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Poésie

Posts Tagged ‘aventure’

Couleurs simples (Sylvie Schenk)

Posted by arbrealettres sur 23 mai 2019



Fagnes  [800x600]

Couleurs simples

Ce dimanche ils avaient garé leurs voitures
A la lisière des Fagnes stoïques
Multicolores comme les pions d’un jeu d’aventure
Ils sautaient sur les passerelles un pied dans les sphaignes
Les rossolis dormaient encore et les pommes de pins anciennes
Et les bruyères des bouquets secs où se fourraient microscopiques
Des survivants anonymes
L’eau ruisselait sous la glace éclatée
Très bleu le ciel dans les buissons nus
Loin les bouleaux sauvaient leur peau
Les Fagnes avaient des cheveux blancs
Et tous ces gens les joues en feu
Sur la tourbe séculaire

(Sylvie Schenk)

Découvert ici: http://www.ipernity.com/blog/lara-alpha

 

 

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Tu es de ceux qui montent sur les bateaux (Guy Lévis Mano)

Posted by arbrealettres sur 16 mai 2019



 

Ernesto Arrisueño  clouds Zephyrus travels

Tu es de ceux qui montent sur les bateaux
et déploient d’immenses voiles
La marine en bois — tu te soûles de mots —
et quand à l’horizon la pointe du mât s’efface
tu es encore sur le quai à la contempler

Trouble trouble
l’aventure assise
et les camelots de ton effort endormis
et toute une grisaille dans ton cerveau
qui s’effrite

Et des voiles claires que tu aimes
et qui ne te recommencent pas

(Guy Lévis Mano)

Illustration: Ernesto Arrisueño 

 

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La pierre aqueuse (Rémy Belleau)

Posted by arbrealettres sur 15 mai 2019


 


Annabelle Verhoye 7

 

La pierre aqueuse

C’était une belle brune
Filant au clair de la lune,
Qui laissa choir son fuseau
Sur le bord d’une fontaine,
Mais courant après sa laine
Plongea la tête dans l’eau,

Et se noya la pauvrette
Car à sa voix trop faiblette
Nul son désastre sentit,
Puis assez loin ses compagnes
Parmi les vertes campagnes
Gardaient leur troupeau petit.

Ah ! trop cruelle aventure !
Ah ! mort trop fière et trop dure !
Et trop cruel le flambeau
Sacré pour son hyménée,
Qui l’attendant, l’a menée
Au lieu du lit, au tombeau.

Et vous, nymphes fontainières
Trop ingrates et trop fières,
Qui ne vîntes au secours
De cette jeune bergère,
Qui faisant la ménagère
Noya le fil de ses jours.

Mais en souvenance bonne
De la bergère mignonne,
Emus de pitié, les dieux
En ces pierres blanchissantes
De larmes toujours coulantes
Changent l’émail de ses yeux.

Non plus yeux, mais deux fontaines,
Dont la source et dont les veines
Sourdent du profond du coeur ;
Non plus coeur, mais une roche
Qui lamente le reproche
D’Amour et de sa rigueur.

Pierre toujours larmoyante,
A petit flots ondoyante,
Sûrs témoins de ses douleurs ;
Comme le marbre en Sipyle
Qui se fond et se distille
Goutte à goutte en chaudes pleurs.

Ô chose trop admirable,
Chose vraiment non croyable,
Voir rouler dessus les bords
Une eau vive qui ruisselle,
Et qui de course éternelle,
Va baignant ce petit corps !

Et pour le cours de cette onde
La pierre n’est moins féconde
Ni moins grosse, et vieillissant
Sa pesanteur ne s’altère :
Ainsi toujours demeure entière
Comme elle était en naissant.

Mais est-ce que de nature
Pour sa rare contexture
Elle attire l’air voisin,
Ou dans soi qu’elle recèle
Cette humeur qu’elle amoncelle
Pour en faire un magasin ?

Elle est de rondeur parfaite,
D’une couleur blanche et nette
Agréable et belle à voir,
Pleine d’humeur qui ballotte
Au dedans, ainsi que flotte
La glaire en l’oeuf au mouvoir.

Va, pleureuse, et te souvienne
Du sang de la plaie mienne
Qui coule et coule sans fin,
Et des plaintes épandues
Que je pousse dans les nues
Pour adoucir mon destin.

(Rémy Belleau)

Illustration: Annabelle Verhoye

 

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Propos du prisonnier (Jean Pérol)

Posted by arbrealettres sur 11 mai 2019




    
Propos du prisonnier

Raies de lumière sur nos murs
coincées dans l’ombre des barreaux
vous expliquez cette aventure
où tout l’amour semble de trop

nuit verrouillée sans ouverture
tu régnerais dans nos cachots
rien que la nuit la nuit qui mure
battant du pas de nos bourreaux

la moindre fente qui répand
cette chaleur d’un monde clair
vaudra toujours tout le ciment
où tourne en rond notre colère.

(Jean Pérol)

 

Recueil: Poésie I (1953-1978)
Traduction:
Editions: De la Différence

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AVENTURE (Jean Tardieu)

Posted by arbrealettres sur 17 avril 2019




    
AVENTURE

Était-ce hier ou clans un temps lointain ?

La vibration de l’air à peine on l’entendait
(C’était le cri de l’alouette invisible)

J’étais seul, habité par une multitude muette
où grondait la colère des mauvais jours.

