Arbrealettres

Poésie

Posts Tagged ‘aurore’

Chemin (Lucien Becker)

Posted by arbrealettres sur 23 septembre 2022



Chemin

Je saute dans la barque que m’offrent les mouvements rêveurs de la nostalgie
et je m’en vais vers mon enfance couronnée des gouttes de rosée de l’accueil.
Serait-ce donc une seconde aurore ?
Non.
C’est une veillée funèbre d’automne où un cercueil
— je sais qu’il est fait de souvenirs – me cherche comme une proie.

O forêts vierges de senteurs pures et d’yeux piqués
comme des étendards sur l’arête molle des insouciances,

O Eden où fleurit la neige de nos cris et de nos rires
et qui répètes dans ton soliloque désespéré les échos de noms doux comme des étoiles.

Je vous ai à peine traversés tant mes pieds étaient pleins d’air
et tant je réclamais le bâillon de l’adolescence !

(Lucien Becker)

Illustration: Lisa Lea Bemish

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

ECUME (Robert Goffin)

Posted by arbrealettres sur 2 septembre 2022



 

ECUME

Un chant flotta comme une écume
La branche tremblait sous l’oiseau
Et l’arbre, d’écume en écho,
Transmit le poème de plume

Mais vers le ciel renouvelé
Quand l’oiseau se fut envolé
Jusqu’à l’indigo de l’aurore
Pour les belles et pour les blés
Une branche tremblait encore,

Puis au fil de l’herbe et de l’eau
L’orme prolongea sans oiseau
Le végétal message d’ailes
Et tard sans arbre et sans amour
Du côté des lèvres fidèles
Le silence chantait toujours.

(Robert Goffin)

Illustration

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

MAIN COUPEE (Robert Goffin)

Posted by arbrealettres sur 9 août 2022



Sam Wolfe Connelly hj [1280x768]

 

MAIN COUPEE

Pour te rejoindre femme blonde
Il m’a fallu cent mille aïeux
Qui renouèrent en ce monde
L’aboutissement d’être à deux
Venus du destin de la terre
Ils n’ont fleuri qu’un seul matin
Pour restituer au mystère
Un limon qui n’a pas de fin
Je suis l’humble part d’existence
Qui lie en sa fragilité
Les deux rives d’une substance
Soudant le futur an passé
Je viens d’une énigme impossible
Qui n’a pas de solution
Et comme la flèche à sa cible
Nous touchons sans rémission
A la rive qui n’est semblable
Qu’à celle dont je suis venu
J’ai rendez-vous avec le sable
De mes ancêtres inconnus
Mais quand tu seras chair d’aurore
Rendue au détour du limon
Survivrons nous mêlés encore
Dans l’amalgame de nos noms
Ou retournant à l’épopée
De l’argile et de l’océan
Comme on souffre à sa main coupée
Aurai-je mal à ton néant.

(Robert Goffin)

Illustration: Sam Wolfe Connelly

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 2 Comments »

LE CANTIQUE DES CANTIQUES (Jacques Rabemananjara)

Posted by arbrealettres sur 22 juillet 2022




LE CANTIQUE DES CANTIQUES

I

Nos destins vont franchir les termes des promesses.
Ils s’en iront, parmi les rondes des amours,
Annoncer le lever de nos astres qui naissent,
Fêter l’aurore unique et chanter tour à tour
et ta grâce et ta tresse.

Ma Bien-aimée, à toi ma vie, à toi mon coeur !
Par quel signe, quel mot te traduire ma flamme.
Pas un seul verbe humain, pas même tous mes pleurs
Ne sauraient exprimer les élans de mon âme
et toutes ses langueurs.

II

Nous voici parvenus au tournant de la voie.
Et, la main dans la main, vers un monde nouveau,
Nous allons parsemer la route de nos joies
Et dénouer du Sort l’énigme et l’écheveau
fait d’ardeur et de soie.

Sur la pente du ciel où l’Amour nous sourit,
L’Avenir, fraternel, escorte l’Espérance.
D’un geste tu m’auras de mes peines guéri ;
Et nous glorifierons, tous deux, d’un même cri,
l’heureuse délivrance.

Quel charme à notre ivresse ajoutera l’azur ?
La nuit multipliera l’éclat de ses étoiles.
Mais j’attends le signal où l’instant le plus pur
M’attachera captif à l’ombre de ton voile :
Tout est prêt ! Tout est mûr !

II

O Bien-Aimée, à nous la coupe des délices !
Nos voeux ont prospéré. Nos désirs sont comblés.
Pour consacrer l’aveu le temps se fait complice
Et je sens tout le ciel à mes genoux trembler
d’émois sans artifice…

L’étreinte de tes bras formera l’horizon.
Tout l’Univers, ce soir, d’un bout à l’autre pôle,
Viendra nous accueillir au seuil de la maison.
Le poids de mon bonheur chargera ton épaule
de jours en floraison.

(Jacques Rabemananjara)

Illustration: Marc Chagall

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 3 Comments »

BANQUES DU SOUVENIR (Robert Goffin)

Posted by arbrealettres sur 21 juillet 2022



 

Adrian Borda 5984

BANQUES DU SOUVENIR

Elles reviennent encore
Mains de prèle et de lilas
Au bord de la prime aurore
Hanter les coeurs que voilà

Cécile de jusquiame
Arlette tout en velours
Yvonne profond sésame
Mélangeant la nuit au jour

Douces lèvres qui se fanent
Aux lisières d’autrefois
Comme les fleurs diaphanes
Se fanent au fond des bois

Femmes d’ombre et de rivière
Dont l’onde n’est que baisers
je remonte à la première
Par le fleuve du passé

Maria des anémones
Anne des saules pleureurs
Par delà les gués d’automne
L’amour est l’onde du coeur

Combien de chairs et d’amantes
Chantent l’écho du désir
J’ai mille femmes de rente
Aux banques du souvenir.

