Arbrealettres

Poésie

Posts Tagged ‘attraction’

Garder le cap (Pierre Oster)

Posted by arbrealettres sur 25 octobre 2018



Illustration: Wordart Nuages de Mots    
    
Garder le cap dans la nuit de la langue.
Accepter l’attraction des mots simples
(ce haut tropisme délicieux).

(Pierre Oster)

 

Recueil: Paysage du Tout
Traduction:
Editions: Gallimard

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Les mots (Jacques Sivan)

Posted by arbrealettres sur 2 septembre 2018



molécules

Les mots sont une vapeur sonore.
Ils flottent sur la page comme les nuages,
ou explosent comme une gerbe d’eau.

Ces mots je les nomme motlécules
parce que leur forme est infiniment variable
et n’obéit pas à la norme orthographique.

Les mots s’engendrent, s’agglutinent, se fragmentent,
fusionnent, se heurtent, s’attirent ou se repoussent.
Les mots sont durs, mous, élastiques ou rigides.
Ils se déforment. Se brisent, s’étirent indéfiniment.
Fonctionnent par blocs plus ou moins homogènes et interactifs.
Forment des taches de couleurs qui émergent çà et là du blanc de la page.

Les mots sont multiples en eux-mêmes.
Chaque mot ou fragment de mot éclaire l’autre,
l’expose, le transforme, le fait pivoter, recrée,
dévoile ou occulte certains de ses aspects.

Tous les mots sont soumis à l’attraction des autres mots.
Tous sont soumis à l’attraction des éléments hétérogènes qui les constituent.
Chaque lecture réactive le tourbillon coloré sonore et visuel de ces dispositifs motléculaires.

(Jacques Sivan)

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 2 Comments »

Tout mot appelle un autre mot (Roberto Juarroz)

Posted by arbrealettres sur 28 juin 2018




    
Tout mot appelle un autre mot,
tout mot est un aimant verbal,
un pôle d’attraction variable
qui inaugure des constellations toujours nouvelles.

Un mot est tout le langage,
mais aussi le fondement
de toutes les transgressions du langage,
la base où toujours s’affirme un antilangage.

Le mot est encore l’homme,
deux mots sont déjà l’abîme.
Un mot peut ouvrir une porte.
Deux mots l’effacent.

(Roberto Juarroz)

 

Recueil: Poésie verticale 7
Traduction:
Editions: Points

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

NOIR (Alain Lance)

Posted by arbrealettres sur 18 juin 2018



Illustration: Céline Roussin
    
NOIR

Parfois des choses
À l’étale de la nuit
Sont reprises par l’avide attraction

La chute est limitée
Le plancher résiste

Mais du puits de l’enfance
Tu remontes un seau de peur

(Alain Lance)

 

Recueil: Temps criblé
Editions: Obsidiane et le temps qu’il fait

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Ce n’est qu’une lune de papier (Rose/Harburg/Arlen)

Posted by arbrealettres sur 13 mai 2018



 

Ce n’est qu’une lune de papier

Rien n’est réel pour moi
Quand je suis loin de toi
Loin de tes bras
Le monde n’est plus qu’un parking transitoire

Mmm
Une bulle juste un instant
Mmm
La bulle s’irise de ton sourire

Tu vois, ce n’est qu’une lune de papier
Voguant sur une mer de carton
Mais ce ne serait pas imaginaire
Si tu croyais en moi

Oui ce n’est qu’un ciel de toile
Au-dessus d’un arbre de mousseline
mais ce serait pas imaginaire
Si tu croyais en moi

Sans ton amour
Ce n’est qu’un défilé d’attractions
Sans ton amour
C’est une mélodie d’arcade de jeux

C’est un monde qui appartient au cirque
Aussi faux que possible
Mais ce ne serait pas imaginaire
Si tu croyais en moi

***

It’s Only A Paper Moon

I never feel a thing is real
When I’m away from you
Out of your embrace
The world’s a temporary parking place

Mmm, mm, mm, mm
A bubble for a minute
Mmm, mm, mm, mm
You smile, the bubble has a rainbow in it

Say, its only a paper moon
Sailing over a cardboard sea
But it wouldn’t be make-believe
If you believed in me

Yes, it’s only a canvas sky
Hanging over a muslin tree
But it wouldn’t be make-believe
If you believed in me

