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Posts Tagged ‘aubépine’

Nous la voyons visible et réelle, la beauté incarnée (Hilda Doolittle)

Posted by arbrealettres sur 7 août 2018



anget

Hommage aux anges
[19]

Nous la voyons visible et réelle,
la beauté incarnée,

comme aucun prêtre d’Astoroth
ne pouvait la contraindre

avec de l’encens
et des charmes puissants ;

nous n’avons pas demandé de signe
mais à nous elle a offert un signe ;

scellé du sceau de la mort,
nous ne voulions pas la supplier

mais nous nous sommes préparés à l’enterrement ;
elle a alors placé un arbre carbonisé devant nous,

brûlé et frappé au coeur ;
était-ce une aubépine ou un pommier ?

***

We see her visible and actual,
beauty incarnate,

as no high-priest of Astoroth
could compel her

with incense
and potent spell;

we asked for no sign
but she gave a sign unto us;

sealed with the seal of death,
we thought not to entreat her

but prepared us for burial;
then she set a charred tree before us,

burnt and stricken to the heart;
was it may-tree or apple?

(Hilda Doolittle)

 

 

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La Kernevote (Louise Michel)

Posted by arbrealettres sur 4 août 2018



La Kernevote

Au vent de la dune
Les fleurs de blé noir
Par le clair de lune
S’effeuillent le soir

Blanches aubépines
Craignez l’ouragan
Fraîches églantines
Les ailes du vent

A travers les rondes
Ô filles d’Armor
De vos têtes blondes
Les cheveux sont d’or

Quand sous les étoiles
Vous cueillez des fleurs
Gardez bien vos voiles
Croisés sur vos coeurs

Ainsi que la flamme
Ô filles d’Armor
Gardez bien votre âme
Du Sylphe moqueur

Au matin écloses
Le souffle des vents
Effeuille les roses
Avec les serments

Vos coeurs ô mes belles
Ils y chanteront
Et frappant leurs ailes
Ils les briseront

Au vent de la dune
Les fleurs de blé noir
Par le clair de lune
S’effeuillent le soir

(Louise Michel)


Illustration

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CANTINES (Pierre Béarn)

Posted by arbrealettres sur 3 août 2018



Robert Doisneau cantine

CANTINES

Jour d’usine en hiver où l’aurore à midi
s’ouvre sur le repas tapageur des cantines,
le ragoût a beaucoup vieilli
mais le vin malmené chante dans les chopines.

Par la fenêtre on voit les arbres de la cour
— squelettes biscornus dont le front dodeline —
allonger entre eux leurs bras courts
pour barrer le chemin qui mène à l’aubépine.

Le pétrole a rongé tout le cambouis des mains,
le pain prendra l’odeur de son puits d’origine.
Bah ! ne dit-on pas que c’est sain ?
Le pain des travailleurs a souvent goût d’usine.

On étale un journal qui servit de panier
à l’amour conjugal parfumé de cuisine
et l’on se prend à caresser
le corps d’une femelle ornant un magazine.

Les gamelles choquées sur l’assiette en métal
larguent un fond de sauce ou bien de gélatine
Ah ! jeunots, parlez-moi d’un bal
où le fer-blanc a des mélos de mandoline.

Est-ce mardi ? ou bien jeudi ? Pas samedi
mon compagnon, car on croquerait l’orpheline
un jour où tu joues l’affranchi
pour six journées que lentement on assassine.

Prisonniers de la vie ne vous attardez pas
à rêvasser au futur labeur des machines
l’usine a besoin de vos bras
car c’est demain que le Progrès vous extermine.

(Pierre Béarn)

Illustration: Robert Doisneau

 

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LAMENTATION DU CHEVALIER (Robert Burns)

Posted by arbrealettres sur 18 juillet 2018




    
LAMENTATION DU CHEVALIER

Les petits oiseaux se réjouissent du retour des feuilles vertes,
Le ruisseau murmurant serpente limpide à travers la vallée.

Les aubépines fleurissent dans la rosée du matin ,
Et les primevères éparses çà et là ornent le pré vert.

Mais quelle chose peut faire plaisir ou peut paraître belle,
Quand les heures languissantes sont comptées par le souci ?

Pas de fleur poussant gaiement , pas d’oiseau chantant mélodieusement
Qui puissent soulager le triste cœur du lugubre désespoir.

