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Posts Tagged ‘aumône’

L’aumône (Jean Cocteau)

Posted by arbrealettres sur 6 janvier 2018


murciano-Desespoir

Un conseil, s’il vous plaît! Voyez, je tends mon âme…
Remplissez-la des mots qui réconforteront,
N’ayez pas de colère et n’ayez pas de blâme,
Posez votre fraîcheur aux fièvres de mon front.

Vous la voyez, mon âme, elle est laide, elle est vile,
Elle hésite – lancez un doux conseil dedans,
Ainsi qu’on fait tomber un sou dans la sébile
Qu’un chien d’aveugle, aveugle aussi, serre en ses dents.

Un conseil! Un conseil! Un conseil! ou je tombe…
Je tourne… A mon secours si vous ne venez pas,
Je vais mordre la boue, en bas, très bas!! plus bas!!!

Sauvez-moi! C’est trop gras, c’est trop noir, c’est trop laid!
C’est l’horreur, c’est le trou, c’est l’éternelle tombe.
Voyez, je tends mon âme! Un conseil, s’il vous plaît!

(Jean Cocteau)

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Dans quelques jours (Luis Cernuda)

Posted by arbrealettres sur 4 janvier 2018



 

Illustration: Kazuya Akimoto
    
Chair de la mer

Dans quelques jours très courts ce sera l’automne
en Virginie,
Lorsque les chasseurs, le regard de pluie,
Regagnent le pays natal, l’arbre qui n’oublie pas,
Moutons terribles à voir,
Dans quelques jours très courts ce sera l’automne
en Virginie.

Oui, dans l’étreinte étroite des corps,
Lèvres sur la clé la plus intime,
Que dira-t-il, lui, peau de naufrage
Ou douleur avec la porte close,
Douleur face à douleur,
N’attendant pas non plus d’amour ?

L’amour s’en vient, s’en va, regarde ;
L’amour s’en vient, s’en va,
Sans faire l’aumône aux nuages mutilés,
Ses vêtements sont des haillons de terre,
Et lui il ne sait pas, il ne saura jamais plus rien.
Inutile aujourd’hui de passer la main sur l’automne.

***

Carne de mar

Dentro de breves días será otoño en Virginia,
Cuando los cazadores, la mirada de lluvia,
Vuelven a su tierra nativa, el árbol que no olvida,
Corderos de apariencia terrible,
Dentro de breves días será otoño en Virginia.

Sí, los cuerpos estrechamente enlazados,
Los labios en la llave más íntima,
c Qué dirá él, hecho piel de naufragio
O dolor con la puerta cerrada,
Dolor frente a dolor,
Sin esperar amor tampoco ?

El amor viene y va, mira;
El amor viene y va,
Sin dar limosna a nubes mutiladas,
Por vestidos harapos de tierra,
Y él no sabe, nunca sabrá más nada.
Ahora inútil pasar la mano sobre otoño .

(Luis Cernuda)

 

Recueil: Un fleuve, un amour
Traduction: Jacques Ancet
Editions: Fata Morgana

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Je ne regrette rien J’avance (Paul Eluard)

Posted by arbrealettres sur 13 décembre 2017


funambule

 

L’aube grise les yeux ternis
La faim calmée par une aumône
La plaie pansée par l’ennemi
La plaie léchée par un ami
La maison habitée même par le désastre
Les routes mêmes défoncées
Les mains si douces abîmées
Les lèvres roses déflorées
Une chasse sans gibier
Une corde sans pendu
Une femme sans enfants
Les murs de ma cécité
Tout autour de ma vision
Une voix sans contredit
Une intime surdité
Un passé hypothétique
Un avenir assuré
Un amour non éternel

Je ne regrette rien
J’avance

(Paul Eluard)

 

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DÉJÀ ! (Henry Bataille)

Posted by arbrealettres sur 14 novembre 2017



Illustration: Edvard Munch
    
DÉJÀ !

Hé quoi ?… Déjà ?… Amour léger comme tu passes !
A peine avons-nous eu le temps de les croiser
Que mutuellement nos mains se désenlacent.
Je songe à la bonté que n’a plus le baiser.

