Arbrealettres

Poésie

Posts Tagged ‘aurore’

Le jour jaillit de l’Eau (Carlos Drummond de Andrade)

Posted by arbrealettres sur 22 septembre 2017



Le jour jaillit de l’Eau

La fontaine de l’Aurore
fait naître le soleil.
L’eau est toute or
de ce mot blond.
La fontaine de l’Aurore,
dans l’iridescence tremblante,
bien plus qu’un trésor
est un prisme sonore,
carillon étouffé
dans le tliz cliz de l’écume,
choc aérien
subit
sur la pierre lisse,
froid jaillissement,
elle tisse musicalement
la dorée nivéenne rose
parure du jour liquide.
Laisse couler l’aurore
elle est une si pauvre
fontaine pour le peuple.

(Carlos Drummond de Andrade)

Illustration: Anne-Louis Girodet de Roussy Trioson.jpg

Publicités

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

A Mme du Châtelet (Voltaire)(François Marie Arouet)

Posted by arbrealettres sur 17 septembre 2017




Emilie du Châtelet   
    
A Mme du Châtelet

« Si vous voulez que j’aime encore,
Rendez-moi l’âge des amours ;
Au crépuscule de mes jours
Rejoignez, s’il se peut, l’aurore.

Des beaux lieux où le dieu du vin
Avec l’Amour tient son empire,
Le Temps, qui me prend par la main,
M’avertit que je me retire.

De son inflexible rigueur
Tirons au moins quelque avantage.
Qui n’a pas l’esprit de son âge,
De son âge a tout le malheur.

Laissons à la belle jeunesse
Ses folâtres emportements.
Nous ne vivons que deux moments :
Qu’il en soit un pour la sagesse.

Quoi ! pour toujours vous me fuyez,
Tendresse, illusion, folie,
Dons du ciel, qui me consoliez
Des amertumes de la vie !

On meurt deux fois, je le vois bien :
Cesser d’aimer et d’être aimable,
C’est une mort insupportable ;
Cesser de vivre, ce n’est rien. »

Ainsi je déplorais la perte
Des erreurs de mes premiers ans ;
Et mon âme, aux désirs ouverte,
Regrettait ses égarements.

Du ciel alors daignant descendre,
L’Amitié vint à mon secours ;
Elle était peut-être aussi tendre,
Mais moins vive que les Amours.

Touché de sa beauté nouvelle,
Et de sa lumière éclairé,
Je la suivis; mais je pleurai
De ne pouvoir plus suivre qu’elle.

(Voltaire)(François Marie Arouet)

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

L’Automne et sa douceur (Jean Moréas)

Posted by arbrealettres sur 15 septembre 2017



Stances

I

Dépouille de l’allée où j’ai marché souvent,
Feuilles mortes, tendres feuillages,
Que suivait mon regard quand, portés sur le vent,
Vous mêliez de l’or aux nuages ;

L’Automne et sa douceur vont s’alanguir là-bas,
Dans les sous-bois, le long des grèves.
Et l’ancien souvenir ramènera mes pas
Aux lieux où se plaisaient mes rêves.

O feuilles, que me fait, non plus que le carmin
Des fleurs, votre pâle sourire ?
Mon âme et la douleur sur le sombre chemin
Passent et n’ont rien à se dire.

II

La rose du jardin que j’avais méprisée
A cause de son simple et modeste contour.
Sans se baigner d’azur, sans humer la rosée,
Dans le vase, captive, a vécu plus d’un jour,

Puis lasse, abandonnée à ses pâleurs fatales,
Ayant fini d’éclore et de s’épanouir,
Elle laissa tomber lentement ses pétales,
Indifférente au soin de vivre ou de mourir.

Lorsque l’obscur destin passe, sachons nous taire;
Pourquoi ce souvenir que j’emporte aujourd’hui ?
Mon cœur est trop chargé d’ombres et de mystère :
Le spectre d’une fleur est un fardeau pour lui. :

III

Lorsque se lamentant comme auprès d’une tombe,
Dans le creux du vallon
Passait, tout vêtu d’or par la feuille qui tombe,
Le tragique Aquilon,

Qu’a-t-il dit au rameau qui balançait encore
Un beau fruit, une fleur,
Au soleil de novembre, à la tardive aurore,
A mon âme, à mon cœur ?

