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Poésie

Posts Tagged ‘assassiné’

Tenez-vous prêts (Walt Whitman)

Posted by arbrealettres sur 22 janvier 2019



Pas une tombe des assassinés pour la liberté
qui ne fasse pousser une graine pour la liberté,
qui à son tour portera des graines,
Que le vent emporte au loin et reséme,
et les pluies et les neiges nourrissent.
Pas un esprit de son enveloppe corporelle
ne peut être délié par les armes des tyrans,
Qu’il ne parcoure invisiblement la terre,
en murmurant, conseillant, avertissant.

Liberté, que d’autres désespèrent de toi –
moi, jamais je ne désespère de toi.

La maison est close? Le maitre est absent ?
Tenez-vous prêts néanmoins, ne vous lassez pas de guetter,
Il va rentrer bientôt, ses messagers arrivent tout à l’heure.

(Walt Whitman)

Illustration

 

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Voir un ami pleurer (Jacques Brel)

Posted by arbrealettres sur 12 août 2018



    
Voir un ami pleurer

Bien sûr il y a les guerres d’Irlande
Et les peuplades sans musique
Bien sûr tout ce manque de tendres
Il n’y a plus d’Amérique
Bien sûr l’argent n’a pas d’odeur
Mais pas d’odeur me monte au nez
Bien sûr on marche sur les fleurs
Mais voir un ami pleurer!

Bien sûr il y a nos défaites
Et puis la mort qui est tout au bout
Nos corps inclinent déjà la tête
Étonnés d’être encore debout
Bien sûr les femmes infidèles
Et les oiseaux assassinés
Bien sûr nos coeurs perdent leurs ailes
Mais mais voir un ami pleurer!

Bien sûr ces villes épuisées
Par ces enfants de cinquante ans
Notre impuissance à les aider
Et nos amours qui ont mal aux dents
Bien sûr le temps qui va trop vite
Ces métros remplis de noyés
La vérité qui nous évite
Mais voir un ami pleurer!

Bien sûr nos miroirs sont intègres
Ni le courage d’être juifs
Ni l’élégance d’être nègres
On se croit mèche on n’est que suif
Et tous ces hommes qui sont nos frères
Tellement qu’on n’est plus étonnés
Que par amour ils nous lacèrent
Mais voir un ami pleurer

(Jacques Brel)


Illustration retirée sur demande de l’artiste

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Le tombeau des rois (Anne Hébert)

Posted by arbrealettres sur 9 mars 2018



chambre funéraire

Le tombeau des rois

J’ai mon coeur au poing
Comme un faucon aveugle.

Le taciturne oiseau pris à mes doigts
Lampe gonflée de vin et de sang,
Je descends
Vers les tombeaux des rois
Étonnée
À peine née.

Quel fil d’Ariane me mène
Au long des dédales sourds?
L’écho des pas s’y mange à mesure.

(En quel songe
Cette enfant fut-elle liée par la cheville
pareille à une esclave fascinée?)

L’auteur du songe
presse le fil,
Et viennent les pas nus
Un à un
Comme les premières gouttes de pluie
Au fond du puits.

Déjà l’odeur bouge en des orages gonflés
Suinte sous le pas des portes
Aux chambres secrètes et rondes
Là où sont dressés les lits clos.

L’immobile désir des gisants me tire.
Je regarde avec étonnement
À même les noirs ossements
Luire les pierres bleues incrustées.

Quelques tragédies patiemment travaillées,
Sur la poitrine des rois, couchées,
En guise de bijoux
Me sont offertes
Sans larmes ni regrets.

Sur une seule ligne rangés :
La fumée d’encens, le gâteau de riz séché
Et ma chair qui tremble :
Offrande rituelle et soumise.

Le masque d’or sur ma face absente
Des fleurs violettes en guise de prunelles,
L’ombre de l’amour me maquille à petits traits précis ;

Et cet oiseau que j’ai
Respire
Et se plaint étrangement.

Un frisson long
Semblable au vent qui prend, d’arbre en arbre,
Agite sept grands pharaons d’ébène
En leurs étuis solennels et parés.

Ce n’est que la profondeur de la mort qui persiste,
Simulant le dernier tourment
Cherchant son apaisement
Et son éternité
En un cliquetis léger de bracelets
Cercles vains jeux d’ailleurs
Autour de la chair sacrifiée.

Avides de la source fraternelle du mal en moi
Ils me couchent et me boivent ;
Sept fois, je connais l’étau des os
Et la main sèche qui cherche le coeur pour le rompre.

Livide et repue de songe horrible
Les membres dénoués
Et les morts hors de moi, assassinés,
Quel reflet d’aube s’égare ici?
D’où vient donc que cet oiseau frémit
Et tourne vers le matin
Ses prunelles crevées?

