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Toujours j’ai ressenti une perte – Du plus loin qu’il me souvienne (Emily Dickinson)

Posted by arbrealettres sur 27 mai 2018



Toujours j’ai ressenti une perte –
Du plus loin qu’il me souvienne
J’étais veuve – de quoi je ne savais
Trop jeune pour qu’on se doute

Qu’une Endeuillée rôdait parmi les enfants
J’allais cependant pareille
A qui sur un Empire se lamente
Étant le seul Prince en exil –

Plus vieille, Aujourd’hui, d’un cycle assagie
Et plus effacée, comme est la Sagesse
Doucement je poursuis encor la quête
De mes Insolvables Palais –

Et un Soupçon, comme un Doigt
De temps en temps touche mon Front
Je crois que je cherche aux antipodes
Le Lieu du Céleste Royaume –

***

A loss of something ever felt I —
The first that I could recollect
Bereft I was – of what I knew not
Too young that any should suspect

A Mourner walked among the children
I notwithstanding went about
As one bemoaning a Dominion
Itself the only Prince cast out –

Elder, Today, A session wiser,
And fainter, too, as Wiseness is
I find Myself still softly searching
For my Delinquent Palaces –

And a Suspicion, like a Finger
Touches my Forehead now and then
That I am looking oppositely
For the Site of the Kingdom of Heaven –

(Emily Dickinson)


Illustration: Odilon Redon

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La ligne droite (Maurice Blanchard)

Posted by arbrealettres sur 16 janvier 2018



La ligne droite

Dès lors, tout devenait simple et facile. L’homme
suivait la route des hommes. Les alizés suivaient les
flèches tracées sur les cartes. À l’heure du sommeil, au
sein de la nuit, je rentrais dans la maison des hommes,
dans une de ses innombrables chambres où l’étrange
faculté de renaître reprend ses droits, prodigue ses
sortilèges.
Tout à coup, un cri épais éclata : le cri des choses
— ainsi nommées parce qu’elles ne choisissent pas leur
chemin et qu’elles sont imperméables au tracé des
cartes — et je gravis les étages, telle une flamme sur le
bois mort. Derrière le mur, le cri s’éteignit, derrière le
mur d’une chambre sans porte, la seule de ce genre au
pays des problèmes.
Je frappai et me brisai les poings, je frappai comme
un bûcheron ivre à la porte de la forêt. Autour de moi,
des figures effrayées apparurent dans l’entrebâillement
des murs. Des figures de pierre vidées de leur sang, des
pensées assagies.

(Maurice Blanchard)


Illustration: Île Nancy

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