Without your love
It’s a honky-tonk parade
Without your love
It’s a melody played in a penny arcade

It’s a Barnum and Bailey world
Just as phony as it can be
But it wouldn’t be make-believe
If you believed in me

(Rose/Harburg/Arlen)

Illustration

 

It’s Only A Paper Moon

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 2 Comments »

Autrefois (Hector de Saint-Denys Garneau)

Posted by arbrealettres sur 6 mai 2018



 

Autrefois

Autrefois j’ai fait des poèmes
Qui contenaient tout le rayon
Du centre à la périphérie et au-delà
Comme s’il n’y avait pas de périphérie mais le centre seul
Et comme si j’étais le soleil: à l’entour l’espace illimité
C’est qu’on prend de l’élan à jaillir tout au long du rayon
C’est qu’on acquiert une prodigieuse vitesse de bolide
Quelle attraction centrale peut alors empêcher qu’on s’échappe
Quel dôme de firmament concave qu’on le perce
Quand on a cet élan pour éclater dans l’Au-delà.

Mais on apprend que la terre n’est pas plate
Mais une sphère et que le centre n’est pas au milieu
Mais au centre
Et l’on apprend la longueur du rayon ce chemin trop parcouru
Et l’on connaît bientôt la surface
Du globe tout mesuré inspecté arpenté vieux sentier
Tout battu

Alors la pauvre tâche
De pousser le périmètre à sa limite
Dans l’espoir à la surface du globe d’une fissure,
Dans l’espoir et d’un éclatement des bornes
Par quoi retrouver libre l’air et la lumière.

Hélas tantôt désespoir
L’élan de l’entier rayon devenu
Ce point mort sur la surface.

Tel un homme
Sur le chemin trop court par la crainte du port
Raccourcit l’enjambée et s’attarde à venir
Il me faut devenir subtil
Afin de, divisant à l’infini l’infime distance
De la corde à l’arc,
Créer par ingéniosité un espace analogue à l’Au-delà
Et trouver dans ce réduit matière
Pour vivre et l’art.

(Hector de Saint-Denys Garneau)

 

 

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

DESTINÉE (Charles Cros)

Posted by arbrealettres sur 14 février 2018



 

Jeanie Tomanek milkweed

DESTINÉE

Quel est le but de tant d’ennuis ?
Nous vivons fiévreux, haletants,
Sans jouir des fleurs au printemps,
Du calme des nuits.

Pourquoi ces pénibles apprêts,
Ces labeurs que le doute froid
Traverse, où nous trouvons l’effroi ?
Pour mourir après ?

Mais non. L’éternelle beauté
Est le flambeau d’attraction
Vers qui le vivant papillon
Se trouve emporté.

Mais souvent le papillon d’or
Trouve la mort au clair flambeau,
C’est ainsi qu’en plus d’un tombeau
La vérité dort.

Ceux qui suivent retrouvent-ils
Ces pensers éteints au berceau ?
Quel ruisseau redit du ruisseau
Les rythmes subtils ?

(Charles Cros)

Illustration: Jeanie Tomanek

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

L’île-centre perdue (Hilda Doolittle)

Posted by arbrealettres sur 3 juillet 2017



La floraison du bâton

[31]
Et la fleur, ainsi contenue
dans la graine ou le grain infiniment petit,

s’ouvrit pétale après pétale, un cercle,
et chaque pétale était séparé

et pourtant maintenu, pour ainsi dire,
par quelque force d’attraction

à son centre dynamique ;
et le cercle continua à grandir

et continuerait à s’ouvrir
il le savait, à l’infini ;

mais avant de se perdre,
complètement hors-du-temps,

il vit les îles des Bienheureux,
il vit les Hespérides,

il vit les cercles et les cercles d’îles
autour de l’île-centre perdue, Atlantis ;

il vit ce que la légende sacrosainte
disait encore exister,

il vit le pays des bienheureux,
les terres promises, perdues ;

lui, dans cette demi-seconde, vit
toute la portée tout le dessein

de notre et de sa civilisation ici,
sur sa et notre terre, avant Adam.

