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Poésie

Posts Tagged ‘attention’

L’ours Martin et le Diable (Claude Roy)

Posted by arbrealettres sur 25 août 2022



Illustration: Frédéric Rébéna
    
L’ours Martin et le Diable

« Diable ! Diable ! »
avait dit Martin
en se mettant à table
un beau matin.

Il avait dit ça
sans faire attention
machinalement.

Le Diable apparut
voulut le mordre
faillit le manju
le manju tout cru.

Martin éperdu
s’encourut, s’en fut.

Il prend garde depuis
à ce qu’il dit.

(Claude Roy)

 

Recueil: Poèmes de Claude Roy
Traduction:
Editions : Bayard Jeunesse

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ÉCRIRE (Michel Deguy)

Posted by arbrealettres sur 9 août 2022



ÉCRIRE

Ce n’est pas un mystère.
Penser c’est parler; parler, c’est écrire.

Il n’y a rien « derrière les mots » — sinon d’autres mots.
Pas plus que derrière la tête, ou derrière la pensée, ou derrière le monde.
Il n’y a rien derrière.
Il y a quelque chose devant les mots,
qu’on peut appeler le monde, par exemple.

Le langage tient les choses à distance en se rapportant à elles.
Il s’agit de penser les mots avec d’autres mots, différant le silence.
Faire attention aux phrases dans les phrases,
avec regard oblique sur les choses comme si elles surveillaient l’opération.

Ce qu’avait compris, et n’aura pas cessé de dire, Ponge.
Ce que chacun peut faire. Cogito, scribo, sum.

(Michel Deguy)

 

 

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J’ai écrit ces textes (Gaëlle Josse)

Posted by arbrealettres sur 15 juillet 2022




    
J’ai écrit ces textes dans des carnets, des cahiers,
sur des pages volantes, des agendas, des tickets, des listes,
des enveloppes, des marque-pages ou dans mon téléphone ;
je les ai écrits dans les gares, les trains, les hôtels,
les cafés, chez moi, dans le métro, en ville et en d’autres lieux.

La poésie demeure pour moi comme une apparition, une attention portée à l’infime,
comme le surgissement d’un éclat fugace au coeur de nos vies.
L’éclosion d’invisibles soleils.

Peut-être, à cet instant-là, les mots peuvent-ils saisir quelque chose de ce jaillissement.
Elle est le regard nu, débarrassé de ce qui pèse, de ce qui encombre,
elle est le retour à la source, la lumière qui s’at-tarde sur un mur,
le frémissement qui parcourt un visage, la chaleur d’un corps aimé,
elle est le mot que l’on attend et qui nous sauvera peut-être.

J’ai eu envie de vous offrir aujourd’hui
cette moisson de mots cueillis jour après jour,
qu’ils aient été d’orage ou d’allégresse.

Mais vivants.
Vivants, oui, et vibrants, toujours.

(Gaëlle Josse)

Recueil: et recoudre le soleil
Traduction:
Editions:NOTAB/LIA

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Devenir poète (Thierry Cazals)

Posted by arbrealettres sur 5 juillet 2022




    
Devenir poète,
c’est tomber amoureux
du monde entier :
les hommes et les femmes
des cinq continents, mais aussi
les nuages, le vent, les étoiles,
les animaux, les arbres,
le désert, et même les cailloux
qui, quand on les contemple
de près, deviennent
de véritables trésors.
Oui, soyons amoureux, encore
et encore, et faisons bien
attention que notre coeur
ne se transforme jamais
en coffre-fort !

