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Posts Tagged ‘aventurier’

Comme (Robert Desnos)

Posted by arbrealettres sur 13 septembre 2018



 

as de coeur

Comme

Come, dit l’Anglais à l’Anglais, et l’Anglais vient.
Côme, dit le chef de gare, et le voyageur qui vient dans cette ville
descend du train sa valise à la main.
Come, dit l’autre, et il mange.
Comme, je dis comme et tout se métamorphose, le marbre en eau, le ciel
en orange, le vin en plaine, le fil en six, le coeur en peine, la peur en seine.
Mais si l’Anglais dit as c’est son tour de voir le monde changer de forme à sa convenance
Et moi je ne vois plus qu’un signe unique sur une carte:
L’as de coeur si c’est en février,
L’as de carreau et l’as de trèfle, misère en Flandre,
L’as de pique aux mains des aventuriers.
Et si cela me plaît à moi de vous dire machin,
Pot à eau, mousseline et potiron.
Que l’Anglais dise machin,
Que machin dise le chef de gare,
Machin dise l’autre,
Et moi aussi.
Machin.
Et même machin chose.
Il est vrai que vous vous en foutez.
Que vous ne comprenez pas la raison de ce poème.
Moi non plus d’ailleurs.
Poème, je vous demande un peu?
Poème? je vous demande un peu de confiture,
Encore un peu de gigot,
Encore un petit verre de vin
Pour nous mettre en train…
Poème, je ne vous demande pas l’heure qu’il est.
Poème, je ne vous demande pas si votre beau-père est poilu comme un sapeur.
Poème, je vous demande un peu… ?

Poème, je ne vous demande pas l’aumône,
Je vous la fais.
Poème, je ne vous demande pas l’heure qu’il est,
Je vous la donne.
Poème, je ne vous demande pas si vous allez bien,
Cela se devine.
Poème, poème, je vous demande un peu…
Je vous demande un peu d’or pour être heureux avec celle que j’aime.

(Robert Desnos)

 

 

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PRESENTE (René Guy Cadou)

Posted by arbrealettres sur 23 janvier 2018



Illustration: Ivan Rabuzin
    
PRESENTE

Loin
Sous les bâches du ciel
Avec le dernier train
Les villages sans téléphone
Et pour celui qui se souvient
Les fumées courtes de l’automne

Je suis là
Où tu sais
Dans les combes dorées
Et dans l’anonymat terrible des gibiers
Confondu
Ne sachant si la main est un signe
Ou si l’homme est pareil aux chiens aventuriers

C’est encor le moment de t’appeler
D’attendre
Un visage parmi les feuillages de cendre
Clairière, tu ne peux toujours te refuser

Je te soulève en moi
Je t’enveloppe d’arbres
Je te donne le nom de pays étrangers
Tu passes dans mes doigts
Tu mesures ma bouche
Tu m’appartiens déjà
Comme un nouvel été.

(René Guy Cadou)

 

Recueil: Poésie la vie entière
Traduction:
Editions: Seghers

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Et s’il faut te suivre (Robert Desnos)

Posted by arbrealettres sur 18 novembre 2017




    
Et s’il faut te suivre jusqu’au gouffre, je te suivrai.
Tu n’es pas la passante, mais celle qui demeure.
La notion d’éternité est liée à mon amour pour toi.
Non, tu n’es pas la passante ni le pilote étrange
qui guide l’aventurier à travers le dédale du désir.
Tu m’as ouvert le pays même de la passion.
Je me perds dans ta pensée plus sûrement que dans un désert.
Tu n’es pas la passante,
mais la perpétuelle amante.

(Robert Desnos)

 

 

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Dans ma poitrine (Serge Sautreau)

Posted by arbrealettres sur 23 octobre 2017




    
Dans ma poitrine il y a trois hommes –
un qui ne voudrait pas mourir
maintenant

mais plus tard
plus loin
plus avant –

un autre un aventurier un fou
qui voudrait bien
qui voudrai tout de suite

qui le désire en liberté
si je l’écoute il n’attend que ça
depuis toujours

et il trouve que ça traîne que ça tarde il
me conjure d’accélérer d’abréger
d’asphyxier une bonne fois qu’on passe à autre chose

enfin la fin
s’exclamera-t-il en spécialiste
meurtri de n’avoir pu vérifier ses talents plus tôt

(Serge Sautreau)

 

Recueil: L’ANTAGONIE
Editions: Gallimard

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Nuit noire (Paul Louis Rossi)

Posted by arbrealettres sur 22 janvier 2017



 

Nuit noire

Que voulez-vous que j’offre à mon prochain
Un ciel mouvant de nuages
Des yeux secs et mon visage
Défiguré par la haine

À toi je ne donne rien et tu m’offres des nuits
Aussi troubles qu’un alcool au fond d’un verre

Dans le monde où nous partons au crépuscule
Les amours se dénouent comme des crimes
Des sirènes chantent en montrant leurs seins
Et des femmes plus belles que de coutume
Ouvrent l’éventail de leurs mains
Pour se parer de pierreries et de fourrures

L’univers est une caverne à voleurs
Éclairée par des yeux des regards
Brillants comme des diamants noirs
Dans la gangue bleue des paupières
Des yeux sombres fous illuminés hagards
Agrandis par le plaisir et la douleur
Ou bien lassés à peine visibles à la lisière des cils

À quel festin êtes-vous conviés
Aventuriers de la nuit noire
À quelle flamme allez-vous brûler
Les papillons de votre sommeil

Au pays où nous partons au crépuscule
L’amour est plus fort que la faim

(Paul Louis Rossi)

Illustration

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LE RÊVE DE L’AVENTURIER (Maurice Fombeure)

Posted by arbrealettres sur 4 novembre 2015



LE RÊVE DE L’AVENTURIER

Que ce soit l’hiver ou l’été,
Qu’il soleille, qu’il pleuve ou qu’il neige,
Dans le village ou la cité
Je n’ai jamais pu rattraper
Le cheval de bois qui trottait
Devant le mien, sur le manège,
Et je l’ai toujours regretté…

Qu’elle soit brune, qu’elle soit blonde,
Non je n’ai jamais rencontré
Dans mon voyage autour du monde
La fille qui m’aurait ancré
Dans une baie vaste et profonde
Sous un toit de brassé carré
Auprès d’un jardin de curé.

Qu’importe au lieu de mon tombeau
Le cyprès l’if ou la colombe
L’outremer ou le bleu barbeau
D’un ciel éclaté comme bombe,
Ou gésir entre algue et turbot
Au fond de la mer errabonde,
A moins qu’une sirène verte
M’accueille en ses bras entr’ouverts
Et me prodigue pour ma perte
L’ombre d’étranges univers
D’étoiles de mers fleurs offertes
Dans ses palais aux volets verts.

A moins qu’une sirène verte
M’accueille en ses bras entr’ouverts
Et me prodigue pour ma perte
L’ombre d’étranges univers
D’étoiles de mers fleurs offertes
Dans ses palais aux volets verts.

(Maurice Fombeure)

Illustration: Igor Galanin

 

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La conquête du monde intérieur (Henri-Frédéric Blanc)

Posted by arbrealettres sur 11 août 2015


miroir

Je trace des mots frais et voici
que disparaissent tous mes soucis.
Aventurier
de l’encrier
je chemine sans carte dans
les territoires du dedans.
Un jour j’entrerai triomphant
dans mes Amériques d’enfant.

(Henri-Frédéric Blanc)

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