[32]
Et il vit tout cela comme agrandi sous un verre solaire ;
il vit tout cela dans les plus petits détails,

les falaises, les quais, la citadelle,
il vit les navires et les routes maritimes

toutes les rivières, les ponts et les habitations
et les terrasses et les jardins intérieurs suspendus ;

il vit les nombreuses colonnes et la pierre du Foyer
et même le feu qui brûlait dans le Grand Foyer,

et dans tout cela un bruit comme de grandes eaux,
des rivières qui coulaient, fontaines et vagues se brisant sur les rochers,

et bien que ce fut à très grande échelle,
c’était aussi petit et intime,

le Paradis
avant Ève.

[33]
Et il entendit, pour ainsi dire, l’écho
d’un écho dans un coquillage,

des mots ni chantés ni psalmodiés
mais prononcés en rythme ;

les syllabes de ce charme ainsi renvoyées
ne correspondaient au son

d’aucun mot qu’il eût jamais entendu,
et Kaspar était un grand voyageur,

un voyageur célèbre ;
mais il comprenaient les mots

bien que le son fût autre
que ceux auxquels nos oreilles sont habitués,

le ton était différent
pourtant il le comprenait ;

il se traduisait tout seul
tout en transmuant son message

dans spirale après spirale du coquillage
de la mémoire qui nous lie encore

aux cités englouties de la pré-histoire ;
Kaspar comprenait et son cerveau traduisait :

Lilith née avant Ève
et celle née avant Lilith,
et Ève ; nous trois pardonnées,
nous sommes trois des sept
démons chassés d’elle.

[34]
Puis en laissant retomber son bras
pendant la seconde demi-seconde,

son esprit le lui avait soufflé,
tout comme si son esprit

se devait de distinguer nettement,
de définir clairement les limites de la beauté ;

haies et clôtures et forteresses
doivent défendre le secret le plus profond,

même les haies et forteresses de l’esprit;
ainsi pensa son esprit,

bien qu’il eût l’esprit ailleurs
et que son corps fonctionnât, mais lui-même ;

lui-même n’était pas là ;
et son esprit formula la pensée,

la dernière défense interne
d’une citadelle, à présent perdue,

il était inconvenant qu’une femme
apparaisse en désordre, échevelée;

il était inconvenant qu’une femme
apparaisse, tout simplement.

[35]
Ce qu’il pensait était en contradiction directe
avec ce qu’il comprenait,

ce qu’il voyait était une femme discrète,
nouant un foulard,

et une femme imprévisible
se glissant dehors ;

nous ne savons pas si lui-même
la suivit ou pas

avec la jarre d’albâtre ; nous savons seulement
que la myrrhe ou le baume d’aspic de grand prix, était à Kaspar,

nous savons seulement que tout cela fut si vite terminé,
le festin, les rires.

***

As he stooped for the scarf, he saw this,
and as he straightened, in that half-second,

he saw the fleck of light
like a flaw in the third jewel

to his right, in the second circlet,
a grain, a flaw, or a speck of light,

and in that point or shadow,
was the whole secret of the mystery;

literally, as his hand just did-not touch her hand,
and as she drew the scarf toward her,

the speck, fleck, grain or seed
opened like a flower.

And the flower, thus contained
in the infinitely tiny grain or seed,

opened petal by petal, a circle,
and each petal was separate

yet still held, as it were,
by some force of attraction

to its dynamic centre;
and the circle went on widening

and would go on opening
he knew, to infinity;

but before he was lost,
out-of-time completely,

he saw the islands of the Blest,
he saw the Hesperides,

he saw the circles and circles of islands
about the lost centre-island, Atlantis;

he saw what the sacrosanct legend
said still existed,

he saw the lands of the blest,
the promised lands, lost;

he, in that half-second, saw
the whole scope and plan

of our and his civilization on this,
his and our earth, before Adam.

And he saw it all as if enlarged under a sun-glass;
he saw it all in minute detail,

the cliffs, the wharves, the citadel,
he saw the ships and the sea-roads crossing

and all the rivers and bridges and dwelling-houses
and the terraces and the built-up inner gardens;

he saw the many pillars and the Hearth-stone
and the very fire on the Great-hearth,

and through it, there was a sound as of many waters,
rivers flowing and fountains and sea-waves washing the sea-rocks,

and though it was all on a very grand scale,
yet it was small and intimate,

Paradise
before Eve …

And he heard, as it were, the echo
of an echo in a shell,

words neither sung nor chanted
but stressed rhythmically;

the echoed syllables of this spell
conformed to the sound

of no word he had ever heard spoken,
and Kaspar was a great wanderer,

a renowned traveller;
but he understood the words

though the sound was other
than our ears are attuned to,

the tone was different
yet he understood it;

it translated itself
as it transmuted its message

through spiral upon spiral of the shell
of memory that yet connects us

with the drowned cities of pre-history;
Kaspar understood and his brain translated:

Lilith born before Eve
and one born before Lilith,
and Eve; we three are forgiven,
we are three of the seven
daemons cast out of her.

