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Poésie

Posts Tagged ‘avertissement’

L’ORGUE (Gilles Vigneault)

Posted by arbrealettres sur 27 octobre 2018



 

orgues

L’ORGUE

Cet instrument
Naît, a lieu et prend place
Sur un lac assez grand
Juste avant les jours où la glace
Se fait débâcle
Et dérive de fond
Percée par le ciseau subtil
Du dernier vent de mars
Un matin,
Voici que mille bouches
Se mettront à chanter.
On les prendra pour une volée d’outardes
Non. C’est trop tôt.
De l’air en cage
Entre la glace et l’eau
Sortira du gosier de l’hiver qui s’attarde
Et cela dit des chants d’été…

Vous y verrez
Algues, poissons, bateaux, voilures,
Mêlés aux mots de la froidure
Avertissement :
L’orgue ne joue qu’une fois l’an.
Emmener les enfants.

(Gilles Vigneault)

Illustration

 

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Le Nid et le cadran (Louis Bouilhet)

Posted by arbrealettres sur 10 novembre 2017



horloge hirondelle

Le Nid et le cadran

Près du cadran sonore où l’heure se balance,
L’hirondelle a bâti son fragile berceau ;
Entendez-vous deux bruits monter dans le silence ?
La voix du temps se mêle aux chansons de l’oiseau ;

Sombre avertissement de l’heure qui s’envole,
Hymne charmant du nid qui palpite d’amour,
Duo mystérieux à la haute parole,
Que Dieu fait retentir sur le front de la tour.

Comment donc osas-tu, voyageuse hirondelle,
Aux mains de l’oiseleur suspendre ton destin ?
Quand l’hôte au front morose habite la tourelle,
Comment conter ta joie aux brises du matin ?

Chante, chante au soleil ta ballade amoureuse !
Les jours n’ont pas pour toi de tristes lendemains.
C’est à nous de pâlir quand l’heure à la voix creuse
Mesure à coups pressés l’orchestre des humains.

Chante, nid de l’oiseau ! j’aime à voir sous la nue
Rire à côté du Temps ta calme volupté
Et flotter dans les cieux mollement suspendue
Ta minute joyeuse à son éternité.

(Louis Bouilhet)

 

 

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Premier avertissement (Anna Akhmatova)

Posted by arbrealettres sur 11 octobre 2017



 

Premier avertissement

Que nous importe, en vérité,
Que tout se transforme en poussière,
Sur combien d’abîmes j’ai chanté,
Dans combien de miroirs j’ai vécu?
Ce n’est pas un rêve, soit, ni un réconfort,
C’est tout sauf un bienfait du ciel,
Il se peut que tu sois obligé
De te rappeler plus qu’il n’est nécessaire.
Le grondement des poèmes qui se taisent,
L’oeil qui se cache dans les profondeurs,
Cette couronne de barbelés rouillés
Au milieu d’un silence inquiet.

(Anna Akhmatova)

 

 

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Ô, Dis-moi la vérité sur l’amour (Wystan Hugh Auden)

Posted by arbrealettres sur 23 mai 2017



    

Ô, Dis-moi la vérité sur l’amour

D’aucuns disent que l’amour est un petit garçon,
D’autres disent que c’est un oiseau,
D’aucuns disent qu’il fait tourner le monde,
D’autres disent que c’est absurde,
Et quand je demandai au voisin,
Qui feignait de s’y entendre,
Sa femme se fâcha vraiment,
Et dit qu’il ne faisait pas le poids.

Ressemble-t-il à un pyjama,
Ou au jambon dans un hôtel de la ligue anti-alcoolique ?
Son odeur rappelle-t-elle les lamas,
Ou a-t-il une senteur rassurante ?
Est-il épineux au toucher comme une haie,
Ou doux comme un édredon pelucheux ?
Est-il dur ou plutôt souple sur les bords ?
Ô, dis-moi, la vérité sur l’amour.

Nos livres d’histoire en parlent
Avec des petites notes ésotériques,
C’est un sujet assez ordinaire
Sur les navires transatlantiques ;
J’ai vu la question traitée
Dans le récit de suicides,
Et je l’ai même vu griffonné au dos
Des indicateurs de chemin de fer.