IV

J’allais dans la campagne avec le vent d’orage,
Sous le pâle matin, sous les nuages bas ;
Un corbeau ténébreux escortait mon voyage,
Et dans les flaques d’eau retentissaient mes pas.

La foudre à l’horizon faisait courir sa flamme
Et l’Aquilon doublait ses longs gémissements ;
Mais la tempête était trop faible pour mon âme,
Qui couvrait le tonnerre avec ses battements.

De la dépouille d’or du frêne et de l’érable
L’Automne composait son éclatant butin,
Et le corbeau toujours d’un vol inexorable
M’accompagnait sans rien changer à mon destin.

V

Voici donc une fois encore
La fin précoce de l’été:
Quelle pâle et tremblante aurore
Se réveille sur la cité !

VI

Tout l’esprit d’Apollon et cette ardeur divine
Qui n’était que lumière et que frémissement.
Quand nous prenions la lyre au pied de la colline
Que le Tarb dans son cours baigne secrètement! …

Le bruit des chariots sur la route poudreuse,
Au crépuscule lent, sous les matins jaillis;
La vigne et la prairie et cette ombre joueuse
Qui tournait au soleil dans les jeunes taillis! …

L’orageux Orion guidait nos belles courses,
Pan gonflait notre cœur, et nous avions bien su
Donner des noms jolis à ces petites sources,
Qui filtraient doucement au creux d’un roc moussu.

VI

J’ai revu le jardin autour de la maison,
Il est plein de zéphyrs et plein d’oiseaux encore
Et le même treillis, n’importe la saison,
Laisse passer Vénus, Sirius et l’Aurore.

Mais le gazon qui pousse et le chemin sablé.
Du lac et du bassin le familier rivage,
Et cette belle fleur plus jaune que le blé,
Ne reconnaissent plus mes pas ni mon visage

VIII

Le jour à son déclin semait tout le couchant
D’un flocon velouté de couleur amarante.
Seul sur le quai désert, immobile ou marchant.
Je laissais sur la mer aller mon àme errante.

O misère! ô destin! Je me pris à songer,
Et j’ avais à la bouche une fade amertume . . .
Mais la vague en courant montait pour se briser
Dans le joyeux élan de ses éclats d’écume.

IX

Quand de la tragique vie
Se condense l’épaisseur,
L’âme se sent assouvie
De tendresse et de douceur.

Mais soudain la flamme brève
D’un mystérieux trésor
Illumine, et dans un rêve
La bouche sourit encor ;

Et d’espérance s’égaie
Notre ancienne douleur.
Comme se pare une haie
Auprès d’une jeune fleur.

X

Aujourd’hui ma pensée erre sur le Céphise
Et je soupire après
Les pâles oliviers et la cime indécise
Qu’élance le cyprès.

Mais que me font mes yeux, qu’ai-je à marquer la trace
De mes pas terriens ?
O mon âme, ô torrent, c’est l’absence et l’espace
Qui forment vos liens.

XI

Mon cœur n’est plus le rameau tendre
Qui reverdit sous le ciel bleu ;
Il n’est plus même cette cendre
Qui couve encore un sombre feu.

Mais ma blessure est si profonde,
Virgile, ô Dante, mes aïeux !
Que j’envelopperai le monde
Dans un amour plus orgueilleux.

XII

Par ce soir pluvieux, es-tu quelque présage,
Un secret avertissement,
O feuille, qui me viens effleurer le visage
Avec ce doux frémissement ?

L’Automne t’a flétrie et voici que tu tombes,
Trop lourde d’une goutte d’eau ;
Tu tombes sur mon front que courbent vers les tombes
Les jours amassés en fardeau.

Ah ! passe avec le vent, mélancolique feuille
Qui donnais ton ombre au jardin !
Le songe où maintenant mon âme se recueille
Ouvre les portes du destin.

