Arbrealettres

Poésie

Posts Tagged ‘avantage’

LA ROUTE QUE JE N’AI PAS PRISE (Robert Frost)

Posted by arbrealettres sur 16 janvier 2019


 


Auguste Macke  fields

LA ROUTE QUE JE N’AI PAS PRISE

Deux routes divergeaient dans un bois jaune;
Triste de ne pouvoir les prendre toutes deux,
Et de n’être qu’un seul voyageur, j’en suivis
L’une aussi loin que je pus du regard
Jusqu’à sa courbe du sous-bois.

Puis je pris l’autre, qui me parut aussi belle,
Offrant peut-être l’avantage
D’une herbe qu’on pouvait fouler,
Bien qu’en ce lieu, vraiment, l’état en fût le même,
Et que ce matin-là elles fussent pareilles,

Toutes deux sous des feuilles qu’aucun pas
N’avait noircies. Oh, je gardais
Pour une autre fois la première!
Mais comme je savais qu’à la route s’ajoutent
Les routes, je doutais de jamais revenir.

Je conterai ceci en soupirant,
D’ici des siècles et des siècles, quelque part :
Deux routes divergeaient dans un bois; quant à moi,
J’ai suivi la moins fréquentée
Et c’est cela qui changea tout.

(Robert Frost)

Illustration: Auguste Macke

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , | 6 Comments »

A Mme du Châtelet (Voltaire)(François Marie Arouet)

Posted by arbrealettres sur 23 juillet 2018




Emilie du Châtelet   
    
A Mme du Châtelet

« Si vous voulez que j’aime encore,
Rendez-moi l’âge des amours ;
Au crépuscule de mes jours
Rejoignez, s’il se peut, l’aurore.

Des beaux lieux où le dieu du vin
Avec l’Amour tient son empire,
Le Temps, qui me prend par la main,
M’avertit que je me retire.

De son inflexible rigueur
Tirons au moins quelque avantage.
Qui n’a pas l’esprit de son âge,
De son âge a tout le malheur.

Laissons à la belle jeunesse
Ses folâtres emportements.
Nous ne vivons que deux moments :
Qu’il en soit un pour la sagesse.

Quoi ! pour toujours vous me fuyez,
Tendresse, illusion, folie,
Dons du ciel, qui me consoliez
Des amertumes de la vie !

On meurt deux fois, je le vois bien :
Cesser d’aimer et d’être aimable,
C’est une mort insupportable ;
Cesser de vivre, ce n’est rien. »

Ainsi je déplorais la perte
Des erreurs de mes premiers ans ;
Et mon âme, aux désirs ouverte,
Regrettait ses égarements.

Du ciel alors daignant descendre,
L’Amitié vint à mon secours ;
Elle était peut-être aussi tendre,
Mais moins vive que les Amours.

Touché de sa beauté nouvelle,
Et de sa lumière éclairé,
Je la suivis; mais je pleurai
De ne pouvoir plus suivre qu’elle.

(Voltaire)(François Marie Arouet)

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 1 Comment »

LES FLEURS (Paul Eluard)

Posted by arbrealettres sur 27 janvier 2018



Illustration: Josephine Wall 
    
LES FLEURS

J’ai quinze ans, je me prends par la main.
Conviction d’être jeune avec les avantages d’être très caressant.

Je n’ai pas quinze ans.
Du temps passé, un incomparable silence est né.

Je rêve de ce beau, de ce joli monde de perles et d’herbes volées.
Je suis dans tous mes états.

Ne me prenez pas, laissez-moi.

(Paul Eluard)

 

Recueil: Poésies 1913-1926
Traduction:
Editions: Gallimard

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Le mot et la chose (Abbé de Lattaignant)

Posted by arbrealettres sur 19 juillet 2017



 

Cornelis van Haarlem Une-beguine-et-un-moine-1591-Cornelis-van-Haarlem-900x1024 

Le mot et la chose

Madame, quel est votre mot
Et sur le mot et sur la chose ?
On vous a dit souvent le mot
On vous a fait souvent la chose.

Ainsi de la chose et du mot
Vous pouvez dire quelque chose,
Et je gagerais que le mot
Vous plaît beaucoup moins que la chose.

Pour moi, voici quel est mon mot
Et sur le mot et sur la chose ;
J’avouerai que j’aime le mot,
J’avouerai que j’aime la chose.

Mais, c’est la chose avec le mot,
Mais, c’est le mot avec la chose,
Autrement la chose et le mot
A mes yeux seraient peu de chose.

Je crois même en faveur du mot
Pouvoir ajouter quelque chose ;
Une chose qui donne au mot
Tout l’avantage sur la chose :

C’est qu’on peut dire encore le mot
Alors qu’on ne fait plus la chose.
Et pour peu que vaille le mot
Mon Dieu c’est toujours quelque chose !

De là je conclus que le mot
Doit être mis avant la chose
Qu’il ne faut ajouter au mot
Qu’autant que l’on peut quelque chose,

Et que pour le jour où le mot
Viendra seul, hélas, sans la chose,
Il faut se réserver le mot
Pour se consoler de la chose.

Pour vous je crois qu’avec le mot
Vous voyez toujours autre chose,
Vous dites si gaiement le mot,
Vous méritez si bien la chose,

Que pour vous la chose et le mot
Doivent être la même chose.
Et vous n’avez pas dit le mot
Qu’on est déjà prêt à la chose.