(Anne Hébert)

 

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Le réveil (Robert Desnos)

Posted by arbrealettres sur 20 février 2018



Le réveil

Entendez-vous le bruit des roues sur le pavé ?
Il est tard. Levez-vous. Midi à son de trompe
Réclame le passage à l’écluse et, rêvé,
Le monde enfin s’incarne et déroule ses pompes.

Il est tard. Levez-vous. L’eau coule en la baignoire.
Il faut laver ce corps que la nuit a souillé.
Il faut nourrir ce corps affamé de victoire.
Il faut vêtir ce corps après l’avoir mouillé.

Après avoir frotté les mains que tachait l’encre,
Après avoir brossé les dents où pourrissaient
Tant de mots retenus comme bateaux à l’ancre,
Tant de chansons, de vérités et de secrets.

Il est tard. Levez-vous. Dans la rue un refrain
Vous appelle et vous dit  » Voici la vie réelle « .
On a mis le couvert. Mangez à votre faim
Puis remettez le mors au cheval qu’on attelle.

Pourtant pensez à ceux qui sont muets et sourds
Car ils sont morts, assassinés, au petit jour.

(Robert Desnos)


Illustration: Gilbert Garcin

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Le cas de l’oiseau assassiné (Luis Cernuda)

Posted by arbrealettres sur 4 janvier 2018



 Illustration
    
Le cas de l’oiseau assassiné

Jamais, non jamais nous ne saurons
Pour quel motif un jour
Ces lumières frémirent à peine ;
Ce fut une écume de pleurs,
Une brise plus forte, rien peut-être.
Seules les vagues savent.

Aussi montrent-elles aujourd’hui dédaigneuses
Leur couleur de regards,
Leur couleur encore ignorante, même si un souvenir
Leur chante quelque chose, doucement.

Ce fut un oiseau peut-être assassiné ;
Personne ne sait. Par personne
Ou par quelqu’un triste peut-être sur les pierres,
Sur les murs du ciel.

Mais de cela aujourd’hui on ne sait plus rien.
Ne reste qu’un frisson de lumières à peine ;
Une couleur de regards dans les vagues ou la brise ;
Une peur, peut-être, aussi.
Le tout, il est vrai, incertain.

***

El caso del pájaro asesinado

Nunca sabremos, nunca,
Por qué razón un día
Esas luces temblaron levemente;
Fue una llorosa espuma,
Una brisa más grande, nada acaso.
Sólo las olas saben.

Por eso hoy muestran desdeñosas
Su color de miradas,
Su color ignorante todavía, aunque un recuerdo
Les cante algo, algo levemente.

Fue un pájaro quizá asesinado;
Nadie sabe. Por nadie
O por alguien quizá triste en las piedras,
En los muros del cielo.

Mas de ello hoy nada se sabe.
Sólo un temblor de luces levemente,
Un color de miradas en las olas o en la brisa;
También, acaso, un miedo.
Todo, es verdad, inseguro.

(Luis Cernuda)

 

Recueil: Un fleuve, un amour
Traduction: Jacques Ancet
Editions: Fata Morgana

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NOCTURNE (Axel Toursky)

Posted by arbrealettres sur 29 août 2017



 

homme à la fenêtre  rl

NOCTURNE

Une rue. Un arbre. Un oiseau.
Le jour qui ne veut pas mourir.
Le paysage assassiné
qui saigne au coin de la fenêtre.

Chaque seconde, sur la terre,
dans un hôtel qu’emplit la rumeur de la ville,
un homme jeune et solitaire
se penche sur sa vie.

Chaque seconde, c’est le blé
qu’on chauffe entre les mains crispées
avant d’abandonner au champ
cette pourriture agréable.

Il suffit d’écarter les doigts :
la pluie de Dieu enterre la semence.
L’oiseau tombe qui l’eût mangée.
Un chasseur passe à la lisière.

Demain vous serez mon visage,
souvenirs que j’ai laissé choir !
On blessera dans les herbages
les eaux assoupies de l’espoir.

