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Poésie

Posts Tagged ‘attendri’

Après l’Hiver (Victor Hugo)

Posted by arbrealettres sur 21 mars 2019



Après l’Hiver
N’attendez pas de moi que je vais vous donner
Des raisons contre Dieu que je vois rayonner ;
La nuit meurt, l’hiver fuit ; maintenant la lumière,
Dans les champs, dans les bois, est partout la première.
Je suis par le printemps vaguement attendri.
Avril est un enfant, frêle, charmant, fleuri ;
Je sens devant l’enfance et devant le zéphyre
Je ne sais quel besoin de pleurer et de rire ;
Mai complète ma joie et s’ajoute à mes pleurs.
Jeanne, George, accourez, puisque voilà des fleurs.
Accourez, la forêt chante, l’azur se dore,
Vous n’avez pas le droit d’être absents de l’aurore.
Je suis un vieux songeur et j’ai besoin de vous,
Venez, je veux aimer, être juste, être doux,
Croire, remercier confusément les choses,
Vivre sans reprocher les épines aux roses,
Être enfin un bonhomme acceptant le bon Dieu.

Ô printemps ! bois sacrés ! ciel profondément bleu !
On sent un souffle d’air vivant qui vous pénètre,
Et l’ouverture au loin d’une blanche fenêtre ;
On mêle sa pensée au clair-obscur des eaux ;
On a le doux bonheur d’être avec les oiseaux
Et de voir, sous l’abri des branches printanières,
Ces messieurs faire avec ces dames des manières.

(Victor Hugo)

Illustration: Piel-Colombo

 

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Comme un naufragé (Pier Paolo Pasolini)

Posted by arbrealettres sur 9 octobre 2018



    

Comme un naufragé indemne je me retourne
et je vois derrière moi, attendris
par le passé, des océans de rares
violettes, de primevères silencieuses.
Mais ce paysage de jeunes pousses azurées
que le clair Avril adoucissait
est déjà un songe plus lointain que le ciel.

Le temps se dissipe sans vague :
papillons aux vols pudiques,
fleurs violentes, paix hérissée…

Et saurais-je encore m’effrayer si
un son désaccordait la musique ténue
des champs ? Lever les yeux comme un enfant
angoissé par les gouffres célestes
que voile le cours paisible des nuages ?
Et si dans l’azur aride
l’irascible rossignol exhalait son chant diurne
je l’écouterais avec ferveur, mais sans espoir.
Je ne rêve pas, je ne veille pas…

***

Corne un naufrago incolume mi volgo
e vedo, inteneriti dal passato,
alle mie spale, oceani di rare
viole, di silenziose primule.
E già un sogno lontano più del cielo
il paesaggio di germogli azzurri
che il trasparente Aprile intiepidiva.

Il tempo è dileguato senza moto:
le farfalle che volano pudiche,
i fiori violenti, l’irta quiete…

E so ancora atterrirmi ad un accento
che disaccordi con la fioca musica
dei campi? Alzare il capo, puerilmente,
angosciato dai baratri celesti
tra i veli tranquilli delle nuvole?
Se l’iroso usignolo nell’azzurro
arido, esala i suoi canti diurni,
lo ascolto ardente, ma non ho speranza.
Io non sogno, non veglio…

(Pier Paolo Pasolini)

 

Recueil: Je suis vivant
Traduction: Olivier Apert et Ivan Messac
Editions: NOUS

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Je l’aime (Albert Lozeau)

Posted by arbrealettres sur 9 juillet 2018




    
Je l’aime et le lui dis toujours en mêmes mots,
Avec de vieux frissons toujours, toujours nouveaux.
Mon cœur changeant, pour elle est demeuré le même ;
C’est mon ancienne voix qui lui dit que je l’aime ;
Et de l’accueil heureux le baiser coutumier,
Ô mystère d’amour ! est toujours le premier !
Ma pauvre âme blasée aux choses de la vie,
Dès que je la revois, en est toute ravie !
C’est elle qu’en mon rêve attendri j’acclamais ;
Et celle-là qui m’est si douce, et plus encore,
Celle-là que d’un cœur toujours jeune j’adore,
Je ne l’aurai peut-être à moi, jamais, jamais !…

(Albert Lozeau)

 

 

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Silence (Albert Lozeau)

Posted by arbrealettres sur 9 juillet 2018



Illustration: Carl Schweninger
    
Silence

L’heure coulait comme un ruisseau, vive et divine,
Sous les arbres feuillus où tous deux nous rêvions ;
Et comme font les vrais amants, nous écoutions
Tout ce qui dans nos yeux attendris se devine.

Les mots ne rendent pas tout ce qu’on imagine.
Depuis que l’homme souffre en proie aux passions,
Ils trahissent, les mots ; et nous, qui le savions,
Nous gardions le silence où l’amour grave incline…

Si nous pouvions ainsi, jusqu’au bout du chemin,
Nous dire nos secrets d’un geste de la main,
Nos peines d’un regard, nos bonheurs d’un sourire…

Et nous passer des mots, infidèles, petits,
Qu’on désavoue, à peine aussitôt qu’ils sont dits, –
Comme ceux-là qu’ici, pour vous, je viens d’écrire !

(Albert Lozeau)

 

 

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Le soleil mollement surgit… (Marie Dauguet)

Posted by arbrealettres sur 16 novembre 2017




    
Le soleil mollement surgit…

Le soleil mollement surgit et se dilate
Comme une énorme fleur qui lentement s’étale
Et qui soudain parmi les prés mouillés éclate,
Eparpillant au loin ses rougeâtres pétales.