(Jean Moréas)

Illustration

 

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

La philosophie (Georges Moustaki)

Posted by arbrealettres sur 15 septembre 2017



 

Jean-Claude Forez _A_la_feria_de_San_Firmin

La philosophie

C´est une jolie bande de joyeux fêtards
Qui se couchent à l´aurore et se lèvent très tard
Ne pensant qu´à aimer ou jouer de la guitare
Ils n´ont dans la vie que cette philosophie

Nous avons toute la vie pour nous amuser
Nous avons toute la mort pour nous reposer
Nous avons toute la vie pour nous amuser
Nous avons toute la mort pour nous reposer

Ils ne font rien de plus que fêter chaque instant
Saluer la pleine lune, célébrer le printemps
Si bien qu´pour travailler ils n´ont plus guère le temps
Ils n´ont dans la vie que cette philosophie

Nous avons toute la vie pour nous amuser
Nous avons toute la mort pour nous reposer
Nous avons toute la vie pour nous amuser
Nous avons toute la mort pour nous reposer

Et je me reconnais en eux assez souvent
Comme eux je gaspille ma vie à tous les vents
Et je me dis qu´ils sont mes frères ou mes enfants
Ils n´ont dans la vie que cette philosophie

Nous avons toute la vie pour nous amuser
Nous avons toute la mort pour nous reposer
Nous avons toute la vie pour nous amuser
Nous avons toute la mort pour nous reposer

S´ils passent parmi vous, regardez-les bien vivre
Et comme eux soyez fous, et comme eux soyez ivres
Car leur seule folie, c´est vouloir être libres
Ils n´ont dans la vie que cette philosophie

Nous avons toute la vie pour nous amuser
Nous avons toute la mort pour nous reposer
Nous avons toute la vie pour nous amuser
Nous avons toute la mort pour nous reposer

Ils vieilliront aussi qu´ils restent ce qu´ils sont
Des viveurs d´utopie aux étranges façons
Des amants, des poètes, des faiseurs de chansons
Ils n´ont dans la vie que cette philosophie

Nous avons toute la vie pour nous amuser
Nous avons toute la mort pour nous reposer
Nous avons toute la vie pour nous amuser
Nous avons toute la mort pour nous reposer…

(Georges Moustaki)

Illustration: Jean-Claude Forez

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Anniversaire (Albert Lozeau)

Posted by arbrealettres sur 12 septembre 2017



Anniversaire

Douze mois qu’elle m’aime et que moi je l’adore !
Douze mois qu’elle verse en mon cœur de l’aurore,
Que je mis dans le creux de sa petite main
Ce que Dieu me donna de bon, de plus humain.
Du soir où je la vis, à chaque retour d’heure
Je l’aimai davantage et la trouvai meilleure.
J’ai vu ce que l’amour prête d’extase aux yeux,
D’éloquence aux instants les plus silencieux,
D’indicibles espoirs et de promesses franches
À la pression tiède et lente des mains blanches…
Et je veux, pour fêter ces jours de longs émois,
Prendre autant de baisers que sont passés de mois.

(Albert Lozeau)

 

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

A l’amoureux sous sa fenêtre (Lucien Delormel)

Posted by arbrealettres sur 9 septembre 2017



Illustration: Heinrich von Angeli
    
A l’amoureux sous sa fenêtre,
Ninon dit : Songez au départ,
Bientôt l’aurore va paraître.
Il faut nous quitter sans retard.
— Non, pas avant, ma Juliette,
Répond l’amant sentimental,
Que ta lèvre ne me répète
Amoureusement ce signal…
Encore un baiser, mignonne,
Encore un doux baiser !
Puisqu’à toi mon cœur se donne.
Peux-tu le lui refuser?
Encore un baiser, mignonne,
Un dernier baiser!

(Lucien Delormel)

 

Recueil: Anthologie universelle des baisers (III France)
Editions: H. Daragon

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Eveille-toi! (Mohammad Iqbal)

Posted by arbrealettres sur 8 septembre 2017




    
Petite fleur profondément endormie
Au narcisse pareille, montre-toi!
Vois! la charmille se penche et meurt
Dévastée par des froideurs chagrines, lève-toi!

