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AMO ERGO SUM (Kathleen Raine)

Posted by arbrealettres sur 6 décembre 2018




AMO ERGO SUM

Parce que j’aime
Le soleil répand ses rayons d’or vivant
Répand son or et son argent sur la mer.

Parce que j’aime
La terre sur son fuseau astral déroule
Sa danse qui fait naître l’extase.

Parce que j’aime
Les nuages voyagent dans le vent à travers de vastes ciels,
Les ciels vastes et beaux, bleus et profonds.

Parce que j’aime
Le vent souffle dans les voiles blanches,
Le vent souffle sur les fleurs, le doux vent souffle.

Parce que j’aime
Les fougères poussent vertes, et verte l’herbe, et verts
Les arbres transparents ensoleillés.

Parce que j’aime
Les alouettes jaillissent de l’herbe
Et toutes les feuilles sont pleines d’oiseaux qui chantent.

Parce que j’aime
L’air d’été frémit de milliers d’ailes,
Des yeux, bijoux par myriades, brûlent dans la lumière.

Parce que j’aime
Les coquillages irisés sur le sable
Prennent des formes fines et compliquées comme la pensée.

Parce que j’aime
Il est un chemin invisible à travers le ciel,
Les oiseaux passent par ce chemin, le soleil et la lune
Et toutes les étoiles voyagent par ce sentier la nuit.

Parce que j’aime
Il est une rivière qui coule toute la nuit.

Parce que j’aime
Toute la nuit la rivière coule, entre dans mon sommeil,
Dix mille choses vivantes dorment dans mes bras,
Et veillent en dormant, et passent immobiles.

***

AMO ERGO SUM

Because I love
The sun pours out its rays of living gold
Pours out its gold and silver on the sea.

Because I love
The earth upon her astral spindle winds
Her ecstasy-producing dance.

Because I love
Clouds travel on the winds through wide skies,
Skies wide and beautiful, blue and deep.

Because I love
Wind blows white sails,
The wind blows over flowers, the sweet wind blows.

Because I love
The ferns grow green, and green the grass, and green
The transparent sunlit trees.

Because I love
Larks rise up from the grass
And all the leaves are full of singing birds.

Because I love
The summer air quivers with a thousand wings,
Myriads of jewelled eyes burn in the light.

Because I love
The iridescent shells upon the sand
Take forms as fine and intricate as thought.

Because I love
There is an invisible way across the sky,
Birds travel by that way, the sun and moon
And all the stars travel that path by night.

Because I love
There is a river flowing all night long.

Because I love
All night the river flows into my sleep,
Ten thousand living things are sleeping in my arms,
And sleeping wake, and flowing are at rest.

(Kathleen Raine)

Illustration

 

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Petites leçons d’érotisme (Giaconda Belli)

Posted by arbrealettres sur 9 septembre 2018



 

Illustration: François Joxe
    
Petites leçons d’érotisme

1
Parcourir un corps dans son extension de voile
C’est s’ouvrir sur le monde
Traverser sans boussole la rose des vents
Îles golfes péninsules digues battues par des vagues furieuses
Pour être plaisante, ce n’est point tâche facile
Ne pense pas y parvenir en un jour ou une nuit de draps en bataille
Il est des secrets dans les pores pour combler tant de lunes

2
Le corps est une carte astrale en langage chiffré
Découvres-tu un astre, peut-être te faudra-t-il alors
Changer de cap lorsque nuée ouragan ou hurlement profond
Te feront tressaillir
Conque de la main que tu ne soupçonnais pas

3
Parcours plusieurs fois telle étendue
Découvre le lac aux nénuphars
Caresse de ton ancre le centre du lys
Plonge suffoque distends-toi
Ne te refuse point l’odeur le sel le sucre
Les vents profonds cumulus rhumbs des poumons
Brume dans le cerveau
Tremblement des jambes
Raz-de-marée assoupi des baisers

4
Attends pied dans l’humus sans peur de la fatigue sans hâte
Ne prétends pas atteindre le terme
Retarde l’entrée au paradis
Place ton ange retombé ébouriffe sa dense chevelure
De l’épée de feu usurpée
Croque la pomme

5
Sens
Ressens
Échange des regards salive imprègne-toi
Tourne et retourne imprime des sanglots peau qui s’éclipse
Pied découverte à l’extrémité de la jambe
Suis cherche secret du pas forme du talon
Courbure de la démarche baies croquant une allure cambrée
Savoure…

6
Écoute conque de l’oreille
Comme gémit l’humidité
Lobe qui s’approche de la lèvre rumeur de la respiration
Pores qui se dressent formant de minuscules montagnes
Sensation frémissante de peau insurgée au toucher
Pont suave nuque descends à la houle poitrine
Marée du coeur susurre à ton oreille
Découvre la grotte de l’eau

7
Franchis la terre de feu la bonne espérance
Navigue fou là où se rejoignent les océans
Traverse les algues arme-toi de coraux hulule gémis
Émerge avec le rameau d’olivier pleure fouissant des tendresses
occultes
Dé‚nude des regards stupéfaits
Éveille le sextant depuis le haut des cils
Hausse les sourcils dilate les narines

8
Aspire soupire
Meurs un peu
Doucement lentement meurs
Agonise contre la pupille accrois la jouissance
Plie le mât gonfle les voiles
Navigue cingle vers Vénus
Étoile du matin
— la mer comme un vaste cristal étamé —
endors-toi naufragé‚.

(Giaconda Belli)

 

Recueil: L’Ardeur ABC poétique du vivre plus
Traduction:
Editions: Bruno Doucey

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Nous portons un habit de rêves (Jean Cévennes)

Posted by arbrealettres sur 28 juillet 2018


AstralVoyage_2

Nous portons
un habit de rêves
corps astral
qui nous éclaire
la nuit…

(Jean Cévennes)

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Jour gris (Jean Grosjean)

Posted by arbrealettres sur 14 mai 2018




Illustration: ArbreaPhotos
    
Jour gris

Comme un oiseau sur le rebord d’un toit
je vois le ciel au loin s’ennuager.
Où sont les jours d’azur, les nuits astrales ?
Je parle au vent qui passe.

C’est un jour gris, le ciel s’est donc voilé.
Ne me dis pas qu’il n’y a pas de plages
où les jours gris s’asseoient pour respirer
le vent qui passe.

(Jean Grosjean)

 

Recueil: Arpèges et paraboles
Traduction:
Editions: Gallimard

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