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Poésie

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Dedans ces prés herbus et spacieux (Vincent Voiture)

Posted by arbrealettres sur 9 juillet 2019



Albert Pinkham Ryder  -Gay_Head

Dedans ces prés herbus et spacieux,
Où mille fleurs semblent sourire aux Cieux,
Je viens blessé d’une atteinte mortelle
Pour soulager le mal qui me martèle,
Et divertir mon esprit par mes yeux.

Mais contre moi mon coeur séditieux
Me donne plus de pensers soucieux
Que l’on ne voit de brins d’herbe nouvelle
Dedans ces prés.

De ces tapis le pourpre précieux,
De ces ruisseaux le bruit délicieux,
De ces vallons la grâce naturelle,
Blesse mes sens, me gêne et me bourelle,
Ne voyant pas ce que j’aime le mieux
Dedans ces prés.

(Vincent Voiture)

Illustration: Albert Pinkham Ryder

 

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PRODIGUE NUIT (Rabindranath Tagore)

Posted by arbrealettres sur 6 juin 2019




Illustration: ArbreaPhotos Saint Jean Pied de Port – Roncevaux
    

PRODIGUE NUIT
Rater dan

Au bout du chemin le jour s’éteint,
l’heure du chant se meurt que voici —
que te reste-t-il pour passer la nuit ?

Elle n’est point stérile la nuit,
elle qui dans l’obscurité fait éclore
la fleur aux regards dérobée,
celle qui sous l’âpre feu du jour
ne put s’épanouir,

celle dont le grain de miel
fut au coeur du bois si enfoui
que l’abeille de ton jardin
lasse d’en requérir vainement
la grâce s’en fut par le ciel
il y a longtemps.

La fleur dans les ténèbres éclose
ne se porte pas à la chambre
ni ne sera tressée en couronne ;
seulement à la faveur de sa fragrance
elle me rend sensible au coeur
le regard que jadis je perdis
parmi l’épaisse foule du jour,
les mots sombrés dans le silence.

Elle n’apporte que le nom
de ce que je ne pus saisir,
que l’éperdue souvenance
de ce qui pût advenir.

La brassée d’étoiles lointaines
de mon rêve que portait la nuit
jamais ne se fit prendre.
La fleur de nuit me parlera
dans mon recueillement du distant,
me fera ressentir l’insaisissable
accomplissement des choses.

Ce don ultime du chemin
don hors visibilité hors atteinte
te comblera à l’heure du départ.

(Rabindranath Tagore)

 

Recueil: L’écrin vert
Traduction: Saraju Gita Banerjee
Editions: Gallimard

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J’ai donné mon nom à la solitude (Edmond Jabès)

Posted by arbrealettres sur 7 juin 2018



Illustration: Phetsamay Rigaud 
    
J’ai donné mon nom
à la solitude

J’ai donné ton nom
à l’habitude

Nous sommes libres
hors d’atteinte
оù tout est simple

(Edmond Jabès)

 

Recueil: Le Seuil Le Sable Poésies complètes 1943-1988
Traduction:
Editions: Gallimard

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À l’infini (André Velter)

Posted by arbrealettres sur 5 juin 2018




    
À l’infini

Là-haut, tu es. Là-haut quoiqu’il advienne,
femme-soleil d’un miracle à jamais
que rien ne sépare de la pure lumière
ni du souffle ascendant de notre amour promis

à une autre altitude. Tu es là, hors d’atteinte,
hors du monde où meurent les âmes et les corps.
Tu danses sur l’horizon que je porte en moi
pour abolir l’espace et le temps. Tu vis à l’infini.

(André Velter)

 

 

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LE LION DEVENU VIEUX (Jean de la Fontaine)

Posted by arbrealettres sur 9 août 2017



 

LE LION DEVENU VIEUX

Le Lion, terreur des forêts,
Chargé d’ans et pleurant son antique prouesse,
Fut enfin attaqué par ses propres sujets,
Devenus forts par sa faiblesse.
Le Cheval s’approchant lui donne un coup de pied ;
Le Loup un coup de dent, le Boeuf un coup de corne.
Le malheureux Lion, languissant, triste, et morne,
Peut a peine rugir, par l’âge estropié.
Il attend son destin, sans faire aucunes plaintes ;
Quand voyant l’Ane même à son antre accourir :
« Ah ! c’est trop, lui dit-il ; je voulais bien mourir ;
Mais c’est mourir deux fois que souffrir tes atteintes. »

(Jean de la Fontaine)

Illustration: Marc Chagall

 

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Plus que tout je chéris du fond du coeur cet amour (Kabîr)

Posted by arbrealettres sur 22 mai 2017



    

Plus que tout je chéris du fond du coeur cet amour,
qui me fait vivre en ce monde une vie sans limites.

