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Poésie

Posts Tagged ‘avancer’

Je rêve que je rêve (Jules Supervielle)

Posted by arbrealettres sur 26 juin 2022




    
Je rêve que je rêve

Je rêve que je rêve et je suis là pourtant Devant
vous, jeune fille, ô comble de jeunesse,
Mais vous êtes réelle et si sûre du temps
Qui vient vous courtiser, alors qu’il me délaisse
Dans un coin de brouillard toujours sans feu ni lieu
D’où je vois, vivement, aller venir vos yeux
Et d’avancer vers moi quelque secrète barque
Vide, où mon coeur tout seul et sans le corps embarque

(Jules Supervielle)

Recueil: Poèmes par coeur
Traduction:
Editions: Seghers

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Mère et enfant réfugiés (Chinua Achebe)

Posted by arbrealettres sur 29 mai 2022




    
Mère et enfant réfugiés

Nulle Vierge à l’Enfant ne pourrait se mesurer
à cette image de la tendresse maternelle
pour un fils qu’elle devrait bientôt oublier.
L’air était lourd d’odeurs

de diarrhée d’enfants non lavés
aux côtes délavées et aux derrières
décharnés qui avancent d’un pas laborieux
traînés par des ventres vides et gonflés. Tant
de mères avaient cessé depuis longtemps
de prodiguer leurs soins, mais pas celle-ci; elle arborait
un sourire fantôme entre ses dents
et dans ses yeux le fantôme de l’orgueil
d’une mère tandis qu’elle peignait telle la touffe de cheveux
couleur rouille qui restait sur son crâne et puis –

dans ses yeux un chant – elle a commencé à les
séparer avec soin… Dans une autre vie ça
aurait été un peu banal
un acte sans conséquence avant son
petit-déjeuner et l’école; mais en cet instant

son geste était de fleurir
une tombe minuscule

(Chinua Achebe)

Traduit de l’anglais par Frieda Ekotto, &ware Sou! Brother, Heinemann, 1971.

Recueil: 120 nuances d’Afrique
Traduction:
Editions: Bruno Doucey

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« Soudain, je n’avance pas… » (José Saramago)

Posted by arbrealettres sur 21 mai 2022




Illustration: Giacomo Balla
    
« Soudain, je n’avance pas… »

Soudain, je n’avance pas, et soudain
Le geste vole en éclat, comme le verre.
Des voyelles remoulues à coups de pierre.

Des yeux vivants, dans la queue du paon,
M’ont encadré d’un tir sec,
Aveugles de trente soleils sans levers.

Comme, entre les dents, du sable prisonnier
Seulement en rayant l’émail se défend,
Des vers je fais des tranchants contre le rien.

Et suspendu de moi-même, la voix suspendue,
Dans la cécité des soleils j’ouvre des lampes
Que ma main transporte en aube.

***

«Num repente, não ando… »

Num repente, não ando, e num repente
O gesto se estilhaça, como o vidro
Das vogais remoídas a pedradas.

Olhos vivos, na cauda do pavão,
De seca pontario me enquadraram,
Cegos de trinta sóis sem madrugadas.

Como, entre dentes, areia prisioneira
No sel riscar do esmalte se defende,
Faço de versos gumes contra o nada.

E suspenso de mim, a voz suspensa,
Na cegueira dos sóis abro candeias
Que a minha mão transporta em alvorada

(José Saramago)

Recueil: Les poèmes possibles
Traduction: Nicole Siganos
Editions: Jacques Brémond

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‘ai dit. Un autre l’a entendu (Marina Tsvétaïéva)

Posted by arbrealettres sur 7 mai 2022



Illustration: Alberto Giacometti
    
J’ai dit. Un autre l’a entendu
Doucement l’a redit.
Le troisième l’a compris.
Avec son gros bâton de chêne,
le quatrième est parti
Dans la nuit, accomplir un exploit,
Et le monde en a fait une chanson.
J’avance avec aux lèvres cette chanson,
Au devant de la mort, ô ma vie !

(Marina Tsvétaïéva)

 

Recueil: Insomnie et autres poèmes
Traduction:
Editions: Gallimard

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LE MUR (Cécile Coulon)

Posted by arbrealettres sur 22 mars 2022



Illustration
    
LE MUR

Un cantique de rien du tout
pour cette bicyclette endormie contre un mur
sur lequel, enfant,
tu jouais sans doute à marcher droit,
les bras écartés
comme si le ciel agrippait tes doigts de chaque côté,
et dans le sourire que ta joie et ta concentration
modifiaient à mesure que tu avançais,
tu ne savais pas encore
que tu serais aimée et que tu aimerais
de la plus belle des façons :
en silence
pour protéger ce qui est vrai.

(Cécile Coulon)

Recueil: Noir Volcan
Traduction:
Editions: Le Castor Astral

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Art poétique (José Saramago)

Posted by arbrealettres sur 13 mars 2022




    
Art poétique

D’où vient le poème ? A quoi sert
De tracer à l’équerre la semence :
Fleur ou herbe, forêt et fruit.
Mais avancer un pied n’est pas voyager,
Comme ne sera peinture la couleur qui ne s’inscrit
Avec tact rigoureux et harmonie.
Amour, s’il y a, de peu se contente
Si, pour les loisirs d’une âme accompagnée,
Du corps lui suffit la prescience.

Le poème ne s’oublie pas, ne s’ajourne pas,
Si le corps du mot est moulé
Avec rythme, assurance et conscience.

