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Poésie

Posts Tagged ‘atelier’

La Bohème (Charles Aznavour)(Jacques Plante)

Posted by arbrealettres sur 4 octobre 2018



 

Illustration: Alcide Théophile Robaudi
    
La Bohème

Je vous parle d’un temps
Que les moins de vingt ans
Ne peuvent pas connaître
Montmartre en ce temps-là
Accrochait ses lilas
Jusque sous nos fenêtres
Et si l’humble garni
Qui nous servait de nid
Ne payait pas de mine
C’est là qu’on s’est connu
Moi qui criait famine
Et toi qui posais nue

La bohème, la bohème
Ça voulait dire
On est heureux
La bohème, la bohème
Nous ne mangions qu’un jour sur deux

Dans les cafés voisins
Nous étions quelques-uns
Qui attendions la gloire
Et bien que miséreux
Avec le ventre creux
Nous ne cessions d’y croire
Et quand quelque bistro
Contre un bon repas chaud
Nous prenait une toile
Nous récitions des vers
Groupés autour du poêle
En oubliant l’hiver

La bohème, la bohème
Ça voulait dire
Tu es jolie
La bohème, la bohème
Et nous avions tous du génie

Souvent il m’arrivait
Devant mon chevalet
De passer des nuits blanches
Retouchant le dessin
De la ligne d’un sein
du galbe d’une hanche
Et ce n’est qu’au matin
Qu’on s’asseyait enfin
Devant un café-crème
Épuisés mais ravis
Fallait-il que l’on s’aime
Et qu’on aime la vie
La bohème, la bohème
Ça voulait dire
On a vingt ans
La bohème, la bohème
Et nous vivions de l’air du temps

Quand au hasard des jours
Je m’en vais faire un tour
À mon ancienne adresse
Je ne reconnais plus
Ni les murs, ni les rues
Qui ont vu ma jeunesse
En haut d’un escalier
Je cherche l’atelier
Dont plus rien ne subsiste
Dans son nouveau décor
Montmartre semble triste
Et les lilas sont morts

La bohème, la bohème
On était jeunes
On était fous
La bohème, la bohème
Ça ne veut plus rien dire du tout

(Charles Aznavour)(Jacques Plante)

 

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GALATÉE ET PYGMALION (Charles Cros)

Posted by arbrealettres sur 14 février 2018



Illustration: Anne-Louis Girodet de Roussy Trioson
    
GALATÉE ET PYGMALION

Pygmalion, sculpteur, a travaillé la pierre
Si bien que Galatée idéale apparaît.
Il a mis tout son coeur à cet effort secret
Toute son âme émue et toute sa lumière.

Là voilà, blanche dans l’atelier solitaire,
Finie aux yeux, finie aux reins et l’on croirait
Que le pied délicat quitte le socle, prêt
A courir dans la vie. Et même la paupière

A remué! Ce n’est pas une illusion…
Le marbre devient chair! Pourquoi, Pygmalion,
As-tu fait si charmeurs ces seins et ces épaules?

Elle vit. Écrasé sous sa mignonne main
Tu subis nos douleurs d’hier et de demain :
L’épine de la rose et la neige des pôles.

(Charles Cros)

 

Recueil: Le Collier de griffes
Traduction:
Editions: Gallimard

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AUCUN DIEU (Yves Bonnefoy)

Posted by arbrealettres sur 24 novembre 2017




Illustration
    
AUCUN DIEU

Aucun dieu ne l’aura voulu, ni même su,
Aucun ne l’a accompagné dans sa fatigue,
Un rêve, cet enfant sur le boulevard
Qui marche près de lui, ceint de lumière.

Aucun n’est mort à l’heure où il est mort,
N’a pris sa main dans les draps en désordre,
Aucun n’aura jamais travaillé près de lui
Dans l’atelier qui remplaça la vie.

Remonte, dans les mots qui disent le monde,
Son silence, qui les dénie, qui me demande
D’en imaginer d’autres, mais je ne puis.

Personne n’a posé son regard sur lui.
Ce qui aurait pu être ne sera pas.
La parole ne sauve pas, parfois elle rêve.

(Yves Bonnefoy)

 

Recueil: L’heure présente
Editions: Mercure de France

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Dans les nervures d’un chêne (Marie-Claire Bancquart)

Posted by arbrealettres sur 23 mai 2017




Illustration: ArbreaPhotos
    

Dans les nervures d’un chêne
dans l’odeur profonde des truffes
je m’en vais faire un atelier de désécriture.

Tu viens alors, le mot.
Il y a toujours un moment fauve dans les feuilles.

À moi de le trouver, de le donner à voir.

