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Poésie

Posts Tagged ‘attendre’

Vos souvenirs deviennent mes souvenirs (Jacques Darras)

Posted by arbrealettres sur 20 août 2017



Vos souvenirs deviennent mes souvenirs mémoire
unanime anonyme.
Vous moi entrons dans les allées d’un vaste cimetière
nécropole.
Appelez-le roman familial ou national.
J’arrive de mon côté avec l’outil-poème, il est tard, je suis
jardinier des vides.
Je mesure les intervalles.
Il m’aura d’abord fallu vivre ma propre vie, accompagner
mon père jusqu’au bout de la sienne.
Il m’aura fallu attendre la nuit pour lire au livre entr’ouvert
de ma propre lignée.
Dans les vides.

(Jacques Darras)

Découvert ici: http://www.ipernity.com/blog/lara-alpha

Illustration: Casimir Krakowiak

 

 

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Je rase le sol (Lucien Becker)

Posted by arbrealettres sur 19 août 2017



Illustration: Euan Macleod  
    
Je rase le sol sous des nuages de boue
qui font de la rue un trou
qui ne mène qu’à une autre rue.
Chaque porte est un sceau qui protège la douleur des hommes.

A chaque pas, la terre se referme
à chaque regard, le monde se vide
à chaque arrivée, la même maison m’attend sous un soleil
que je voudrais revoir de mes yeux d’enfant.

C’est seulement sur les moissons que se lève la joie,
mais elle reste prise entre les cils, loin du visage.
L’été s’est repu de briques et de toits sanglants
et la nuit mal cachée s’étrangle dans les portes.

Les murs faits du dernier regard de tant de morts
attendent un signe pour tomber sur moi.
En face d’eux, comme mes gestes sont vains,
comme ma façon de mourir sera ridicule.

Aucun chemin ne peut s’arrêter sous mes pieds
au moment où je coule en pleine terre
avec les mots d’amour que je n’ai pas franchis
quand la vie venait vers moi,
libre comme une poitrine de femme.

(Lucien Becker)

 

Recueil: Rien que l’amour
Editions: La Table Ronde

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La lumière qui s’écroule sur moi (Lucien Becker)

Posted by arbrealettres sur 19 août 2017



Illustration: Kathryn Jacobi
    
La lumière qui s’écroule sur moi
quand je marche dans la nuit
m’a fait au visage de grandes blessures
que le jour ne peut refermer.

C’est un visage vraiment nu
qui se fixe à ma chair dépaysée
quand le monde cherche le matin
dans les tas d’ordures de la rue.

Les fenêtres sont des trous
d’où je regarde le ciel de bien plus près
que de la tour la plus haute :
adossé contre l’ombre, je peux me tenir debout.

Quand le soleil se lève
je crois qu’il va m’aider à vivre
mais au fond de moi le sang se rouille
échappé d’un coeur qui ne verra jamais le jour.

Quand une femme qui doit être belle apparaît
plus près de moi que toute la clarté de la terre,
je suis sûr que je pourrai l’aimer
mais la foule l’emporte dans ses bras.

Dans une chambre, une femme m’attend
dont le corps à vif va s’ouvrir au mien
dans un instant d’une plénitude telle
que rien ne peut la limiter, pas même la mort.

(Lucien Becker)

 

Recueil: Rien que l’amour
Editions: La Table Ronde

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Il faut aimer la femme (Lucien Becker)

Posted by arbrealettres sur 19 août 2017



Illustration: Paul Delvaux
    
Il faut aimer la femme comme un objet
qui n’a de valeur que par la forme ou l’apparence.
Elle n’a que sa peau pour faire l’amour
de la même façon que le ciel n’a que l’eau
où descendre pour devenir terre parmi les flaques.

Les mots d’amour n’ont pas plus de sens
qu’une belle moisson qu’on va couper
et les regards que chacun tire de sa nuit
ne font pas durer le jour un moment de plus.

Les mains où l’on tient captive une femme
comme quelque chose qui va fondre
entrent dans son corps toujours ouvert
et s’y déploient comme une forêt de fougères.

Violent de tout ce que le désir couve en moi,
obsédé par la mort qui n’en finit pas de m’attendre,
je m’oriente vers vous, femmes de tous les jours,
comme une plante vers les hautes fenêtres du jour

Car je me souviens des routes qui font du monde
un lieu où l’on ne se rencontre jamais
parce que la mort tourne plus vite que lui,
laissant dépasser des têtes vides à chaque horizon.

(Lucien Becker)

 

Recueil: Rien que l’amour
Editions: La Table Ronde

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Il ne reste plus dans la ville (Lucien Becker)

Posted by arbrealettres sur 19 août 2017




    
Il ne reste plus dans la ville
dont les plus hauts murs ont comme fenêtres les étoiles
que la lumière de quelques lampes
qui couvrent les rues de leurs eaux dormantes.

