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Posts Tagged ‘aubade’

Aubade orientale (Rainer Maria Rilke)

Posted by arbrealettres sur 25 novembre 2018



Illustration
    
Aubade orientale

Ce lit n’est-il pas comme un rivage,
une bande littorale où nous sommes couchés ?
Rien n’est sûr comme la saillie de tes seins
qui émergent du vertige de mes sens.

Car cette nuit où tant de cris retentirent
— bêtes qui s’appellent et se déchirent —
ne nous est-elle pas atrocement étrangère ?
et ce qui dehors se lève, qu’on nomme le jour,
nous est-il donc plus accessible qu’elle ?

On devrait pouvoir s’enfouir
l’un dans l’autre s’emboîter
tels les pistils et les étamines;
à tel point partout grandit
et se jette contre nous la démesure.

Mais pendant qu’on se serre l’un dans l’autre
pour ne pas voir le péril tout autour
elle peut jaillir de toi ou de moi
car nos âmes vivent de trahir.

(Rainer Maria Rilke)

 

Recueil: Oeuvres 2 Poésie
Traduction: Jacques Legrand, Lorand Gaspar, Philippe Jaccottet, Armel Guerne, Maurice Betz
Editions: Seuil

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Le Minotaure (Barbara)

Posted by arbrealettres sur 6 octobre 2018



Illustration: Pablo Picasso
    
Le Minotaure

Dans le grand labyrinthe où je cherchais ma vie,
Volant de feu en flamme comme un grand oiseau ivre,
Parmi les dieux déchus et les pauvres amis,
J’ai cherché le vertige en apprenant à vivre.

J’ai cheminé souvent, les genoux sur la terre,
Le regard égaré, embrouillé par les larmes,
Souvent par lassitude, quelquefois par prière,
Comme un enfant malade, envoûté par un charme.

Dans ce grand labyrinthe, allant de salle en salle,
De saison en saison, et de guerre en aubade,
J’ai fait cent fois mon lit, j’ai fait cent fois mes malles,
J’ai fait cent fois la valse, et cent fois la chamade.

Je cheminais toujours, les genoux sur la terre,
Le regard égaré, embrouillé par les larmes,
Souvent par lassitude, quelquefois par prière,
Comme un enfant rebelle qui dépose les armes.

Mais un matin tranquille, j’ai vu le minotaure
Qui me jette un regard comme l’on jette un sort.

Dans le grand labyrinthe où il cherchait sa vie,
Volant de feu en flamme, comme un grand oiseau ivre,
Parmi les dieux déchus et les pauvres amis,
Il cherchait le vertige en apprenant à vivre.

Il avait cheminé, les genoux sur la terre,
Le regard égaré, embrouillé par les larmes,
Souvent par lassitude, quelquefois par prière,
Comme un enfant rebelle qui dépose les armes.

Dans ce grand labyrinthe, de soleil en soleil,
De printemps en printemps, de caresse en aubaine,
Il a refait mon lit pour de nouveaux sommeils,
Il a rendu mes rires et mes rêves de reine.

Dans le grand labyrinthe, de soleil en soleil,
Volant dans la lumière, comme deux oiseaux ivres,
Parmi les dieux nouveaux et les nouveaux amis,
On a mêlé nos vies et réappris à vivre…

(Barbara)

Découvert ici: https://petalesdecapucines.wordpress.com/

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Sonne, résonne, ma talianka (Sergueï Essénine)

Posted by arbrealettres sur 4 avril 2018




    
Sonne, résonne, ma talianka aux peaux mélodieuses.
Cours à la barrière, la belle, au-devant du fiancé.

De bleuets mon coeur s’illumine, le turquoise l’embrase.
Je chanterai sur la talianka les yeux bleus de ma belle.

Dans les remous du lac ce n’est pas d’aurore qu’est tissée l’épure,
derrière le coteau ton fichu brodé, furtif, s’évanouit.

Sonne, résonne, ma talianka aux peaux mélodieuses.
Écoute, la belle, écoute, l’aubade du fiancé.

(Sergueï Essénine)

***

Recueil: Journal d’un poète
Traduction: Christiane Pighetti
Editions: De la Différence

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CONQUÉRANT (Charles Cros)

Posted by arbrealettres sur 14 février 2018



    

CONQUÉRANT

J’ai balayé tout le pays
En une fière cavalcade;
Partout les gens se sont soumis,
Ils viennent me chanter l’aubade.

Ce cérémonial est fade;
Aux murs mes ordres sont écrits.
Amenez-moi (mais pas de cris)
Des filles pour la rigolade.

L’une sanglote, l’autre a peur,
La troisième a le sein trompeur
Et l’autre s’habille en insecte.

Mais la plus belle ne dit rien;
Elle a le rire aérien
Et ne craint pas qu’on la respecte.

(Charles Cros)

 

Recueil: Le Collier de griffes
Traduction:
Editions: Gallimard

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AUBADE (Paul Auster)

Posted by arbrealettres sur 24 janvier 2017



des-ombres-dans-la-neige_Oo

 

AUBADE

Pas même le ciel.
Mais un souvenir du ciel,
et le bleu de la terre
dans tes poumons.

Terre
moins que terre : observer
comment le ciel t’enveloppera, s’accroîtra
avec les mots
que tu laisses informulés — et rien
ne se perdra.

