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Poésie

Posts Tagged ‘attendre’

UN DUO (Jacques Lacarrière)

Posted by arbrealettres sur 19 mars 2021



Illustration: Giorgio de Chirico
    
UN DUO
(Le duo)

Un couple de mannequins en bois utilisé dans les ateliers de sculpture :
habitants typiques du monde chiriquien.
Qu’attendre des amours d’un tel couple
si ce n’est un rituel d’insectes rigides, une pariade de robots ?

— Étant sans bras pour nous étreindre, rien ne pourra nous séparer.
— Étant sans sexe pour aimer, rien ne pourra nous désunir.
— Sans yeux et sans nez, mon visage. je suis une élégie de cire.
— Sans front; sans bouche, mon partage. je suis un brouillon de sourire.
— Mannequins au torse d’absence ?
— Simulacres que l’éther encense ?
— Appelants du plus grand silence ?
— Aubiers d’être enfantés du tremble ?

Le savez-vous qu’ainsi livrés à la rigidité dorienne des momies,
vous êtes entrelacés à l’énigme du monde?
Le savez-vous qu’en cette terrasse ensoleillée
s’ébauche en vous une théologie des automates ?

(Jacques Lacarrière)

 

Recueil: A l’orée du pays fertile
Traduction:
Editions: Seghers

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EMPÉDOCLE (Jacques Lacarrière)

Posted by arbrealettres sur 18 mars 2021



 
    

EMPÉDOCLE

«J’ai rêvé d’un suicide où dans la conquête et le dépassement de la mort
il me serait loisible de regretter pour la première fois le monde, de poursuivre mon geste
avec la certitude qu’il est absurde et vain.
Je devine, en mes chairs, un fourmillement d’êtres oisifs qui n’attendent que ma mort pour naître. »

Quarante ans de méditation ont conduit Empédocle dans le cratère du Stromboli.
À cet instant, pour la première fois,
il a vu un volcan, un ciel bleu, une fumée sulfureuse,
une mort apprise chaque jour et enfin récitée dans le feu de la terre.

(Jacques Lacarrière)

 

Recueil: A l’orée du pays fertile
Traduction:
Editions: Seghers

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NOUVELLES ILLIMITÉES (Pierre Morhange)

Posted by arbrealettres sur 6 mars 2021



L’ÉTÉ nue
Le balcon vibre
L’été nue
Mon étourdie
L’été nue
La toupie
L’été nue
La vrille la vie

L’été nue
Lourde et gracieuse
Toujours blanche près de moi
Même vainqueur et cachant mes abois
Je te sais victorieuse
Je t’énonce mes émois
Et tu fuis le long et au fond
De toi-même
Longue falaise
Où tout va
Battant cherchant allant
Longue falaise
Dont tu attends
Et dont j’attends
— Dans tes cavernes
Et sur tes crêtes
Sur ton herbe
Et ton champ
Ton désert
Ton regard pesant —
Des nouvelles
Illimitées.

(Pierre Morhange)

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M’attendre m’attendre toujours (Maurice Aubert)

Posted by arbrealettres sur 3 mars 2021



m’attendre m’attendre
toujours

marcher
marcher au-dehors de moi

marcher sous moi
alors que l’infini m’absorbe

(piège du sol
de la foule
piège des choses palpables
palpées)

les voix antérieures gisent
englouties de visible

visions éclatées
au bout des sens

(Maurice Aubert)

Illustration: Laurent Gorris

 

 

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QUELQUE CHOSE ET MOI (Pierre Delanoë)

Posted by arbrealettres sur 3 mars 2021



 

Rockwell Kent 32 [1280x768]

QUELQUE CHOSE ET MOI

Il était un soir
Il était une fois
Quelque chose et Moi
Quelque chose et Moi (bis)
Un signe un espoir
Une image une voix
Quelque chose et Moi
Quelque chose et Moi

Et je n’étais plus seul au monde
Et je n’avais plus peur ni froid
Et je vivais chaque seconde
Et j’étais partout à la fois
Et une araignée de légende
Tisse le ciel de ma nuit
Comm’ je suis heureux dans ma chambre
Je ne sais pourquoi ni pour qui

Je vais et je viens
Mal et bien sous mon toit
Quelque chose et Moi
Quelque chose et Moi
Et je n’attends rien
Ni des Dieux, ni des rois
Quelque chose et Moi
Quelque chose et Moi

Comm’ un prisonnier s’émerveille
A regarder vivre une fourmi
J’ai reçu de bonnes nouvelles
Il paraît que ça va bien la vie
J’ai envie d’ouvrir la fenêtre
Pour me voir passer dans la rue
Savoir si j’ai changé de tête
Revoir ce que je ne suis plus

Et je n’étais plus seul au monde
Et je n’ai plus peur ni froid
La nuit ne sera plus très longue
Oui, je sais que tu existeras

Il était un soir,
Il était une fois.

(Pierre Delanoë)

Illustration: William Blake

 

 

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Comment ça va ? (Ben Corlaciu)

Posted by arbrealettres sur 23 février 2021




    
Comment ça va ?

Comment vas-tu ? Merci, ça marche après l’aurore.
Je vis, il n’y a pas d’autre solution.
Le matin au marché parmi les fleurs et les poivrons
Je respire l’odeur des coings encore et encore
Et je rentre avec le cabas plein de météores.

Je vis bien, ne te fais pas de soucis.
Je n’attends pas que la mort vienne, j’attends que la vie passe.
C’est vrai, quelques émois me tracassent
Mais ils sont éphémères et tout petits :
Je dis bonjour au lieu de bonne nuit.