Mais quand je vous dis que le mot
Doit être mis avant la chose
Vous devez me croire à ce mot
Bien peu connaisseur en la chose.

Eh bien, voici mon dernier mot
Et sur le mot et sur la chose :
Madame, passez-moi le mot
Et je vous passerai … la chose.

(Abbé de Lattaignant)

Illustration: Cornelis van Haarlem

Posted in humour, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

L’ÉTANG (Armand Robin)

Posted by arbrealettres sur 6 août 2016




L’ÉTANG

Quand une grenouille plonge
Dans l’étang,
Que de silences pris tendrement
Dans un cyclone bon.

*

Léger trouble sur l’eau,
La vie d’une bestiole
Prend tous les avantages d’un moment
Sur l’eau toute-puissante.

(Armand Robin)

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

C’était un temps de grisaille indéfinie (Antoine Emaz)

Posted by arbrealettres sur 6 février 2016



C’était un temps de grisaille indéfinie
– rien ne s’achevait vraiment.
Cela se perpétuait seulement, de façon assez creuse.

On aurait pu se contenter de cette durée pâle
mais qui avait l’avantage de se maintenir,
de se poursuivre à travers des journées
remplies de détails à régler.

Mais cela sonnait fêlé :
quelque chose poussait comme à l’intérieur de cette coque
et on ne voyait pas bien quoi.

On se demandait si cela aurait la force de faire éclater
tout ce qui s’était peu à peu incrusté, épaississant,
renforçant la coquille, au fur et à mesure.

En même temps que cette attente comme d’une renaissance,
il y avait la crainte de bouleverser,
la peur que quelque chose ne s’épuise dans le bouleversement
et qu’on se retrouve défait, sans rien.

On ne pouvait guère mesurer le danger, mais il pesait,
et parfois faisait presque regretter le malaise sans issue
mais plus supportable, semblait-il.

(Antoine Emaz)

Illustration: Salvador Dali

 

 

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Les Moutons (Madame Deshouliéres)

Posted by arbrealettres sur 16 octobre 2015




Les Moutons

Hélas ! petits moutons que vous êtes heureux,
Vous paissez dans nos champs sans soucis, sans alarmes
Aussitôt aimés qu’amoureux,
On ne vous force point à répandre des larmes ;
Vous ne formez jamais d’inutiles désirs ;
Dans vos tranquilles corps l’amour suit la nature ;
Sans ressentir ses maux vous avez ses plaisirs.
L’ambition, l’honneur, l’intérêt, l’imposture,
Qui font tant de maux parmi nous,
Ne se rencontrent point chez vous,
Cependant nous avons la raison pour partage,
Et vous en ignorez l’usage.
Innocents animaux, n’en soyez point jaloux,
Ce n’est pas un grand avantage.
Cette fière raison dont on fait tant de bruit,
Contre les passions n’est pas un sûr remède ;
Un peu de vin la trouble, un enfant la séduit ;
Et déchirer un coeur qui l’appelle à son aide
Est tout l’effet qu’elle produit ;
Toujours impuissante et sévère,
Elle s’oppose à tout et ne surmonte rien.
Sous la garde de votre chien
Vous devez beaucoup moins redouter la colère
Des loups cruels et ravissants,
Que, sous l’autorité d’une telle chimère,
Nous ne devons craindre nos sens.
Ne vaudrait-il pas mieux vivre comme vous faites
Dans une douce oisiveté ?
songe,
Ces prétendus trésors, dont on fait vanité,
Valent moins que votre indolence :
Ils nous livrent sans cesse à des soins criminels ;
Par eux plus d’un remords nous ronge ;
Nous voulons les rendre éternels,
Sans songer qu’eux et nous passerons comme un
Il n’est, dans ce vaste univers,
Rien d’assuré, rien de solide ;
Des choses ici-bas la fortune décide
Selon ses caprices divers.
Tout l’effort de notre prudence
Ne peut nous dérober au moindre de tes coups.

(Madame Deshouliéres)

 

 

Posted in méditations | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 4 Comments »

LES FILLES DE LA PLAGE (Gérard Lenorman)

Posted by arbrealettres sur 27 mai 2015



femme plage

LES FILLES DE LA PLAGE

Les filles de la plage
Sont belles à croquer
Se bronzant c’est l’usage
Au soleil de l’été
Les filles de la plage
Sous les rayons brûlants
Montrent leurs avantages
D’un air indifférent
Et moi je les regarde
Et pense cependant
A Brive-la-Gaillarde
Où ma douce m’attend.

Les filles de la plage
Ont des regards qui font
Qu’on rêve d’abordage
Qu’on rêve d’abandon
Les filles de la plage
Font la nuit et le jour
Sur un lit de nuages
De sable et de velours
Et moi je m’y attarde
Et pense cependant
A Brive-la-Gaillarde
Où ma douce m’attend.

Les filles de la plage
Quand elles en ont assez
Vont vers d’autres rivages
Et vous laissent tomber
Les amours de la plage
Sont vite dépassées
Ne laissent que l’image
De rêves caressés
Et moi je les regarde
Se perdre dans le temps
A Brive-la-Gaillarde
Je reviens tout content
A Brive-la-Gaillarde
Où ma douce m’attend.

(Gérard Lenorman)

Illustration

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 1 Comment »

 
%d blogueurs aiment cette page :