Le dernier passant s’est jeté, tête baissée,
dans une porte qui se referme sans bruit
sur un couloir si long si glacé
qu’il est comme un tunnel sous une montagne.

Jamais il n’arrivera au bout de cette trouée dans la nuit.
Son existence est lourde à porter
parce qu’il sait qu’en haut de l’escalier
il y a toujours la même morte qui l’attend : la solitude.

Il sait que des milliers de femmes
quelque part dans un monde bien clos
découvrent la brûlure secrète de leurs corps
pour l’amour d’un baiser, pour le poids d’une étreinte.

Un drap de plâtre retombe sur sa chambre.
A quoi bon ouvrir la fenêtre
d’où le printemps viendrait par brassées
lui rappeler qu’il n’est pas de la fête?

Sa lampe brillera longtemps parmi les étoiles.
Mais ne croyez pas qu’il écrit quelque poème :
il attend simplement que la nuit se lève
pour essayer de vivre un jour pareil aux autres.

(Lucien Becker)

 

Recueil: Rien que l’amour
Editions: La Table Ronde

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Attendant avec moi (Jack Kerouac)

Posted by arbrealettres sur 19 août 2017



Attendant avec moi
la fin de cette éphémère
Existence – la lune

***

Waiting with me for
the end of this ephemeral
Existence – the moon

(Jack Kerouac)

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Après une journée perdue (Lucien Becker)

Posted by arbrealettres sur 16 août 2017



Illustration: Paige Bradley
    
Après une journée perdue comme toutes les autres
à attendre dans un bureau qu’on ait gagné sa vie,
on entre dans la nuit
avec la certitude qu’elle vous offrira sa rançon de femmes.

Nuit toujours pareille avec ses convois de lumière
nuit tournant sous de hautes montagnes de vent
nuit qui fait briller les regards
nuit légère sur les paupières comme la mer sur les coquillages.

La main de l’homme n’est vraiment vivante
que quand elle s’enfonce entre deux cuisses
pour y chercher un sexe
qui se laisse découvrir comme un fruit dans l’herbe.

Cette chair que je froisse que j’attire à moi
comme une branche trop chargée
cette chair qui frémit
à mesure qu’on la dénude de son linge

comme on le fait à une jeune pousse
de l’argile qui la recouvre
cette chair est la seule étendue
où mon corps peut jeter l’ancre.

Cette chair est la seule issue
qui me mène à la pointe d’un désir
neuf et luisant comme un fer qu’on forge.
Comme une taupe le désir fouille cette femme
qui respire de tout son ventre.

(Lucien Becker)

 

Recueil: Rien que l’amour
Editions: La Table Ronde

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Tout ce que je vis (Lucien Becker)

Posted by arbrealettres sur 15 août 2017



Illustration: Pablo Picasso

    

Tout ce que je vis, ce dont je dois mourir
n’a pas de place hors de mon attente.
Dans les mains que je serre, que je retiens,
que reste-t-il de moi ?

Le sang coule sous les ponts qui vont de mon coeur
aux êtres, aux regards dont je n’approche
que par des signes de la main, des lèvres
et auxquels je ne m’unis que par la solitude.

Les chemins partent du fond de la nuit
et vont attendre le jour sur les collines.
Par la fenêtre où brûle une bougie
ils voient les morts entourés de vivants

qui ne croient pas aux prières qu’ils disent
et les morts restent seuls sous leurs paupières
sans reconnaître les chemins qui passent
en blanchissant un peu la nuit.

(Lucien Becker)

 

Recueil: Rien que l’amour
Editions: La Table Ronde

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La Muse est partie sur le chemin (Anna Akhmatova)

Posted by arbrealettres sur 13 août 2017






La Muse est partie sur le chemin
Étroit, raide, marqué par l’automne,
Et ses jambes hâlées ont été
Aspergées d’une épaisse rosée.

Longtemps je lui ai demandé
D’attendre l’hiver avec moi.
Mais elle a dit: «Ici, c’est une tombe,
Comment peux-tu encore respirer?»

Je voulais lui donner un pigeon,
Le plus blanc de mon pigeonnier,
Mais l’oiseau s’est envolé de lui-même
Sur les traces de ma belle visiteuse.

Je l’ai suivi du regard, sans rien dire,
Je n’aimais vraiment que lui,
L’aurore apparaissait au ciel:
Porte ouverte vers son pays.

(Anna Akhmatova)

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Dans une chambre (Lucien Becker)

Posted by arbrealettres sur 12 août 2017



Illustration: Pascal Renoux
    
Dans une chambre une femme m’attend
dont le corps à vif va s’ouvrir au mien
dans un instant d’une plénitude telle
que rien ne peut la limiter, pas même la mort.

(Lucien Becker)

 

Recueil: Rien que l’amour
Editions: La Table Ronde

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