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LA NUIT EXORCISÉE (Jules Tordjman)

Posted by arbrealettres sur 22 mars 2018



 

LA NUIT EXORCISÉE

J’aurai des yeux de mendiant
Pleins de richesses inconnues,
Des mains liant et déliant
Ma faim sauvage, mes soifs nues.

Brasier fiévreux : ma liberté
Couvée en mon âme asservie…
… Être ainsi le ressuscité
Surpris de rentrer dans ma vie.

J’aurai le signe d’or au front,
Je marcherai dans ma légende
Et des lumières bougeront
Par-dessus le ciel en offrande.

*

Souffles tendus sur des printemps
Où brille sait-on quelle moire ?
Beau massif de mes quarante ans,
Érige-toi dans ma mémoire.
Foulez, mes pas, l’humus du temps.

*

La terre, ma chaude inconnue,
Je l’ai saisie, oh ! son soleil
D’argile douce, d’eau feuillue
Porteuse d’arbres en éveil
Dans leur tendresse encore nue.

*

Rédemptrice, et vibrent tes mains
Dans la musicale rosée
De cette nuit exorcisée
Du maléfice des chemins.

Nous t’appelons la Voyageuse
Depuis que l’anneau de ton cri
Est devenu ce signe inscrit
Sur le blason de Bételgeuse.

Belle allumeuse des cailloux
Qui figurent au sein des fleuves
Un vrai semis d’étoiles neuves,
Ah ! dorme en toi ce coeur de nous.

(Jules Tordjman)

 

 

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Je ne sais quel nom lui donner dans mes rêves (Luis Cernuda)

Posted by arbrealettres sur 4 janvier 2018




    
Je ne sais quel nom lui donner dans mes rêves

Je rencontrai cette forme devant la mienne
A l’heure du crépuscule,
Quand les disparitions
Confondent pour les yeux les couleurs,
Quand le dernier amour
Cherche l’ultime corps.

Une angoisse sans fond hurlait entre les pierres ;
En route vers l’air, des hommes sourds,
Tête oubliée,
Passaient au loin, libres ou morts ;
Honteux cortège de fantômes
Et leurs chaînes brisées qui pendaient à leurs mains.

Alors la vie posa une lampe
Sur des murs sanglants ;
Le jour déjà fatigué séchait tristement
Les futures aurores, rapiécées
Comme loques de roi.

La lampe c’était toi,
Mes lèvres, mon sourire,
Forme que trouvent mes mains dans tout ce qu’elles
touchent.

Si mes yeux se ferment c’est pour te trouver en rêve,
Derrière la tête,
Derrière le monde asservi,
Dans ce pays perdu
Que sans le savoir nous avons quitté un jour.

***

No se que nombre darle en mis sueños

Ante mi forma encontré aquella forma
En tiempo de crepúsculo,
Cuando las desapariciones
Confunden los colores a los ojos,
Cuando el último amor
Busca el cuerpo postrero.

Una angustia sin fondo aullaba entre las piedras;
Hacia el aire, hombres sordos,
La cabeza olvidada,
Pasaban a lo lejos como libres o muertos;
Vergonzoso cortejo de fantasmas
Con las cadenas rotas colgando de las manos.

La vida puso entonces una lámpara
Sobre muros sangrientos;
El día ya cansado secaba tristemente
Las futuras auroras, remendadas
Como harapos de rey.
La lámpara eras tú,
Mis labios, mi sonrisa,
Forma que hallan mis manos en todo lo que alcanzan.

Si mis ojos se cierran es para hallarte en sueños,
Detrás de la cabeza,
Detrás del mundo esclavizado,
En ese país perdido
Que un dia abandonamos sin saberlo.

(Luis Cernuda)

 

Recueil: Un fleuve, un amour
Traduction: Jacques Ancet
Editions: Fata Morgana

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Par délicatesse (Sophia de Mello Breyner Andresen)

Posted by arbrealettres sur 11 novembre 2017



Par délicatesse

Ballerine j’ai été
Mais jamais n’ai dansé
Devant les grilles
N’ai fait que trois pas

Si bref le début
Si tôt nié
J’ai dansé sur l’envers
Du temps cadencé

Danseuse j’ai été
Mais jamais n’ai dansé
Me suis enfermée
Dans la prison du roi

Où, la mer ouverte
Et le temps blanchi ?
Me suis perdue si près
Du jardin recherché

Ballerine j’ai été
Mais jamais n’ai dansé
Ma vie entière j’ai été
Comme aveugle à errer

Ma vie attachée
Jamais ne l’ai détachée
Comme Rimbaud
Moi aussi je dirai :

« Oisive jeunesse
A tout asservie
Par délicatesse
J’ai perdu ma vie. »

(Sophia de Mello Breyner Andresen)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

Illustration: Pierre Corratgé

 

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J’ai perdu ce qui faisait de moi un poète (Mireille Havet)

Posted by arbrealettres sur 22 mars 2017



J’ai perdu
ce qui faisait de moi un poète

et je suis devenue un être
avec toutes les paresses,
toutes les lâchetés,

tous les désirs des êtres
que la vie a domestiqués,

asservis sous son poing de fer,
courbés sous le joug de l’argent,
de l’amour et de l’ennui.

