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Poésie

Posts Tagged ‘attaquer’

Chacun porte en lui ses glaciers (Maurice Chappaz)

Posted by arbrealettres sur 25 octobre 2019



Chacun porte en lui ses glaciers.
Je suis noir de décès
et bleu de lune.
Les vivants m’attaquent à cet instant :
Pourquoi ce besoin d’avoir toujours un compagnon
qui soit plus que tous nos frères ?
Va-t-en,
délivre-toi,
espère.

Ils agitent leurs mouchoirs.
Devenez dès aujourd’hui des ombres.

***

Everyone carries his glaciers within.
I am black with death
and moon blue.
The living attack me at this moment:
Why this need to always have a companion
who is more than all our brothers?
Go away,
free yourself,
hope.

They wave their hankerchiefs.
From this day become spirits.

(Maurice Chappaz)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

 

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Les corbeaux (Arthur Rimbaud)

Posted by arbrealettres sur 23 novembre 2018



Illustration: Vincent Van Gogh
    
Les corbeaux

Seigneur, quand froide est la prairie,
Quand dans les hameaux abattus,
Les longs angélus se sont tus…
Sur la nature défleurie
Faites s’abattre des grands cieux
Les chers corbeaux délicieux.

Armée étrange aux cris sévères,
Les vents froids attaquent vos nids !
Vous, le long des fleuves jaunis,
Sur les routes aux vieux calvaires,
Sur les fossés et sur les trous
Dispersez-vous, ralliez-vous !

Par milliers, sur les champs de France,
Où dorment des morts d’avant-hier,
Tournoyez, n’est-ce pas, l’hiver,
Pour que chaque passant repense !
Sois donc le crieur du devoir,
Ô notre funèbre oiseau noir !

Mais, saints du ciel, en haut du chêne,
Mât perdu dans le soir charmé,
Laissez les fauvettes de mai
Pour ceux qu’au fond du bois enchaîne,
Dans l’herbe d’où l’on ne peut fuir,
La défaite sans avenir.

(Arthur Rimbaud)

 

Recueil: Rimbaud Cros Corbière Lautréamont Oeuvres Poétiques complètes
Traduction:
Editions: Robert Laffont

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L’irréparable (Charles Baudelaire)

Posted by arbrealettres sur 19 novembre 2018



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L’irréparable

Pouvons-nous étouffer le vieux, le long Remords,
Qui vit, s’agite et se tortille,
Et se nourrit de nous comme le ver des morts,
Comme du chêne la chenille ?
Pouvons-nous étouffer l’implacable Remords ?

Dans quel philtre, dans quel vin, dans quelle tisane,
Noierons-nous ce vieil ennemi,
Destructeur et gourmand comme la courtisane,
Patient comme la fourmi ?
Dans quel philtre ? – dans quel vin ? – dans quelle tisane ?

Dis-le, belle sorcière, oh ! dis, si tu le sais,
A cet esprit comblé d’angoisse
Et pareil au mourant qu’écrasent les blessés,
Que le sabot du cheval froisse,
Dis-le, belle sorcière, oh ! dis, si tu le sais,

A cet agonisant que le loup déjà flaire
Et que surveille le corbeau,
A ce soldat brisé ! s’il faut qu’il désespère
D’avoir sa croix et son tombeau ;
Ce pauvre agonisant que déjà le loup flaire !

Peut-on illuminer un ciel bourbeux et noir ?
Peut-on déchirer des ténèbres
Plus denses que la poix, sans matin et sans soir,
Sans astres, sans éclairs funèbres ?
Peut-on illuminer un ciel bourbeux et noir ?

L’Espérance qui brille aux carreaux de l’Auberge
Est soufflée, est morte à jamais !
Sans lune et sans rayons, trouver où l’on héberge
Les martyrs d’un chemin mauvais !
Le Diable a tout éteint aux carreaux de l’Auberge !

Adorable sorcière, aimes-tu les damnés ?
Dis, connais-tu l’irrémissible ?
Connais-tu le Remords, aux traits empoisonnés,
A qui notre coeur sert de cible ?
Adorable sorcière, aimes-tu les damnés ?

L’Irréparable ronge avec sa dent maudite
Notre âme, piteux monument,
Et souvent il attaque, ainsi que le termite,
Par la base le bâtiment.
L’Irréparable ronge avec sa dent maudite !

– J’ai vu parfois, au fond d’un théâtre banal
Qu’enflammait l’orchestre sonore,
Une fée allumer dans un ciel infernal
Une miraculeuse aurore ;
J’ai vu parfois au fond d’un théâtre banal

Un être, qui n’était que lumière, or et gaze,
Terrasser l’énorme Satan ;
Mais mon coeur, que jamais ne visite l’extase,
Est un théâtre où l’on attend
Toujours, toujours en vain, l’Être aux ailes de gaze !

