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Poésie

Posts Tagged ‘assurance’

LA GLOIRE DE LA MORT (Vangelis Kassos)

Posted by arbrealettres sur 18 mai 2018



Illustration: Frederic Leighton
    
LA GLOIRE DE LA MORT

c’était un matin voluptueux
véritable résumé des temps hellénistiques
la certitude se répandait alentour
comme le pollen des fleurs
tandis qu’avec assurance et savoir-faire
Épicure établissait sa théorie
sur la mort
plus convaincant encore que le matin
qu’il avait choisi pour son cours
la mort n’est rien pour nous
répétait-il avec insistance
comme s’il cherchait à convaincre la mort elle-même
et non pas ses élèves
comme s’il attendait que le plus fervent
se dresse et interrompant
sa théorie dise
que la volupté régit tout
et que si elle ne peut nous retenir à la vie
elle nous retient pour toujours à la mort

(Vangelis Kassos)

 

Recueil: Cent poèmes
Traduction: Ioannis Dimitriadis
Editions: http://www.ainigma.net

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LA JACTATION DE DIOGÈNE (Vangelis Kassos)

Posted by arbrealettres sur 18 mai 2018




    
LA JACTATION DE DIOGÈNE

sous la pluie
Diogène le Cynique
finissait par perdre son assurance
non parce que le soleil
tel un prince déchu
tremblait de peur et se cachait
ni parce que les éclairs de sa tristesse
ne surprenaient
plus personne
mais parce que comme son tonneau
il restait enlisé lui aussi dans la boue
et dans la réplique toute faite
que même dans son sommeil
le lit continuait
à tourner sans repos
et qu’il ne cessait jamais
de bercer sa vie
à la mort

(Vangelis Kassos)

 

Recueil: Cent poèmes
Traduction: Ioannis Dimitriadis
Editions: http://www.ainigma.net

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Huitième élégie (Rainer Maria Rilke)

Posted by arbrealettres sur 1 mai 2018




Illustration: ArbreaPhotos
    
De tous ses yeux la créature voit l’Ouvert.
Seuls nos yeux sont comme retournés et posés autour d’elle
tels des pièges pour encercler sa libre issue.

Ce qui est au-dehors nous ne le connaissons
que par les yeux de l’animal.
Car dès l’enfance on nous retourne
et nous contraint à voir l’envers,
les apparences, non l’ouvert,
qui dans la vue de l’animal est si profond.
Libre de mort.

Nous qui ne voyons qu’elle, alors que l’animal
libre est toujours au-delà de sa fin:
il va vers Dieu; et quand il marche,
c’est dans l’éternité, comme coule une source.

Mais nous autres, jamais nous n’avons un seul jour
le pur espace devant nous, où les fleurs s’ouvrent
à l’infini. Toujours le monde, jamais le
Nulle part sans le Non, la pureté
insurveillée que l’on respire,
que l’on sait infinie et jamais ne désire.

Il arrive qu’enfant l’on s’y perde en silence,
on vous secoue. Ou tel mourant devient cela.
Car tout près de la mort on ne voit plus la mort
mais au-delà, avec le grand regard de l’animal,
peut-être. Les amants, n’était l’autre qui masque
la vue, en sont tout proches et s’étonnent…

Il se fait comme par mégarde, pour chacun,
une ouverture derrière l’autre…
Mais l’autre, on ne peut le franchir, et il redevient monde.
Toujours tournés vers le créé nous ne voyons
en lui que le reflet de cette liberté
par nous-même assombri.
A moins qu’un animal, muet, levant les yeux,
calmement nous transperce.

Ce qu’on nomme destin, c’est cela: être en face,
rien d’autre que cela, et à jamais en face.

S’il y avait chez l’animal plein d’assurance
qui vient à nous dans l’autre sens une conscience
analogue à la nôtre –, il nous ferait alors
rebrousser chemin et le suivre. Mais son être
est pour lui infini, sans frein, sans un regard
sur son état, pur, aussi pur que sa vision.
Car là où nous voyons l’avenir, il voit tout
et se voit dans le Tout, et guéri pour toujours.

Et pourtant dans l’animal chaud et vigilant
sont le poids, le souci d’une immense tristesse.
Car en lui comme en nous reste gravé sans cesse
ce qui souvent nous écrase, – le souvenir,
comme si une fois déjà ce vers quoi nous tendons avait été plus proche,
plus fidèle et son abord d’une infinie douceur.

Ici tout est distance, qui là-bas était souffle.
Après cette première patrie, l’autre lui semble équivoque et venteuse.
Oh! bienheureuse la petite créature
qui toujours reste dans le sein dont elle est née;
bonheur du moucheron qui au-dedans de lui,
même à ses noces, saute encore: car le sein
est tout. Et vois l’oiseau, dans sa demi-sécurité:
d’origine il sait presque l’une et l’autre chose,
comme s’il était l’âme d’un Etrusque
issue d’un mort qui fut reçu dans un espace,
mais avec le gisant en guise de couvercle.

Et comme il est troublé, celui qui, né d’un sein,
doit se mettre à voler!

Comme effrayé de soi,
il sillonne le ciel ainsi que la fêlure à travers une tasse,
ou la chauve-souris qui de sa trace raie le soir en porcelaine.

Et nous: spectateurs, en tous temps, en tous lieux,
tournés vers tout cela, jamais vers le large!
Débordés. Nous mettons le l’ordre. Tout s’écroule.
Nous remettons de l’ordre et nous-mêmes croulons.

Qui nous a bien retournés que de la sorte
nous soyons, quoi que nous fassions, dans l’attitude du départ?
Tel celui qui, s’en allant, fait halte sur le dernier coteau
d’où sa vallée entière s’offre une fois encor, se retourne et s’attarde,
tels nous vivons en prenant congé sans cesse.