(Mireille Havet)

Découvert ici: http://www.bulledemanou.com/

 

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La poésie sauvera le monde (Jean-Pierre Siméon)

Posted by arbrealettres sur 13 mars 2017



La poésie sauvera le monde, si rien le sauve.
Au reste, elle le sauve chaque jour de son indignité.

***

L’homme du XXIe siècle, homme distrait,
est captif des représentations dont il est assailli,
asservi à ce que la grande machinerie
des mots et des images surabondants, projettent devant lui.
Il n’a plus ni l’espace ni le temps de produire
de lui-même l’imaginaire qui les constituerait.

L’imaginaire est aujourd’hui un territoire occupé et soumis.
Et je dis que tout poème est un acte de résistance contre cette oppression.

***

Rendre la poésie populaire, la plus distinguée poésie,
c’est venger le peuple de la vulgarité à quoi on le réduit,
par le partage de la distinction.

(Jean-Pierre Siméon)

Illustration: Josephine Wall

Découvert ici: https://eleonoreb.wordpress.com/

 

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Les quolibets étaient cactus (Georges Bonnet)

Posted by arbrealettres sur 21 février 2017



 

Les quolibets étaient cactus
les injures jetaient des pierres
mais ils s’émouvaient du bleu des mers
asservi en mappemondes
ou du ciel abattu par l’étang

Les soirs de pleine lune des appels
indéfinissables pouvaient leur parvenir
d’avant le temps
quand rien n’avait de nom

(Georges Bonnet)

 

 

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Les soupirs d’une âme exilée (Martial de Brives)

Posted by arbrealettres sur 14 avril 2016



Les soupirs d’une âme exilée

Je vis, mais c’est hors de moi-même,
Je vis, mais c’est sans vivre en moi ;
Je vis dans l’objet de ma foi
Que je ne vois pas et que j’aime ;
Triste nuit de long embarras
Où mon âme est enveloppée,
Si tu n’es bientôt dissipé,
Je me meurs de ne mourir pas.

Le nœud de flamme et de lumière
Qui lie à Dieu seul mon amour
Fait par un amoureux détour
Qu’il soit captif, et moi geôlière ;
À voir qu’en de faibles appâts
Il trouve une prison si forte,
Un si grand zèle me transporte
Que je meurs de ne mourir pas.

Bon Dieu, que longue est cette vie !
Fâcheux exil qui me détiens,
Que ta prison et tes liens
Pèsent à mon âme asservie :
L’espoir d’être libre au trépas
Me cause tant d’impatience,
Qu’attendant cette délivrance
Je me meurs de ne mourir pas.

Que cette vie est dégoûtante
Où l’on ne tient Dieu qu’en désir,
Où l’amour mêle son plaisir
À l’ennui d’une longue attente ;
Sentant que mon cœur déjà las
Succombe sous un faix si rude,
Je suis en telle inquiétude
Que je meurs de ne mourir pas…

(Martial de Brives)

Illustration: Ernest Pignon-Ernest

 

 

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Jeune en automne (Lorine Niedecker)

Posted by arbrealettres sur 11 avril 2016



 

Oiseau d'Argentine

Jeune en automne je disais : les oiseaux
sont dans l’imminente pensée
du départ

À mi-vie n’ai rien dit –
asservie
au gagne-pain

Grand âge – grand baragouin
avant l’adieu
de tout ce que l’on sait

***

Young in Fall I said: the birds
are at their highest thoughts
of leaving

Middle life said nothing –
grounded
to a livelihood

Old age – a high gabbling gathering
before goodbye
of all we know

(Lorine Niedecker)

Illustration: ArbreaPhotos
 

 

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Ô toi asservi au froid de l’hiver (Rûmi)

Posted by arbrealettres sur 24 mars 2016



Ô toi asservi au froid de l’hiver
comme le corbeau

Tu es privé du rossignol,
de la roseraie et du jardin

Écoute ! Si par négligence
tu laisses échapper cet instant

Tu feras bien des recherches,
avec cent yeux et cent flambeaux.

(Rûmi)

Illustration

 

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Nous voici plus fidèles que nos voix passagères (Fernand Verhesen)

Posted by arbrealettres sur 9 mars 2016



Je conjuguais les pièges et l’espoir
C’était l’attente
la nudité calcinée

Désormais il fait jour
jusqu’à l’horizon
jusqu’au fond de l’espace
où se profile un visage

Toute distance s’ordonne
autour du regard
Les issues éprises de souffle
reconnaissent nos paroles
portées par la fête
où s’ajustent les rencontres

Nous consentons aux liens
d’une haute liberté
Veille le coeur à vif
sur les nuits asservies

Nous voici plus fidèles
que nos voix passagères

(Fernand Verhesen)

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