Un jour partira donc ta main apprivoisée !
Tes yeux ne seront plus les yeux dont on s’approche.
D’autres auront ton coeur et ta tête posée.
Je ne serai plus là pour t’en faire un reproche.

Quoi ? sans moi, quelque part, ton front continuera !
Ton geste volera, ton rire aura sonné,
Le mal et les chagrins renaîtront sous tes pas ;
Je ne serai plus là pour te le pardonner.

Sera-t-il donc possible au jour qui nous éclaire,
A la nuit qui nous berce, à l’aube qui nous rit,
De me continuer leur aumône éphémère,
Sans que tu sois du jour, de l’aube et de la nuit ?

Sera-t-il donc possible, hélas, qu’on te ravisse,
Chaleur de mon repos qui ne me vient que d’elle !
Tandis que, loin de moi, son sang avec délice
Continuera son bruit à sa tempe fidèle.

La voilà donc finie alors la course folle ?
Et tu n’appuieras plus jamais, sur ma poitrine,
Ton front inconsolé à mon coeur qui console,
Rosine, ma Rosine, ah ! Rosine, Rosine !

Voici venir, rampant vers moi comme une mer,
Le silence, le grand silence sans pardon.
Il a gagné mon seuil, il va gagner ma chair.
D’un coeur inanimé, hélas, que fera-t-on ?

Eh bien, respire ailleurs, visage évanoui !
J’accepte. A ce signal séparons-nous ensemble…
Me voici seul ; l’hiver là… c’est bien… Nuit.
Froid. Solitude… Amour léger comme tu trembles !

(Henry Bataille)

 

Recueil: Le Beau Voyage

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Le Poète (Renée Vivien)

Posted by arbrealettres sur 17 août 2017



Illustration  
    
Le Poète

Il porte obscurément la pourpre du poète,
Ce passant qu’on rencontre au détour du chemin,
Vers lequel nul ne tend sa secourable main
Et qui lève vers l’aube un front large d’ascète.

Mais sous le grand manteau percé de mille trous,
Si vieux qu’il est pareil aux innombrables toiles
Que l’araignée a su tramer sous les étoiles,
S’ouvrent ses yeux divins, prophétiques et fous.

Cet inconnu c’est le poète en son passage,
Et le vent du chemin lui dicte, ainsi qu’un dieu
Dicte un ordre divin, son chant impérieux…
… Mais, hélas ! nul n’entend le merveilleux message.

Toi, dont le vent clément rafraîchit le front nu,
Tu n’oses même pas solliciter l’Aumône,
Mais les siècles futurs te verront sur un trône,
Couronné de rayons, ô divin Inconnu !

(Renée Vivien)

 

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Ma Solitude (Michèle Voltaire Marcelin)

Posted by arbrealettres sur 16 août 2017



 Siegfried Zademack -  - (18)

Ma Solitude

Ma Solitude est une Princesse de Bordel
Elle a une couronne d’aubépine
Et des roses sur la poitrine
Elle a un sexe de géranium
Elle a des plaintes d’harmonium
Ma Solitude est une Putain fière
Parfumée de dentelle ancienne
Prise au piège des prières
Elle offre un baiser sur les lèvres
A un mendiant pour une aumône
Ma Solitude est préposée aux Portes du Palais
Elle est perdue dans les couloirs
Fleurie de lys et d’hortensias
Mille étoiles percent ses paupières
Mille battements d’ailes chavirent son coeur
Ma Solitude est une Vierge crucifiée
Parée de mille fleurs exfoliées
Et je lui chante des louanges
Dans le bleu des cierges incendiés

(Michèle Voltaire Marcelin)

Illustration: Siegfried Zademack

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Détrônée (Renée Vivien)

Posted by arbrealettres sur 21 juillet 2017



Illustration: Béatrice Bissara
    
Détrônée

La Reine détrônée est triste en son palais…
Où sont les chants légers, les parfums et les voiles
Et les manteaux brodés de roses et d’étoiles ?
Où sont les harpes d’or et les fleurs et les lais ?

La Reine détrônée en la salle du trône
Est très triste… Elle sait que, dès le lendemain,
L’Ordre s’accomplira… Nulle loyale main
N’assistera l’exil faible et lent d’une aumône ?