(Rainer Maria Rilke)

 

Recueil: Élégies de Duino
Traduction: François-René Daillie
Editions: La Différence

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IL ÉTAIT LA FOI (Martine Hadjedj)

Posted by arbrealettres sur 5 janvier 2018




IL ÉTAIT LA FOI

Reposant sur le rien
Bâtie sur le néant
Aucun signe au loin
Ni terre sous mes pieds
Sur laquelle s’appuyer
Rien de visible, rien de tangible
Juste une petite voix
Le murmure du silence
Un chemin très étroit
Et si peu fréquenté
Une simple intuition
Qui devient certitude
Juste une graine minuscule
Un grain de sénevé
Fécondé par l’amour
Patient, persévérant,
Qui se transforme en arbre
Tout petit, qui grandit,
Jusqu’à être infini
Des racines bien plantées
Dans le roc, un rocher
Une ferme assurance
Une force immense
Qui déplace des montagnes
Fait fleurir le désert
Sépare les flots
Et calme la tempête
Il était la foi!

(Martine Hadjedj)

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Les portes de l’enfer et du paradis (Hakuin Ekaku)

Posted by arbrealettres sur 29 décembre 2017



Illustration
    
Les portes de l’enfer et du paradis

Un samouraï se présenta devant le maître Zen Hakuin
et lui demanda :

– « Y a t-il réellement un paradis et un enfer ? »
– « Qui es tu ? » demanda le maître
– « Je suis samouraï… »
– « Toi, un guerrier ! » s’exclama Hakuin.
« Mais regarde-toi. Quel seigneur voudrait t’avoir à son service ?
Tu as l’air d’un mendiant. »

La colère s’empara du samouraï.
Il saisit son sabre et le dégaina. Hakuin poursuivit :

– « Ah bon, tu as même un sabre !? Mais tu es sûrement trop maladroit pour me couper la tête. »
Hors de lui, le samouraï leva son sabre, prêt a frapper le maître.

A ce moment celui-ci dit :
– « Ici s’ouvrent les portes de l’enfer. »

Surpris par la tranquille assurance du moine,
le samouraï rengaina et s’inclina.

– « Ici s’ouvrent les portes du paradis »,
lui dit alors le maître.

(Hakuin Ekaku)

 

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Dans le chant du torrent qui bondit (Rabindranath Tagore)

Posted by arbrealettres sur 10 novembre 2017



 

Dans le chant du torrent qui bondit
retentit la joyeuse assurance :
JE DEVIENDRAI LA MER.

(Rabindranath Tagore)

 

 

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AH, C’EST VOUS! (Harushige Dobashi)

Posted by arbrealettres sur 5 juillet 2017


 


 

AH, C’EST VOUS!
SHIBA RAKU

Ah, c’est vous!
Dis-je à quelqu’un dans la rue
(J’ai l’impression
De ne pas l’avoir vu depuis longtemps)
Mais il me regarde d’un air ahuri
Je me suis trompé

Et je salue
Quelqu’un d’autre
Qui ouvre de grands yeux
Je me suis encore trompé
Pourtant, je me le demande,

Puisque tout le monde a la même tête ou à peu près
Est-ce qu’on ne pourrait pas se tromper quelquefois?
Et ceux qu’on salue par erreur
Ne pourraient-ils pas répondre
Mine de rien?

C’est ainsi qu’armé de confiance
Je salue les gens
Mais voilà qu’une fois
Quelqu’un m’a répondu
A ôté son chapeau
M’a dit quelques mots polis

J’en suis resté bouche bée
J’ai perdu toute assurance

J’ai beau aimer les gens si je me trompe en les saluant
Il n’y a aucune raison de me tirer son chapeau!
Non plus jamais
Je ne pourrai parler à quelqu’un dans la rue
Et pourtant n’y a-t-il pas encore sur mon chemin
Deux ou trois gentlemen
Très polis
Qui attendent
Que je me trompe
Pour porter la main au bord de leur chapeau?

(Harushige Dobashi)

Illustration: René Magritte

 

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Coquelicot (Guillevic)

Posted by arbrealettres sur 29 septembre 2016



Coquelicot,
Quand je pense
Que je te parle
Et que tu l’ignores,
Que j’envie ta fierté,ton assurance,
Ton absence d’hésitation,
Ta certitude d’avoir gagné,
De continuer à rayonner,
J’ai de la peine à sentir
Qu’on ne communique pas
Avec ce que l’on aime,ou admire
Et je me sens seul,
Étranger à moi-même.
Tu ne le sauras pas,
Mais continue
À m’éblouir.

(Guillevic)

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Mais surtout la leçon récitée (Cédric Le Penven)

Posted by arbrealettres sur 23 février 2016



Mais surtout la leçon récitée, l’assurance d’avoir
le bon mot, de donner la juste forme, la saveur exacte
d’un groupe de syllabes qui s’enroulent
autour d’une image d’oiseau
(je déploie de grands filets noirs
pour tenir la panique d’un chanteur dans ma paume
et lui chuchote son nom jusqu’aux bruissements d’ailes)

(Cédric Le Penven)

Découvert ici: http://www.ipernity.com/blog/lara-alpha

 

 

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Mais surtout Cédric Le Penven)

Posted by arbrealettres sur 22 février 2016



Mais surtout la leçon récitée, l’assurance d’avoir
le bon mot, de donner la juste forme, la saveur exacte
d’un groupe de syllabes qui s’enroulent
autour d’une image d’oiseau
(je déploie de grands filets noirs
pour tenir la panique d’un chanteur dans ma paume
et lui chuchote son nom jusqu’aux bruissements d’ailes)

(Cédric Le Penven)

Illustration

 

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