliers sans poids
plantés sur un vertige.
Une fixité qui se précipite
vers le bas, vers le haut,
vers l’eau du ciel dormante
en un svelte effort sans dénouement
pendant que le monde lève l’ancre vers l’obscur.

Pulsation de clartés dernières :
quinze minutes assiégées
que Claude Monet voit d’une barque.

Dans l’eau s’abîme le ciel,
en elle-même l’eau fait naufrage,
le peuplier est un coup de feu bleu:
ce monde n’est pas solide.

Entre être et ne pas être titube l’herbe,
les éléments s’allègent,
les contours s’estompent,
moires, reflets, réverbérations,
scintillement de formes et présences,
brume d’images, éclipses,

nous sommes ce que je vois : miroitements.

(Octavio Paz)

Illustration: Claude Monet

 

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MONK EN SON SILENCE (Zéno Bianu)

Posted by arbrealettres sur 8 août 2017




    
MONK EN SON SILENCE
pour Yves Buin

Corps et cosmos synchronisés —
la musique naît en moi
sans arrêt

*

Présence absente
absence présente —
un imprécision qui tombe pile

*
Je flotte en dansant —
je rends
plus élégante

*

Chantiers d’énigmes
plénitudes ambrées —
je suis le maître de la dislocation

*

Une musique espiègle —
au beau milieu
d’un champ de ruines

*

Sentinelle de l’insondable —
d’une seule pièce
parce que démembré

*

Je joue au dépourvu —
j’appartiens
à la lignée du murmure farouche

*

D’espace en espace —
aspiré
par un seul point de beauté

*

Silence —
le fakir en sueur
rentre dans sa coquille d’absolu

(Zéno Bianu)

 

Recueil: Satori Express
Editions: Le Castor Astral

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JE TE NOMME… (René Guyomard)

Posted by arbrealettres sur 1 mars 2017



JE TE NOMME…

Visage je te nomme
Pour rien pour le temps d’une promesse
Luisante ardoise sous la pluie
Pour la solitude d’une ville
Serrant sur son corsage les étendues de sable

Pour toi-même pour la pomme éclatée
Dans l’herbe où le vent cherche ses petits

Je te nomme pour la rosée amoureuse
Qui perle au bord des cils et se mêle à la cendre
Et pour les cris flottant au loin sur les marais
Et pour l’oiseau gorgé de silence et de nuit

Je te nomme pour toi pour celui que tu fus
Visage goutte d’eau par le ciel aspirée.

(René Guyomard)

Illustration: ArbreaPhotos

 

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C’est ainsi que je pénétrai dans la grotte du secret langage (Oscar Milosz)

Posted by arbrealettres sur 11 janvier 2017



C’est ainsi que je pénétrai dans la grotte du secret langage ; et ayant été saisi
par la pierre et aspiré par le métal, je dus refaire les mille chemins de la
captivité à la délivrance.

Et me trouvant aux confins de la lumière, debout sur toutes le îles de la nuit,
je répétais de naufrage en naufrage ce mot, le plus terrible de tous : ici.

(Oscar Milosz)

Illustration: Claude Verlinde

 

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Le gant de crin (Pierre Reverdy)

Posted by arbrealettres sur 20 novembre 2016



Le gant de crin

Je ne suis pas, au surplus, à la recherche d’une forme quelconque.
Je n’en connais pas qu’il me plairait de revêtir.
Si j’en connaissais une toute prête,
je n’aurais même pas le courage de tenter le moindre effort pour l’atteindre.

Le poète doit chercher, partout et en lui-même, la vraie substance poétique,
et c’est cette substance qui lui impose la seule forme qui lui soit nécessaire.
Mais, ce qui m’absorbe plus que tout autre détail du problème,
c’est cette identité de la destinée poétique et de la destinée humaine.

Cette marche incertaine et précaire sur le vide, aspiré par en haut, attiré par en bas,
avec l’effroi à peine contenu d’une chute sans nom
et l’espoir toujours mal chevillé d’une fin ou d’un éternel commencement
dans l’éblouissement sans tourbillon de la lumière.

(Pierre Reverdy)

Découvert ici: http://revuedepoesie.blog.lemonde.fr/

 

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L’éclaircie (Luc Dietrich)

Posted by arbrealettres sur 11 septembre 2016



 

L’éclaircie

Dans la pâte des nuages une trouée se fait.
Les tiges et les troncs oscillent, la tête des arbres tourne
aspirée par la lumière comme par la véhémence du vide.

(Luc Dietrich)

Illustration

 

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UNE APPARENCE DE SOUPIRAIL (Jacques Dupin)

Posted by arbrealettres sur 8 octobre 2015



 

Rafal Olbinski  3 [1280x768]

UNE APPARENCE DE SOUPIRAIL

Écrire comme si je n’étais pas né. Les mots
antérieurs : écroulés, dénudés, aspirés par le gouffre.
Écrire sans les mots, comme si je naissais.

Tes travaux de couture : une aiguille vers le-nord,
une aiguille vers le sud, une aiguille vers le coeur…
Une aiguille plus fine pénétrant l’aiguille : douleur
percée à jour, clarté nue.

J’étais pour elle sous l’écaille, l’oeil immense et bleu
d’un caméléon de préhistoire. La lucidité d’avant
l’immersion.

(Jacques Dupin)

Illustration: Rafal Olbinski

 

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Agonie (Andrée Chedid)

Posted by arbrealettres sur 26 mars 2015



agonie

Bientôt aspiré
par quel vide
quel rythme
quel plein ?

Ton souffle s’accroche encore
aux turbulences du monde
au dernier signe d’amour…

(Andrée Chedid)

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