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Poésie

Posts Tagged ‘aspirer’

J’aspire à m’enfouir sous les arbres (Victor Hugo)

Posted by arbrealettres sur 22 juin 2020



Illustration: Karen L’Hemeury  
    
J’aspire à m’enfouir sous les arbres. Je suis
Comme ces animaux sauvages que des hommes

Ont pris, saisis, traînés dans la ville où nous sommes,
Et qui, dans une cage enfermés tristement,
Voyant la face humaine avec étonnement,
Font tous les mouvements d’un serpent qui se sauve,
A travers les barreaux passent leur museau fauve,
Et sombres, effarés, pensifs, cherchent à voir
Quelque taillis épais, quelque buisson bien noir,
Un trou profond caché dans un fouillis champêtre,
Où tout a coup dans l’ombre ils puissent disparaître

(Victor Hugo)

 

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INTERROGATION (Hugo von Hofmannsthal)

Posted by arbrealettres sur 16 juin 2020



 

Aristide Maillol  -Dina à la robe rouge, 1940

INTERROGATION

Ne remarques-tu donc pas comme mes lèvres tremblent ?
Ne peux-tu lire dans mes traits pâlis
Ni sentir dans mon sourire la souffrance et la feinte
Quand mes regards t’enveloppent et te cherchent ?

N’aspires-tu pas à vivre ? Ne veux-tu pas
Un bras vigoureux pour t’entraîner
Hors de ce marécage de jours déserts et vides
Sur lesquels errent de blafardes lumières ?

Ai-je donc mal compris tes insondables yeux ?
N’y ai-je pas vu quelque souhait secrètement étinceler ?
Ton regard humide ne cache-t-il pas une porte qui conduise
Vers ton âme ? Tes désirs endormis, tels d’immobiles roses
Sur un flot ténébreux, sont-ils donc comme ton babillage ?
Des mots, des mots, dépourvus d’âme…

(Hugo von Hofmannsthal)

Illustration: Aristide Maillol

 

 

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LE JOUEUR DE TROMPETTE (52è rue) (Langston Hughes)

Posted by arbrealettres sur 4 juin 2020



 

tableau-joueur-de-trompette [1280x768]

LE JOUEUR DE TROMPETTE (52è rue)

Le Noir
Avec la trompette à ses lèvres,
Porte sous les yeux sa lassitude
En sombres croissants de lune
Là où couve la braise mémorable
Des vaisseaux négriers
Que rallume le claquement des fouets
Autour des cuisses.

Le Noir
Avec la trompette à ses lèvres,
Sa tête frémissante de cheveux
Maintenant matés
Et lisses comme cuir qu’on a tant verni
Qu’ils brillent
Comme jais…
Si le jais pouvait lui faire une couronne.

La musique
De la trompette à ses lèvres
Est miel
Coulé dans le feu.
Le rythme
De la trompette à ses lèvres
Est extase
Exhalé d’antique désir…

Désir
Qui aspire à la lune
Quand sa lumière n’est qu’un projecteur
Au fond de ses yeux,
Désir
Qui aspire à la mer
Quand la mer n’est qu’un verre au comptoir
A la taille du nigaud.

Le Noir
La trompette à ses lèvres,
Dans son veston
Parfaitement boutonné
Ne sait pas
Sur quel motif la musique enfonce
Son aiguille hypodermique
Et le pénètre jusqu’à l’âme…

Mais doucement
Quand le chant monte de sa gorge,
Sa douleur mûrit
Et se change en note d’or.

***

Trumpet Player

The Negro
With the trumpet at his lips
Has dark moons of weariness
Beneath his eyes
where the smoldering memory
of slave ships
Blazed to the crack of whips
about thighs

The negro
with the trumpet at his lips
has a head of vibrant hair
tamed down,
patent-leathered now
until it gleams
like jet-
were jet a crown

the music
from the trumpet at his lips
is honey
mixed with liquid fire
the rhythm
from the trumpet at his lips
is ecstasy
distilled from old desire-

Desire
that is longing for the moon
where the moonlight’s but a spotlight
in his eyes,
desire
that is longing for the sea
where the sea’s a bar-glass
sucker size

The Negro
with the trumpet at his lips
whose jacket
Has a fine one-button roll,
does not know
upon what riff the music slips