Then as he dropped his arm
in the second half-second,

his mind prompted him,
even as if his mind

must sharply differentiate,
clearly define the boundaries of beauty;

hedges and fences and fortresses
must defend the innermost secret,

even the hedges and fortresses of the mind;
so his mind thought,

though his spirit was elsewhere
and his body functioned, though himself,

he-himself was not there;
and his mind framed the thought,

the last inner defence
of a citadel, now lost,

it is unseemly that a woman
appear disordered, dishevelled,

it is unseemly that a woman
appear at all.

What he thought was the direct contradiction
of what he apprehended,

what he saw was a woman of discretion,
knotting a scarf,

and an unpredictable woman
sliding out of a door;

we do not know whether or not
he himself followed her

with the alabaster jar; all we know is,
the myrrh or the spikenard, very costly, was Kaspar’s,

all we know is that it was all so very soon over,
the feasting, the laughter.

(Hilda Doolittle)

Illustration: Catherine Abel

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 4 Comments »

Mouvements d’écartèlement (Henri Michaux)

Posted by arbrealettres sur 29 juin 2017




    
Mouvements d’écartèlement et d’exaspération intérieure
plus que mouvements de la marche
mouvements d’explosion, de refus,
d’étirement en tous sens
d’attractions malsaines, d’envies impossibles
d’assouvissement de la chair frappée à la nuque
Mouvements sans tête
A quoi bon la tête quand on est débordé?
Mouvements des replis et des enroulements sur soi-même
et des boucliers intérieurs
mouvements à jets multiples
mouvements à la place d’autres mouvements
qu’on ne peut montrer, mais qui habite l’esprit
de poussières
d’étoiles
d’érosion
d’éboulements
et de vaines latences

(Henri Michaux)

 

Recueil: Face aux verrous
Editions: Gallimard

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

La douceur de la danse est passée (Jean-Pierre Luminet)

Posted by arbrealettres sur 21 décembre 2016




La douceur de la danse est passée.

Danse silencieuse
Ivresse du mouvement circulaire, légèrement embarrassée par les irrégularités célestes.
Le moins chaud tourne autour du plus chaud, à juste distance.

L’apanage des êtres vivants est le mouvement volontaire Et l’irruption est un bris de clôture.

L’espace est plein comme une petite chambre.
Aussi loin qu’il porte, nous trouvons des soleils
et toute sensation excitée, les membres de nos corps animaux
se mouvant le long des filaments solides de nos nerfs…

Ces rapprochements sans heurts, ces noeuds dénoués, cette confusion aussitôt démêlée…
d’autres glissements se produisent
et nos nuits rayonnent d’une splendeur inconnue

Ce qui semble noir, muet, se comble de son et de clarté.
La lumière forme avec tes mèches des rets infinis, qui lient toutes
les parties de mon univers et les désirs en sont les noeuds.

Riche en corps noirs invisibles, feutrée de nébuleuses obscures qui
absorbent l’excès de mes rayons
ta ténèbre est féconde
Son eau noire, du sépulcre dissous
vagues lourdes et suffocantes
corps plus pâle que tous les ors imaginables

Le vide est un creux psychologique

Unité indéfiniment rompue par une dispersion nouvelle.
Était- ce un soleil de feu ? Non, un globe obscur, terraqué
mais environné d’un éther raffiné

Le corps est donc obscur.
Pour une raison logique les petits corps obscurs tournent autour des étoiles.
Voilà ce qui détermine les courbes et les formes

L’attraction n’est pas une loi d’amour: c’est une chaîne.
Rotation, perpétuel recommencement

La lumière visible elle aussi est un trou
une faille
une diminution de quelque chose d’autre.

Et moi si joyeusement accueilli par ces gemmes de lumière vivante
qui forment couronne autour de toi

demeure un étranger dans ton espace.

(Jean-Pierre Luminet)

Interview de Jean-Pierre Luminet Astrophysicien et Poète

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 2 Comments »

 
%d blogueurs aiment cette page :