Je suis ton angoisse, la fissure
dans le mur
qui s’ouvre au vent
et son balbutiement, tempête
au pluriel — cet autre nom
que tu donnes à ton monde : exil
dans les chambres de chez toi.

L’aube se referme, engendre
le témoignage,
le tremble et le frêne
qui tombent. Je reviens vers toi
à travers ce feu, un reste
de la saison prochaine,
et serai pour toi
comme poussière, comme air,
comme ce rien
qui ne te hantera pas.

Au lieu d’avant le souffle
nous sentons nos ombres se croiser.

(Paul Auster)

Illustration

 

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BIEN ME PLAISENT… (Max Rouquette)

Posted by arbrealettres sur 31 juillet 2016


 

BIEN ME PLAISENT…

Bien me plaisent les blanches fleurs
nées avant les jours du printemps
frissonnantes au vent glacé
venu des blanches cimes.

Bien me plaisent aux jardins chauds
aux jours d’été la rose lourde
un peu penchée sous son parfum
et le lys pareil au jour qui lève.

De neige, d’aube, de sang et d’or,
au fil de l’an que de fleurs nées !
Mais au jardin secret du coeur
éternel est l’été.

La fleur d’amour qu’y est éclose
toujours embaume la ramée,
et le désir y fait aubade
comme un oiseau de Paradis.

***

PLAN M’AGRADAN

Plan m’agradan las blancas flors
nascudas abans temps de prima;
tremolantas au vent gelós,
bufa de blanca cima.

Plan m’agrada dins los orts cauds
a temps d’estiu la rosa greva,
jos son perfum clinada un pauc
e l’èli aitau lo Jorn que leva.

De neu, dauba, de sang e d’or
au fiu de l’an quant de flors nadas !
mas en l’ort secret de mon cor
eterna es l’estivada.

La flor d’amor que i espelis
sempre n’embauma la ramada
e lo desir i fai aubada
coma un auceu de Paradis.

(Max Rouquette)

 

 

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AUBADE (Francis Vielé-Griffin)

Posted by arbrealettres sur 11 février 2016



AUBADE

Suis vers l’aurore fauve et dorée
La sente herbue et qui court à l’orée,
Gai d’une heure remémorée,
Sans rêver la gloire laurée
— (La vie exulte en joie ignorée), —

Ne pense pas à l’avenir;
Nulles volontés n’en sont maîtresses,
Vis, ce lent jour, de souvenir;
La gloire, elle pourra venir,
Mais ne vaudra pas tes détresses
— (La mare luit autour du Menhir). —

Si ton âme déborde et s’épanche,
C’est que ta vie est pleine à jamais;
Si, lourde d’épis, la moisson penche,
Tes douleurs les avaient semés
— (Quelle âme pâlit dans l’aube blanche?) —

L’été te rie, Amour te ceigne
Du manteau léger de ses ailes;
Le frisson auroral t’étreigne
D’un unisson de chanterelles
— (Quel cygne en l’aurore chante et saigne?)

(Francis Vielé-Griffin)

Illustration: Lahitte

 

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Aubade (Louis MacNeice)

Posted by arbrealettres sur 16 janvier 2016



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Aubade

Ayant mordu dans la vie comme dans une pomme mûre
Ou, jouant avec elle comme un poisson, ayant été heureux.

Ayant touché des doigts que le ciel était bien bleu,
Que nous reste-il à envisager après cela ?

Non pas le crépuscule des dieux mais une aube précise
de briques jaunâtres et grises, et des garçons vendeurs de journaux
hurlant la guerre.

(Louis MacNeice)

Découvert ici: http://www.ipernity.com/blog/lara-alpha

 

 

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D’ où vient cette aubade câline (Jean Moréas)

Posted by arbrealettres sur 25 novembre 2015



D’ où vient cette aubade câline

D’où vient cette aubade câline
Chantée-on eût dit-en bateau,
Où se mêle un pizzicato
De guitare et de mandoline ?
Pourquoi cette chaleur de plomb
Où passent des senteurs d’orange,

Et pourquoi la séquelle étrange
De ces pèlerins à froc blond ?
Et cette dame quelle est-elle,
Cette dame que l’on dirait
Peinte par le vieux Tintoret
Dans sa robe de brocatelle ?
Je me souviens, je me souviens :
Ce sont des défuntes années,
Ce sont des guirlandes fanées
Et ce sont des rêves anciens !

(Jean Moréas)

Illustration: Giovanni Battista Tiepolo

 

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LES DJINNS (Tristan Klingsor)

Posted by arbrealettres sur 20 avril 2015



 

Schéhérazade

LES DJINNS

Tous les djinns d’Orient sont cachés, dit-on,
O Rimsky-Korsakoff, dans les instruments
Que tu fais jouer au signe de ton bâton;
Ils montrent leurs nez trop longs
Par les trous des flûtes de bois creux
Ou dansent des pas prestes et charmants
Sur les cordes des violons.
Ils redisent des sérénades et des aubades
Comme des amoureux;
Ils redisent les chants des marins de Sindbad,
Et l’on croit toujours
Après leur musique très douce ou nasillarde
Voir apparaître en robe de velours
Schéhérazade.

(Tristan Klingsor)

 

 

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