It’s hypodermic needle
to his soul
but softly
as the tune comes from his throat
trouble
mellows to a golden note

(Langston Hughes)

 

 

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Voyage en montagne (Du Mu)

Posted by arbrealettres sur 20 avril 2020



Illustration
    
Voyage en montagne

Sentier pierreux serpentant dans la montagne froide
Là où s’amassent de blancs nuages, une chaumière…
J’arrête le char et aspire la forêt d’érables au soir
Feuilles givrées : plus rouges que les fleurs du printemps

(Du Mu)

 

Recueil: L’Ecriture poétique chinoise
Traduction: François Cheng
Editions: du Seuil

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Te souvient-il (Gérard Le Gouic)

Posted by arbrealettres sur 3 avril 2020



Tronoën [800x600]

Te souvient-il
de cette maison à vendre
qui nous plaisait tant ?

De ses fenêtres nues
nous apercevions Tronoën,
hache émoussée sortant de terre,
et par-dessus d’autres maisons basses
un pollen d’écume sur la mer.

Nous baignions dans une lumière
que nous buvions les yeux fermés,
que nous aspirions par l’oreille,
par le nez
comme le parfum d’une prairie coupée,
par les paumes
comme la tiédeur d’une hanche.

Te souvient-il
de cette maison à vendre
qui nous plaisait tant ?
Je ne sais plus pourquoi
nous ne l’avons pas achetée.
Ah si !
Nous n’avions pas l’argent.

Ici le ciel prend toute la fenêtre
où passent des oiseaux
et de silencieux aéronefs.
J’y reçois des amours
douces puis amères,
j’y loge mes amis poètes
et quand je m’assois pour écrire
j’aperçois la cathédrale de Quimper
dans son bateau vert.

(Gérard Le Gouic)

Illustration

 

 

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LE CŒUR (Alaida Foppa)

Posted by arbrealettres sur 19 février 2020



Illustration: Barbaras Bilder Kunst
    
LE CŒUR

On dit qu’il est aussi grand
que mon poing serré.
Petit donc,
mais suffisant
pour mettre en mouvement
tout ceci

C’est un ouvrier
qui travaille bien
quoiqu’il aspire au repos,
c’est un prisonnier
qui espère vaguement
s’échapper.

***

EL CORAZÓN

Dicen que es del tamaño
de mi puño cerrado.
Pequeño, entonces,
pero basta
para poner en marcha
todo esto.

Es un obrero
que trabaja bien
aunque anhele el descanso,
y es un prisionero
que espera vagamente
escaparse.

***

IL CUORE

Dicono che abbia la dimensione
del mio pungo chiuso.
piccolo, dunque,
ma sufficiente
per tenere in movimento
tutto questo.

È un lavoratore,
che lavora bene,
sebbene desideri una pausa;
è un prigionero
che sommessamente spera
di fuggire.

***

THE HEART

They say it’s the size
of my clenched fist.
Small, then,
but that’s enough
to set in motion
all of this.

It’s a laborer,
who works well,
though he longs for a break;
it’s a prisoner
who dimly hopes
to escape.

***

HET HART

Men zegt dat het zo groot is
als mijn gebalde vuist.
Klein, dus,
maar voldoende
om dit allemaal
in beweging te brengen

Het is een arbeider
die goed werkt
alhoewel hij verlangt naar rust,
het is een gevangene
die vaag hoopt
te ontsnappen.

***

INIMA

Se spune că ar fi
cât pumnul.
Foarte mică,
însă neobosită
pune-n mișcare toate
lucrurile.

Ea este truditoarea
ce impecabil bate
tânjind după odihnă,
și prizonieră este
nedeslușit visând
la evadare.

***

LU CORI

Diciunu ca è granni
comu lu pugnu dâ me manu.
Picciriddu, allura,
ma è capaci
di smoviri
tuttu chistu.

È un travagghiaturi
ca travagghia forti
puru ca sogna di na pausa;
È un priggiuneru
ca spera vanamenti
di evadiri.

***

O CORAÇÃO

Dizem que é do tamanho
do meu punho fechado.
Pequeno, pois não,
mas basta
para por em movimento
tudo isso.

É um trabalhador
que trabalha bem
embora sonhe com o descanso,
é um prisioneiro
que espera vagamente
a fuga.