Hurle-t-il comme un berger allemand affamé,
Ou gronde-t-il comme une fanfare militaire ?
Peut-on l’imiter à la perfection
Sur une scie ou sur un Steinway ?
Chante-t-il sans frein dans les réceptions ?
N’apprécie-t-il que le classique ?
Cessera-t-il quand on veut la paix ?
Ô, dis-moi la vérité sur l’amour.

J’ai regardé dans la maison de vacances ;
Il n’y était même pas ;
J’essayai la Tamise à Maidenhead,
Et l’air tonique de Brighton.
Je ne sais pas ce que chantait le merle,
Ou ce que disait la tulipe ;
Mais il ne se trouvait ni dans le poulailler,
Ni sous le lit.

Peut-il faire des mimiques extraordinaires ?
Est-il souvent malade sur la balançoire ?
Passe-t-il tout son temps aux courses,
Ou gratte-t-il des bouts de cordes ?
A-t-il une opinion sur l’argent ?
Pense-t-il assez au patriotisme ?
Ses plaisanteries sont-elles vulgaires mais drôles ?
Ô, dis-moi la vérité sur l’amour.

Quand il viendra, viendra-t-il sans avertissement
Au moment où je me gratterai le nez ?
Frappera-t-il à ma porte un veau matin,
Ou me marchera-t-il sur les pieds dans l’autobus ?
Viendra-t-il comme le temps change ?
Son accueil sera-t-il aimable ou brutal ?
Bouleversera-t-il toute mon existence ?
Ô, dis-moi la vérité sur l’amour.

***

O Tell Me The Truth About Love

Some say love’s a little boy,
And some say it’s a bird,
Some say it makes the world go round,
Some say that’s absurd,
And when I asked the man next door,
Who looked as if he knew,
His wife got very cross indeed,
And said it wouldn’t do.

Does it look like a pair of pyjamas,
Or the ham in a temperance hotel?
Does its odour remind one of llamas,
Or has it a comforting smell?
Is it prickly to touch as a hedge is,
Or soft as eiderdown fluff?
Is it sharp or quite smooth at the edges?
O tell me the truth about love.

Our history books refer to it
In cryptic little notes,
It’s quite a common topic on
The Transatlantic boats;
I’ve found the subject mentioned in
Accounts of suicides,
And even seen it scribbled on
The backs of railway guides.

Does it howl like a hungry Alsatian,
Or boom like a military band?
Could one give a first-rate imitation
On a saw or a Steinway Grand?
Is its singing at parties a riot?
Does it only like Classical stuff?
Will it stop when one wants to be quiet?
O tell me the truth about love.

I looked inside the summer-house;
It wasn’t even there;
I tried the Thames at Maidenhead,
And Brighton’s bracing air.
I don’t know what the blackbird sang,
Or what the tulip said;
But it wasn’t in the chicken-run,
Or underneath the bed.

Can it pull extraordinary faces?
Is it usually sick on a swing?
Does it spend all its time at the races,
or fiddling with pieces of string?
Has it views of its own about money?
Does it think Patriotism enough?
Are its stories vulgar but funny?
O tell me the truth about love.

When it comes, will it come without warning
Just as I’m picking my nose?
Will it knock on my door in the morning,
Or tread in the bus on my toes?
Will it come like a change in the weather?
Will its greeting be courteous or rough?
Will it alter my life altogether?
O tell me the truth about love.

(Wystan Hugh Auden)

 

Recueil: Dis-moi la vérité sur l’amour suivi de Quand j’écris je t’Aime
Traduction: Gérard-Georges Lemaire et Béatrice Vierne
Editions: Du Rocher

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Bal (J.J. Grandville)

Posted by arbrealettres sur 24 décembre 2016



Bal

De joie de se trouver réunies après tant de vicissitudes,
les premières fleurs de retour se décident à donner un bal
avant de reprendre leur forme primitive.

Enfin l’orchestre commença,
il était entièrement composé de rossignols
membres du conservatoire de la Fée de la musique.
L’oiseau bleu le dirigeait, en marquant la mesure
avec un bâton d’or inscrusté de diamants.
Les musiciens jouèrent d’abord une contredanse,
puis une polka, puis une valse,
ainsi que cela se pratique maintenant dans les salons du grand monde.

