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Poésie

Posts Tagged ‘attendu’

LE CARREAU (René Char)

Posted by arbrealettres sur 12 juin 2019



LE CARREAU

Pures pluies, femmes attendues,
La face que vous essuyez,
De verre voué aux tourments,
Est la face du révolté ;
L’autre, la vitre de l’heureux,
Frissonne devant le feu de bois.

Je vous aime mystères jumeaux,
Je touche à chacun de vous;
J’ai mal et je suis léger.

(René Char)

Illustration: Mitty Desques

 

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Brusque silence dans la maison (Anna Akhmatova)

Posted by arbrealettres sur 23 mars 2019



Brusque silence dans la maison,
Le dernier coquelicot disperse ses pétales,
Dans une longue somnolence
J’attends la nuit qui descend tôt.

La porte est bien fermée,
Le soir est noir, le vent se tait.
Où, la gaieté, où, le souci ?
Et toi, mon doux fiancé ?

L’anneau secret, on l’a perdu,
Bien des jours j’ai attendu,
La chanson, tendre captive,
Est morte dans ma poitrine.

(Anna Akhmatova)

 

 

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La nudité, l’appel, le corps qui cherche (Miriam Silesu)

Posted by arbrealettres sur 2 mars 2019



Illustration: Lucie Llong   
    
La nudité, l’appel,
le corps qui cherche son unité à travers d’autres corps,
sa présence.

Le désir dans le crâne percé,
le sang qui cherche furieusement
à se brancher sur le nerf magique d’un destin
qui lui donnerait l’immortalité d’un sens.

Un baiser referme le monde dans sa nuit.
Un baiser plus profond que la tombe,
et le corps aimé n’est plus corps,
mais oubli, éternité.

Les corps s’aiment
parce qu’ils sont perdus,
pour se retrouver.

Nous avons tous un coeur
proche de se déchirer et prendre feu.
Un corps désiré ranime le goût blessé du vide…

Tomber dans un cri inconnu à travers le corps
qu’on sent à tel point qu’on ne le sent plus.

Le désir cherche à toucher,
mais le contact attendu
est celui de l’essence de la présence.

Aimer voudrait n’avoir pas de corps
pour aller au plus près.

(Miriam Silesu)

 

Recueil: Cinéraire
Traduction:
Editions: Lettres vives

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CE JOUR TANT ATTENDU (Charles Aznavour)

Posted by arbrealettres sur 2 octobre 2018



 

CE JOUR TANT ATTENDU

Ce jour tant attendu
S’était levé pour nous,
Tu étais étendue,
Moi, j’étais comme fou…
Deux coeurs battaient en toi
Au rythme de mon coeur
Et y’avait tant de joie
Dans tes cris de douleur…
Notre amour prenait corps
Par ton corps torturé,
Et rien n’était plus fort
Que l’instant qu’on vivait..
Ce dont nous avions peur
Nous unissait bien plus
Que le plus grand bonheur
Ce jour tant attendu…

Ce jour tant attendu
S’était levé enfin,
J’étais comme perdu,
Mais je ne pouvais rien…
Rien pour toi qui souffrais,
Luttais contre le temps…
Rien pour toi qui criais
Tout en te débattant…
Tes yeux cherchaient mes yeux
Qui regardaient les tiens
Et tes ongles furieux
Se plantaient dans mes mains
Annonçant le bonheur
Pour deux êtres éperdus,
Naissait dans la douleur
Ce jour tant attendu…

Et ton corps déchiré
Soudain s’est apaisé
En mettant au grand jour
Le fruit de notre amour.

(Charles Aznavour)

Illustration: Printemps-Eté-Automne-Hiver

 

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QUEL VESTIGE EN LA CENDRE ? (Pierre Béarn)

Posted by arbrealettres sur 1 août 2018



QUEL VESTIGE EN LA CENDRE ?

Ombre à mon ombre usée ton pas vient dans le mien
toujours feutré de cendre et mon pas s’en irrite,
quel vestige en la cendre attestera mon bien ?

Irritation d’une ombre appuyée sur sa fuite,
tu marquas le Destin de ton chiffre orgueilleux
à l’aube où l’espérance estompait tes limites.

Pour se vouloir plus grand que la taille entrevue
tu n’auras projeté dans l’envol des soleils
qu’une étoile étourdie qui se veut attendue.

Dans un ciel surpeuplé que devient ta lumière ?
Tes semailles d’amour n’ont pas su refleurir.
La nuit descend pour accueillir les éphémères.

Ton arbre périra dans la flore anonyme
sans qu’un écho se moule au chant de tes oiseaux
sans qu’une aube de gloire ait reconnu ta cime.

Ombre à mon ombre usée ton pas vient dans le mien
toujours feutré de cendre et mon pas s’en irrite,
quel vestige en la cendre attestera mon bien ?