Dans cette large plaine coulait sans doute un fleuve
et au-delà pâlissaient les montagnes mais on ne les voyait pas

Le reflet de ma peine
identique à ma joie
plongeait dans les ténèbres vides.

Quelqu’un passa, ou quelque chose
« Qui est là ? » — demandai-je

Nul ne répondit.
Mais une feuille tomba

et le rideau s’entrouvrit
sur le paisible abîme de mes jours.

(Jean Tardieu)

 

Recueil: L’accent grave et l’accent aigu
Traduction:
Editions: Gallimard

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PAS ASSEZ DÉSESPÉRÉ (Armand Robin)

Posted by arbrealettres sur 18 février 2019



Illustration: David Alfaro Siqueiros
    
PAS ASSEZ DÉSESPÉRÉ

Il n’a pas vécu la souffrance humaine;
Il n’a pas su
Qu’avec Dieu sans Dieu
Nous sommes également des créatures bafouées.

Il est calme, il lui manque l’épreuve et la nuit
Et les mille aventures dans les ténèbres.

(Armand Robin)

 

Recueil: Ma vie sans moi suivi de Le monde d’une voix
Traduction:
Editions: Gallimard

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Triangles (Eugène Guillevic)

Posted by arbrealettres sur 28 janvier 2019



triangles

Triangles

Isocèle

J’ai réussi à mettre
Un peu d’ordre en moi-même.

J’ai tendance à me plaire.

Equilatéral

Je suis allé trop loin
Avec mon souci d’ordre

Rien ne peut plus venir

Rectangle

J’ai fermé l’angle droit
Qui souffrait d’être ouvert
En grand sur l’aventure.

Je suis une demeure
Où rêver est de droit.

(Eugène Guillevic)

 

 

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AMOUR DE NOTRE AMOUR (Louis Emié)

Posted by arbrealettres sur 18 octobre 2018



 

Konstantin Kacev  (55)

AMOUR DE NOTRE AMOUR

JE n’ai rien obtenu et j’ai tout désiré,
Corps, triste chair de sang, de muscles et de nerfs,
Insatiable, et ce duel avec une âme,
Ce fantôme qu’on cherche et qui fuit, ce fantôme
Toujours présent, toujours absent…

Je n’ai rien obtenu, ma quarantième année.
Je suis là, tout pareil à celui qui connut,
Naguère, la chance folle de la jeunesse.
Tout pareil, mais avec des cheveux gris aux tempes,
Le coeur désaccordé, les mains plus paresseuses,
Et cet ennui de tout dont on ne guérit pas…

Je n’ai rien obtenu et j’ai tout désiré.
Bonheurs trop douloureux qu’on invente et qu’on trouve
Et qu’il faut peu à peu détruire à coups de dents.
Bonheurs qu’on ne méritait pas, bonheurs trop sûrs
Pour que le ciel soit toujours clair et l’âme bonne…

Je ne vous laisse point dormir en paix, visages
Des êtres trop aimés façonnés par mes mains.
Je vous vois. Je vous sais fidèles à ma voix.
gais qu’êtes-vous, sinon des visages semblables
A ceux que vous portez, à ceux qui me font mal ?

Je ne puis pas me ressembler. Je suis celui
Qui ne peut pas se ressembler et qui demeure
L’enfant qui souriait devant un grand miroir
Qui souriait, et ne savait s’y reconnaître…

Pardonnez-moi, mes ans perdus, d’avoir été
Celui qui s’est trompé de coeur et d’aventure,
Qui n’a pas su mener ses pas où il fallait.
Où il fallait. Mais qui dira où il fallait ?
C’est là-bas, on ne peut dire où, là-bas, très loin,
Dans quelque exil du coeur et du corps emmêlés,
Au milieu d’un grand cercle sage et calme et triste,
Où tout est résolu d’avance, où il n’est point
D’appels, d’envols, de dieux jaloux de leurs paroles,
De choses qui s’en vont dès qu’on veut les saisir…

Pardonnez-moi, si je ne laisse d’autre trace
Qu’un chemin vague, avec des trous d’incertitude,
Si j’ai tout désiré mais n’ai rien obtenu
Que cet âge, entre les deux frontières de la vie,
Où je me perds encore à dire tous mes manques,
Où le silence en moi me ravit à moi-même…

(Louis Emié)

Illustration: Konstantin Kacev

 

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On part… (Francis Vielé-Griffin)

Posted by arbrealettres sur 23 septembre 2018



 

Michael Page 1979 - American Pop Surrealism painter -   (31) [1280x768]

On part… et l’automne morose
Que l’on croise au tournant du chemin
Flétrit d’un souffle les roses
Qu’on emportait dans la main ;

On part, et la pluie, éployée
Comme une aile, vous frôle la joue :
La pluie banale a noyé
Tes larmes et les mêle à la boue.

On part vers l’aventure neuve ;
Hier est là en sa jeune beauté
Qui sourit sous son voile de veuve ;
On part — et l’on pourrait rester…

(Francis Vielé-Griffin)

Illustration: Michael Page

 

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CHAMBRE COMMUNE (Axel Toursky)

Posted by arbrealettres sur 19 septembre 2018



Andrej Gorenkov -   (17)

 

CHAMBRE COMMUNE

Le coeur livré
aux libertés
du provisoire,

il y aura
toujours assez
d’eau et de feuilles,

toujours assez
de terre meuble
et de pitié

pour y loger
les aventures
de ton corps.

(Axel Toursky)

Illustration: Andrej Gorenkov

 

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