***

DAS HERZ

Man sagt, es hätte die Größe
meiner geschlossenen Faust.
Also klein,
aber das genügt
um alles
in Gang zu setzen.

Es ist ein Arbeiter
der fleißig schafft
obwohl es sich nach Ruhe sehnt,
es ist ein Gefangener
der vage hofft
auszubrechen.

***

ΚΑΡΔΙΑ

Λένε έχει το μέγεθος μια γροθιάς.
Είναι μικρή τότε
μα μεγάλη αρκετά για
να βάλει τα πάντα σε κίνηση.

Εργάτης
που δουλεύει καλά
παρ’ όλο που αποζητά μιαν ανάπαυλα.
Φυλακισμένος που ποθεί
να δραπετεύσει.

***

SERCE

Mówią, że jest rozmiaru
mojej zaciśniętej pięści.
Małe,
ale wystarczająco duże,
by wprawiać w ruch
to wszystko.

To robotnik,
który pracuje dobrze,
choć pragnie odpoczynku;
to więzień,
który ma nikłą nadzieję
na ucieczkę.

***

***

心 脏

他们说心脏是
我紧握拳头的尺寸。
小,那么,
但这已足够
带动
所有器官。

它是个劳工,
工作得很好,
尽管他渴望休息;
它是个囚犯
渺茫地希望
逃走。

***

قلب

میگویند به سایز
مشت گره کرده من است.
کوچک، همزمان،
اما کافی است
تا به كار بیاندازد
تمام بدن را.

کارگری ست،
که خوب کار می کند،
گرچه آرزوی استراحت دارد؛
زندانیى است
که کم سو امیدی دارد
به فرار.

(Alaida Foppa)

 

Recueil: ITHACA 619
Traduction: Français Germain Droogenbroodt – Elisabeth Gerlache / Espagnol / Italien Luca Benassi / Anglais Stanley Barkan / Néerlandais Germain Droogenbroodt / Roumain Gabriela Căluțiu Sonnenberg / Corse Gaetano Cipolla / Portugais José Eduardo Degrazia / Allemand Wolfgang Klinck / Grec Manolis Aligizakis / Polonais Mirosław Grudzień – Małgorzata Żurecka / Indi Jyotirmaya Thakur / Chinois William Zhou / Persan Sepideh Zamani /Editions: POINT
Site: http://www.point-editions.com/en/

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Absence (Miguel Hernández)

Posted by arbrealettres sur 30 janvier 2020


 



Illustration: Isidre Nonell
    
Absence

Absence dans tout ce que je vois :
Tes yeux la reflètent.

Absence dans tout ce que j’entends :
ta voix dans le temps se perd.

Absence dans tout ce que j’aspire :
ton souffle sent l’herbe.

Absence dans tout ce que je touche :
ton corps se vide.

Absence dans tout ce que je tente :
ta bouche m’abandonne.

Absence dans tout ce que je ressens:
absence, absence, absence.

***

Ausencia

Ausencia en todo veo:
tus ojos la reflejan.

Ausencia en todo escucho:
tu voz a tiempo suena.

Ausencia en todo aspiro:
tu aliento huele a hierba.

Ausencia en todo toco:
tu cuerpo se despuebla.

Ausencia en todo pruebo:
tu boca me destierra.

Ausencia en todo siento:
ausencia, ausencia, ausencia.

(Miguel Hernández)

 

Site : http://artgitato.com/
Traduction: Français Jacky Lavauzelle / Espagnol
Editions:

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Désir (Chryssa Nikolakis)

Posted by arbrealettres sur 7 janvier 2020



Illustration: Herbert James Draper
    
Désir

Je te veux comme un ange déchu
ayant atteint son Ciel
et ayant bu à la source de cristal.
Je te veux ainsi qu’une fleur
qui a découvert la fontaine de Castalie
dans un désert d’Israël.
Je te veux semblable à un lac
qui aspire à son évasion,
à l’océan limpide
pour s’y unir avec moi.

J’aimerais pouvoir être le vent léger
sur tes lèvres
pour recevoir le baiser de ton eau
mais ta coupe est trop petite,
comment peut-elle me désaltérer ?