Elle a pris le chemin qui mène vers l’oubli.
Et le manteau royal, la sainte bandelette
Ne l’entoureront plus de splendeur violette.
L’or roux ne ceindra plus ce front triste et pâli…

Il ne demeure plus de la grandeur sereine
D’autrefois, de la vie emplissant les palais
De pierre inaltérable, et des fleurs et des lais,
Que cette majesté dernière : Je fus reine !

(Renée Vivien)

 

Recueil: Dans un coin de violettes
Editions: E. SANSOT & Cie

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NOSTALGIE (Pascal Bonetti)

Posted by arbrealettres sur 21 mai 2017




NOSTALGIE

Je suis le moissonneur errant de la lumière.
Je porte dans mon âme en incessant éveil
Que blesse vainement la tâche coutumière,
Toute une hérédité brûlante de soleil.
O ville, c’est pourquoi, quand ton aube divine
Accorde son aumône au toit de ma maison,
Tu me surprends toujours guettant à l’horizon
L’astre qu’on ne voit pas encor, mais qu’on devine !

Et c’est pourquoi, le soir, quand le soleil se meurt
Telle une rose aux doigts blêmis du crépuscule,
Quand le ciel, sous les pas de l’éternel semeur,
Fait refleurir ses immortelles renoncules,
A l’heure de l’amour, de la cloche et du cor,
Les yeux braqués sur l’occident, comme en vigie,
J’accompagne de ma mouvante nostalgie
L’astre qu’on ne voit plus, mais qu’on devine encor !

(Pascal Bonetti),

Illustration: Vincent Van Gogh

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Je suis riche de soirs et d’aurore (Francis Vielé-Griffin)

Posted by arbrealettres sur 25 janvier 2017



 

Alina Maksimenko (7)

Je suis riche de soirs et d’aurores,
De chants, de parfums, de clarté;
Quel fruit cueillerais-je encore
Au verger de ta beauté?

Je suis ivre d’étés et d’automnes,
De fleurs, de fruits et de vins;
Tu m’as fait de toi-même aumône:
Qu’aurais-je imploré demain?

Mon rêve est réalisé
(L’avais-je rêvé si beau?)
Et pourtant mon coeur est brisé,
Et je songe qu’on rêve au tombeau.

(Francis Vielé-Griffin)

Illustration: Alina Maksimenko

 

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L’abandonnée (Virginie Sampeur)

Posted by arbrealettres sur 24 décembre 2016



 

Dimitar Voinov

L’abandonnée

Ah! si vous étiez mort! de mon âme meurtrie
Je ferais une tombe où, retraite chérie,
Mes larmes couleraient lentement, sans remords
Que votre image en moi resterait radieuse !
Que sous le deuil mon âme aurait été joyeuse !
Ah! si vous étiez mort!

Je ferais de mon coeur l’urne mélancolique
Abritant du passé la suave relique,
Comme ces coffrets d’or qui gardent les parfums,
Je ferais de mon âme une ardente chapelle
Où toujours brillerait la dernière étincelle
De nos espoirs défunts.

Ah! si vous étiez mort, votre éternel silence,
Moins âpre qu’en ce jour, aurait son éloquence,
Car ce ne serait plus le cruel abandon,
Je dirais: «Il est mort, mais il sait bien m’entendre,
Et peut-être, en mourant, n’a-t-il pu se défendre
De murmurer: Pardon!»

Mais vous n’êtes pas mort ! ó douleur sans mesure !
Regret qui fait jaillir le sang de ma blessure !
Je ne puis m’empêcher, moi, de me souvenir,
Même quand vous restez devant mes larmes vraies,
Sec et froid, sans donner à mes profondes plaies
L’aumône d’un soupir!…

Ingrat ! vous vivez donc quand tout me dit vengeance !
Mais je n’écoute pas ! À défaut d’espérance,
Le passé par instants revient, me berce encor…
Illusion, folie, ou vain rêve de femme!…
Je vous aimerais tant, si vous n’étiez qu’une âme.
Ah! que n’êtes-vous mort!

(Virginie Sampeur)

Illustration: Dimitar Voinov

 

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