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Poésie

Posts Tagged ‘au-dehors’

UN VENT FRAPPE (H. Leivick)

Posted by arbrealettres sur 21 novembre 2019



Illustration: Maurycy Trebacz

    
UN VENT FRAPPE

Un vent frappe à la vitre
Silence en ma maison
Silence en ma maison comme dans mon coeur

Je fais ce que je veux
Ma tête tombe sur la table
Je la relève et regarde au-dehors
Regarde dans la rue

On frappe à la porte
Et je dis Entrez
Et je dis Entrez, qui donc, peu m’importe
Si, cela m’importe
Nul pourtant ne vient
Je dis Qu’il en soit ainsi c’est fort bien.

Je bondis soudain
Je sors dans la rue
Je sors dans la rue et puis je reviens
Ayant acheté des noix
Ces noix les ai-je achetées?
Pour quel invité?
Suis-je allé vraiment acheter des noix?

Il y a des noix et puis du raisin
Alors peut-être aller chercher du vin?
Aller chercher du vin très vite?
Je bondis encore
Je sors dans la rue et puis je reviens
Avec une fiole de vin

Ce vin l’ai-je acheté?
Pour quel invité?
Suis-je allé vraiment acheter du vin ?
Un vent frappe à la vitre
Silence en ma maison
Silence en ma maison comme dans mon coeur.

(H. Leivick)

 

Recueil: Anthologie de la poésie yiddish Le miroir d’un peuple
Traduction:
Editions: Gallimard

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MON INQUIÉTUDE (Moshe-Leib Halpern)

Posted by arbrealettres sur 21 novembre 2019



    

MON INQUIÉTUDE

J’ai l’inquiétude des loups, la quiétude des ours sages,
L’ennui écoute retentir en moi les cris d’un coeur sauvage,
Je ne suis point ce que je pense et ne suis pas tel que je veux,
Je suis l’enchanteur et je suis le sortilège de son jeu.

Je suis l’énigme qui se tue à résoudre enfin son mystère
Moi, plus agile que le vent qui se noue autour d’une pierre,
Je suis le soleil de l’été, l’hiver, le vent glacé du Nord
Et je suis le riche dandy que l’on voit gaspiller son or,

Hardi je suis le gars qui porte un peu de biais sa casquette
Et qui dévalise son temps en sifflotant un air de fête,
Je suis le violon mais aussi le tambourin, la contrebasse,
De ces trois vieux musiciens, orchestre vagabond qui passe,

Je suis la danse de l’enfant et sous la clarté de la lune
Je suis cet innocent qui rêve au pays bleu de la fortune.
Lorsqu’en passant je vois d’une maison détruite les décombres
Je suis le vide qui m’observe avec ses regards troués d’ombre.

Je suis la peur en ce moment qui m’épie peut-être au-dehors,
La fosse ouverte dans un champ à la mesure de mon corps,
Maintenant je suis la lueur qui brûle pour le souvenir
Et l’inutile image au mur suintant qui reste à jaunir,

Maintenant, le temps d’un éclair, je suis cette immense tristesse
Qui depuis un siècle me guette et qui me débusque sans cesse,
Et maintenant je suis la nuit, la lassitude est sa rançon,

Le pesant brouillard de la nuit, le soir et sa calme chanson,
L’étoile blanche que l’on voit très haut dans le ciel allumée
Et la rumeur sourde d’un arbre, un son de cloche, une fumée…

(Moshe-Leib Halpern)

 

Recueil: Anthologie de la poésie yiddish Le miroir d’un peuple
Traduction:
Editions: Gallimard

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L’Arbre (Guillevic)

Posted by arbrealettres sur 7 août 2019




Au-dehors l’arbre est là et c’est bon qu’il soit là,
Signe constant des choses qui plongent dans l’argile.

Il est vert, il est grand, il a des bras puissants.

Ses feuilles comme des mains d’enfant qui dort
S’émeuvent et clignent.

(Guillevic)

Illustration: ArbreaPhotos

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Pauvre chapelle (Rainer Maria Rilke)

Posted by arbrealettres sur 1 décembre 2018



Illustration 
    
Pauvre chapelle effritée
aux parures de poussière,
le printemps dresse une claire
église à tes côtés.

Quelques femmes grelottantes
trottinent dans ton encens.
Mais au-dehors les enfants
font des signes aux roses.