***

ΠΟΘΟΣ
Σε θέλω
σαν έκπτωτος άγγελος
που έφτασε στον Παράδεισο
κι ήπιε από πηγή καθάρια.
Σε θέλω
σαν λουλούδι
στην Ιουδαία έρημο
που βρήκε την Κασταλία Πηγή.
Σε θέλω
σαν λίμνη που αποζητά το αταξίδευτο
Ωκεανός να γίνει ν’ αποδράσει.
Σε θέλω
άνεμος γίνομαι στα χείλη σου
φιλί να με κεράσεις
μα είναι το λαγήνι σου μικρό
και πώς θα με χορτάσεις;

***

***

LONGING

I want you like a fallen angel
who reached his Heaven
and drank water from the crystal spring.
I want you like a flower
that discovered the Castalian Spring
in a Jewish desert.
I want you like a lake
that yearns for its escape
to the untraveled ocean
in which to merge.

I wish I could become
light wind upon your lips
to get the kiss of your water.
But your pitcher is too small
how can it quench me?

***

***

***

***

DESIDERANDO

Ti voglio come un angelo caduto
che ha raggiunto il suo paradiso
e bevuto acqua da una fonte di cristallo.
Ti voglio come un fiore
che ha scoperto la Fonte Castalia
in un deserto ebreo.
Ti voglio come un lago
che ha trovato la sua via di fuga
verso un oceano incontaminato
nel quale fondersi.

Vorrei poter diventare
un vento leggero sulle tue labbra
per essere baciato dalla tua acqua.
Ma la tua brocca è troppo piccola
– come potrai dissetarmi?

***

DESEJO

Desejo-te como um anjo caído
que alcançou o seu Céu
e bebeu a água do manancial cristalino.
Desejo-te como uma flor
que descubriu a fonte de Castália
num deserto judeu.
Desejo-te como um lago
anseia a sua fuga
ao oceano original,
para misturar-se com ele.

Quisera ser o vento suave
sobre os teus lábios
para receber de tua água o beijo
mas tua jarra é demasiado pequena
como poderia me refrescar?

***

DESEO

Te deseo como un ángel caído
que llegó a su Cielo
y bebió el agua del manantial cristalino.
Te deseo como una flor
que descubrió la fuente de Castalia
en un desierto judío.
Te deseo como un lago
que anhela su fuga
al océano prístino,
para mezclarse con él.

Quisiera ser el suave viento
sobre tus labios
para recibir de tu agua el beso
pero tu jarra es demasiado pequeña
¿cómo podría refrescarme?

***

DORINȚĂ

Te ador, ești îngerul căzut
și înălțat la ceruri,
bând apa cristalină.
Te ador ca floarea care află
izvorul de cleștar castilian
din al evreilor deșert.
Te ador ca lacul ce visează
să-și afle albia ce duce
spre-ntinsul ocean,
spre împreunare.

Aș vrea să fiu eu boare
ce buzele-ți alină
și apa ți-o sărută,
– dar nu-i prea mic potirul,
pentru a mă sătura?

***

***

VERLANGEN

Ich will dich als ein gefallener Engel
der seinen Himmel erreichte
und aus der kristallklaren Quelle Wasser trank
Ich will dich wie eine Blume.
die die Kastalische Quelle entdeckte
in einer jüdischen Wüste.
Ich will dich als einen See.
der sich sehnt nach seinem Auslauf
nach dem unberührten Ozean,
um sich mit ihm zu vereinigen.

Ich wünschte ich würde sanfter Wind
auf deinen Lippen
damit dein Wasser mich küsse,
aber dein Krug ist zu klein,
wie kann er mich laben?

***

VERLANGEN

Ik wil je als een gevallen engel
die zijn Hemel bereikte
en water dronk uit de kristalheldere bron.
Ik wil je als een bloem
die de Castalische bron ontdekte
in een joodse woestijn.
Ik wil je als een meer
dat hunkert naar zijn ontsnapping,
naar de ongerepte oceaan,
om er mij mee te vermengen.

Ik wou dat ik de lichte wind
op jouw lippen kon zijn
om van jouw water de kus te krijgen
maar jouw kruik is te klein,
hoe kan hij me laven?