(Charles Baudelaire)

Illustration: Salvador Dali

 

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Mains féminines (Michel Houellebecq)

Posted by arbrealettres sur 4 juin 2018




    
Attaqué par la maladie,
le corps ne croit plus
à aucune possibilité
d’apaisement.

Mains féminines,
devenues inutiles.

Toujours désirées,
cependant.

(Michel Houellebecq)

 

Recueil: Le sens du combat
Traduction:
Editions: Flammarion

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Pas un refuge (Claude Esteban)

Posted by arbrealettres sur 5 avril 2018




    
Pas un refuge
pour reprendre haleine, pour

dresser contre le vide
un mur

souffrir, ne plus
souffrir, les contraires maintenant
s’annulent

l’air
attaque avec ses couteaux.

(Claude Esteban)

 

Recueil: La mort à distance
Traduction:
Editions: Gallimard

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La porte (Marie Dauguet)

Posted by arbrealettres sur 14 novembre 2017




    
La porte

Parmi les vains chemins de cendres et de sable
Et les fauves soleils à l’éclat meurtrier,
Nous avons marché vers toi, Porte redoutable,
Qui fermes l’horizon de tes battants d’acier.

Ton métal flamboyait, tel le glaive de l’ange;
Emportant en nos coeurs l’espoir comme un bleuet,
Nous allions fascinés par ta splendeur étrange
Dans la dure clarté qui nous exténuait

Et plus nous approchions, plus tu semblais géante,
Assujettie au roc, faite d’éternité,
Reflétant les couchants à ta face sanglante,
Incarnant du Destin l’impassibilité.

Aujourd’hui nous voici les doigts à tes ferrures
Et les pieds à ton seuil hérissé de chardons,
Essayant vainement nos clefs à tes serrures,
Attaquant du ciseau tes impeccables gonds;

Nous voici, suppliants que navre ton obstacle,
Sur la rouge colline au sol d’aridité,
Ebranlant ton silence, espérant le miracle
Que depuis sa naissance attend l’humanité.

Nos gestes sont dolents, nos poitrines creusées
Pour avoir trop heurté l’airain de ton vantail
Où la chair de nos mains saignantes s’est lassée
Au cours d’un inutile et décevant travail.

De lents éplorements, des pleurs, des bras en rêve
Des groupes sous la toge et d’autres sous le froc…
Un incessant effort vers toi qui se soulève,
S’effondre en t’abordant, porte scellée au roc…

Tandis que, dominant la foule, oiseau de proie
Guettant quel Prométhée en ses ongles saisir,
Parmi le ciel brûlant obscurément tournoie,
Tel l’antique vautour, l’immuable Dèsir!

(Marie Dauguet)

 

 

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TROP DE MORTS ET DE MAL (Pierre Morhange)

Posted by arbrealettres sur 23 septembre 2017



TROP DE MORTS ET DE MAL

C’est un parc aux pigeons
Et vous le croyez doux
Pensez donc!

C’est la grille d’enfer
Pour votre serviteur
songez-y!

Le parc ne lui fait peur
Mais quelques souvenirs
A haïr

Ainsi sommes-nous
Des deux côtés de cette grille
De belle herbe fraîche
Et d’arbres aérés

Vous dites que c’est doux
Que n’y suis-je!
Tandis que j’y frémis
Ah ! Dieu oui !
Car moi je ne m’en tire
Que rompu et roussi

Trop de morts et de mal
Et une nuit trop longue
Pour trop de cruauté
Et nos coeurs trop longtemps serrés
Et presque sans souffler
Trop de notre vie passé dans la terreur et dans la guerre

Jusqu’à nous avoir changés de nature
Et accablés de notre péché la fatigue
Comment décharger nos mémoires
Et les laver des fours et des gibets et de l’outrage ?

Comment revivre ?
Comment des graines dans la cendre
Dans notre âme mortelle nourrie de sable
Trop longtemps bue par le désert ?
Comment revivre ?
Comment des branches vertes
Dans le charbon des arbres calcinés ?
Il faudrait un printemps plus fort
Pour nous reprendre tout à fait
I1 faudrait nous refaire
Au lieu de ces ravines de ces fentes
Dont nous sommes en nous
Tout blanchis et ouverts

Désarmée
Attardée
En tendresse
En détresse
O ma soeur profonde
Que je te reconnais
Nous portons même cendre
Dans un pauvre sachet
Nous avons même soif
Humble et très en peine
De rejaillir et de trembler
De toutes ces fleurs du soleil
Où nos yeux ont recommencé

Vent de la vie au crin puissant
Viens attaquer
Pour en tirer
Les accents et les cris d’une pleine musique
Ces deux violons penchés
Bons pêcheurs ces filets
Allez les replonger
Dans les eaux ruisselantes

(Pierre Morhange)

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En ce monde, sans remède est la fuite du temps (Yamanoue no Okura)

Posted by arbrealettres sur 13 juillet 2017



Ukiyo-e Harunobu  jeune fille

 

En ce monde,
Sans remède
Est la fuite
Du temps.
Sans intermission
Les adversités nous poursuivent
Et nous attaquent
De cent manières.
Les jeunes filles
Imitant toutes les filles
Enroulent à leurs poignets
Des bijoux chinois
Elles font voltiger leurs manches
D’un blanc éblouissant
Et sont suivies d’une traîne
D’un rouge écarlate.
Aux amies du même âge
Elles se joignent
pour jouer.
Ne pouvant s’arrêter
A la fleur de leur jeunesse
Elles doivent la laisser passer.

