Posts Tagged ‘aveuglé’
Posted by arbrealettres sur 21 mai 2022

Illustration: Giacomo Balla
« Soudain, je n’avance pas… »
Soudain, je n’avance pas, et soudain
Le geste vole en éclat, comme le verre.
Des voyelles remoulues à coups de pierre.
Des yeux vivants, dans la queue du paon,
M’ont encadré d’un tir sec,
Aveugles de trente soleils sans levers.
Comme, entre les dents, du sable prisonnier
Seulement en rayant l’émail se défend,
Des vers je fais des tranchants contre le rien.
Et suspendu de moi-même, la voix suspendue,
Dans la cécité des soleils j’ouvre des lampes
Que ma main transporte en aube.
***
«Num repente, não ando… »
Num repente, não ando, e num repente
O gesto se estilhaça, como o vidro
Das vogais remoídas a pedradas.
Olhos vivos, na cauda do pavão,
De seca pontario me enquadraram,
Cegos de trinta sóis sem madrugadas.
Como, entre dentes, areia prisioneira
No sel riscar do esmalte se defende,
Faço de versos gumes contra o nada.
E suspenso de mim, a voz suspensa,
Na cegueira dos sóis abro candeias
Que a minha mão transporta em alvorada
(José Saramago)
Recueil: Les poèmes possibles
Traduction: Nicole Siganos
Editions: Jacques Brémond
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Posted in poésie | Tagué: (José Saramago), aube, avancer, aveuglé, éclat, émail, cécité, coup, dent, encadrer, geste, lampe, lever, main, ouvrir, paon, pierre, prisonnier, queue, rémoulu, rien, sable, se défendre, sec, soleil, soudain, suspendre, tir, tranchant, transporter, trente, verre, vers, vivant, voix, voler, voyelle, yeux | Leave a Comment »
Posted by arbrealettres sur 24 avril 2022

LE LUNATIQUE
Le soleil amorti s’absorbe dans la brume;
Ainsi qu’un astre mort mon amour s’est couché.
Le long des quais salis l’aveugle nuit s’allume;
Mon coeur est aussi vieux qu’Hérode et son péché.
Chaque vivant, moyeu d’un univers caché,
Bat, victime et bourreau, son malheur sur l’enclume;
Et les visages gris sont des flocons d’écume
Dans le noir flot humain sur l’asphalte épanché.
Amour, où sommes-nous? Est-il sûr que nous sommes? La
lune qui pâlit d’avoir pitié des hommes
Au bord des toits déserts verse un sanglot d’argent.
Et l’oeil fou des cités regarde sans envie,
Froidement lumineux et fixement changeant,
Cet astre déjà mort et plus pur que la vie.
(Marguerite Yourcenar)
Recueil: Les charités d’Alcippe
Traduction:
Editions: Gallimard
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Posted in poésie | Tagué: (Marguerite Yourcenar), amortir, amour, argent, asphalte, astre, aveuglé, écume, épanché, être, battre, bourreau, brume, caché, cgangeant, cité, coeur, désert, enclume, envie, fixe, flocon, flot, fou, froid, gris, Hérode, homme, humain, lumineux, lunatique, lune, malheur, mort, moyeu, noir, nuit, oeil, pâlir, pêche, pitié, pur, quai, regarder, s'absorber, s'allumer, salir, sanglot, se coucher, soleil, toit, univers, verser, victime, vie, visage, vivant, voeux | Leave a Comment »
Posted by arbrealettres sur 24 avril 2022

Illustration
CANTILÈNE POUR UN JOUEUR DE FLÛTE AVEUGLE
Flûte dans la nuit solitaire,
Présence liquide d’un pleur,
Tous les silences de la terre
Sont les pétales de ta fleur.
Disperse ton pollen dans l’ombre,
Âme pleurant, presque sans bruit,
Miel coulant d’une bouche sombre,
Et, puisque tes lentes cadences
Rythment le pouls des soirs d’été,
Fais-nous croire que les cieux dansent
Parce qu’un aveugle a chanté.
(Marguerite Yourcenar)
Recueil: Les charités d’Alcippe
Traduction:
Editions: Gallimard
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Posted in poésie | Tagué: (Marguerite Yourcenar), aveuglé, âme, été, bouche, bruit, cadence, cantilène, chanter, couler, croire, danser, Dieu, disperser, flûte, fleur, jouer, lent, liquide, miel, nuit, ombre, pétale, pleur, pleurer, pollen, pouls, présence, rythmer, silence, soir, solitaire, sombre, terre | Leave a Comment »
Posted by arbrealettres sur 9 avril 2022