(Robert Burns)

 

 

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Si seulement (Bronisława Ostrowska)

Posted by arbrealettres sur 1 juillet 2018



 

Molène  Verbascum_virgatum

 

Si seulement elle pouvait pousser, comme
Les buissons d’aubépine, dans l’or du soleil,
Ou bien fleurir comme une pâquerette,
Au milieu des champs déserts et vides.

Si seulement elle pouvait, comme l’arbre au tronc blanc,
Le bouleau, disperser ses feuilles à terre,
Ou bien se colorer de rouge, et pousser comme les viornes,
Dans les taillis enchevêtrés de la forêt.

Si seulement elle pouvait, comme la molène à fleurs d’or,
Être la caresse du soleil, ou bien si seulement,
Si seulement elle pouvait fleurir comme la nielle des blés,
Et pousser à l’air libre, dans un champ nu.

(Bronisława Ostrowska)

Découvert ici : poetespolonais

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Dans ma prière du matin (Charles Van Lerberghe)

Posted by arbrealettres sur 22 juin 2018



 

Henri Edmond Cross corner-of-the-garden-in-monaco

Dans ma prière du matin
Il est un grand et beau jardin ;

Une haie d’aubépines blanches,
Autour d’un tremblement de branches.

Une petite porte d’or,
Toute close sur le dehors.

Une chanson de voix lointaines,
Un bleu murmure de fontaines.

Et de la terre jusqu’au ciel
Rien qu’une extase de soleil.

Ah ! que de toutes choses l’âme,
Comme un parfum suave émane,

En ce jardin clos et sacré
Qu’une âme en son rêve a créé.

(Charles Van Lerberghe)

Illustration: Henri Edmond Cross

 

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L’amour de loin (Jaufré Rudel)

Posted by arbrealettres sur 10 juin 2018



 

Alexander Daniloff (22)

L’amour de loin

Lorsque les jours sont longs en mai,
Doux me sont chants d’oiseaux lointains,
Et quand ai fini d’écouter,
Me souviens d’un amour lointain.
Je vais courbé par le désir,
Sans que chants ni fleurs d’aubépine
Me plaisent plus que l’hiver glacé.

[…]

Quand les jours s’allongent en mai
Me plaît un chant d’oiseaux lointain
Et de ce doux lieu éloigné
Me revient un amour lointain.
Je vais pensif les yeux baissés,
Chant dans l’arbre et fleur d’églantier
Me sont comme gelée d’hiver.

[…]

Jamais d’amour ne jouirai
Si je n’ai cet amour lointain.
Je n’en sais plus doux ni meilleur.
D’aucune part, proche ou lointain.

[…]

Quelqu’un m’appelle et c’est bien vrai
L’homme au désir d’amour lointain
Car nulle autre joie ne me plaît
Comme jouir d’amour lointain
Mais mon désir m’est ennemi
Mon parrain me l’avait promis
Je suis amant sans être aimé

Mais mon désir m’est ennemi
Que maudit soit qui a voué
Mon cœur à n’être point aimé !

(Jaufré Rudel)

Illustration: Alexander Daniloff

 

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LES EAUX ET LES FORÊTS (Philippe Jaccottet)

Posted by arbrealettres sur 2 juin 2018



Nicholas Hely Hutchinson e488bb [1280x768]

 

LES EAUX ET LES FORÊTS

I
La clarté de ces bois en mars est irréelle,
tout est encor si frais qu’à peine insiste-t-elle.
Les oiseaux ne sont pas nombreux; tout juste si,
très loin, où l’aubépine éclaire les taillis,
le coucou chante. On voit scintiller des fumées
qui emportent ce qu’on brûla d’une journée,
la feuille morte sert les vivantes couronnes
et suivant la leçon des plus mauvais chemins,
sous les ronces, on rejoint le nid de l’anémone,
claire et commune comme l’étoile du matin.

II
Quand même je saurais le réseau de mes nerfs
aussi précaire que la toile d’araignée,
je n’en louerais pas moins ces merveilles de vert,
ces colonnes, même choisies pour la cognée,
et ces chevaux de bûcherons… Ma confiance
devrait s’étendre un jour à la hache, à l’éclair,
si la beauté de mars n’est que l’obéissance
du merle et de la violette, par temps clair.

III
Le dimanche peuple les bois d’enfants qui geignent,
de femmes vieillissantes; un garçon sur deux saigne
au genou, et l’on rentre avec des mouchoirs gris,
laissant de vieux papiers près de l’étang… Les cris
s’éloignent avec la lumière. Sous les charmes,
une fille retend sa jupe à chaque alarme,
l’air harassé. Toute douceur, celle de l’air
ou de l’amour, a la cruauté pour revers,
tout beau dimanche a sa rançon, comme les fêtes
ces taches sur la table où le jour nous inquiète.

