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Posts Tagged ‘autruche’

Deux pigeons (Michel Besnier)

Posted by arbrealettres sur 16 février 2019



vautours

Deux pigeons

Deux pigeons s’aimaient d’amour tendre
Deux corbeaux s’aimaient d’amour noir
Deux mésanges s’aimaient d’amour bleu
Deux pies s’aimaient d’amour bavard
Deux autruches s’aimaient d’amour lourd
Deux pinsons s’aimaient d’amour gai
Deux vautours s’aimaient eux aussi

(Michel Besnier)

Illustration

 

 

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Eclaircie (Hédi Kaddour)

Posted by arbrealettres sur 27 mars 2018



Eclaircie

Le soleil réchauffe les bancs de bois
Et les statues aux noms effacés.
A contre- jour entre les arbres,
Une petite fille au violoncelle
Refuse de passer par l’allée
Où depuis un siècle le lion vert
Dévore une autruche. Dans le coin
Des brouettes, Flaubert a l’air
Sur le point d’exploser contre
La bêtise de son propre buste.
Assise sur le bord du bassin,
Une femme retire son pull-over
Sans voir que pendant ce temps
Son amie brune lui regarde les seins.

(Hédi Kaddour)

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L’AUTRUCHE EN MORCEAUX (Kôtarô Takamura)

Posted by arbrealettres sur 13 novembre 2017



 

L’AUTRUCHE EN MORCEAUX
BOROBORO-NA DACHÔ

Quel intérêt de garder une autruche?
Au jardin zoologique, dans un enclos boueux de treize mètres carrés,
Ses pattes ne font-elles pas des enjambées trop larges?
Son cou n’est-il pas allongé démesurément?
Dans un pays où, de plus, tombe la neige, ses plumes ne s’en
vont-elles pas trop en morceaux?
L’estomac rétréci elle doit bien manger du pain dur mais
L’oeil de l’autruche ne regarde-t-il pas au loin seulement?
Ne brûle-t-il pas comme si elle avait perdu corps et biens?
Ne s’est-elle pas postée en attente comme si le vent d’émeraude
allait venir souffler?
Un rêve infini ne s’enroule-t-il pas dans cette innocente petite tête?
Cet être ce n’est plus une autruche, n’est-ce pas?
Assez! Soyons humains!
Arrêtons ce genre d’entreprise!

(Kôtarô Takamura)

 

 

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AUTOPORTRAIT SANS MIROIR (Marie-Anne Bruch)

Posted by arbrealettres sur 5 janvier 2017



AUTOPORTRAIT SANS MIROIR

I. Je passe

Je suis la femme transparente
Celle qu’on efface sans bruit
Et qui s’en va comme l’eau fuit
Pâle à trente ans comme à soixante.

Je suis la femme murmurante
Qui propose son faible appui
Et cause juste un brin d’ennui
Aux esprits libres qu’elle hante.

Pour ces êtres auxquels je tiens
Je continue à n’être rien
Qu’une tranquille parenthèse.

Quand j’expose mon coeur blessé
Ils coupent court : « Ça va passer !»
Il est plus doux que je me taise.

II. Je casse

Je suis la femme aux nerfs de verre
Mal installée dans ses tessons
Moitié fakir moitié trouvère
Toujours bancale en ses chansons.

Je suis la femme à l’air sévère
Qui ne comprend rien aux leçons
De l’existence, et persévère
Dans l’entretien de ses frissons.

Je suis l’échappée du naufrage
Qui se hâte vers le rivage
Pour se noyer dans un sanglot.

Je suis la femme de baudruche
Qui fait toujours un peu l’autruche
Sous la plume de son stylo.

(Marie-Anne Bruch)

Découvert ici: Lucarne Poétique

Illustration

 

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Lunes en détresse (Jules Laforgue)

Posted by arbrealettres sur 12 décembre 2016



Lunes en détresse

Vous voyez, la Lune chevauche
Les nuages noirs à tous crins,
Cependant que le vent embouche
Ses trente-six mille buccins!

Adieu, petits coeurs benjamins
Choyés comme Jésus en crèche,
Qui vous vantiez d’être orphelins
Pour avoir toute la brioche!

Partez dans le vent qui se fâche,
Sous la Lune sans lendemains,
Cherchez la pâtée et la niche
Et les douceurs d’un traversin.

Et vous, nuages à tous crins,
Rentrez ces profils de reproche,
C’est les trente-six mille buccins
Du vent qui m’ont rendu tout lâche.

D’autant que je ne suis pas riche,
Et que Ses yeux dans leurs écrins
Ont déjà fait de fortes brèches
Dans mon patrimoine enfantin.

Partez, partez, jusqu’au matin!
Ou, si ma misère vous touche,
Eh bien, cachez aux traversins
Vos têtes, naïves autruches,

Éternelles, chères embûches
Où la Chimère encor trébuche!

(Jules Laforgue)

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AUTRUCHE (César Vallejo)

Posted by arbrealettres sur 12 octobre 2016



AUTRUCHE

Mélancolie, ôte maintenant ton doux bec ;
ne gave plus tes jeûnes en mes blés de lumière.
Mélancolie, assez! Comme tes poignards savent boire
le sang sucé par ma sangsue d’azur !

N’achève pas la manne femelle tombée;
que naisse d’elle, demain, une croix,
demain quand je ne saurai plus vers qui tourner les yeux,
quand le cercueil ouvrira son grand Ô railleur.

Mon coeur est un vase arrosé d’amertume ;
d’autres oiseaux paissent lui…
Mélancolie. ne tarit plus ma vie,
déshabille tes lèvres femelles… !

***

AVESTRUZ

Melancolía, saca tu dulce pico ya;
no cebes tus ayunos en mis trigos de luz.
Melancolía, basta! Cuál beben tus puñales
la sangre que extrajera mi sanguijuela azul!

No acabes el maná de mujer que ha bajado;
yo quiero que de él nazca mañana alguna cruz,
mañana que no tenga yo a quién volver los ojos,
cuando abra su gran O de burla el ataúd.

Mi corazón es tiesto regado de amargura;
hay otros viejos pájaros que pastan dentro de él…
Melancolía, deja de secarme la vida,
y desnuda tu labio de mujer…!

(César Vallejo)


Illustration: Jeannie Lynn Paske

 

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Paris-Tropic (Francis Blanche)

Posted by arbrealettres sur 20 mai 2015




Je passais en chantant sur le pont Alexandre
L’air du matin avait des senteurs de coriandre

Un dromadaire blanc d’un pas désabusé
S’éloignait lentement vers les Champs-Alizés

Des otaries aux corps noirs comme de l’ébène
Faisaient mille plongeons dans les eaux de la Seine

Et dans les grands palmiers le long du quai d’Orsay
Des singes bleus et or en voltigeant dansaient

La mousson se leva le ciel devint de bronze
Soudain parut un bus ligne 91

Une autruche en habit et coiffée d’un gibus
D’un geste dédaigneux arrêta l’autobus

Elle dit en montant et je l’ai entendue
Car elle avait la voix très forte et très pointue:
« Oh can’t you take me please to the Park Montsouris? »

Décidément Paris sera toujours Paris!

(Francis Blanche)

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