C’est ainsi que le lotus vit dans l’eau et fleurit dans l’eau;
et cependant l’eau ne peut pas toucher ses pétales ;
ils s’ouvrent au-dessus de son atteinte.

C’est ainsi qu’une épouse entre dans les flammes au commandement de l’amour.
Elle brûle et laisse gémir ses compagnes, mais jamais ne déshonore l’amour.

L’Océan du monde est difficile à traverser; ses eaux sont très profondes.

Kabir dit : « Écoute-moi, ô Saint Homme,
peu nombreux sont ceux qui en ont atteint l’extrémité. »

(Kabîr)

 

 

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Sitôt sorti (Laurent Albarracin)

Posted by arbrealettres sur 22 avril 2017



Sitôt sorti, le dedans se « dehorsise ».
La mie s’encroûte de sa nuageuse apparence.
Même l’interne densité de la pierre brisée en deux
s’efface de la face qu’elle présente.
Toujours l’intérieur se réfugie hors d’atteinte,
dans un ailleurs absolument extérieur
bien qu’il soit au coeur (bondissant) des choses.

(Laurent Albarracin)

 

 

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La Mer du Nord (Herwig Hensen)

Posted by arbrealettres sur 27 février 2017



 

La Mer du Nord

Vent, vent salé au goût de moules et de crevettes,
et, à tous les horizons rien qu’un ourlet de brunie.
Tels sont les lointains que je me suis choisis :
évasifs à mon atteinte;

et tel est le souci qui, sans repos,
d’en haut, d’en bas, dirige ma recherche.
Ce ne peut être tout que le toucher et la vue,
les sons, tes goûts, les odeurs.

Découvrir est le premier jeu des sens
(Mordez le vent et l’eau entre la langue et la lèvre);
mais, s’il est détaché de la connaissance des choses,
aucun accomplissement ne peut commencer.

La mer est là. Elle ne cesse de s’assaillir elle-même
en un rythme aveugle dont elle ne guérit jamais.
Nous, cependant, par l’esprit nous nous élevons
à la verticale, au-dessus de l’apparence des choses.

(Herwig Hensen)

Illustration

 

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Hors (François Cheng)

Posted by arbrealettres sur 13 juin 2016


ailleurs

 

Nuit ici
Aube ici

Ombre du bois
Fendant la pierre
incandescente

Désir
D’atteinte

Hors

(François Cheng)

 

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Avant le printemps (Mario Luzi)

Posted by arbrealettres sur 4 juin 2016



Avant le printemps, mais peu avant,
se répand sa luminescence liquide
et cette clarté et ce halo sur les montagnes,
cette trépidation de l’air, cette vibration des images
au-delà de cette gaze
d’indicible décor de fête, qui les voile
et les ravive, cet éclat
de l’éphémère
exultant soudain de sa brièveté – veille,
veille que rien ne peut combler
d’aucun événement –
il y a
je ne sais en quel souvenir,
mais il y a lancée par l’herbe
cette note
de je ne sais quel perdu monocorde –
pense-t-elle atteinte dans toutes ses fibres.

***

Prima di primavera, ma poco,
si diffonde la sua acquosa luminescenza
e quel chiaro e quell’alone sui monti,
quel trepidare dell’aria, quel vibrare delle immagini
di là da quella garza
di indicibile festività, schermate
e accese da essa, quel fulgore
dell’effimero
esultante a un tratto di esserlo — vigilia,
vigilia incolmabile
di nessun avvenimento —
c’é
non so in quale ricordo,
ma c’è detta dall’erba
questa nota
di non so che perduto monocordio —
pensa lei raggiunta in tutte le cellule.

(Mario Luzi)

 

 

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