(Marie-Claire Bancquart)

 

Recueil: Terre Energumène
Editions: Le Castor Astral

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L’Atelier des mondes (Zéno Bianu)

Posted by arbrealettres sur 11 mai 2017



 

Ernest Pignon-Ernest   ff2

L’Atelier des mondes
(extraits)

il faut écouter longtemps
tomber la nuit
pour parvenir au noir
au fond noir des choses

saisir
la tombée du noir
de la vie
l’ombre du plus sombre
au plus bas
la suie du désespoir

~

dans la caverne
on avale la nuit
de toutes ses forces

la douleur s’écrit
au plus sombre du temps

jusqu’au bleu du noir
où la main crépite
dans la caverne
tout au fond des nerfs
c’est un espace
à brûler les anges

~

quand l’horizon
s’épuise
à l’affût
des voix d’outre-bleu

les copistes de l’abîme
vont à l’origine du livre
hauts récits de ciel
arc-en-nerfs
à bleu ouvert

(Zéno Bianu)

Illustration: Ernest Pignon-Ernest

 

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J’ai été hier dans l’atelier d’un potier (Omar Khayam)

Posted by arbrealettres sur 1 avril 2017



J’ai été hier dans l’atelier d’un potier.
J’y ai vu deux mille vases silencieux ou parlant entre eux.
Chacun me demandait dans son langage:
“Qui est le potier? qui l’acheteur? qui le vendeur?”

(Omar Khayam)

 

 

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LES MOTS ÉGARÉS (Jean Tardieu)

Posted by arbrealettres sur 22 octobre 2016




LES MOTS ÉGARÉS

Je marchais par une nuit sans fin
sur une route où luisaient seules
des lueurs agitées délirantes
comme les feux d’une flotte en perdition.

Sous la tempête mille et mille voix sans corps
souffles semés par des lèvres absentes
plus tenaces qu’une horde de chacals
plus suffocantes qu’une colère de la neige
à mes oreilles chuchotaient chuchotaient.

L’une disait « Comment » l’autre « Ici »
ou « Le train » ou « Je meurs » ou « C’est moi »
et toutes semblaient en désaccord :
une foule déçue ainsi se défait.

Tant de paroles échappées
des ateliers de la douleur
semblaient avoir fui par les songes
des logements du monde entier.

« Je t’avais dit » — « Allons! » — « Jamais! »
« Ton père » — « A demain! » — « Non, j’ai tiré! »
« Elle dort » — « C’est-à-dire… » — « Pas encore »
« Ouvre! » — « Je te hais » — « Arrive! »

Ainsi roulait l’orage des mots pleins d’éclairs
l’énorme dialogue en débris, mais demande et réponse
étaient mêlées dans le profond chaos;
le vent jetait dans les bras de la plainte la joie,
l’aile blessée des noms perdus frappait les portes au hasard
l’appel atteignait toujours l’autre et toujours le cri égaré
touchait celui qui ne l’attendait pas. Ainsi les vagues
chacune par la masse hors de soi déportée
loin de son propre désir, et toutes ainsi l’une à l’autre
inconnues mais à se joindre condamnées
dans l’intimité de la mer.

(Jean Tardieu)

Illustration: Jackson Pollock

 

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Insensé: Je rêve d’être l’azur (Guillevic)

Posted by arbrealettres sur 16 juillet 2016



Insensé:
Je rêve d’être l’azur
Et de là-haut regarder
Vivre les hommes.

Pour me calmer
Je me dis que l’azur
Ne se préoccupe pas de nous

Et que d’ailleurs
Il ne sait même pas
Ce qu’il fait là,
Même pas qu’il existe.

– Moi, si j’étais l’azur
Le monde serait-il
Mon atelier ?

(Guillevic)


Illustration

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ZONE LIMITROPHE (Tomas Tranströmer)

Posted by arbrealettres sur 19 mai 2016



ZONE LIMITROPHE

Des hommes en combinaison couleur de terre surgissent d’un fossé.
C’est une zone de passage, un point mort, ni ville ni campagne.
Les grues des chantiers à l’horizon veulent faire le grand bond mais les horloges ne suivent pas.
Des tuyaux de ciment éparpillés lapent la lumière de leurs langues sèches.
Des ateliers de carrosserie installés dans d’anciennes étables.
Les pierres jettent une ombre tranchante comme des objets à la surface de la lune.
Et ces endroits ne cessent de s’étendre.
Comme ce qu’on acheta avec l’argent de Judas :
«Le champ du potier comme sépulture des étrangers.»

(Tomas Tranströmer)

Illustration

 

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PRISON (Tomas Tranströmer)

Posted by arbrealettres sur 20 avril 2016



PRISON

Ils jouent au football
soudaine confusion – la balle
a fait le mur.

*

Ils font souvent du bruit
pour effrayer le temps jusqu’à
ce qu’il trotte plus vite.

*

Des vies mal épelées –
la beauté subsiste sous forme
de tatouages.

*

Quand on reprit le fugitif
il avait les poches pleines
de chanterelles.

*

Le fracas des ateliers
et les pas lourds du mirador
déroutaient la forêt.

*

Le portail s’ouvre en glissant
nous voici dans la cour du pénitencier
dans une nouvelle saison.

Les lampes du mur s’allument –
le pilote du vol de nuit voit une tache
de lumière irréelle.

*

Nuit – un semi-remorque
passe tout près, les détenus
rêvent en tremblant.

*

Le garçon boit du lait
et s’endort tranquille dans sa cellule
une mère de pierre.

(Tomas Tranströmer)

Illustration

 

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