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Il savait des choses (Guy Lévis Mano)

Posted by arbrealettres sur 2 mai 2019



 orange   l

Il savait des choses dont la nuit seule apprivoise le langage
et il les semait dans sa nation attentive silencieuse
hâve occulte qui était son raisin et sa farine
Et ces choses étaient l’orange juteuse pour l’heure
jachère pour la clameur de la gorge taciturne
et pour la soif de sa nation qui le voulait homme roi
Le laurier de longue verdeur ne frémissait pas de sa connaissance
et de sa requête debout et de son geste multitude et immobilité
Quand la mémoire l’avait rejeté ce qu’il savait demeurait
Et il le savait dans sa peau et devant sa peau
Il le savait à mesure de l’ignorance
Et cela prenait coeur dans son silence
comme une goutte ailée de miel
pour se poser sur la bouche épouse

(Guy Lévis Mano)

Illustration: Dennis Wojtkiewicz

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LES VOIX (Georges Themelis)

Posted by arbrealettres sur 31 janvier 2019



 

Odd Nerdrum_sleeping_couple

LES VOIX

Les voix qu’on avait entendues reviennent
Des lamentations et des bruissements remplissent l’air.

Le printemps vient et revient
Des arbres comme pétrifiés dans une lumière dure.

La lumière est rude et nous change,
Brûle le visage, dévore la peau.

La pluie arrive et tombe dans la mémoire,
Murs mouillés et moisis.
La chair se mouille en dedans, l’âme se mouille.

La fontaine où nous buvions ne coule pas.
Tu distingues le bruit, tu vois l’eau
Suspendue se penche vers la terre,
Comme d’un arbre une branche sèche.

Tu écoutes les rossignols que tu écoutais, ils ne s’arrêtent point
Dans l’ouïe attentive, dans les forêts attardées dans l’obscurité.
Tu dégustes les paroles de la nuit.
Mains que j’ai gardées dans les miennes,
Mains, doigts dans les doigts,
Vous êtes restées au toucher comme les taches
Qui ne disparaissent pas, comme du sang sur les habits.
Lèvres sur mes lèvres,
Ame sur mon âme.

Mer résonnant dans le sommeil. Vaste mer.

(Georges Themelis)

Illustration: Odd Nerdrum

 

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Nuit ma voûtée de ton destin de nuit (Guy Lévis Mano)

Posted by arbrealettres sur 18 octobre 2018


 


 

Jeanie Tomanek shockandawe

Nuit ma voûtée de ton destin de nuit
qui fais mûre sauvage ma rue que tu émondes de ses ronces
Nuit large comme les rues et lisse jusqu’au ciel comme les toits et les pâtures
et qui t’allonges jusqu’à l’horizon comme la mort des morts
et comme la mémoire des vivants
Nuit sans fissure dessertie du diadème par les nuées
et rejetée du vif par les tentures et par ta nature

Nuit taciturne malgré le meurtrier et la victime et la plainte du sang hors la veine entaillée
Nuit lasse de ton destin de nuit et vieille de ce qu’il advient chaque nuit dans la nuit
tu es sevrée car l’homme est debout au soleil et dormant à ta face

Ton corps d’alcool est l’arête et l’encoignure
tes coudes s’effacent dans les impasses
tu combles les interstices des pavés
tu es le pieu et la lierne des palissades
et tes paupières clignent dans les balustres des balcons
Tes poings coupés par les toits feuillettent parfois une étoile dévoilée

Ma nuit creusée par les canaux de mon attente tu es attentive et courtoise
tu estimes le pas de l’homme et le répercutes dans sa haute unité et dans sa pleine lourdeur
et restitues à son corps son juste bruit

Le soleil a ses sujets qu’il comble qu’il brûle et qui dorment
toi tu as ceux qui manquent les vendanges
et s’anuitent pour rattraper d’impalpables récoltes
et pour rafraîchir la constante et matinale blessure
Et tu annexes exclusive leur passage

(Guy Lévis Mano)

Illustration: Jeanie Tomanek

 

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SI TU PEUX (Henry Bauchau)

Posted by arbrealettres sur 6 août 2018




SI TU PEUX

Si tu peux
prier
demande une âme vide
attentive
et ne présumant pas de ses forces.
Tu sens
et si c’est voir, tu vois
tes branches suivre la courbe
inespérée du vent.

(Henry Bauchau)

 

 

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On devient sage avec le temps (William Butler Yeats)

Posted by arbrealettres sur 15 mars 2018


 


 

On devient sage avec le temps
Je suis fatigué de rêver,
Triton de marbre usé par les pluies et les vents
Sous le flot des fontaines ;
Et tout le jour je contemple
La beauté de cette femme
Comme si j’avais trouvé dans un livre
Le portrait d’une beauté,
Heureux de m’en emplir les yeux
Ou les oreilles attentives,
Enchanté de n’être que sage
Puisqu’on ne l’est qu’avec le temps ;
Et pourtant, et pourtant,
Ceci est-il mon rêve, ou la vérité ?
Ah, je voudrais que nous nous soyons rencontrés
Au temps où je brûlais ma jeunesse !
Mais j’ai vieilli parmi les rêves,
Triton de marbre usé par les pluies et les vents
Sous le flot des fontaines.

