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Poésie

Posts Tagged ‘assaut’

CHÂTEAUX EN ESPAGNE (Emile Nelligan)

Posted by arbrealettres sur 23 juin 2021



CHÂTEAUX EN ESPAGNE

Je rêve de marcher comme un conquistador,
Haussant mon labarum triomphal de victoire,
Plein de fierté farouche et de valeur notoire,
Vers des assauts de ville aux tours de bronze et d’or.

Comme un royal oiseau, vautour, aigle ou condor,
Je rêve de planer au divin territoire,
De brûler au soleil mes deux ailes de gloire
À vouloir dérober le céleste Trésor.

Je ne suis hospodar, ni grand oiseau de proie ;
À peine si je puis dans mon coeur qui guerroie
Soutenir le combat des vieux Anges impurs ;

Et mes rêves altiers fondent comme des cierges
Devant cette Ilion éternelle aux cent murs,
La ville de l’Amour imprenable des Vierges !

(Emile Nelligan)


Illustration: Marie-Pierre Kuhn

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L’intervalle (Nohad Salameh)

Posted by arbrealettres sur 18 avril 2021




    
L’intervalle

[…]

Venus de plus loin que l’enfance
À bout de départs et de retours
De chutes et d’assauts
Nous basculons dans la blancheur unanime
Ni sanglot
Ni amertume
Pas même un bruissements
Mais l’intervalle.

[…]

(Nohad Salameh)

 

Recueil: Voix d’encre 33
Traduction:
Editions: Voix d’encre

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TRANSITION (Charles Cros)

Posted by arbrealettres sur 6 avril 2021



 

Alfred Stevens , Portrait of a young woman

TRANSITION

Le vent, tiède éclaireur de l’assaut du printemps,
Soulève un brouillard vert de bourgeons dans les branches.
La pluie et le soleil, le calme et les autans,
Les bois noirs sur le ciel, la neige en bandes blanches,
Alternent. La nature a comme dix-sept ans,
Jeune fille énervée, oscillant sur ses hanches,
Riant, pleurant, selon ses caprices flottants.

Pas encor le printemps, mais ce n’est plus l’hiver.
Votre âme, ô ma charmante, a ces heures mêlées.
Les branches noires sont pleines d’un brouillard vert.
Les mots méchants et les paroles désolées,
Sur vos lèvres, bouton d’églantine entrouvert,
Cessent à mes baisers. Ainsi les giboulées
Fondent, et le gazon s’émaille à découvert.

Votre moue est changée en rire à mes baisers,
Comme la neige fond, pâle retardataire,
Aux triomphants rayons du soleil. Apaisés,
Vos yeux, qui me jetaient des regards de panthère,
Sont bien doux maintenant. Chère, vous vous taisez
Comme le vent neigeux et froid vient de se taire.
Votre joue et le soir sont tièdes et rosés.

(Charles Cros)

Illustration: Alfred Stevens

 

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Où réside l’esprit? (Seamus Heaney)

Posted by arbrealettres sur 7 août 2020



Où réside l’esprit? Au-dedans, au-dehors
Des choses remémorées, des choses faites ou défaites?
Premier le cri de l’oiseau de mer, première l’âme

Imaginée dans l’aube froide de son cri?
Et son perchoir ultime? Le bâton fangeux d’un nid
De corneille, au sommet de la vieille tour de pierre,

Ou le buste de marbre dominant le parterre?
Habitable, la forme accomplie?
Habitée, la lumière venteuse?

Pourquoi la note maintenue, pourquoi la ligne maintenue
Sinon pour l’assaut qui rassure?

***

Where does spirit live? Inside or outside
Things remembered, made things, things unmade?
What came first, the seabird’scry or the soul

Imagined in the dawn cold when it cried?
Where does it roost at least? On dungy sticks
In a jackdaw’s nest up in the old stone tower

Or a marble bust commanding the parterre?
How habitable inhabited the windy light?

What’s the use of a held note or held line
That cannot be assailed for reassurance?

(Seamus Heaney)

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Le château de l’espérance (Stéphane Mallarmé)

Posted by arbrealettres sur 7 juillet 2020



Le château de l’espérance

Ta pâle chevelure ondoie
Parmi les parfums de ta peau
Comme folâtre un blanc drapeau
Dont la soie au soleil blondoie.