L’air est plein de chants d’oiseaux
L’appel à la prière vient du muezzin là-bas.
Prête l’oreille aux soupirs brûlants
Des coeurs en proie à la passion, lève-toi!

De ton sommeil de plomb
De ton sommeil profond
Lève-toi!
De ton sommeil profond
Eveille-toi!

Le soleil qui pare de ses rayons
Le front lisse de l’aurore
Fait monter aux joues du matin
La rougeur cramoisie de l’amour.
Par-delà les montagnes, par-delà les plaines,
Des caravanes se sont mises en route,
Des yeux rendus brillants par ce qu’ils voient
Contemplent la merveille du monde, lève-toi!

De ton sommeil de plomb
De ton sommeil profond
Lève-toi!
De ton sommeil profond
Eveille-toi !

(Mohammad Iqbal)

 

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

La noce de misère (Louise Michel)

Posted by arbrealettres sur 5 septembre 2017



La noce de misère

La fille du moujik apprête sa couronne
(Une couronne à quatre fleurs).
Elle fait son bouquet au matin qui frissonne.
Et le bouquet a quatre fleurs,
Quatre fleurs aux faibles couleurs.

Celles de la couronne ont pour noms la Misère,
La Maladie et le Chagrin,
Et la Fatalité; ses autres, peine amère,
Le Travail, la Douleur, la Faim.
Elle tient son bouquet en main.

Mais la Fatalité s’irradie en aurore,
Le froid l’a prise sur le seuil;
Il la glace pendant que la chanson sonore
En riant la donne au cercueil.
La vie eût été plus grand deuil.

La fille du moujik avec sa robe blanche
Et la couronne aux quatre fleurs
Dort en paix dans la fosse où le tilleul se penche,
Le tilleul aux rameaux rêveurs
Qui sur elle s’effeuille en pleurs.

(Louise Michel)


Illustration

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Les colombes (Germain Nouveau)

Posted by arbrealettres sur 2 septembre 2017



Ni tout noirs, ni tout verts, couleur
D’espérances jamais en fleur,
Les ifs balancent des colombes,
Et cela réjouit les tombes.

Elles éclatent, dans les ifs,
Ainsi que des fruits excessifs,
Effeuillant leurs plumes perdues
Au vent des vieilles avenues.

Dans l’azur qui va s’éclairant,
En haut de l’arbre le plus grand,
Qui monte, tel qu’une fusée,
Une entre autres est balancée.

Sous ses beaux yeux délicieux
Elle semble, d’un coin des cieux,
Couver l’aurore qui s’est faite
Au fond du cimetière en fête.

Et chaque arbre, panache noir
Du plus minable désespoir,
Sous les planches plumes en foule
Est un colombier qui roucoule

Ces oiseaux, dont les voix sont soeurs,
Ces adorables obsesseurs,
Ce sont évidemment les âmes
Des demoiselles et des dames

Dont la tombe douce reluit
Et dont la lune, chaque nuit,
Epelle, à ses lueurs glacées,
Les épitaphes insensées!

(Germain Nouveau)


Illustration

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

LE POÈME FINAL (Andrée Chedid)

Posted by arbrealettres sur 29 août 2017



 

Carry Akroyd Aerial (May)

LE POÈME FINAL

J’ai une forge dans le coeur.
Je sens plus pourpre que l’aurore,
Plus noyé que l’algue,
Plus lointain que la mouette,
Plus creux que les puits.
Mais je ne donne naissance
Qu’à l’écaille et qu’aux grains.

Ma langue se prend aux mots :
Je n’exprime plus blanc,
Je ne dis plus noir ;
A peine le gris d’une falaise rongée,
Le bref vertige d’une ombre,
L’hirondelle entrevue
Et l’iris deviné.

Où sont les justes paroles,
Le feu sans agonie,
Le poème final ?
En quel lieu est la vie ?

(Andrée Chedid)

Illustration: Carry Akroyd

 

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 1 Comment »

 
%d blogueurs aiment cette page :