(Pierre Béarn)

 

 

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Qui êtes-vous (Lionel Ray)

Posted by arbrealettres sur 27 juin 2018


Qu’êtes-vous venue faire si près de moi si loin.
comme penchée à la fenêtre voyant surgir
le cavalier futur. comme une voix qui appelle
de fines étoiles, et tout est fort et difficile.
Avec une rose rouge sur le coeur. et ce regard
traversé par le feu. avec tant de nuages
dans la tête. on dirait que toutes les ombres
ont fui et que le sang déborde. qui êtes-vous

Avec ce pur éclat qui est en vous et hors
de vous. lorsqu’on découvre votre visage comme
une eau limpide. qu’on peut boire en elle tout le ciel
et toute la terre. et l’on reçoit soudain le monde

Comme un continent égaré. ses incendies
ses fêtes ses mots ses nombres ses obscurs corridors
ses fers sanglants ses larmes. alors rien n’est plus comme
avant. ni les raisons d’effroi ni le soleil.

Qui êtes-vous dans le rire des fenêtres. dans l’or
des bagues. les robes. les noms des rues. dans les couteaux.
dans les passants impénétrables. et les milliers
de regards. et les millions de paroles. toutes les vies.

Avec ce visage qui est une réponse et une
chaîne. et la question est toujours là. qui êtes-vous
dans les baisers l’air musical les mailles des heures
dans les nuits attendues et l’iris du désir.
Et moi je suis venu dans vos yeux comme on vient
au jour. je suis venu comme un voleur de vie.
dans votre voix. dans l’eau détruite et retrouvée.
aspirant. dormant. ivre. perdu. infiniment.

Qui êtes-vous. chaleureuse. dans les chambres du printemps.
comme un jardin d’eau. comme un chemin qui déferle
et qui ne revient pas. qui êtes-vous. si proche. avec
ces mains de cavalier invisible dans la nuit.

(Lionel Ray)

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Je bats la semelle (Attila Jozsef)

Posted by arbrealettres sur 12 juin 2018



Je bats la semelle

Qu’est le gîte aujourd’hui que j’avais bien connu,
Maisonnette où l’on m’aime, où je suis attendu?
Où je suis attendu…
Irai-je à gauche, irai-je à droite, je vacille.
Je lève haut les yeux sur l’étoile qui brille.
Sur l’étoile qui brille…

Mais je fuirai l’étoile et ferai sagement.
Où l’étoile n’est pas, on m’aimera vraiment.
On m’aimera vraiment…

(Attila Jozsef)

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AMIS D’AMOUR (Bernard de Naillac)

Posted by arbrealettres sur 18 mai 2018



Illustration: Odile Wysocki-Grec
    
AMIS D’AMOUR

Restons amis, veux-tu? Rien qu’amis. L’attitude
En vaudra mieux, crois-moi, que de trouver un jour
Le premier abandon qui fait la solitude,
Nos sentiments fanés, d’anciens rêves d’amour !

Je suis émerveillé d’un rêve, que j’ignore…
Je crois en toi, mais davantage en l’amitié.
Restons ainsi, pour être un peu pareils encore :
N’est-ce pas suffisant, le bonheur à moitié ?

Amis, n’est-ce pas beau? Le soir ardent qui frôle
M’émeut profondément, ô mystère caché !
J’ai posé doucement ma tête à ton épaule :
Ton visage n’en est plus doux ni plus fâché…

Et c’est un geste las dont l’amour est complice ;
Tout bas, nous nous disons : un geste indifférent !
Cela parait une eau qui se sille et se lisse,
Quand le désir, parfois, apporte son courant.

Puis nous disons des mots quelconques… Nonchalance
D’un langage d’amour, dans les soirs éperdus.
Et nous nous comprenons avec des yeux d’absence,
Et ces mots — semble-t-il — étaient ceux attendus.

(Bernard de Naillac)

 

Recueil: Etincelles

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AMITIÉ (Octavio Paz)

Posted by arbrealettres sur 29 avril 2018



AMITIÉ

C’est l’heure attendue
sur la table tombe
interminablement
la chevelure de la lampe
La nuit rend la fenêtre immense
Il n’y a personne
la présence sans nom m’entoure

(Octavio Paz)

 

 

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TSIGANE (Charles Cros)

Posted by arbrealettres sur 14 février 2018


 


 

TSIGANE

Dans la course effarée et sans but de ma vie
Dédaigneux des chemins déjà frayés, trop longs,
J’ai franchi d’âpres monts, d’insidieux vallons.
Ma trace avant longtemps n’y sera pas suivie.

Sur le haut des sommets que nul prudent n’envie,
Les fins clochers, les lacs, frais miroirs, les champs blonds
Me parlent des pays trop tôt quittés. Allons,
Vite ! vite ! en avant. L’inconnu m’y convie.

Devant moi, le brouillard recouvre les bois noirs.
La musique entendue en de limpides soirs
Résonne dans ma tête au rythme de l’allure.

Le matin, je m’éveille aux grelots du départ,
En route ! Un vent nouveau baigne ma chevelure,
Et je vais, fier de n’être attendu nulle part.

(Charles Cros)

Illustration: Vincent Van Gogh

 

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