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Posts Tagged ‘attaché’

Plaintes d’un Chrétien (Jean Racine)

Posted by arbrealettres sur 9 août 2018




Plaintes d’un Chrétien

Mon Dieu ! quelle guerre cruelle !
Je trouve deux hommes en moi :
L’un veut que, plein d’amour pour toi,
Mon coeur te soit toujours fidèle ;
L’autre, à tes volontés rebelle,
Me révolte contre ta loi.

L’un, tout esprit et tout céleste,
Veut qu’au Ciel sans cesse attaché,
Et des biens éternels touché,
Je compte pour rien tout le reste ;
Et l’autre, par son poids funeste,
Me tient vers la terre penché.

Hélas ! en guerre avec moi-même,
Où pourrai-je trouver la paix ?
Je veux, et n’accomplis jamais,
Je veux, mais (ô misère extrême !)
Je ne fais pas le bien que j’aime
Et je fais le mal que je hais !

O Grâce, rayon salutaire !
Viens me mettre avec moi d’accord ;
Et, domptant par un doux effort
Cet homme, qui t’es si contraire,
Fais ton esclave volontaire
De cet esclave de la Mort.

(Jean Racine)

Illustration: William Blake

 

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Septembre attaché au figuier (Vénus Khoury-Ghata)

Posted by arbrealettres sur 31 juillet 2018



Illustration: Marina Katsaros
    
Septembre attaché au figuier
On tournait le dos à l’été ramasseur de noix vides
Siffleur de jeunes abeilles
Les derniers feux de la saint-jean enfumaient les lampes insomniaques
Les encriers

Suspendus à la ceinture du père
On courait moins vite que le paysage
Le chemin risquait d’arriver sans nous à la maison
se lover dans nos lits
renverser l’écuelle du chat
manger les graines jaunes du canari

Mais le père se disait plus long que le chemin
Plus fort que le train
Des épaules de loup au long cours
Des bras hauts comme des madriers
Le père trayait la forêt le fleuve entre chien et crépuscule
fendait d’un coup de hache le froid récalcitrant

Une forge dans sa poitrine le père abritait le feu

Seule l’odeur blanche de la neige le calmait
Ses coulées sur nos murs avaient la douceur du ventre de l’alouette
La compassion des pierres du cimetière

(Vénus Khoury-Ghata)

Découvert ici: https://eleonoreb.wordpress.com/

Recueil: Poème sur « Enfances »
Traduction:
Editions: Printemps des poètes 2012

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Sonnet de la hache (Claude Michel Cluny)

Posted by arbrealettres sur 9 juillet 2018



 

Sonnet de la hache

Tout est beau qui ne souffre pas d’attache
Simple loi du vent souffle du futur
nuages nus volant des linges purs
que nulle main ne tient ou ne relâche.

Sage loi, encor que le coeur ne sache
pesant recomptant sang pur impur
émule du pire — qu’on dit toujours sûr —
aimer le silence où frappe la hache.

Le temps nous retranche étrange océan
nos cris, nos morts. Les emporte le han
sourd roulé par le ressac qui rabâche.

Les mots sans voix qui les porte allant
crever en écume — le coeur s’étonnant
à tort qu’aucune main ne le détache.

(Claude Michel Cluny)


Illustration: Vladimir Kush

 

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À LA BEAUTÉ (Karin Boye)

Posted by arbrealettres sur 24 mai 2018



À LA BEAUTÉ

Quand tombent nos dieux
et que nous restons seuls au milieu des décombres
sans plus d’attache sous nos pieds
que la sphère dans l’espace –
alors un instant tu te laisses entrevoir, auguste Beauté.
Alors, alors seulement.
Implacable comme le feu, tu consoles:
“Tout peut s’écrouler – je suis immortelle.”
Ô demeure, demeure, Beauté sacrée,
et sauve mon âme
du mensonge d’un infini chagrin.

(Karin Boye)

Découvert chez Lara ici

Illustration: Ekaterina Panikanova

 

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La route des vents (Claudine Helft)

Posted by arbrealettres sur 14 mai 2018



Illustration: Jean Georges Cornelius
    
La route des vents

Lui sur lequel on voudrait poser
une épaule, un regard, un ciel,
lui musant sur la route des vents
et s’inscrivant au hasard des vagues
tout en haut, à l’écume du destin,
lui, quand même là, entre parenthèses
entre sommeil au matin feuillu
de tendresse et non serment, loin,
tout de même de lui, au sourire
entre guillemets, ensoleillé
clair, en marche singulière « vers »
vers, simplement « vers », en marche « vers »
un « vers » qui ne lui appartient pas.

