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Poésie

Posts Tagged ‘assouvi’

Nocturne (Alain Borne)

Posted by arbrealettres sur 5 décembre 2017



Illustration: Paul Delvaux
    
Nocturne

Le sang n’est pas nu sous les robes pâles
dont la soif monte au corps de l’amant ;
passeur sans lassitude le simple sang des femmes
ne coule qu’une fois pour cent mille blessures.

Laissez en repos ce veilleur suave
dont le vol aux lèvres donne un goût de roses
bénissez le feu de cette doublure
qui sait cheminer dans les plis du marbre

— et ton sang lui-même saurais-tu l’atteindre
qui perce ton coeur d’appels sans écho ? –
ton sang dont tu vis, ton sang solitaire
long pleur assouvi par aucun sanglot
joyau sans pareil qui veut son pareil
ton sang dont tu vis, ton sang dont tu meurs
le sang n’est pas nu sous les robes pâles
ton désir est vain comme tout espoir.

Par les rues l’homme de songes
marche sur la neige morte dans la ville aveugle
un feu de lune dans son char
par les rues guidant son cheval
avec le double éclair dans le brouillard
de ses yeux clairs

Des femmes sont en prières qui n’ont plus d’amour
derrière les volets
des vierges s’éteignent au frisson des faims
beaux sangs tentés de partages.

Par les rues l’homme de songes
va sur la neige morte dans la ville aveugle
et nul ne l’entend
la femme morte de son coeur marche en avant
belle de l’éternel hiver
et blanche.

Un cor rouillé de chasse sans gibier brille à son cou
il rit, il passe, il rit et n’éveille personne
dans la ville fanée glissant vers les cyprès
dans la ville où seuls les miroirs se souviennent.

(Alain Borne)

 

Recueil: Oeuvres poétiques complètes
Traduction:
Editions: Curandera

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RÉVEIL (Jean Richepin)

Posted by arbrealettres sur 2 avril 2017



RÉVEIL

Nous avons été des gens sages
Cette nuit, je ne sais pourquoi.
Or, ce matin, je sens en moi
Des éternités de nuages.

Toi-même sur ton front vermeil
Tu gardes des reflets nocturnes,
Et tes yeux sont comme des urnes
Où fume un restant de sommeil.

Nous avons trop dormi, ma chère.
Notre vorace amour se plaint
De n’avoir pas le ventre plein,
Lui qui fait toujours bonne chère.

Allons, mignonne, allons, debout!
Chassez-moi nos pensers funèbres.
J’ai nourri mes yeux de ténèbres,
J’ai fait des rêves de hibou.

Mais en vous voyant fraîche et rose.
J’en fais qui sont couleur de jour.
J’entends la voix de notre amour
Qui pour fleurir veut qu’on l’arrose.

C’étaient nos vœux inapaisés
Qui nous rendaient mélancoliques.
Donnons à nos cœurs faméliques
Un large repas de baisers.

C’est le remède, c’est la vie !
Tu m’enlaces ; moi, je t’étreins ;
Et mangeant le feu de nos reins,
Se tait notre bête assouvie.

Les désespoirs les plus ardents.
Les tristesses les plus farouches,
Quand nous unissons nos deux bouches,
Sont égorgés entre nos dents.

(Jean Richepin)

Illustration

 

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Embrasse-moi, mon coeur … (Rémy Belleau)

Posted by arbrealettres sur 11 mars 2017



 

Carmen Tyrrell  c.t.Lovers Je te Aime 1500

Embrasse-moi, mon coeur…

Embrasse-moi, mon coeur, baise-moi, je t’en prie,
Presse-moi, serre-moi ! À ce coup je me meurs !
Mais ne me laisse pas en ces douces chaleurs :
Car c’est à cette fois que je te perds, ma vie.

Mon ami, je me meurs et mon âme assouvie
D’amour, de passions, de plaisirs, de douceurs,
S’enfuit, se perd, s’écoule et va loger ailleurs,
Car ce baiser larron me l’a vraiment ravie.

Je pâme ! Mon ami ! mon ami, je suis morte !
Hé ! ne me baisez plus, au moins de cette sorte.
C’est ta bouche, mon coeur, qui m’avance la mort.

Ote-la donc, m’amour, ote-la, je me pâme !
Ote-la, mon ami, ote-la, ma chère âme,
Ou me laisse mourir en ce plaisant effort !

(Rémy Belleau)

Illustration: Carmen Tyrrell

 

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Heure de présence (Jean Tardieu)

Posted by arbrealettres sur 20 octobre 2016



Nous cherchons au bord d’une eau louche
l’éclatement d’un soleil clandestin.
Les désirs assouvis sont jetés aux souches
çà et là sous le jour incertain.

Peut-être est-ce un bureau ou une prairie
chargée de débris et de reliefs
ou encore un fauteuil couvert d’affreuses broderies?

Quelqu’un siffle en tout cas
et l’autre lui répond.
Un mince rayon fuit du sol au plafond.
C’est le moment de rire et de casser la vie
à tout petits coups de talon.

(Jean Tardieu)

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Poème mon frère sauve ma misère (Mano Solo)

Posted by arbrealettres sur 8 juin 2016



Poème mon frère sauve ma misère
déroule l’horreur et en trois mots
rends-la belle
imprime ce cerveau de papier
avant qu’il ne brûle à jamais
poème mon air
emplis mes poumons
pour en chasser les miasmes du ressenti
poème mon eau
lave ma bouche pâteuse de dépit
apaise ma gorge raclée d’insultes
éteins ce feu-là dans la tripe au fond
poème ma musique
que dansent les cadavres sanguinolents
de mes espoirs d’enfant
poème ma voix
parle-lui tout bas
que s’évanouisse sa peur de mes bras
poème ma chaleur
enrobe mon corps de cette sueur
qui naît d’un désir assouvi
cent fois recommencé
poème mon fils
remplis ma paume de ta main fraîche
le jour durant droit devant
poème ma ville
que chaque trottoir soit au soleil
que j’y rencontre une étincelle.

(Mano Solo)

Illustration

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De loin (René-François Sully Prudhomme)

Posted by arbrealettres sur 18 janvier 2016




De loin

Du bonheur qu’ils rêvaient toujours pur et nouveau
Les couples exaucés ne jouissent qu’une heure.
Moins ému, leur baiser ne sourit ni ne pleure ;
Le nid de leur tendresse en devient le tombeau.

Puisque l’œil assouvi se fatigue du beau,
Que la lèvre en jurant un long culte se leurre,
Que des printemps d’amour le lis, dès qu’on l’effleure,
Où vont les autres lis va lambeau par lambeau,

J’accepte le tourment de vivre éloigné d’elle.
Mon hommage muet, mais aussi plus fidèle,
D’aucune lassitude en mon cœur n’est puni ;

Posant sur sa beauté mon respect comme un voile,
Je l’aime sans désir, comme on aime une étoile,
Avec le sentiment qu’elle est à l’infini.

(René-François Sully Prudhomme)

 

 

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Terre (Robert Mallet)

Posted by arbrealettres sur 10 septembre 2015



Terre, ton visage
ce sont brouillards et neiges qui le font.
Après les déluges qui tonnent
sur l’étang lisse un peu de pluie
juste assez pour que l’eau frissonne
me dit une amante endormie
dont la chair doucement résonne
des fureurs en elle assouvies.

(Robert Mallet)

Illustration: ArbreaPhotos  

 

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