***

Arte poética

Vem de quê o poema? De quanto serve
A traçar a esquadria da semente:
Flor ou erva, floresta e fruto.
Mas avançar um pé não é fazer jornada,
Nem pintura será a cor que não se inscreve
Em acerto rigoroso harmonia.
Amor, se o há, com pouco se conforma
Se, por lazeres de alma acompanhada,
Do corpo lhe bastar a presciência.

Não se esquece o poema, não se adia,
Se o corpo da palavra for moldado
Em ritmo, segurança e consciência.

(José Saramago)

 

Recueil: Les poèmes possibles
Traduction: Nicole Siganos
Editions: Jacques Brémond

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À la veille de l’anniversaire du 4 août 1864 (Fiodor Tiouttchev)

Posted by arbrealettres sur 28 novembre 2021



Illustration: Jean-Marie Brault    
    
À la veille de l’anniversaire du 4 août 1864

Le long de la grand-route me voilà errant,
À la douce lumière du jour qui s’en va…
C’est dur, j’avance en soupirant…
Mon amie, me vois-tu de là-bas ?

La nuit tombe sur la terre, la nuit tombe,
C’est l’ultime lueur du jour qui s’en va…
Voici le monde où nous vécûmes ensemble,
Mon ange, me vois-tu de là-bas ?

Demain est un jour de prière et de larmes,
Demain est un jour plein de toi…
Mon ange, où que demeurent les âmes,
Mon ange, me vois-tu de là-bas ?

(Fiodor Tiouttchev)

Recueil: POÈMES
Traduction: traduit du russe par Sophie Benech
Editions: Interférences

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L’Homme au Trèfle (Armand Robin)

Posted by arbrealettres sur 7 novembre 2021




L’Homme au Trèfle

Pour être vous,
Pour être vous tous,
Je me suis séparé de vous tous.

Très seul, secret, sans bruit j’ai cueilli dans les landes
Un trèfle tout tremblant d’une haleine de cheval
J’ai pris ce seul ami
Pour m’avancer jusqu’au coeur des hommes mes frères
Et ne les toucher que d’une nourrissante plante.

(Armand Robin)

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Le feu (Malcolm de Chazal)

Posted by arbrealettres sur 3 novembre 2021




Le feu
Retarde
Ou avance.
La lumière
Est
Toujours
A temps.

(Malcolm de Chazal)


Illustration

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Les Rois Mages (André Frénaud)

Posted by arbrealettres sur 9 octobre 2021



Leopold Kupelwieser _1796- rois mages_jpeg

Les Rois Mages

Avancerons-nous aussi vite que l’étoile
La randonnée n’a-t-elle pas assez duré
Réussirons-nous enfin à l’égarer
cette lueur au milieu de la lune et des bêtes
qui ne s’impatiente pas

La neige avait tissé les pays du retour
avec ses fleurs fondues où se perd la mémoire
De nouveaux compagnons se mêlaient à la troupe
qui sortaient des arbres comme les bûcherons
Le Juif errant peinait, aux blessures bafouées
Des fourrures couvraient le roi noir malade à mourir
Le pasteur de la faim est avec nous
Ses yeux bleus éclairent son manteau d’épluchures
et le troupeau rageur des enfants prisonniers

Nous allions voir la joie nous l’avons cru
la joie du monde née dans une maison par ici
C’était au commencement … Maintenant on ne parle pas
Nous allions délivrer un tombeau radieux
marqué d’une croix par les torches dans la forêt

Le pays n’est pas sűr les châteaux se glissent derrière nous
Pas de feu dans l’âtre des relais Les frontières
remuent à l’aube par les coups défendus
Nos paumes qui ont brisé les tempêtes de sable
sont trouées par la charançon et j’ai peur de la nuit

Ceux qui nous attendaient dans le vent de la route
se sont lassés le chœur se tourne contre nous
Par les banlieues fermées à l’aube les pays sans amour
nous avançons mêlés à tous et séparés
Sous les lourdes paupières de l’espérance
La peur haletait comme une haridelle

Nous arriverons trop tard le massacre est commencé
les innocents sont couchés dans l’herbe
Et chaque jour, nous remuons des flaques dans les contrées
Et la rumeur se creuse des morts non secourus
qui avaient espéré en notre diligence

Tout l’encens a pourri dans les boîtes en ivoire
et l’or a caillé nos cœurs comme du lait
La jeune fille s’est donnée aux soldats
que nous gardions dans l’arche pour le rayonnement
pour le sourire de sa face

Nous sommes perdus On nous a fait de faux rapports
C’est depuis le début du voyage
Il n’y avait pas de route il n’y a pas de lumière
Seul un épi d’or surgi du songe
que le poids de nos chutes n’a pas su gonfler
Et nous poursuivons en murmurant contre nous
tous le trois brouillés autant qu’un seul
peut l’être avec lui-même
Et le monde rêve à travers notre marche
dans l’herbe des bas-lieux
et ils espèrent
quand nous nous sommes trompés de chemin

Egarés dans les moires du temps – les durs méandres
qu’anime le sourire de l’Enfant –
chevaliers à la poursuite de la fuyante naissance
du futur qui nous guide comme un toucheur de bœufs
je maudis l’aventure je voudrais retourner
vers la maison et le platane
pour boire l’eau de mon puits que ne trouble pas la lune
et m’accomplir sur mes terrasses toujours égales
dans la fraîcheur immobile de mon ombre…

Mais je ne puis guérir d’un appel insensé.

(André Frénaud)

Illustration: Leopold Kupelwieser

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