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CONSÉQUENCES (Yannis Ritsos)

Posted by arbrealettres sur 11 juillet 2016



 

CONSÉQUENCES

Des années durant, il se tourmentait; il se déshabillait
devant des miroirs d’un grand ou d’un petit format,
devant n’importe quelle vitre; il essayait avec soin
une attitude, puis une autre, pour choisir, pour trouver
celle qui lui était la plus personnelle, la plus naturelle, pour devenir
sa propre statue accomplie — encore qu’il sût que les statues sont le plus souvent réservées
aux morts, et plus souvent encore à certains dieux inconnus, inexistants.

(Yannis Ritsos)

Illustration

 

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Nous ne cessons de dire adieu (Rilke)

Posted by arbrealettres sur 26 mai 2016



Mais qui donc nous a retournés ainsi, pour que,
quoi que nous fassions, nous ayons l’attitude
de quelqu’un qui s’en va? Arrivé sur
la dernière colline, qui lui montre encore une fois
sa vallée tout entière, il se retourne, s’arrête, tarde un peu -,
notre vie est pareille, nous ne cessons de dire adieu.

***

Wer hat uns also umgedreht, daß wir,
was wir auch tun, in jener Haltung sind
von einem, welcher fortgeht? Wie er auf
dem letzten Hügel, der ihm ganz sein Tal
noch einmal zeigt, sich wendet, anhält, weilt —,
so leben wir und nehmen immer Abschied.

(Rilke)

Illustration: Salvador Dali

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Chant pour des ans à venir (Robert Momeux)

Posted by arbrealettres sur 29 juin 2015



Chant pour des ans à venir

C’était en revenant de la maison des rêves (je sais que tu ne m’aimes pas).
Tous les enfants étaient partis et l’herbe était devenue noire et plus un oiseau ne chantait.
J’avais erré longtemps, tous les livres s’étaient refermés pour moi
et je n’avais rien retenu de toutes leurs amours.

J’étais seul.

Tous les sentiers que je suivais
menaient vers la même eau calme et sombre, sous des lunes.
Je tournais en rond dans un sablier têtu et triste,
je repassais vingt fois devant man enfance au soleil et des fiançailles fanées.
Rien.
Plus une porte.

J’ensanglantais mes doigts à des murs invisibles.
Des journées vertes et douces défilaient, lointaines, silencieuses.
Je voyais se lever des tours et des palais, des ombres de futaies et des festins heureux.
Des visages perdus depuis toujours me souriaient gravement.
Une brume ténue voilait des gestes et des attitudes.
I1 y avait comme des puits, luisants et pleins de menace,
où je ne distinguais rien, m’y penchant.

Sous mes yeux, de grands pans de mon passé s’écroulaient, tranquilles et chastes.
Ma vie était dans une cendre mélancolique et froide que pas un souffle ne pouvait chasser.
J’allais, j’allais longtemps encore dans des plaines muettes.
Et plus tard, quand la nue fut percée, je ne vis plus qu’un grand fantôme,
ivre comme de vin, qui titubait sous le ciel bas
et qui jetait au vent des lambeaux de son linceul
jaune et sale.

(Robert Momeux)


Illustration: Odilon Redon

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