(Chryssa Nikolakis)

 

Recueil: ITHACA 608
Traduction: Français Germain Droogenbroodt – Elisabeth Gerlache / Grec / Indi Jyotirmaya Thakur / Anglais Manolis Aligizakis – Stanley Barkan/ Népalais Keshab Sigdel / Arabe Hope Bouchareb / Chinois Zhou Dao Mo / Italien Luca Benassi / Portugais José Eduardo Degrazia / Espagnol Rafael Carcelén / Roumain Gabriela Căluțiu Sonnenberg / Hébreu Dorit Wiseman / Allemand Wolfgang Klinck / Néerlandais Germain Droogenbroodt /
Editions: POINT

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Eclat d’un miroir Dans la boue (Louis Guillaume)

Posted by arbrealettres sur 27 décembre 2019



miroirs-dans-boue

Eclat d’un miroir
Dans la boue. A toute heure
La cassure saigne,
Y vit un plein visage
Qui se souvient.
Tout envol le raie
Et s’y engouffre
L’horizon.
Le souffle dernier
Qui l’a terni
Renaît. Buées, nuées,
Toutes sont là. Même la nuit
Au fond des sources
Le soleil poursuit sa course.
Tout le jour il répond
Aux questions du soir.
Piège à regards. Un pas
L’écrase un peu plus.

*

Es-tu sûr d’être là ?
Est-ce bien toi qui parles ?
Une foule se bouscule
Devant la porte.
Derrière, la lumière…
Il faut feindre d’ignorer.
Tout savoir est suspect.
Seul devant le guichet.
De l’autre côté, tout recommence,
Un autre peuple, une autre attente.

*

Encore toi, la main tendue
Vers un reflet. La glace
Eclate. Tes doigts saignent.
Une voix t’appelle
Au bout du couloir.
L’escalier monte dans le noir.
Tu es là-haut.
Peut-être.

*

Grande marée qu’aspire
La lune pleine. Tout se cache
Dans cette poitrine.
Sommeil sur l’autre rive.
Ici, morsure du réveil.
Ton épaule
Attend, creux de vague.
Un arbre se couche sur le sable
La main remplie
De coquillages. Nacre et goudron.
Pourriture et sel. La nuit
Sort ses monstres. Une étoile
De mer est rongée par un crabe.
Un mât. Un mouchoir de fumée.
Une aile. La distance d’un rêve.
Un oiseau minuscule dit
Le bonheur d’être aveuglé
Par un jour encore.

(Louis Guillaume)

 

 

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Sans humains (Ingerborg Bachmann)

Posted by arbrealettres sur 17 novembre 2019



 

    
Sans humains

Château de nuées ensorcelé dans lequel nous dérivons…
Qui sait si nous n’avons pas déjà traversé ainsi
de nombreux cieux les yeux vitreux ?
Nous, bannis dans le temps
et expulsés de l’espace,
nous, aéronautes de la nuit sans fond.

Qui sait si nous n’avons pas déjà volé autour de Dieu
et, parce que nous tirions nos flèches d’écume sans le voir
en continuant de projeter notre semence
pour nous perpétuer en des lignées humaines toujours
plus obscures,
maintenant ne dérivons coupables ?

Qui sait si, depuis longtemps déjà, lentement nous ne mourons ?
Le bal de nuages avec nous aspire à s’élever toujours plus haut.
L’air raréfié aujourd’hui engourdit déjà nos mains,
et quand la voix se brisera et que notre souffle s’arrêtera… ?

Le sortilège se maintient-il dans les derniers instants ?

***

Menschenlos

Verwunschnes Wolkenschloß, in dem wir treiben…
Wer weiß, ob wir nicht schon durch viele Himmel
so ziehen mit verglasten Augen?
Wir, in die Zeit verbannt
und aus dem Raum gestoßen,
wir, Flieger durch die Nacht und Bodenlose.

Wer weiß, ob wir nicht schon um Gott geflogen,
weil wir pfeilschnell schäumten, ohne ihn zu sehen
und unsre Samen weiterschleuderten,
um in noch dunkleren Geschlechtern fortzuleben,
jetzt schuldhaft treiben?

Wer weiß, ob wir nicht lange, lang schon sterben?
Der Wolkenball mit uns strebt immer höyer.
Die dünne Luft lähmt heute schon die Hände.
Und wenn die Stimme bricht und unser Atem steht?

Bleibt die Verwunschenheit für letzte Augenblicke?

(Ingerborg Bachmann)

 

Recueil: Toute personne qui tombe a des ailes
Traduction: Françoise Rétif
Editions: Gallimard

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