(Axel Toursky)

Illustration

 

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Je ne sais plus aimer qu’avec la rage au cœur (Anna Gréki)

Posted by arbrealettres sur 25 mars 2017



Je ne sais plus aimer qu’avec la rage au cœur
C’est ma manière d’avoir du cœur à revendre
C’est ma manière d’avoir raison des douleurs
C’est ma manière de faire flamber des cendres
A force de coups de cœur à force de rage
La seule façon loyale qui me ménage
Une route réfléchie au bord du naufrage
Avec son pesant d’or de joie et de détresse
Ces lèvres de ta bouche ma double richesse

A fond de cale à fleur de peau à l’abordage
Ma science se déroule comme des cordages
Judicieux où l’acier brûle ces méduses
Secrètes que j’ai draguées au fin fond du large
Là où le ciel aigu coupe au rasoir la terre

Là où les hommes nus n’ont plus besoin d’excuses
Pour rire déployés sous un ciel tortionnaire
Ils m’ont dit des paroles à rentrer sous terre
Mais je n’en tairai rien car il y a mieux à faire
Que de fermer les yeux quand on ouvre son ventre

Je ne sais plus aimer qu’avec la rage au cœur
Avec la rage au cœur aimer comme on se bat
Je suis impitoyable comme un cerveau neuf
Qui sait se satisfaire de ses certitudes
Dans la main que je prends je ne vois que la main
Dont la poignée ne vaut pas plus cher que la mienne
C’est bien suffisant pour que j’en aie gratitude
De quel droit exiger par exemple du jasmin
Qu’il soit plus que parfum étoile plus que fleur
De quel droit exiger que le corps qui m’étreint
Plante en moi sa douceur à jamais à jamais
Et que je te sois chère parce que je t’aimais
Plus souvent qu’a mon tour parce que je suis jeune
Je jette l’ancre dans ma mémoire et j’ai peur
Quand de mes amis l’ombre me descend au cœur
Quand de mes amis absents je vois le visage
Qui s’ouvre à la place de mes yeux – je suis jeune
Ce qui n’est pas une excuse mais un devoir
Exigeant un devoir poignant à ne pas croire
Qu’il fasse si doux ce soir au bord de la plage
Prise au défaut de ton épaule – à ne pas croire…

Dressée comme un roseau dans ma langue les cris
De mes amis coupent la quiétude meurtrie
Pour toujours – dans ma langue et dans tous les replis
De la nuit luisante – je ne sais plus aimer
Qu’avec cette plaie au cœur qu’avec cette plaie
Dans ma mémoire rassemblée comme un filet

Grenade désamorcée la nuit lourde roule
Sous ses lauriers-roses là où la mer fermente
Avec des odeurs de goudron chaud dans la houle
Je pense aux amis morts sans qu’on les ait aimés
Eux que l’on a jugés avant de les entendre
Je pense aux amis qui furent assassinés
A cause de l’amour qu’ils savaient prodiguer

Je ne sais plus aimer qu’avec la rage au cœur

A la saignée des bras les oiseaux viennent boire

(Anna Gréki)

Illustration: Frida Kahlo

 

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POÉSIE – PAROLE SI BELLE SI PURE -… (Sophia de Mello Breyner Andresen)

Posted by arbrealettres sur 13 janvier 2017



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POÉSIE – PAROLE SI BELLE SI PURE -…

Poésie — parole si belle si pure —
Tu as tellement traîné le long des routes
Que tard la nuit je t’ai retrouvée perdue
Au bordel par un mort assassinée.

***

A BELA E PURA PALAVRA POESIA…

A bela e pura palavra Poesia
Tanto pelos caminhos se arrastou
Que alta noite a encontrei perdida
Num bordel onde um morto a assassinou.
(Sophia de Mello Breyner Andresen)

Illustration: Penny Hallas

 

 

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LE POIGNARD DANS LA PLAIE (Philippe Soupault)

Posted by arbrealettres sur 5 décembre 2016



 

LE POIGNARD DANS LA PLAIE
complainte

Pas encore mort mais ça viendra
chaque ride chaque soir annonce la prochaine
le dos se courbe sous le poids des cadavres
des jours vécus
et des êtres assassinés un à un
c’est le meilleur pour le pire
on croit qu’il suffit de chanter
pour oublier ou pour changer
la vie est belle et monotone
chantons l’hiver chantons l’automne
dormons l’été
quant au printemps espérons-le
toutes les saisons sont cruelles
croire à ce qui a été
à ce qui serait
comme à la chute des feuilles vertes
des gouttes de sang
croire au sommeil
croire à la mort
c’est vouloir oublier les saisons
et les années et les raisons

(Philippe Soupault)

Illustration: Jean-Georges Cornélius

 

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Ô l’espérance assassinée ! (Robert Mallet)

Posted by arbrealettres sur 3 mai 2016



Le sable se donne à la mer qui se donne
au ciel. Y respire l’immense image
d’une clarté de corps. Et se moissonnent
entre lèvres muettes et transparences
dans les regards luisants de la semence
une attente, une veille, un message
la croyance en l’absence habitée

Un coup de feu frappe la tempe
qu’effleurait un oiseau rassuré
Et gicle le sang du gibier
rouges le sable et le silence

Ô l’espérance assassinée !

(Robert Mallet)

Illustration: Albrecht Dürer

 

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