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Poésie

Posts Tagged ‘aveuglement’

D’un seul élan (André Velter)

Posted by arbrealettres sur 20 septembre 2018



boule de muscles
ramassés au grand galop
l’homme et sa monture
chargent d’un seul élan
l’aveuglement et la lumière

(André Velter)


Illustration

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Déchirure (Bernard Mazo)

Posted by arbrealettres sur 28 août 2018



Déchirure

Si tout se délite
par l’aveuglement des hommes
combien serons-nous à la fin

Sur cette terre démembrée
fissurée saccagée

Combien serons-nous à survivre
à l’éclat soudain meurtrier du soleil

(Bernard Mazo)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

Illustration: Gao Xingjian

 

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VIE (Andrée Chedid)

Posted by arbrealettres sur 23 juillet 2018



 

Cristina Pérez de Villar  El sueño de Blancanieves_Cristina Pérez de Villar

VIE

Il y a tes rives piégées.
Il y a ta source d’étoiles.

Dans ma géographie :
J’ai buriné tes crimes,
J’ai tracé d’une même main
Le tour de tes étangs.

Ô ma très fluide
— entre alouette et gouffres —
Tu traverses l’algue des pensées,
Tu emportes le temps.

Ô ma dérobée,
Où tu vas
J’habite.

Je le sais,
Aveuglément.

(Andrée Chedid)

Illustration: Cristina Pérez de Villar

 

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Les images (Jean Follain)

Posted by arbrealettres sur 6 mai 2018



Un enfant qu’on soulève un peu
un vin foncé
des feuilles tressées en couronnes
un corps vibrant
jusqu’au plus doux aveuglement
n’imposent parfois
aucun désir de dénouement
mais forment dans les yeux
d’éphémères images
qu’on se remémore
au crépuscule
à bruyères noires.

(Jean Follain)

Illustration: Júlia Fernández Sánchez

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UNE FÉE EN HIVER (René Depestre)

Posted by arbrealettres sur 22 février 2018




    
à Hadriana Siloé
UNE FÉE EN HIVER

Une fée s’est réveillée
dans le poivre gris de l’hiver.
Un papillon l’a précédée
au-dessus de la cheminée.
Une fête ! Une fête d’amour
autour des vivants et des morts !
le feu brille dans mes mots du soir :
chaque instant est un éclat de rire
qui fait battre la vie à se rompre !

voici la fée qui se déshabille
sur l’égarement de mes cinq sens.
Une odeur de brûlé s’élève
de sa justice de femme.
Sa chaude lune est
le songe d’un très vieux songe de poète.
Sa force tendrement animale
est un pollen de papillon
sur l’oreiller d’un pharaon d’Egypte !

que la nuit apporte sa tendresse
aux yeux de reine vigilante !
que la maison reste en fleur
dans la neige de son souvenir !
salut, ombre bien-aimée d’Hadriana !
tes semences sont à ma porte
ta joie saute dans mon lit
pour rendre soudain la vue
à l’aveuglement de mes années !

(René Depestre)

 

Recueil: Anthologie personnelle
Traduction:
Editions: Actes Sud

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Fantômes (Luis Mizón)

Posted by arbrealettres sur 15 février 2018



Des fantômes laissent des traces
dans l’écume des vagues

des chaussettes des chapeaux
des pyjamas en lambeaux

caresse et silence
d’amis perdus
dans l’aveuglement de l’éclipse.

***

Fantasmas dejan huellas
en la espuma de las olas

calcetines y sombreros
piyamas desgarrados

caricia y silencio
de amigos perdidos
en la ceguera del eclipse.

(Luis Mizón)


Illustration

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Ville assoupie (Aya Cheddadi)

Posted by arbrealettres sur 15 janvier 2018




    
Ville assoupie cubes blancs
À travers les jalousies bleues
nul ne guette nos deux ombres
se tenant par la main

Ceux qui voudraient se glisser entre nous
mourraient étranglés par nos caresses
et les yeux pleins d’envie
risquent l’aveuglement

Soleil dans la ville blanche
pourquoi voilerais-tu nos amours
Que chacun brûle au feu de sa propre géhenne
Nous avons trop marché le long des routes vaines

(Aya Cheddadi)

 

Recueil: Tunis marine
Traduction:
Editions: Gallimard

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Rive ancienne (Luis Cernuda)

Posted by arbrealettres sur 29 décembre 2017




Illustration
    
Rive ancienne

Il a tant plu depuis lors,
Quand les dents n’étaient pas chair, mais jours
Tout petits comme un fleuve ignorant
Appelant ses parents car il sent le sommeil,
Il a tant plu depuis lors,
Que les pas s’oublient déjà dans la tête.