Sur leur chevelure
D’un noir corbeau
Un beau jour
Tombera la gelée blanche,
Sur le rose
De leur visage
Venues on ne sait d’où
Se dessineront des rides.
Les sourires et les sourcils peints
Qu’elles arborent toujours
Se faneront
Comme se flétrissent les fleurs.
En ce monde
Il n’en va pas autrement.
Les jeunes guerriers
Imitant tous les garçons
Ceignent
leur deux sabres
Tenant d’une main ferme
Leurs arcs de chasse,
Ils posent sur leurs chevaux bais
Leur fin tapis de selle.
Ils se hissent sur leur monture
Et caracolent.
Ainsi font-ils
Sur cette terre.
La porte de bois
Derrière laquelle dort la jeune fille
Est rouverte par un jeune homme
Qui s’approche à tâtons.
Les beaux bras
Aux beaux bras se mêlent.
Combien y en aura-t-il encore
De telles nuits à dormir ensemble ?
Quand sur leur canne
Ils redresseront leurs reins,
Lorsqu’ils iront par ici
Les gens d’eux s’écarteront,
Lorsqu’ils iront par là
Les gens les haïront.
Ainsi des vieux
En va-t-il
Quelque regret que l’on ait
De cette vie si brève
Il n’y a point de remède

(Yamanoue no Okura)

Illustration: Ukiyo-e Harunobu

 

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Tambours de fumées (Henri Michaux)

Posted by arbrealettres sur 1 juillet 2017




    
Tambours de fumées, foudre de soupirs.
On avale toujours la boule aux mille pointes de souffrances.

Quand cela finira t-il?

L’ondée tant attendue, l’ondée d’infini,
qui apaisera l’âme, on n’oserait en parler,
il y a des zones si on en parlait, on serait insulté,
attaqué de toutes parts par les désespérées.

(Henri Michaux)

 

Recueil: Face aux verrous
Editions: Gallimard

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LES CONTRADICTIONS DU CORPS (Carlos Drummond de Andrade)

Posted by arbrealettres sur 15 mai 2017



Illustration: Gunther von Hagens

    

LES CONTRADICTIONS DU CORPS

Mon corps n’est pas mon corps, il est
d’un autre être l’illusion.
Il connaît l’art de me cacher
et il est tellement sagace
que moi-même il m’occulte à moi.

Mon corps, mais non pas mon agent,
mon enveloppe cachetée,
mon pistolet pour faire peur,
il est devenu mon geôlier,
il me sait mieux que je ne me sais.

Mon corps éteint le souvenir
qu’il me restait de mon esprit.
Il m’inocule son pathos,
m’attaque, me blesse et condamne
pour des crimes que n’ai commis.

Sa ruse la plus diabolique
consiste à se rendre malade.
Il me jette le poids des maux
qu’à chaque moment il ourdit
et il me passe en révulsion.

Mon corps inventa la douleur
afin de la rendre intérieure,
de l’incorporer à mon ld,
pour qu’elle offusquât la lumière
qui essayait de s’y répandre.

D’autres fois il se divertit
sans que je le sache ou le veuille,
et dans cette maligne joie,
dont sont imprégnées ses cellules,
il se moque de mon mutisme.

Mon corps ordonne que je sorte
quérir ce que je ne veux pas,
et il me nie, en s’affirmant
seigneur et maître de mon Moi
en chien servile transformé.

Mon plaisir le plus raffiné,
ce n’est moi qui vais le goûter.
C’est lui, à ma place, rapace,
et il tend des restes déjà
mâchés à ma faim absolue.

Si j’essaie de m’en éloigner
de m’abstraire, de l’ignorer,
il me revient avec le poids
entier de sa chair polluée,
son dégoût et son inconfort.

Avec mon corps il me faut rompre,
je veux l’affronter, l’accuser,
afin d’abolir mon essence,
mais il ne m’entend même pas
et s’en va par chemin contraire.

Déjà oppressé par son pouls
à l’inébranlable rigueur,
plus ne suis celui que j’étais:
dans une volupté voulue,
je sors danser avec mon corps.

(Carlos Drummond de Andrade)

 

Recueil: La machine du monde et autres poèmes
Traduction: Didier Lamaison et Claudia Poncioni
Editions: Gallimard

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