(Thierry Cazals)

Recueil: Pff! ça sert à quoi la poésie ?!
Traduction:
Editions: Rue du Monde

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Une tombe en Lucanie (Margherita Guidacci)

Posted by arbrealettres sur 24 mars 2022



 

Otto Dix   La Guerre

Une tombe en Lucanie

La figure
de plumes et de griffes (oiseau et démon)
se tient en arrière, mais prête à
bondir. Il la sent
mais il ne la voit pas, le jeune soldat
qui l’a derrière lui. Il la sent
et il la voit peut-être, l’adversaire
qui s’apprête, javelot au poing, à faire vibrer
le coup mortel. Nulle haine dans leur visage
mais une attention profonde, car doit s’accomplir vite
ce qui doit s’accomplir, et chacun d’eux porte
la triste conscience de l’amer destin
de l’homme en guerre. Au vainqueur,
rien n’assure que demain, sous le coup d’un autre
ce ne sera pas lui le vaincu, lui le tué.
Du condamné d’aujourd’hui l’âme reflue
avec son sang. Mystérieux comme sa Parque, un joueur de
flûte donne le signal. Les bras
serrés sur la poitrine ou levés
vainement au ciel, les femmes peuvent
commencer à pleurer.

(Margherita Guidacci)

Illustration: Otto Dix

 

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Si tu meurs un beau jour (Ludovic Janvier)

Posted by arbrealettres sur 17 mars 2022




    

Si tu meurs
un beau jour
attention
à la marche
tu croiras
que ça monte
pas du tout
ça descend

(Ludovic Janvier)

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Quoi ? Je vaux plus qu’une fleur (Fernando Pessoa)

Posted by arbrealettres sur 6 février 2022




    
Quoi ? Je vaux plus qu’une fleur
Parce qu’elle ne sait pas qu’elle a de la couleur
et que moi je le sais,
Parce qu’elle ne sait pas qu’elle a un parfum
et que moi je le sais,
Parce qu’elle n’a pas conscience de moi
et que moi j’ai conscience d’elle ?

Mais qu’est-ce qu’a une chose par rapport à une autre
Pour en être supérieure ou inférieure ?
Oui, j’ai conscience de la plante
et elle n’a pas conscience de moi.
Mais si la forme de la conscience c’est avoir conscience,
qu’y a-t-il là-dedans ?

La plante, si elle parlait,
elle pourrait me dire : Et ton parfum ?
Elle pourrait me dire : Tu as conscience parce qu’avoir conscience est une qualité humaine
Et moi je n’en ai pas pour la seule raison que je suis fleur sinon je serais homme.
J’ai un parfum et toi tu n’en as pas,
parce que je suis fleur…

Mais pour quoi me comparer avec une fleur,
si moi je suis moi
Et si la fleur еst la fleur ?

Ah, ne comparons rien du tout, regardons.
Laissons-là analyses, métaphores, similitudes.
Comparer une chose à une autre
c’est oublier cette chose.

Aucune chose n’en rappelle une autre
si nous mettons toute notre attention sur elle.
Chaque chose ne rappelle que ce qu’elle est
Et elle n’est que ce que rien d’autre n’est.
La sépare de toutes les autres le fait qu’elle est elle.
(Tout est ce rien sans autre chose qu’il n’est pas.)

(Fernando Pessoa)

Recueil: Oeuvres poétiques
Traduction:
Editions: Gallimard

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Bouteille (James Sacré)

Posted by arbrealettres sur 25 janvier 2022



Illustration: Bernard Abadie
    
Bouteille espèce de mot balancé
entre deux d’autres niveaux de langage
comme un geste attention !
balance-la loin ça passe
par-dessus, bien, l’as-tu
entendue tomber silence
dans le poème que le mot est tombé
comme à côté, poème à balancer c’est fait
qu’est-ce qu’on entend ?

(James Sacré)

Recueil: Bocaux, bonbonnes, carafes et bouteilles (Comme)
Traduction:
Editions: Le Castor Astral & Le Noroît

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Attention (Frédéric Jacques Temple)

Posted by arbrealettres sur 10 septembre 2021



 

Illustration: Laurent Fièvre
    
Attention
à ne pas éteindre
en toi
le soleil

(Frédéric Jacques Temple)

 

Recueil: Par le sextant du soleil
Traduction:
Editions: Bruno Doucey

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À cette époque (Ishikawa Takuboku)

Posted by arbrealettres sur 30 décembre 2020




    
À cette époque, je n’y avais pas prêté attention
mais que de fautes
dans ces vieilles lettres d’amour !

***

(Ishikawa Takuboku)

 

Recueil: Le jouet triste
Traduction: Jérôme Barbosa et Alain Gouvret
Editions: Arfuyen

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