***

Men improve with the years
I am worn out with dreams ;
A weather-worn, marble triton
Among the streams ;
And all day long I look
Upon this lady’s beauty
As though I had found in a book
A pictured beauty,
Pleased to have filled the eyes
Or the discerning ears,
Delighted to be but wise,
For men improve with the years ;
And yet, and yet,
Is this my dream, or the truth ?
O would that we had met
When I had my burning youth !
But I grow old among dreams,
A weather-worn, marble triton
Among the streams.

(William Butler Yeats)

 
Illustration: ArbreaPhotos

 

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LA LICORNE (Max Rouquette)

Posted by arbrealettres sur 13 mars 2018



LA LICORNE

ATTENTIVE à l’écho de son pas
dans la clarté de l’ombre et la forêt d’étoiles
la Bête marche unique en son éternité.
Pas ténébreux, effroi des bêtes,

elle illumine et courbe au-dessus des collines
les chênes enivrés de lune.
Senteur de vierge et parfum d’immortelle

lui sont le dernier prix d’un sommeil de rocher,
source limpide à la soif qui la brûle,
nuit sans étoile où son sommeil se fond.
Belle licorne douce bête de rêve,

enivrement d’une chair accomplie,
ton pas qui sonne éternel me fait peur
et bien plus ton sommeil qui de la mort me parle.

***

L’UNICORN

AFECCIONADA au resson de son pas
dins la lutz d’ombra e la seuva d’estèlas
la bèstia va unenca en son etèrne.

Pas de tenèbra, espavent de feruna,
emblanquinèla e fa dinar suis serres
los roires embriagats de luna.

Olor de verge e perfum d’immortala
li son l’ultime prètz d’un sòm de ròca,
fònt d’aiga linda a la set que l’enfuòca,
nuòch sens estèla ont s’ajaça e s’escònd.

Bèl unicòrn doça bèstia de sòmi,
embriagament d’una carn espelida,
crente ton pas qu’etèrne restontís
e mai ton sòm que la mòrt me recòrda.

(Max Rouquette)

Illustration

 

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A la rencontre de l’inconnu masqué (Jean Laude)

Posted by arbrealettres sur 3 octobre 2017



 

Agnès Bockel 66874

A la rencontre de l’inconnu masqué
Qui suis-je à ces confins dépossédés par le sable et le vent,
surpris d’une douceur de cendres ?

Devant la nappe intacte de la mer.

Qui suis-je en cette chambre où je ferme les yeux ?

Une barque s’enfonce en la vase attentive. Happé par l’épaisseur,
je m’ensable et dérive

(Dépossédé par le fer gris de l’eau,
la neige a goût d’étoile entre les dents, nuit du métal amer
étendu dans le vent,
surpris d’une douceur, l’attente me divise, et me retire.)

(Jean Laude)

Illustration: Agnès Bockel

 

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J’ÉCRIS POUR QUE LE JOUR (Anna De Noailles)

Posted by arbrealettres sur 13 avril 2017



 

J’ÉCRIS POUR QUE LE JOUR

J’écris pour que le jour où je ne serai plus
On sache comme l’air et le plaisir m’ont plu,
Et que mon livre porte à la foule future
Comme j’aimais la vie et l’heureuse Nature.

Attentive aux travaux des champs et des maisons,
J’ai marqué chaque jour la forme des saisons,
Parce que l’eau, la terre et la montagne flamme
En nul endroit ne sont si belles qu’en mon âme !

J’ai dit ce que j’ai vu et ce que j’ai senti,
D’un coeur pour qui le vrai ne fut point trop hardi,
Et j’ai eu cette ardeur, par l’amour intimée,
Pour être, après la mort, parfois encore aimée,

Et qu’un jeune homme, alors, lisant ce que j’écris,
Sentant par moi son coeur ému, troublé, surpris,
Ayant tout oublié des épouses réelles,
M’accueille dans son âme et me préfère à elles…

(Anna De Noailles)

Illustration: Ignacio Zuloaga

 

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L’HORLOGE DE GRAND-MERE (Christiane Barrillon)

Posted by arbrealettres sur 8 mars 2017



L’HORLOGE DE GRAND-MERE

Notre aïeule l’horloge,
solide comme un chêne,
a sonné ses cent ans
sans ride, sans peine
— ses cent ans au foyer
de fidèle présence
nuit et jour attentive
à meubler le silence…

Elle a gardé ses doigts de fée
et tire sans trembler
le fil du temps
sur ses aiguilles.

Elle a gardé sa voix de jeune fille
pour nous chanter les heures
qui valsent une à une,
les douze soeurs
blondes et brunes.

Elle a gardé toute sa tête
dans l’orchestre de l’univers :
la mémoire sans faille,
la mesure précise,

et son coeur se balance
infatigablement
au creux de sa poitrine
comme un soleil de cuivre
entre l’est et l’ouest.

Je souhaite que le soleil
me monte très haut dans l’âme,
y reste au zénith en toutes saisons
même quand je serai vieille femme
voûtée au ras de l’horizon.

(Christiane Barrillon)

 

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Quelqu’un écoute (Robert Pinget)

Posted by arbrealettres sur 30 janvier 2017



 

Quelqu’un écoute
D’une oreille si attentive
Qu’on l’entend écouter

(Robert Pinget)

 

 

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