(Robert Goffin)

Illustration: Adrian Borda

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

JOURS D’ETE (Marceline Desbordes-Valmore)

Posted by arbrealettres sur 21 juillet 2022



 

Alexandre Pavlenko  1974 - Ukrainian Pointillist painter (12) [1280x768]

JOURS D’ETE

[…]
Pour regarder de près ces aurores nouvelles,
Mes six ans curieux battaient toutes leurs ailes ;

Marchant sur l’alphabet rangé sur mes genoux,
La mouche en bourdonnant me disait : « Venez-vous ?… »

Et mon nom qui tintait dans l’air ardent de joie,
Les pigeons sans liens sous leur robe de soie,

Mollement envolés de maison en maison,
Dont le fluide essor entraînait ma raison ;

Les arbres, hors des murs poussant leurs têtes vertes ;
Jusqu’au fond des jardins les demeures ouvertes ;

Le rire de l’été sonnant de toutes parts,
Et le congé, sans livre ! errant aux vieux remparts :

Tout combattait ma soeur à l’aiguille attachée ;
Tout passait en chantant sous ma tête penchée ;

Tout m’enlevait, boudeuse, et riante à la fois ;
Et l’alphabet toujours s’endormait dans ma voix.
[…]

(Marceline Desbordes-Valmore)

Illustration: Alexandre Pavlenko

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 2 Comments »

Ils étaient huit jeunes hommes (Charles Camproux)

Posted by arbrealettres sur 26 juin 2022




    
Ils étaient huit jeunes hommes

Ils étaient huit jeunes hommes, nus, nus et qui tremblaient
ils étaient descendus, gelés, enchaînés,
l’un derrière l’autre, nus, les mains dans le dos
et ils savaient pour sûr, ils se savaient condamnés:
le grand camion, au fond, le long de la grande allée,
l’allée des longs cyprès, longs, hauts, est venu s’arrêter,
et les huit jeunes hommes nus, blancs, sans mot sont descendus
entre des hommes verts, vert clair, qui les font se tenir:
se tenir, blancs, nus, devant la grande tombe,
devant le grand trou, long, profond, tout juste creusé,
là tout le long, là, le long de l’allée,
derrière les tombeaux, tout le long, comme une longue tranchée:
par la mitraillette, d’un coup, ils ont tous plongé
dans la longue tranchée, blancs, nus, avec un peu de sang
sur leurs torses blancs, blancs, nus, aux premières aurores:
ils étaient huit jeunes hommes, nus, dépouillés de lendemains.

(Charles Camproux)

Recueil: Guerre à la guerre
Traduction:
Editions: Bruno Doucey

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Quelle doit être l’aurore (Franz Hellens)

Posted by arbrealettres sur 23 juin 2022



 

trembles

Quelle doit être l’aurore des trembles du Paradis,
si ceux de la terre, ce matin, tremblent si divinement?

(Franz Hellens)

Illustration

 

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , | Leave a Comment »

Comme un art poétique (Claude Haller)

Posted by arbrealettres sur 18 juin 2022




    
Comme un art poétique

Un poème toujours se cherche en toi
Qu’il sorte de ta main
Qu’il sorte de la glaise
Qu’il sorte de ton sang
Qu’il sorte de nos rêves

Un poème toujours trouve son chemin
Qu’il naisse de ta sève
Qu’il naisse de ton pain
Qu’il naisse des vieux temps
Qu’il renaisse demain

Un poème toujours craquèle sa coquille
Qu’il éclate à l’aurore
Qu’il éclate au creux du soir
Qu’il éclate en traîne d’espoir
Qu’il éclate en poussière d’étoiles

Un poème toujours couve sous la cendre
Qu’il brûle comme brindille
Qu’il brûle comme bûcher
Qu’il brûle en ses méandres
Qu’il brûle en gerbe d’or
Nervures de la terre feu ciel amor
Le poème est en marche c’est la fin de la mort

(Claude Haller)

Recueil: Poèmes du petit matin
Traduction:
Editions: Hachette

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

LE DERNIER AMOUR (Fédor Ivanovitch Tioutchev)

Posted by arbrealettres sur 3 juin 2022



 

Illustration: Félix Vallotton
    
LE DERNIER AMOUR

O comme, au déclin de notre âge, plus
tendre est l’amour, plus superstitieux…
Brille, ô brille, ultime lumière De
l’ultime amour, aurore du soir !

L’ombre a conquis le ciel immense, Seule
au couchant, là-bas, ta clarté brûle,
Attends un peu, attends, jour vespéral, Et
dure, ô dure encore, enchantement !

Le sang peut bien s’affaiblir dans les veines,
Mais la tendresse, au coeur, ne faiblit pas… O
toi, notre dernier amour,
Tu es bénédiction et désespoir.

(Fédor Ivanovitch Tioutchev)

Recueil: 35 siècles de poésie amoureuse
Traduction: Jacques David
Editions: Saint-Germain-des-Prés Le Cherche-Midi

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

 
%d blogueurs aiment cette page :