Lui, sa rencontre avec l’arbre
d’un printemps et l’ami patient.
Lui qui rompt
le quotidien
l’emmurement et le murmure
du temps, jouit de l’éphémère,
interroge les questions sans point,
sans attente, et sans durée.
Sans attache, sans voeux, amoureux
de la dérive et du navire,
à la fois du joug et du galop
arrimé quand même au port,
à toi pour un temps.

(Claudine Helft)

 

Recueil: Une indécente éternité
Traduction:
Editions: De la Différence

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FAUSSES PRÉSENCES (René Guy Cadou)

Posted by arbrealettres sur 6 février 2018



Illustration: Erich Heckel
    
FAUSSES PRÉSENCES

Tous les bruits disparus au tournant de l’oreille
Les monstres défraîchis
Les ailes du réveil
Le chant de l’homme au loin
La main blanche du vent sur le cou des sapins
Le ciel sans une ride
L’odeur d’un inconnu à cette place vide
Ce qui touche le fond
Les bêtes familières
Un buisson de soleil au beau milieu du champ
Et le azur qui s’en va sur l’arbre du couchant
Les pampas de l’orage

J’ai tout perdu
Et mon propre visage
Ce qui tenait à moi par des attaches d’or
Volet qui ne bat plus
Et qui m’écrase encore

(René Guy Cadou)

 

Recueil: Poésie la vie entière
Traduction:
Editions: Seghers

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Buvant seul sous la lune (Li Bo)

Posted by arbrealettres sur 29 janvier 2018



Illustration: Hiramatsu Reiji
    
Buvant seul sous la lune

Parmi les fleurs un pichet de vin
Seul à boire sans un compagnon
Levant ma coupe, je salue la lune :
Avec mon ombre, nous sommes trois
La lune pourtant ne sait point boire
C’est en vain que l’ombre me suit
Honorons cependant ombre et lune :
La joie ne dure qu’un printemps!
Je chante et la lune musarde
Je danse et mon ombre s’ébat
Éveillés, nous jouissons l’un de l’autre
Et ivres, chacun va son chemin…
Retrouvailles sur la Voie lactée :
A jamais, randonnée sans attaches !

(Li Bo)

 

Recueil: L’Ecriture poétique chinoise
Traduction: François Cheng
Editions: du Seuil

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Sortilège (Raymond Carver)

Posted by arbrealettres sur 24 janvier 2018




    
Sortilège

Entre cinq et sept heures ce soir,
J’étais étendu dans le canal du sommeil. Attaché
à ce monde uniquement par l’espoir,
je tournais dans un courant de rêves noirs.
Au même moment, le temps
subissait une métamorphose.

(Raymond Carver)

 

Recueil: La vitesse foudroyante du passé
Traduction: Emmanuel Moses
Editions: Points

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PUISSE-JE N’AVOIR… (Sophia de Mello Breyner Andresen)

Posted by arbrealettres sur 11 novembre 2017



PUISSE-JE N’AVOIR…

Puissé-je n’avoir ni attaches ni limites
Ô vie aux mille visages débordants,
Pour pouvoir répondre à tes invites
Suspendues au miracle des instants.

***

PUDESSE EU…

Pudesse eu não ter lapos nem limites,
Ó vida de mil faces transbordantes,
Pra poder responder aos teus convites,
Suspensos na surpresa dos instantes.

(Sophia de Mello Breyner Andresen)

 

 

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Par délicatesse (Sophia de Mello Breyner Andresen)

Posted by arbrealettres sur 11 novembre 2017



Par délicatesse

Ballerine j’ai été
Mais jamais n’ai dansé
Devant les grilles
N’ai fait que trois pas

Si bref le début
Si tôt nié
J’ai dansé sur l’envers
Du temps cadencé

Danseuse j’ai été
Mais jamais n’ai dansé
Me suis enfermée
Dans la prison du roi

Où, la mer ouverte
Et le temps blanchi ?
Me suis perdue si près
Du jardin recherché

Ballerine j’ai été
Mais jamais n’ai dansé
Ma vie entière j’ai été
Comme aveugle à errer

Ma vie attachée
Jamais ne l’ai détachée
Comme Rimbaud
Moi aussi je dirai :

« Oisive jeunesse
A tout asservie
Par délicatesse
J’ai perdu ma vie. »

(Sophia de Mello Breyner Andresen)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

Illustration: Pierre Corratgé

 

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