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Posts Tagged ‘atrocement’

Aubade orientale (Rainer Maria Rilke)

Posted by arbrealettres sur 25 novembre 2018



Illustration
    
Aubade orientale

Ce lit n’est-il pas comme un rivage,
une bande littorale où nous sommes couchés ?
Rien n’est sûr comme la saillie de tes seins
qui émergent du vertige de mes sens.

Car cette nuit où tant de cris retentirent
— bêtes qui s’appellent et se déchirent —
ne nous est-elle pas atrocement étrangère ?
et ce qui dehors se lève, qu’on nomme le jour,
nous est-il donc plus accessible qu’elle ?

On devrait pouvoir s’enfouir
l’un dans l’autre s’emboîter
tels les pistils et les étamines;
à tel point partout grandit
et se jette contre nous la démesure.

Mais pendant qu’on se serre l’un dans l’autre
pour ne pas voir le péril tout autour
elle peut jaillir de toi ou de moi
car nos âmes vivent de trahir.

(Rainer Maria Rilke)

 

Recueil: Oeuvres 2 Poésie
Traduction: Jacques Legrand, Lorand Gaspar, Philippe Jaccottet, Armel Guerne, Maurice Betz
Editions: Seuil

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Le désespoir est assis sur un banc (Jacques Prévert)

Posted by arbrealettres sur 6 mai 2018



Le désespoir est assis sur un banc

Dans un square sur un banc
Il y a un homme qui vous appelle quand on passe
Il a des binocles un vieux costume gris
Il fume un petit ninas il est assis
Et il vous appelle quand on passe
Ou simplement il vous fait signe
Il ne faut pas le regarder
Il ne faut pas l’écouter
Il faut passer
Faire comme si on ne le voyait pas
Comme si on ne l’entendait pas
Il faut passer et presser le pas
Si vous le regardez
Si vous l’écoutez
Il vous fait signe et rien personne
Ne peut vous empêcher d’aller vous asseoir près de lui
Alors il vous regarde et sourit
Et vous souffrez atrocement
Et l’homme continue de sourire
Et vous souriez du même sourire
Exactement
Plus vous souriez plus vous souffrez
Atrocement
Plus vous souffrez plus vous souriez
Irrémédiablement
Et vous restez là
Assis figé
Souriant sur le banc
Des enfants jouent tout près de vous
Des passants passent
Tranquillement
Des oiseaux s’envolent
Quittant un arbre
Pour un autre
Et vous restez là
Sur le banc
Et vous savez vous savez
Que jamais plus vous ne jouerez
Comme ces enfants
Vous savez que jamais plus vous ne passerez
Tranquillement
Comme ces passants
Que jamais plus vous ne vous envolerez
Quittant un arbre pour un autre
Comme ces oiseaux.

(Jacques Prévert)


Illustration

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Demain sera le même jour (Abdellatif Laâbi)

Posted by arbrealettres sur 5 mai 2017



Demain sera le même jour

Demain
sera le même jour
Je n’aurai vécu que quelques instants
le front collé à la vitre
pour accueillir le carrousel du crépuscule
J’aurai étouffé un cri
car personne ne l’aura entendu
en ce désert
Je me serai mis
dans la position du fœtus
sur le siège de ma vieille solitude
J’aurai attendu
que mon verre se vide à moitié
pour y déceler le goût du fiel
Je me serai vu
le lendemain
me réveillant et vaquant
Atrocement semblable

(Abdellatif Laâbi)


Illustration: Pascal Renoux

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T’aimer (Paul Valéry)

Posted by arbrealettres sur 14 avril 2016



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T’aimer, presque muette et disparue, est dur
Quand chaque éclair de nuit, chaque lambeau d’azur
Chaque heure, hélas, atrocement me vante
La chaleur de ton sein,
Ta bouche au fier dessin
Et l’autre, plus vivante.

Parfois viennent trois mots, lointains et haletants :
Je m’amuse : je vais ; je vois ; je t’aime ; Attends…
C’est si peu pour la soif de votre seul sourire
Que ne ne me sens plus le courage d’écrire.

(Paul Valéry)

Illustration

 

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Virginité (Paul Eluard)

Posted by arbrealettres sur 5 octobre 2015



« Baisez mes yeux, baisez mes seins,
Baisez ma hanche sinueuse,
Toute ma chair voluptueuse,
Avec de monstrueux desseins ».

« Mais laissez mon sexe et ma bouche.
J’adore voir, dans votre oeil clair,
Un rauque éclair,
Un éclair louche,
Dur et farouche. »

La vierge priait, ardemment,
Accroissant ses désirs, ses vices,
Et sans sévices,
J’étais amant,
Atrocement.

(Paul Eluard)

Illustration: Paul Delvaux

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Une jeune fille (Jean Follain)

Posted by arbrealettres sur 14 août 2015




Une jeune fille dans la chambre blonde
grandit atrocement belle

(Jean Follain)

Illustration: Andrzej Malinowski

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