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Poésie

Posts Tagged ‘attendu’

LES DEUX VOIX (Louise de Vilmorin)

Posted by arbrealettres sur 3 avril 2020



LES DEUX VOIX

La tristesse, la pluie, une lettre attendue
Décolorent ce premier jour de printemps.
Et ma main qui se tend
Vers la lettre attendue
Ne soupèse le poids que de mon temps perdu.
Perdu mon temps, perdue la course heureuse
Vers de nouvelles voix,
Perdue surtout ma partie de tricheuse :
Les bagues me sont tombées des doigts.

J’ai bien des fois brûlé
Mais de chaque incendie
Un nouveau coeur m’est né
Pour l’amour de ma vie.

Bagues par les plages mangées,
Les poissons portent des bijoux essentiels
A mes mortelles soirées.
Poissons : sommeil du diable,
Mes mains en creusant le sable
Ne trouvent enlisés que mes péchés véniels.

Et j’attends d’une lettre
La pluie ou le beau temps
La lettre baromètre
Tient mon ciel en suspens.

Ah! les visages, les visages perdus
N’ont pas laissé d’empreintes nettes
Aux miroirs des amours muettes
Que les voyageurs ont tendus.
Voyageurs, vous disiez en montrant le miroir :
« Soufflez fort, il faut que vos visages s’éteignent.
L’amour vous habillera de noir
Afin que les désirs vous craignent. »
Et les bras étaient plus grands
Dans la chambre plus haute,
L’épaule devenait le monde où l’on apprend
La leçon des mille fautes.

Dans l’armoire pendue
Au-dessus du plancher
Ma robe est toute nue
je n’ose la toucher.

Maintenant un tambour au loin bat ma retraite.
L’âge est seul en ma chambre à me serrer de près.
Le drapeau du malheur est le drap des secrets.
Je n’irai plus dans mes habits de fête
Me baigner au lac des tendres toujours,
Adieu mousselines, voici les prêtres,
Adieu beaux jours à ma fenêtre,
L’extrême-onction sent le velours.

La cascade aux roches roucoule,
Criez plus fort : le bruit est sourd.
Chaque fou court après son moule.
L’extrême-onction sent le velours.

(Louise de Vilmorin)

Illustration: Fabienne Contat

 

 

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Conte d’amour X (Jean Moréas)

Posted by arbrealettres sur 3 avril 2020



Conte d’amour X

Ce jour-là, les flots bleus susurreront plus bleus
Le long des côtes blanches,
Et du soleil frileux, les rayons plus frileux
Se joueront dans les branches.

Malgré le rude hiver, les fleurs de l’églantier
Souriront grand’ouvertes,
Et l’on verra changer les cailloux du sentier
En émeraudes vertes.

Les loups pour les agneaux auront des soins exquis,
Et sous l’oeil bon des aigles,
Les grands vautours feront la cour, en fins marquis,
Aux colombes espiègles.

Les dames, aux propos galants des séducteurs,
Ne seront pas rebelles,
Et les Almavivas, malgré les vieux tuteurs,
Enlèveront leurs belles.

Car ce jour-là, jour saint, vaillamment attendu,
Dans tes chastes prunelles,
Mes yeux retrouveront le paradis perdu
Des amours éternelles.

Car ce jour-là, les coeurs par le bonheur brisés,
Mes lèvres dans les tiennes,
Nous nous rappellerons en de nouveaux baisers
Nos caresses anciennes.

(Jean Moréas)

Illustration

 

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Le jour attendu (Ahmad ibn Shuhayd al-Ansarî)

Posted by arbrealettres sur 3 mars 2020




Le jour attendu

Cette jeune fille qui se baignait
dans un creux du Sikar
a apaisé dans l’eau
la fièvre de ses douze ans.

La tête penchée et l’ombre rougissante du couchant
lui ont servi à tromper les poissons,
l’herbe du rivage et, surtout, les lavandières.
Mais une fois loin et seule avec les joncs,
son sourire ardent la dénonçait.

(Ahmad ibn Shuhayd al-Ansarî)

Illustration: Pierre-Auguste Renoir

 

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LE CARREAU (René Char)

Posted by arbrealettres sur 12 juin 2019



LE CARREAU

Pures pluies, femmes attendues,
La face que vous essuyez,
De verre voué aux tourments,
Est la face du révolté ;
L’autre, la vitre de l’heureux,
Frissonne devant le feu de bois.

Je vous aime mystères jumeaux,
Je touche à chacun de vous;
J’ai mal et je suis léger.

(René Char)

Illustration: Mitty Desques

 

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Brusque silence dans la maison (Anna Akhmatova)

Posted by arbrealettres sur 23 mars 2019



Brusque silence dans la maison,
Le dernier coquelicot disperse ses pétales,
Dans une longue somnolence
J’attends la nuit qui descend tôt.

La porte est bien fermée,
Le soir est noir, le vent se tait.
Où, la gaieté, où, le souci ?
Et toi, mon doux fiancé ?

L’anneau secret, on l’a perdu,
Bien des jours j’ai attendu,
La chanson, tendre captive,
Est morte dans ma poitrine.

(Anna Akhmatova)

 

 

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La nudité, l’appel, le corps qui cherche (Miriam Silesu)

Posted by arbrealettres sur 2 mars 2019



Illustration: Lucie Llong   
    
La nudité, l’appel,
le corps qui cherche son unité à travers d’autres corps,
sa présence.

Le désir dans le crâne percé,
le sang qui cherche furieusement
à se brancher sur le nerf magique d’un destin
qui lui donnerait l’immortalité d’un sens.

Un baiser referme le monde dans sa nuit.
Un baiser plus profond que la tombe,
et le corps aimé n’est plus corps,
mais oubli, éternité.