Au bout de deux contredanses les fleurs se sentirent fatiguées.
Comment avons-nous pu voir un plaisir dans la danse,
se disaient-elles avec étonnement?
La belle-de-nuit elle-même ne comprenait pas la passion
qu’elle avait eue pour les bals masqués.
Tous ces pas, disait le lis,
ne valent pas le doux balancement que m’imprime le zéphire.

Elle a raison, répétèrent toutes ses compagnes, plus de danse,
allons supplier la Fée de mettre fin à notre métamorphose,
et de nous rendre aux doux balancements du zéphire.
En reconnaissant leur ancien asyle,
le premier sentiment qu’elles éprouvèrent fut un sentiment de joie
auquel succéda bientôt la crainte.
Quel accueil allait leur faire la Fée?
Elles étaient parties malgré elle, sans vouloir écouter ses sages avertissements.
Maintenant les trouverait-elles assez punies, consentirait-elle à les recevoir?

(J.J. Grandville)

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Crépuscule (Hannah Arendt)

Posted by arbrealettres sur 21 novembre 2016



Crépuscule

Crépuscule, déclinaison,
Attente, signe d’adieu —

Grise est la marée.

Crépuscule, silence,
Sans bruit tu te penches,
Avertissement, plainte,
Silencieuse éloquence —

Grise est la marée.

Crépuscule, consolation,
Modération, apaisement.
Sombre injonction.
Nouvel encerclement —

Grise est la marée.

***

Dämmerung

Dämmerung, Sinkende,
Harrende Winkende —

Grau ist die Flut.

Dämmerung, Schweigende,
Lautlos Dich Neigende,
Mahnende, Klagende,
Lautloses Sagende —

Grau ist die Flut.

Dämmerung, Tröstende,
Mildernde, Heilende.
Dunkles Weisende.
Neues Umkreisende —

Grau ist die Flut.

(Hannah Arendt)

 

 

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Une pluie dure va tomber (Bob Dylan)

Posted by arbrealettres sur 13 octobre 2016



Une pluie dure va tomber

Où as-tu été, mon fils aux yeux bleus?
Où as-tu été, mon cher petit?
J’ai trébuché sur le bord de douze montagnes brumeuses,
J’ai marché et rampé sur six chemins tordus,
J’ai pénétré au cœur de sept forêts tristes,
J’ai été à la rencontre d’une douzaine d’océans morts,
J’ai marché dix mille miles dans la bouche d’un cimetière,
Et c’est une dure, et c’est une dure, c’est une dure, c’est une dure,
Et c’est une pluie dure qui va tomber.

Qu’as-tu vu, mon fils au yeux bleus?
Qu’as-tu vu, mon cher petit?
J’ai vu un nouveau né entouré de loups du désert,
J’ai vu un chemin de diamants avec personne dessus,
J’ai vu une branche noire dégoulinante de sang,
J’ai vu une pièce pleine d’hommes avec leurs marteaux qui saignaient,
J’ai vu une échelle blanche toute couverte d’eau,
J’ai vus dix mille bavards dont la langue était cassée,
J’ai vu des fusils et des épées effilées dans les mains de jeunes enfants,
Et c’est une dure, et c’est une dure, c’est une dure, c’est une dure,
Et c’est une pluie dure qui va tomber.

Qu’as-tu entendu, mon fils aux yeux bleus?
Qu’as-tu entendu, mon cher petit?
J’ai entendu le son du tonnerre, rugir un avertissement,
Entendu le hurlement d’une vague qui pourrait noyer le monde entier,
Entendu cent batteurs dont les mains étaient en flamme,
Entendu dix mille chuchotements que personne n’écoutait,
Entendu une personne affamée, et entendu beaucoup de gens rire,
Entendu la chanson d’un poète qui mourait dans le caniveau,
Entendu le cri d’un clown qui pleurait dans la rue,
Et c’est une dure, et c’est une dure, c’est une dure, c’est une dure,
Et c’est une pluie dure qui va tomber.

Qui as-tu rencontré, mon fils aux yeux bleus
Qui as-tu rencontré, mon cher petit?
J’ai rencontré un jeune enfant aux côtés d’un poney mort,
J’ai rencontré un homme blanc qui promenait un chien noir,
J’ai rencontré une femme dont le corps brûlait,
J’ai rencontré une jeune fille qui m’a donné un arc-en-ciel,
J’ai rencontré un homme qui était blessé par l’amour,
J’ai rencontré un autre homme qui était blessé par la haine,
Et c’est une dure, c’est une dure, c’est une dure, c’est une dure,
C’est une pluie dure qui va tomber.