IV
Toute autre inquiétude est encore futile,
je ne marcherai pas longtemps dans ces forêts,
et la parole n’est ni plus ni moins utile
que ces chatons de saule en terrain de marais :
peu importe qu’ils tombent en poussière s’ils brillent,
bien d’autres marcheront dans ces bois qui mourront,
peu importe que la beauté tombe pourrie,
puisqu’elle semble en la totale soumission.

(Philippe Jaccottet)

Illustration: Nicholas Hely Hutchinson

 

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Aubépine (J.J. Grandville)

Posted by arbrealettres sur 1 juin 2018



Aubépine

Une aubépine voyant un jour ses enfants et ses petits-enfants
s’étendre autour d’elle en jets aventureux,
leur tint ce langage:

—Croyez-moi, mes chers enfants,
ne dépassez pas les limites de la haie natale,
ne vous avancez pas ainsi que vous le faites sur le bord du chemin,
ne vous hasardez pas au milieu des arbres voisins;
prenez garde, autrement le sécateur vous croquera.
—Qu’est-ce que le sécateur? s’écrièrent à la fois les jeunes Aubépines.
—Le sécateur, mes enfants, n’a que deux jambes et une gueule,
ses lèvres minces sont effilées et tranchantes comme le fer.
Il n’obéit qu’à un maître encore plus cruel que lui;
ce maître s’appelle l’horticulteur.
—L’horticulteur, mes enfants, est l’ennemi juré des pauvres plantes
et des malheureux arbustes; les arbres même n’échappent pas à sa férocité.
Il rêve sans cesse quelles nouvelles tortures il pourra leur infliger.
J’ai vu des abricotiers qu’il clouait les bras en croix contre un mur
exposé tout le jour au soleil.
D’autres fois, c’est un cerisier et un prunier qu’il ampute;
puis, par une amère dérision, il ente le bras de l’un sur l’épaule de l’autre.
L’if et le buis sont ses victimes ordinaires;
il les force à marcher sur la tête, à ramper en cerceau, à prendre les poses les plus contre-nature.
S’ils ont l’air de réchigner, et de vouloir revenir à leur posture naturelle,
vite, il appelle le sécateur pour les mettre à la raison.
—N’imitez pas ces plantes et ces arbustes qui ont voulu
mener la vie luxueuse des jardins.
La tyrannie impitoyable de l’horticulteur leur fait expier leur folle ambition.
Restez aux champs, mes enfants, restez solitaires et cachées
si vous voulez éviter le sécateur.

Ces conseils de la vieille mère, ses enfants les ont suivis;
l’Aubépine, est, grâces au ciel, un des rares arbustes
sur lesquels ne se soit point appesantie la main de l’horticulteur.
Dieu protège l’Aubépine!

(J.J. Grandville)

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GOUTTES DE ROSÉE (John Clare)

Posted by arbrealettres sur 20 janvier 2018




    
GOUTTES DE ROSÉE

Les gouttes de rosée sur chaque tige d’herbe
ressemblent tant à des gouttes d’argent
que j’ai dû me pencher en marchant
pour voir si c’étaient des perles,
et celles qui parsèment les lits de primevères
entrelacés de lierre sous le noisetier l’aubépine et les érables
ressemblent tant à des perles d’or
que j’ai dû me pencher pour sentir si elles étaient dures,
mais elles ont fondu sous mon doigt.

Et lorsque la rosée repose sur les feuilles
des primevères, des violettes et des aubépines,
elles sont émeraude et béryl
sans être pourtant rien d’autre
que la rosée du matin sur les feuilles en bourgeon
— mieux encore les herbes de la route
sont couvertes de perles d’or et d’argent
et plus on va plus elles paraissent brillantes
comme de l’or ou de l’argent solide.

Ce n’est que l’effet du soleil et de l’ombre
sur elles par ce matin de rosée
— chaque pointe d’épine chaque tige de ronce
a sa tremblante parure —
jusqu’au moment où le vent se fait un peu plus vif,
alors tout est jeté bas
et l’étincelante joaillerie se mue en une commune matinée de printemps
pleine de feuilles en bourgeon de primeroses
de violettes de véroniques de jacinthes d’orchidées
et de choses ordinaires

(John Clare)

 

Recueil: Poèmes et Proses de la Folie de John Clare
Traduction: Pierre Leyris
Editions: Mercure de France

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