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Poésie

Posts Tagged ‘auparavant’

PHOTOGRAPHIE (extérieur) (Nuno Jùdice)

Posted by arbrealettres sur 2 février 2021




    
PHOTOGRAPHIE (extérieur)

Auparavant la vérité
descendait la colline sur les paroles du berger ;
et les brebis n’étaient pas seules à les saisir. Je me
souviens
de ces collines vertes
sous les pluies du printemps, glaciales par vent
d’avril et lumineuses comme le soleil du nord. C’était
un matin. Les femmes préparaient encore le
four à pain — et déjà un rythme obscur annonçait
la naissance des fruits, c’est-à-dire,
l’équivoque de la faux au moment
de la récolte.
C’étaient bien ses paroles. Un
mouvement qui parcourait la surface
des rizières, qui ridait l’échine
des dunes, qui repoussait les mouettes vers
l’estuaire. Cependant, les vieux
le comprenaient; et quelques innocents, dont
l’esprit se confondait à la transparence
de l’eau, répétaient ce qu’il disait en un murmure
de ruisseau. Mais ce n’était pas à eux qu’il
s’adressait.
Il évita l’ambiguïté, les sens complexes
de la philosophie, le fond noir
du poème. De fait, il n’allait jamais jusqu’au bout
de ses histoires — comme s’il ne pouvait pas
les terminer.. ou qu’il ne savait plus rien, au-delà
de ce que nous savons, maintenant que nous sommes peu
à se souvenir de lui. Moi, pourtant, je l’ai revu —
assis sur ce banc de gare, feuilletant un vieux
journal et suçant un vieux mégot —
avec le souffle avide d’un apprenti
en hésitations.

(Nuno Jùdice)

 

Recueil: Un chant dans l’épaisseur du temps suivi de méditation sur des ruines
Traduction: Michel Chandeigne
Editions: Gallimard

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Parmi les impatiences du sel et des iodures (Guillevic)

Posted by arbrealettres sur 9 août 2019



Auparavant,
Pendant des profondeurs,
Nous avons cheminé
Parmi les impatiences
Du sel et des iodures.

(Guillevic)

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DES batailles se livrent (Álvarez Ortega)

Posted by arbrealettres sur 12 octobre 2018




    
DES batailles se livrent à chaque rencontre,
des solitudes qui auparavant, dans l’isolement initial,
supportaient l’oeuvre commune.

Dans l’espace révélé, après chaque conjonction,
seule demeure la terreur,
le mystère qui à l’âme ne suffit pas.

En alerte, cependant,
une absence rôde, rôdera toujours,
autour des humides dépouilles du lit.

(Álvarez Ortega)

 

Recueil: Genèse suivi de Domaine de l’ombre
Traduction: Jacques Ancet
Editions: Le Taillis Pré

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La lumière d’une chandelle (Leonardo Sinisgalli)

Posted by arbrealettres sur 13 octobre 2017


Georges Dumesnil de la Tour


La lumière d’une chandelle

Il semble que les miroirs,
avec leur puissance d’illusion,
plus que tout autre objet,
nous donnent l’idée du temps,
autant dire celle d’une profonde immobilité,
d’un chemin que nous sentons clos
quoiqu’il soit infini, sous nos yeux.
Nous regardons la flamme,
et nous ne pensons pas
qu’elle n’est plus celle que nous avons regardée
un instant auparavant.

(Leonardo Sinisgalli)


Illustration: Georges Dumesnil de la Tour

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Plus ici qu’auparavant (Guillevic)

Posted by arbrealettres sur 29 octobre 2015



Ecrire le poème
C’est d’ici se donner un ailleurs
Plus ici qu’auparavant.

(Guillevic)

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Le Beau (Plotin)

Posted by arbrealettres sur 24 octobre 2015


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Jamais âme ne verra le Beau
si elle ne se rend pas belle auparavant.

(Plotin)

Illustration

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Toujours au bord (Roberto Juarroz)

Posted by arbrealettres sur 17 septembre 2015



Toujours au bord.
Mais au bord de quoi?

Nous savons seulement que quelque chose tombe
de l’autre côté de ce bord
et qu’une fois parvenu à sa limite
il n’est plus possible de reculer.

Vertige devant un pressentiment
et devant un soupçon:
lorsqu’on arrive à ce bord
cela aussi qui fut auparavant
devient abîme.

Hypnotisés sur une arête
qui a perdu les surfaces
qui l’avaient formée
et resta en suspens dans l’air.

Acrobates sur un bord nu,
équilibristes sur le vide,
dans un cirque sans autre chapiteau que le ciel
et dont les spectateurs sont partis.

(Roberto Juarroz)

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