La Porte
Ouvrez-nous donc la porte et nous verrons les vergers,
Nous boirons leur eau froide où la lune a mis sa trace.
La longue route brûle ennemie aux étrangers.
Nous errons sans savoir et ne trouvons nulle place.
Nous voulons voir des fleurs.
Ici la soif est sur nous.
Attendant et souffrant, nous voici devant la porte.
S’il le faut nous romprons cette porte avec nos coups.
Nous pressons et poussons, mais la barrière est trop forte.
Il faut languir, attendre et regarder vainement.
Nous regardons la porte ; elle est close, inébranlable.
Nous y fixons nos yeux ; nous pleurons sous le tourment ;
Nous la voyons toujours ; le poids du temps nous accable.
La porte est devant nous ; que nous sert-il de vouloir ?
Il vaut mieux s’en aller abandonnant l’espérance.
Nous n’entrerons jamais. Nous sommes las de la voir…
La porte en s’ouvrant laissa passer tant de silence
Que ni les vergers ne sont parus ni nulle fleur ;
Seul l’espace immense où sont le vide et la lumière
Fut soudain présent de part en part, combla le coeur,
Et lava les yeux presque aveugles sous la poussière.
Pensées sans ordre concernant l’amour de Dieu
(Simone Weil)
Recueil: Les poètes de Dieu (Pierre Haïat)
Editions: Philippe Lebaud
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Posted in méditations, poésie | Tagué: (Simone Weil), abandonner, accabler, amour, attendre, aveuglé, étranger, barrière, boire, brûler, clos, coeur, combler, concerner, coupe, Dieu, eau, ennemi, entrer, errer, espace, espérance, fixer, fleur, fort, froid, immense, inébranlable, jamais, laisser, languir, las, lever, long, lumière, lune, mieux, nul, ordre, ouvrir, paraître, passer, pensée, place, pleurer, poids, porte, pousser, poussière, présent, presser, regarder, rompre, route, s'en aller, s'ouvrir, savoir, silence, soif, souffrir, temps, tourment, trace, trouver, verger, vide, voir, vouloir, vraiment, yeux | Leave a Comment »
Posted by arbrealettres sur 31 janvier 2022

Illustration: Ryszard Tyszkiewicz
C’EST LE PAPILLON DE NUIT
C’est le papillon de nuit qui lance
son corps de dragon or vert contre l’abat-jour,
tenace et aveugle
il frappe
C’est le ruisseau du moulin qui achemine ses eaux
vers la calandre en bois
à travers les prés, c’est le vent dans le tilleul
devant la fenêtre qui commence à parler
comme l’eau entre les pierres, en aval.
C’est le bois qui se rapproche
tels les nuages de la montagne noire
et qui éteint les vers luisants
encore avant qu’il ne pleuve.
C’est le premier éclair qui dans la vallée
lance sa torche vers les granges.
Tout est aveugle et sauvage
et se précipite sur la terre.
Dans la tempête seul l’amour
n’écoute pas que lui-même.
aveuglément.
Seul l’amour.
(Gerhard Frisch)
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Posted by arbrealettres sur 29 janvier 2022

LES CRUCHES
Aux tables longues du temps
trinquent les cruches de Dieu.
Elles boivent, elles vident les yeux des voyants et les
yeux des aveugles,
les coeurs des ombres efficientes,
la joue creuse du soir.
Elles sont les plus majestueux trinqueurs :
elles portent le vide à la bouche comme le plein
et ne débordent pas comme toi ou bien moi.
(Paul Celan)
Recueil: Choix de poèmes
Traduction: Jean-Pierre Lefebvre
Editions: Gallimard
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Posted by arbrealettres sur 11 janvier 2022

jours vides
interminables
écrasés d’ennui
rien ne se propose
de ce qui pourrait
m’apporter
ce dont l’attente
me consume
une région de ténèbres
où tout m’est retiré
de ce qui habituellement
me fait vivre
certes le temps va
mais si lentement si lentement
et chaque seconde
ronge lancine accable
ce qui me fait
défaut
je l’ignore
le ne le connais
que par cе besoin
que j’en ai un âpre désir
une torturante
nostalgie
alors
replié dans mes limbes
sourd et aveugle
à ce qui me hèle
voué souvent
à des heures
lasses et cendreuses
j’attends
j’attends
que sourde
la lumière
que meure
le temps
que jaillisse l’eau
dont j’ai soif
(Charles Juliet)
Recueil: Pour plus de lumière anthologie personnelle
Traduction:
Editions: Gallimard
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Posted by arbrealettres sur 20 décembre 2021

Illustration: Marc Chagall
LA NUIT, quand le pendule de l’amour balance
entre Toujours et Jamais,
ta parole vient rejoindre les lunes du coeur
et ton oeil bleu
d’orage tend le ciel à la terre.
D’un bois lointain, d’un bosquet noirci de rêve
l’Expiré nous effleure
et le Manqué hante l’espace,
grand comme les spectres du futur.
Ce qui maintenant s’enfonce et soulève
vaut pour l’Enseveli au plus intime :
embrasse, aveugle, comme le regard que
nous échangeons, le temps sur la bouche.
(Paul Celan)
Recueil: Choix de poèmes
Traduction: Jean-Pierre Lefebvre
Editions: Gallimard
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Posted by arbrealettres sur 19 novembre 2021

Je suis aveugle, et ne sais où aller :
De mon bâton, pour ne pas m’écarter,
Je vais sondant mon chemin çà et là;
Quelle pitié que je sois forcé d’être
L’homme égaré qui ne sait où il va…
***
Aveugle suy, ne sçay ou aler doye :
De mon baston, affin que ne forvoye,
Je vois tastant mon chemin ça et la;
C’est grant pitié qu’il convient que je soye
L’omme esgaré qui ne scet ou il va.
(Charles d’Orléans)
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Posted in poésie | Tagué: (Charles d'Orléans), aller, aveuglé, égaré, bâton, chemin, force, homme, pitié, s'écarter, sonder | Leave a Comment »