(Ben Corlaciu)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

Recueil: Le blues roumain
Traduction: Traduit du roumain par Radu Bata
Editions: Unicité

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Ailleurs (Ewa Lipska)

Posted by arbrealettres sur 22 février 2021



Illustration: Igor Marceau
    

Ailleurs

Je voudrais vivre Ailleurs.
Dans de petites villes brodées à la main.

Rencontrer ceux
qui ne viennent pas au monde.

Nous serions enfin heureux solitaires.
Pas une station ne nous attendrait.

Nulle arrivée. Nul départ.
Au musée du temps qui passe.

Pas une seule guerre ne se battrait pour nous.
Pas une humanité. Pas une armée. Pas une arme.

La mort un peu pompette. Ce serait gai.
À la bibliothèque le temps en plusieurs volumes.

L’amour. Chapitre sans connaissance.
Tournerait dans un murmure les pages de nos cœurs.

***

Gdzie Indziej

Chciałabym mieszkać Gdzie Indziej.
W haftowanych ręcznie miasteczkach.

Spotykać się z tymi
którzy nie przychodzą na świat.

Bylibyśmy wreszcie szczęśliwie samotni.
Nie czekałby na nas ani jeden przystanek.

Żaden przyjazd. Żaden odjazd.
Przemijanie w muzeum.

Żadne wojny nie biłyby się o nas.
Żadna ludzkość. Żadne wojsko. Żadna broń.

Śmierć na rauszu. Byłoby wesoło.
W bibliotece wielotomowy czas.

Miłość. Nieprzytomny rozdział.
Przewracałaby nam szeptem kartki w sercach.

***

Elsewhere

I’d like to live Elsewhere.
In hand-embroidered towns.

To meet those
who are not born into the world.

At last we would be happily alone.
No stop would wait for us.

No arrival. No departure.
Evanescence in a museum.

No wars would fight for us.
No humanity. No army. No weapon.

Tipsy death. It would be fun.
In the library a multi-volume time.

Love. A mad chapter.
It would turn the pages of our hearts in a whisper.

(Ewa Lipska)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

Recueil: Moi, ailleurs, l’écharde
Traduction: Traduit du polonais par Isabelle Macor-Filarska et Irena Gudaniec-Barbier – The New Century (Northwestern University Press, 2009) – Translated by Robin Davidson & Ewa Elzbieta Nowakowska.
Editions: Grèges

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Jours vides interminables (Charles Juliet)

Posted by arbrealettres sur 20 février 2021



Illustration: Tamara Lunginovic
    
jours vides
interminables
écrasés d’ennui

rien ne se propose
de ce qui pourrait
m’apporter
ce dont l’attente
me consume

une région de ténèbres
où tout m’est retiré
de ce qui habituellement
me fait vivre

certes le temps va
mais si lentement
si lentement
et chaque seconde
ronge lancine accable

ce qui me fait
défaut
je l’ignore

je ne le connais
que par ce besoin
que j’en ai

un âpre désir
une torturante
nostalgie

alors
replié dans mes limbes
sourd et aveugle
à ce qui me hèle
voué souvent
à des heures
lasses et cendreuses
j’attends

j’attends
que sourde
la lumière

que meure
le temps

que jaillisse l’eau
dont j’ai soif

(Charles Juliet)

 

Recueil: Moisson
Traduction:
Editions: P.O.L.

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Pourquoi ce vide pourquoi ce manque (Charles Juliet)

Posted by arbrealettres sur 5 février 2021



Illustration: Anne-Marie Zilberman
    
pourquoi ce vide
pourquoi ce manque

j’ai faim de ta voix claire
mais si doux soient tes mots
ils ne délivrent pas
ce qu’attendait ma nuit

pourquoi ce vide
pourquoi ce manque

j’ai faim de ton regard
mais quand je le reçois
il ne m’est rien donné
qui pourrait m’assouvir

pourquoi ce vide
pourquoi ce manque

j’ai faim de ton visage
mais quand il s’offre à moi
je tremble de voir le temps
cheminer dans tes rides

*

j’ai faim de tes flancs nus
mais quand je les pétris
la houle ne s’apaise pas
qui déferle à mes tempes

pourquoi ce vide
pourquoi ce manque

j’ai faim de ton secret
mais quand je plonge en toi
c’est un peu plus d’angoisse
qui s’ajoute à la mienne

pourquoi ce vide
pourquoi l’attente

pourquoi ce tourment
qui nous rend étrangers
cette creusante nostalgie
qui nous livre à l’exil
nous laisse déçus amers avides

nous laisse déçus amers

avides

(Charles Juliet)

 

Recueil: Moisson
Traduction:
Editions: P.O.L.

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Qu’attend-on d’une nuit sans étoiles ? (Frédérique Archimbaud)

Posted by arbrealettres sur 25 janvier 2021



Illustration: Christian Schloe 
    
Qu’attend-on
d’une nuit sans étoiles ?

Peut-être qu’y bruissent
nos firmaments
à fleur d’âme ?

Que se jouent de nous
nos farandoles
effrayées
nectar du songe

qu’à petits pas
à frôlements feutrés
sanglotent
nos joies
nos chagrins

et qu’à petit matin
nous délivre
un essaim
de lumière

(Frédérique Archimbaud)

Découvert ici: http://laboucheaoreilles.wordpress.com/

Recueil: Friches 131
Traduction:
Editions: Revue de poésie Friches

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