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LES CARACTÈRES ILLISIBLES (Jean Tardieu)

Posted by arbrealettres sur 15 avril 2019




    
LES CARACTÈRES ILLISIBLES

Ce que tu assembles, ce que tu divises
se passe au fond de ton sang
hors de ta volonté : tu assistes
et tu te révoltes de n’être qu’un témoin
sans nul pouvoir.

Cette faible vie, tu aurais voulu la dominer
et tu ne parviens
(à force de vigilance)
qu’à percevoir en deçà et au-delà
des éclairs indéchiffrables
quelques lointains roulements
annonçant que tout se prépare.

Bientôt ce qui est imprévu sera là
et ce que nous attendions s’enfuira.
Nous serons atteints par surprise
sans avoir compris sans savoir lire
les figures de nos propres rêves
pourtant inscrites en lettres géantes
sur la face changeante des nuages.

(Jean Tardieu)

 

Recueil: L’accent grave et l’accent aigu
Traduction:
Editions: Gallimard

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CE QUI VA ET VIENT (Jean Tardieu)

Posted by arbrealettres sur 13 avril 2019





Illustration: René Magritte

    
CE QUI VA ET VIENT

D’où (lentement) vient ce qui vient ?
D’où émerge ce qui s’élève ?
D’où sort vivement ce qui veut,
ce qui veut être et veut être visible ?

J’assiste je ne sais pas
qui voit qui est vu qui gronde qui se tait
qui demeure qui se disperse
brille par ici s’éteint là-bas

Ce qui veut être
est-ce moi qui ne suis plus ?
Ce qui est tenu n’est pas entendu
Ce qui devait venir nest pas venu
Ce peu de chose n’est rien.

Mais l’ombre et la lumière (que je connais bien)
tournent autour l’un de l’autre
formant au regard maints objets pleins
par exemple le silence d’une plante
par exemple le poids d’une pierre
ou un simple mouvement
qui va qui s’éloigne qui revient
pendant que je me tiens debout

Quelquefois je marche et ne dis rien.

(Jean Tardieu)

 

Recueil: L’accent grave et l’accent aigu
Traduction:
Editions: Gallimard

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LA NUIT (Alejandra Pizarnik)

Posted by arbrealettres sur 12 novembre 2018




LA NUIT

Je connais peu la nuit
mais la nuit semble me connaître
et en plus m’assiste, comme si elle m’aimait,
couvre ma conscience de ses étoiles.

Peut-être la nuit est-elle la vie et le soleil la mort.
Peut-être la nuit est-elle rien
et les conjectures sur elle rien
et les êtres qui la vivent rien.
Peut-être les mots sont-ils seuls à exister
dans l’énorme vide des siècles
qui nous griffent l’âme de leurs souvenirs.

Mais la nuit doit savoir la misère
qui s’abreuve de notre sang et de nos idées.
Elle doit jeter sur nos regards de la haine
les sachant pleins d’appétits, de désunions.

Mais il arrive que j’entends la nuit pleurer dans mes os.
Son immense larme délire
et crie que quelque chose est parti pour toujours.
Un jour, nous reviendrons à être.

(Alejandra Pizarnik)

Illustration

 

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220 satoris mortels (François Matton)

Posted by arbrealettres sur 13 août 2018



Illustration

    

Quand ce serait l’heure d’y aller
mais qu’on n’y est pas du tout

Quand en sauvant un papillon
attaqué par des fourmis
on se prend pour un saint

Quand on est si loin de chez soi
qu’on finit par l’oublier

Quand on est couché dans son lit
et qu’on entend soudainement craquer
le plancher du grenier

Quand le spectacle de la Nature
devient le seul spectacle supportable

Quand on est heureux
et malheureux
simultanément
sans raison

Quand
OH Regarde

Quand un arc-en-ciel
une colline jaune
un lapin à deux pas

Quand la projection
est subitement suspendue

Quand on ne saurait dire
si le monde préexiste à la perception

Quand toutes les salles se vident
et que le silence revient

Qaund passer le balai
se révèle plus efficace
qu’avaler un anxiolytique

Quand on n’est plus personne
à l’instant où le petit oiseau va sortir

Quand tout paraît
bulles de savon
à la surface
et au-dedans

Quand un changement de focale
sauve du monde bavard des hommes

Quand on se demande bien
pourquoi
on n’a pas commencé par là

Quand la montagne
déplace la Foi

Quand on hésite à frapper
au seuil de l’Inconnu

Quand on jurerait être
déjà passé par là

Quand les mots s’espacent
à mesure que le souffle s’allonge

Quand la joie se réveille
au moment où
on s’y attend le moins

Quand toute votre enfance resurgit
du simple fait d’être
monté au grenier

Quand on s’arrête
soudainement
de se croire
un monstre

Quand ça chatouille les chakras
à travers la forêt
des plaisir sensoriels

Quand tout l’éclat du monde
se concentre sur un seul point

Quand on espère très fort
que ça n’est pas une mauvaise blague

Quand bêtement
d’un coup
on ne veut plus
mourir

Quand vous n’avez
plus de tête
et que vous ne
le regrettez pas

Quand on assiste
au retour inopiné
de figures
très aimées

Quand la joie descend
jusqu’aux orteils

Quand la tentation est trop forte
bien que le panneau soit énorme

Quand ça semblerait bien
pouvoir durer toujours

Quand Ouuuiii ii i iii i i i i

Quand on n’a plus
qu’une envie

Quand il fait si bon
si doux
si tout

Quand cet élan
qui nous prend
c’est le pur Amour

[…]

(François Matton)

 

Recueil: 220 satoris mortels
Traduction:
Editions: P.O.L.