(Rainer Maria Rilke)

 

Recueil: Oeuvres 2 Poésie
Traduction: Jacques Legrand, Lorand Gaspar, Philippe Jaccottet, Armel Guerne, Maurice Betz
Editions: Seuil

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CONTEMPLATION (Alejandra Pizarnik)

Posted by arbrealettres sur 12 novembre 2018




CONTEMPLATION

Les formes épouvantées moururent et il n’y eut plus
ni au-dehors ni au-dedans. Nul n’écoutait l’endroit
car cet endroit n’existait plus.
A seule fin d’écouter les voici qui écoutent l’endroit.
A l’intérieur de ton masque la nuit lance des éclairs.
On te transperce de croassements.
On te martèle avec des oiseaux noirs.
Des couleurs ennemies s’unissent dans la tragédie.

(Alejandra Pizarnik)

Illustration: Caspar David Friedrich

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Il ne suffit pas d’ouvrir la fenêtre (Fernando Pessoa)

Posted by arbrealettres sur 28 septembre 2018



Il ne suffit pas d’ouvrir la fenêtre
Pour voir les champs et la rivière.
Il n’est pas suffisant de ne pas être aveugle
Pour voir les arbres et les fleurs.
Il faut n’avoir aucune philosophie.
Quand il y a philosophie, il n’y a pas d’arbres: il y a des idées sans plus.
Il n’y a que chacun de nous, à la manière d’une cave.
Il n’y a qu’une fenêtre fermée, avec le monde entier au-dehors;
Ainsi qu’un rêve de ce qui pourrait être vu si la fenêtre s’ouvrait,
et qui n’est jamais ce qui est vu lorsque s’ouvre la fenêtre.

(Fernando Pessoa)

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Je voudrais (David Herbert Lawrence)

Posted by arbrealettres sur 11 juillet 2018



 

Illustration: Gilbert Garcin
    
Je voudrais qu’il fasse partout obscur
sur moi, au-dehors, lourdement obscur
absolument.

***

I wish it would be completely dark everywhere,
inside me, and out, heavily dark
utterly.

(David Herbert Lawrence)

 

Recueil: Poèmes
Traduction: Lorand Gaspar et Sarah Clair
Editions: Gallimard

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N’oeuvre pas d’avance (Paul Celan)

Posted by arbrealettres sur 29 juin 2018



Illustration: Gao Xingjian
    
N’oeuvre pas d’avance,
n’envoie pas au-dehors,
tiens-nous
dedans :

transfondé par le Rien,
libre de toute
prière,
subtil, selon
la Pré-Scription,
indépassable,

je te recueille
en lieu de toute
paix

(Paul Celan)

 

Recueil: Contrainte de lumière
Traduction:
Editions:

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La liberté (Attila Jozsef)

Posted by arbrealettres sur 12 juin 2018



A l’intérieur est la souffrance,
mais au-dehors est sa raison.
Ta blessure est ce monde ardent,
mais l’âme en fièvre ta lésion.
Le rebelle reste en prison –
La liberté vient seulement
si tu bâtis une maison
sans propriétaire dedans.

(Attila Jozsef)


Illustration

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MA MAIN DROITE (Nâzim Hikmet)

Posted by arbrealettres sur 24 mai 2018




MA MAIN DROITE

Ma main droite sur la table,
si je l’appelais, m’écouterait-elle ?
Ma main droite sur la table
bonjour ma main droite, bonjour.

Ma main droite sur la table,
veinée, ridée, tachée de son.
Cela se voit, la main de ce vieillard
n’est pas rassasiée du monde.

Dur est le bois, douce la paume,
les cinq doigts s’ouvrent, se referment,
elle couvrira ta main, femme aimée,
ma main droite sur la table.

Ma main droite, ma main droite, ma main droite.

Ma main droite me couvre le visage
lorsque je sens venir les larmes.
Ma main droite me couvre le visage
lorsqu’une amitié meurt en moi.

Si je commets une faute grave,
mes yeux ont de moi grande honte,
mon coude à mon genou s’appuie,
ma main droite me couvre le visage.

Ma main droite me couvre le visage.
Il neige sur les bois, au-dehors.
Ma main droite me couvre le visage.
Je vogue vers un port tout en or.

(Nâzim Hikmet)

Illustration: Alison Skaggs

 

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