Les corps s’aiment
parce qu’ils sont perdus,
pour se retrouver.

Nous avons tous un coeur
proche de se déchirer et prendre feu.
Un corps désiré ranime le goût blessé du vide…

Tomber dans un cri inconnu à travers le corps
qu’on sent à tel point qu’on ne le sent plus.

Le désir cherche à toucher,
mais le contact attendu
est celui de l’essence de la présence.

Aimer voudrait n’avoir pas de corps
pour aller au plus près.

(Miriam Silesu)

 

Recueil: Cinéraire
Traduction:
Editions: Lettres vives

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CE JOUR TANT ATTENDU (Charles Aznavour)

Posted by arbrealettres sur 2 octobre 2018



 

CE JOUR TANT ATTENDU

Ce jour tant attendu
S’était levé pour nous,
Tu étais étendue,
Moi, j’étais comme fou…
Deux coeurs battaient en toi
Au rythme de mon coeur
Et y’avait tant de joie
Dans tes cris de douleur…
Notre amour prenait corps
Par ton corps torturé,
Et rien n’était plus fort
Que l’instant qu’on vivait..
Ce dont nous avions peur
Nous unissait bien plus
Que le plus grand bonheur
Ce jour tant attendu…

Ce jour tant attendu
S’était levé enfin,
J’étais comme perdu,
Mais je ne pouvais rien…
Rien pour toi qui souffrais,
Luttais contre le temps…
Rien pour toi qui criais
Tout en te débattant…
Tes yeux cherchaient mes yeux
Qui regardaient les tiens
Et tes ongles furieux
Se plantaient dans mes mains
Annonçant le bonheur
Pour deux êtres éperdus,
Naissait dans la douleur
Ce jour tant attendu…

Et ton corps déchiré
Soudain s’est apaisé
En mettant au grand jour
Le fruit de notre amour.

(Charles Aznavour)

Illustration: Printemps-Eté-Automne-Hiver

 

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QUEL VESTIGE EN LA CENDRE ? (Pierre Béarn)

Posted by arbrealettres sur 1 août 2018



QUEL VESTIGE EN LA CENDRE ?

Ombre à mon ombre usée ton pas vient dans le mien
toujours feutré de cendre et mon pas s’en irrite,
quel vestige en la cendre attestera mon bien ?

Irritation d’une ombre appuyée sur sa fuite,
tu marquas le Destin de ton chiffre orgueilleux
à l’aube où l’espérance estompait tes limites.

Pour se vouloir plus grand que la taille entrevue
tu n’auras projeté dans l’envol des soleils
qu’une étoile étourdie qui se veut attendue.

Dans un ciel surpeuplé que devient ta lumière ?
Tes semailles d’amour n’ont pas su refleurir.
La nuit descend pour accueillir les éphémères.

Ton arbre périra dans la flore anonyme
sans qu’un écho se moule au chant de tes oiseaux
sans qu’une aube de gloire ait reconnu ta cime.

Ombre à mon ombre usée ton pas vient dans le mien
toujours feutré de cendre et mon pas s’en irrite,
quel vestige en la cendre attestera mon bien ?

(Pierre Béarn)

 

 

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Qui êtes-vous (Lionel Ray)

Posted by arbrealettres sur 27 juin 2018


Qu’êtes-vous venue faire si près de moi si loin.
comme penchée à la fenêtre voyant surgir
le cavalier futur. comme une voix qui appelle
de fines étoiles, et tout est fort et difficile.
Avec une rose rouge sur le coeur. et ce regard
traversé par le feu. avec tant de nuages
dans la tête. on dirait que toutes les ombres
ont fui et que le sang déborde. qui êtes-vous

Avec ce pur éclat qui est en vous et hors
de vous. lorsqu’on découvre votre visage comme
une eau limpide. qu’on peut boire en elle tout le ciel
et toute la terre. et l’on reçoit soudain le monde

Comme un continent égaré. ses incendies
ses fêtes ses mots ses nombres ses obscurs corridors
ses fers sanglants ses larmes. alors rien n’est plus comme
avant. ni les raisons d’effroi ni le soleil.

Qui êtes-vous dans le rire des fenêtres. dans l’or
des bagues. les robes. les noms des rues. dans les couteaux.
dans les passants impénétrables. et les milliers
de regards. et les millions de paroles. toutes les vies.

Avec ce visage qui est une réponse et une
chaîne. et la question est toujours là. qui êtes-vous
dans les baisers l’air musical les mailles des heures
dans les nuits attendues et l’iris du désir.
Et moi je suis venu dans vos yeux comme on vient
au jour. je suis venu comme un voleur de vie.
dans votre voix. dans l’eau détruite et retrouvée.
aspirant. dormant. ivre. perdu. infiniment.

Qui êtes-vous. chaleureuse. dans les chambres du printemps.
comme un jardin d’eau. comme un chemin qui déferle
et qui ne revient pas. qui êtes-vous. si proche. avec
ces mains de cavalier invisible dans la nuit.

(Lionel Ray)

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Je bats la semelle (Attila Jozsef)

Posted by arbrealettres sur 12 juin 2018



Je bats la semelle

Qu’est le gîte aujourd’hui que j’avais bien connu,
Maisonnette où l’on m’aime, où je suis attendu?
Où je suis attendu…
Irai-je à gauche, irai-je à droite, je vacille.
Je lève haut les yeux sur l’étoile qui brille.
Sur l’étoile qui brille…

Mais je fuirai l’étoile et ferai sagement.
Où l’étoile n’est pas, on m’aimera vraiment.
On m’aimera vraiment…

(Attila Jozsef)

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