Le marais fume où l’eau mélancolique râle
Etendant sous les joues une moire écarlate,
Et la confuse vase intensément exhale
Dans le vent une odeur de baume et d’aromate

Puissante et qui vous met des baisers sur les lèvres.
Le paysage est plein de langueur et de fièvre
Ainsi que mon désir de troubles rêveries;

Et le songe est si doux dont la langueur m’obsède,
Que je me sens dans la nuit, avec leur parfum tiède,
S’effeuiller sur mon coeur des roses attendries.

(Marie Dauguet)

 

 

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Tu ne peux face à face (Henri Cazalis)

Posted by arbrealettres sur 29 août 2017




    
Tu ne peux face à face contempler le soleil,
mais tu contemples son reflet qui fait la beauté de la lune.

Ainsi tu ne peux face à face contempler le Soleil des âmes;
mais tu contemples sa lueur répandue sur un beau visage,
et attendri tu pleures,
et devant lui ton âme étouffe de désirs.

(Henri Cazalis)

 

Recueil: Le livre du Néant
Editions: Alphonse Lemerre

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Etoile sur le Navire (Renée Vivien)

Posted by arbrealettres sur 17 août 2017




    
Etoile sur le Navire

Tristement je rêvais en regardant les flots…
Le vent occidental portait ma rêverie
Vers des cieux inconnus, et les anciens sanglots
Sourdaient confusément dans mon âme meurtrie.

Sur les embruns, fleuris de sillages légers,
Se mirait le reflet orangé d’une voile,
Et, fraternel parmi les astres étrangers,
Souriait le regard attendri d’une étoile.

Tristement je rêvais en regardant les flots
Que fendait le passage orangé d’une voile ;
Dans mon âme, où somnolaient d’antiques sanglots,
Souriait le regard attendri d’une étoile.

(Renée Vivien)

 

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A un ami qui m’est cher (Renée Vivien)

Posted by arbrealettres sur 20 juillet 2017




    
A un ami qui m’est cher

Lorsque je vous ai vu pour la première fois,
Je n’ai vu qu’un passant, qu’une ombre parisienne,
Dont la voix répondait par hasard à ma voix,
Dont la main effleurait par hasard la mienne.

J’étais comme un rêveur attardé sur la grève,
Qui voit venir vers lui les vagues de la mer,
Et qui les voit s’enfuir, en poursuivant son rêve,
Qui les voit retomber dans le néant d’hier.

Je ne voyais qu’un flot de l’océan humain,
A peine s’attardait ma pensée fuyante, —
Rien qu’un adieu banal, un serrement de main,
Et je vous ai quitté, vous passant, moi passante.

Quand vos vers ont chanté tendrement à mon âme,
Je n’ai vu qu’un poète, un esprit mélodieux,
Qui chantait en tissant le fil d’or de la trame
Faite d’illusions et de rêves radieux.

J’écoutais en rêvant les chants de votre coeur,
J’écoutais en rêvant l’harmonie secrète
Toute pleine d’amour, de joie ou de douleur
Que soupirait tout bas votre âme de poète.

J’étais comme un passant qui dans la nuit écoute
Un chant de rossignol, harmonieux et touchant,
Et qui, tout attendri, reprend après sa route
Emportant avec lui la mémoire d’un chant.

Enfin quand votre coeur au mien s’est révélé,
Quand j’ai vu sa grandeur, son intime noblesse,
Ami, le moindre doute alors s’en est allé,
Je pouvais me confier sans crainte à sa tendresse.

Alors j’ai vu l’ami, — cet ami de mes songes,
Cet ami tendre et doux, dont j’avais tant besoin,
Hélas ! Et maintenant les heures se prolongent
En nuits, en jours, en mois, et vous êtes si loin !

Mais vous êtes toujours présent à ma pensée,
Mais vous êtes toujours présent à mon esprit…
Ami, votre tendresse, ainsi que la rosée,
Pénètre dans mon coeur, et ranime et guérit…

(Renée Vivien)

 

Recueil: Dans un coin de violettes
Editions: E. SANSOT & Cie

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LE BAISER (Jean Aicard)

Posted by arbrealettres sur 9 juillet 2017



Illustration: Oleg Zhivetin

    

LE BAISER

Les autres jusque là je les avais surpris,
Mais tu l’as bien voulu, laisse-moi me le dire,
Ce baiser savoureux, posé sur ton sourire,
Et dont je sais la gloire et l’ardeur, — tout le prix!

J’ai donc lu la bonté dans tes yeux attendris
Où l’éclair de l’orgueil a coutume de luire.
Et je n’ai pu parler, las d’un trop long martyre,
Mais mon cœur était plein de délire, et de cris !

Oh! ce baiser! je veux en éterniser l’heure,
Pour retrouver un jour, un des jours où l’on pleure,
Ma joie enclose ici, fière et vivante encor !

Oui, sur ma lèvre en feu ta lèvre s’est empreinte,
Tes deux bras m’ont pressé parmi tes cheveux d’or,
…Et mes deux bras mourants n’ont pas rendu l’étreinte.

(Jean Aicard)

 

Recueil: Anthologie universelle des baisers (III France)
Editions: H. Daragon

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Le foyer (Paul Verlaine)

Posted by arbrealettres sur 4 mai 2017



Illustration: Georg Friedrich Kersting
    

Le foyer, la lueur étroite de la lampe ;
La rêverie avec le doigt contre la tempe
Et les yeux se perdant parmi les yeux aimés ;
L’heure du thé fumant et des livres fermés ;
La douceur de sentir la fin de la soirée ;
La fatigue charmante et l’attente adorée ;
De l’ombre nuptiale et de la douce nuit,
Oh ! tout cela, mon rêve attendri le poursuit
Sans relâche, à travers toutes remises vaines,
Impatient mes mois, furieux des semaines !

(Paul Verlaine)

Découvert ici: https://eleonoreb.wordpress.com/

 

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