Las de battre dans les sanglots
L’air d’un tambour que l’eau défonce,
Mon coeur à son passé renonce
Et, déroulant ta tresse en flots,

Marche à l’assaut, monte, – ou roule ivre
Par des marais de sang, afin
De planter ce drapeau d’or fin
Sur ce sombre château de cuivre

– Où, larmoyant de nonchaloir,
L’Espérance rebrousse et lisse
Sans qu’un astre pâle jaillisse
La Nuit noire comme un chat noir.

(Stéphane Mallarmé)


Illustration: Sabin Balasa

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Dimanche matin (Michel Butor)

Posted by arbrealettres sur 27 novembre 2019




    
Dimanche matin

La neige au-dessus des mimosas, les paquets de
journaux près des flaques, la fontaine dans les bois où le
receveur des contributions nettoie sa voiture.

En bas les bâches bleues et rouges tendues sur les piles
de sacs de ciment et les taches de rouille ou de minium sur
les coques des cargos qui viennent de Limassol ou d’Odessa.

Plus loin quelques fleurs mauves dans les rochers
blancs, les nudistes parcourent le sentier des douaniers,
baisers dans les coins, chiens qui flairent, la mer lape les
galets et les retourne comme des pièces fausses.

Au large les yachts frétillent après une semaine de
somnolence, les mouettes virent à l’assaut, claquent un
peu et plongent vers les épluchures que les cuisiniers
laissent tomber dans leur sillage.

Puis l’heure sonne à travers le frisson des branches
et le tintement des câbles métalliques dans l’accalmie de
la circulation.

Soudain le nid du phénix s’enflamme dans les collines et les mots éperdus, comme lâchés après des mois
de claustration, se cherchent dans ma tête au galop.

Alors je ramasse au bord du chemin les fragments
d’un vieux prospectus vantant les mérites d’une voyante, et
m’appuie sur le dossier d’un banc pour écrire ceci au verso.

(Michel Butor)

 

Recueil: Collation précédé de HORS-D’OEUVRE scandés par les SOUVENIRS ILLUSOIRES D’UN JAPON TRES ANCIENS
Traduction:
Editions: Seghers

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Le ralenti du lierre (René Char)

Posted by arbrealettres sur 30 septembre 2019



J’ai captif,
épousé le ralenti du lierre
à l’assaut de la pierre de l’éternité.

(René Char)

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Les assauts de la mer (Guillevic)

Posted by arbrealettres sur 31 juillet 2019


Même assis sur la terre
Et regardant la terre,

Il n’est pas si facile
De garder sa raison
Des assauts de la mer.

(Guillevic)

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EN ROSE (Annie Salager)

Posted by arbrealettres sur 9 février 2019



 Illustration: Salvador Dali
    
EN ROSE

Désir toujours désir où s’avive
le mystère naïf du plaisir
lieu sans lieu
surgi et imprononçable
depuis ta rumeur de vies oubliées
que les vagues tirent par assauts
révélées à l’oubli en harmonies innocentes
en feu de fraîcheur qui ne s’épuise pas
mer aux reflets de jade aux patiences d’azur
mer aujourd’hui tu viens juste de naître
comme une rose sans pourquoi

(Annie Salager)

 

Recueil: La Mémoire et l’Archet
Traduction:
Editions: La rumeur libre

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La bouche d’Amaranthe (Pierre de Marbeuf)

Posted by arbrealettres sur 27 janvier 2019



 

Sung Jin Kim  Realistic-Lips-Paintings-10-498x296

La bouche d’Amaranthe

Beau corail soupirant, ce pourpre qui me flatte
Allaite d’espérance et d’amour mes esprits :
Belle et petite bouche où s’enfante un souris,
Qui semond à baiser votre vive écarlate.

Vos dents riches remparts d’une voix délicate,
Dessus les diamants emporteront le prix :
Si de votre douceur ils sont tant favoris,
Que votre langue veuille être leur avocate.

Vermeillon merveilleux, prison des libertés,
Trésor de l’Orient, blanches égalités,
Ô rempart précieux que j’assauts d’espérance,

Belles dents, petits dés, avec lesquels l’amour
Gagna mes libertés et mon coeur l’autre jour,
Aujourd’hui livrez-moi quelque meilleure chance.

(Pierre de Marbeuf)

Illustration: Sung Jin Kim

 

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