Que vas-tu faire, mon fils aux yeux bleus?
Que vas-tu faire, mon cher petit?
Je vais sortir avant que la pluie ne commence à tomber,
Je vais marcher au plus épais de la plus noire et épaisse forêt,
Où les gens sont nombreux et ont les mains vides,
Où les boulettes de poison ont envahi leurs eaux,
Où la maison dans la vallée ressemble à la prison sale et humide,
Où le visage du bourreau est toujours bien caché,
Où le désir est laid, où les âmes sont oubliées,
Où noire est la couleur, où zéro est le nombre,
Et je le dirai et je le penserai et je le raconterai et je le soufflerai,
Et je le projetterai de la montagne pour que chacun puisse le voir,
Et puis, je resterai sur l’océan jusqu’à ce que je commence à sombrer,
Mais je connaîtrai bien ma chanson avant de commencer à chanter.
Et c’est une dure, c’est une dure, c’est une dure, c’est une dure,
C’est une pluie dure qui va tomber.

***

A Hard Rain’s A Gonna Fall

Oh, where have you been, my blue-eyed son?
Oh, where have you been, my darling young one?
I’ve stumbled on the side of twelve misty mountains,
I’ve walked and I’ve crawled on six crooked highways,
I’ve stepped in the middle of seven sad forests,
I’ve been out in front of a dozen dead oceans,
I’ve been ten thousand miles in the mouth of a graveyard,
And it’s a hard, and it’s a hard, it’s a hard, and it’s a hard,
And it’s a hard rain’s a-gonna fall.

Oh, what did you see, my blue-eyed son?
Oh, what did you see, my darling young one?
I saw a newborn baby with wild wolves all around it
I saw a highway of diamonds with nobody on it,
I saw a black branch with blood that kept drippin’,
I saw a room full of men with their hammers a-bleedin’,
I saw a white ladder all covered with water,
I saw ten thousand talkers whose tongues were all broken,
I saw guns and sharp swords in the hands of young children,
And it’s a hard, and it’s a hard, it’s a hard, it’s a hard,
And it’s a hard rain’s a-gonna fall.

And what did you hear, my blue-eyed son?
And what did you hear, my darling young one?
I heard the sound of a thunder, it roared out a warnin’,
Heard the roar of a wave that could drown the whole world,
Heard one hundred drummers whose hands were a-blazin’,
Heard ten thousand whisperin’ and nobody listenin’,
Heard one person starve, I heard many people laughin’,
Heard the song of a poet who died in the gutter,
Heard the sound of a clown who cried in the alley,
And it’s a hard, and it’s a hard, it’s a hard, it’s a hard,
And it’s a hard rain’s a-gonna fall.

Oh, who did you meet, my blue-eyed son?
Who did you meet, my darling young one?
I met a young child beside a dead pony,
I met a white man who walked a black dog,
I met a young woman whose body was burning,
I met a young girl, she gave me a rainbow,
I met one man who was wounded in love,
I met another man who was wounded with hatred,
And it’s a hard, it’s a hard, it’s a hard, it’s a hard,
It’s a hard rain’s a-gonna fall.

Oh, what’ll you do now, my blue-eyed son?
Oh, what’ll you do now, my darling young one?
I’m a-goin’ back out ‘fore the rain starts a-fallin’,
I’ll walk to the depths of the deepest black forest,
Where the people are many and their hands are all empty,
Where the pellets of poison are flooding their waters,
Where the home in the valley meets the damp dirty prison,
Where the executioner’s face is always well hidden,
Where hunger is ugly, where souls are forgotten,
Where black is the color, where none is the number,
And I’ll tell it and think it and speak it and breathe it,
And reflect it from the mountain so all souls can see it,
Then I’ll stand on the ocean until I start sinkin’,
But I’ll know my song well before I start singin’,
And it’s a hard, it’s a hard, it’s a hard, it’s a hard,
It’s a hard rain’s a-gonna fall.

(Bob Dylan)

 

 

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