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LE PÉCHÉ (Attila József)

Posted by arbrealettres sur 13 juin 2018



Illustration: Franz von Stück
    
LE PÉCHÉ

Jе suis sans doute un pécheur endurci
Mais je peux m’en accommoder.
Pourtant un détail me pèse. Voici :
Où donc est caché mon péché ?

Pécheur je suis, je ne le nierai point,
Mais quoique à mon péché je prête
Maints noms, je sais qu’autre chose est le mien;
Peut-être bien que c’est très bête ?

Comme un avare son trésor enfoui,
J’ai cherché ce péché partout.
J’ai abandonné ma mère pour lui,
Et pourtant j’avais le coeur doux…

A la longue je pourrais le trouver
Chez le plus vertueux peut-être…
J’inviterai mes amis au café
Pour, devant eux, lе reconnaître.

J’avouerai : j’ai tué! Qui? Je ne sais plus…
C’était peut-être bien mon père ?
Par une nuit poisseuse, je l’ai vu
Répandre à flots son sang par terre…

Je le perçais de mon couteau… Mais chut !
Puisque nous sommes tous humains.,
Nous la ferons tous, cette atroce chute,
Une nuit, un trou dans le sein.

Je dirais tout, puis j’attendrai, guettant
Qui à sa tâche s’en ira,
Qui méditera et qui, s’effrayant,
Pourtant de sa peur jouira.

Et je trouverai quelqu’un, à la longue,
Dont les yeux chaleureux diront:
Ton histoire n’est pas unique au monde,
Et tu n’es pas le seul, voyons !

Peut-être mon cas est-il seulement
Enfantin, et très simple en soi…
Que le monde soit celui de l’enfant !
Que sans bride il joue devant moi !

Je ne crois pas en Dieu. S’il en est un,
Qu’il ne s’occupe pas de moi,
Je m’absoudrai moi-même dans mon sein,
Et qui vivra m’assistera!

(Attila József)

 

Recueil: Aimez-moi – L’oeuvre poétique
Traduction: Georges Kassaï
Editions: Phébus

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Vivre dans la réalité de l’esprit (Roger Quesnoy)

Posted by arbrealettres sur 21 avril 2018



Vivre dans la réalité de l’esprit
Se tenir le plus près possible
du point où les pensées se forment.
Assister à leur éclosion.

Nous sommes déjà dans le pays
Où l’on n’arrive jamais.
Mais nous bivouaquons aux frontières.

(Roger Quesnoy)

 

 

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Chanson pour le voyage (Joseph von Eichendorff)

Posted by arbrealettres sur 21 mars 2018




    
Chanson pour le voyage

c’est tellement calme en chemin
en mon coeur
n’importe la route elle est droite
n’importe il fait beau

où va le chemin il me semble
mon toit le ciel
le soleil chaque jour m’assiste
les étoiles veillent

et que j’arrive tôt ou tard
le but m’attend
que voudrait dire fausse route
Dieu dans ton giron

***

Reiselied

So ruhig geh ich meinen Pfad,
So still ist mir zumut ;
Es dünkt mir jeder Weg gerad
Und jedes Wetter gut.

Wohin mein Weg mich führen mag,
Der Himmel ist mein Dach,
Die Sonne kommt mit jedem Tag,
Die Sterne halten Wach.

Und komm ich spät und komm ich früh
Ans Ziel, das mir gestellt :
Verlieren kann ich mich doch nie,
O Gott, aus deiner Welt !

(Joseph von Eichendorff)

 

Recueil: Poèmes de l’étrange départ
Traduction: Philippe Marty
Editions: Grèges

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Final (Julio Cortázar)

Posted by arbrealettres sur 12 février 2018



 


    
Final

De même quand la vie laissée derrière
revient légère, à peine dans le pas
fugace de l’air, du nuage, du verre
qui au soleil irise son vide courbe,

de même, grissaille au lever du jour
ou ombre d’un oiseau sur le plafond,
et moins qu’image, que souvenir, survol
du baiser sur la bouche déjà oubliée,

j’assiste à ta naissance de l’absence,
auréole des jeux d’eau où tu t’amuses
avec l’enfance souple des reflets,

et à nouveau se hisse dans ce désert
ta dure essence qui me livre, amour,
à la vaine espérance du miroir.

(Julio Cortázar)

 

Recueil: Crépuscule d’automne
Traduction: Silvia Baron Supervielle
Editions: José Corti

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Toi qui t’abreuves (Charles Juliet)

Posted by arbrealettres sur 23 janvier 2018



Illustration: William Blake
    
toi qui t’abreuves
aux sources profondes
qui jouis de la réponse
sans avoir eu
à poser la question

qui te confonds
avec la terre
de mes collines

qui a connu
tant de saisons
d’heures torrides
de nuits où
les pierres éclataient

ouvre-moi
le chemin

assiste-moi
au long
de la spirale

aide-moi
à naître

(Charles Juliet)

 

Recueil: Moisson
Traduction:
Editions: P.O.L.

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Elle avait un sourire égal au goéland (Guillevic)

Posted by arbrealettres sur 7 avril 2017




Elle avait un visage
Comme sont les visages
Ouverts et refermés
Sur le calme du monde.

Dans ses yeux j’assistais
Aux profondeurs de l’océan, à ses efforts
Vers la lumière supportable.

Elle avait un sourire égal au goéland.
Il m’englobait.

(Guillevic)

Illustration: Calirezo

 

 

 

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