Les uns disent que oui, d’autres disent que non ;
Mais oui et non sont deux petites ailes,
Equilibre d’un ciel au cœur d’un autre ciel,
Comme un amour est au-dedans d’un autre,
Comme l’oubli est au coeur de l’oubli.

Si, furieux, le supplice réclame des fêtes
Parmi les nuits les plus viriles,
Nous ne ferons rien d’autre que poignarder la vie,
Sourire aveuglément à la déroute,
Tandis que les années, mortes comme des morts,
Ouvrent leur tombe d’étoiles éteintes.

***

Vieja ribera

Tanto ha llovido desde entonces,
Entonces, cuando los dientes no eran carne, sino días
Pequeños como un río ignorante
A sus padres llamando porque siente sueño,
Tanto ha llovido desde entonces,
Que ya el paso se olvida en la cabeza.

Unos dicen que sí, otros dicen que no;
Mas sí y no son dos alas pequeñas,
Equilibrio de un cielo dentro de otro cielo,
Como un amor está dentro de otro,
Como el olvido está dentro del olvido.

Si el suplicio con ira pide fiestas
Entre las noches más viriles,
No haremos otra cosa que apuñalar la vida,
Sonreír ciegamente a la derrota,
Mientras los años, muertos como un muerto,
Abren su tumba de estrellas apagadas.

(Luis Cernuda)

 

Recueil: Un fleuve, un amour
Traduction: Jacques Ancet
Editions: Fata Morgana

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Dites-moi cette nuit (Luis Cernuda)

Posted by arbrealettres sur 28 décembre 2017



    
Dites-moi cette nuit

La présence du froid, de la peur invisible
Gèle à gouttes obscures le sang dans le brouillard,
Dans le brouillard vivant, vers le vague brouillard
Par un espace aveugle aux rigides épines.

D’une vie mystérieuse dorment les hommes
Tandis que de blancs déserts figurent le monde ;
Ce sont espaces brefs comme une main timide,
Muets, vides sous une lumière sans vie.

Oui, la terre est seule, bien seule avec ses morts,
A l’affût peut-être d’un inerte passant
Qui sans grimaces braverait son fouet nocturne ;
Mais nul corps n’apparaît rêvant aveuglément.

La douleur aussi cherche errante dans la nuit,
Suivant l’ombre qui fuit d’un plaisir sans défense ;
Et ses pas en silence, pâles, s’entrelacent
Fantôme interminable et son regard d’ennui.

Fantôme défilant prisonnier de personne,
Privé de voix, de mains, apparence sans vie,
Comme un pleur impuissant étouffé par les branches,
Une fuite soudaine éclatée sur un mur.

Oui, la terre est seule ; seule elle chante, parle,
D’une si faible voix inaccessible au ciel ;
Elle chante rires, plumes à travers l’espace
Sous un soleil brûlant reflété sur le sable.

Intime est cette voix, mais ce n’est que pour elle ;
Au dehors l’ombre prête un asile peu sûr.
Passe peut-être un cri déguisé de lumières,
Qui lutte vainement contre la peur, le froid.

Où palpite le gel ? Dedans, parmi la vie,
En un centre perdu de souvenirs éteints,
D’os habités de froid, du sifflement du vent
Et son bruit de feuilles qui s’en vont une à une.

Ses plumes moribondes étendent le brouillard
Pour dormir sur la terre un songe de haillons,
Songe de menaces qui s’hérisse de neige,
Oublié sur le sol, amour sous le mépris.

Le sang vient s’arrêter dans les membres de pierre
Tel le corail figé par la mer ennemie
Tel le corail gelé dans le corps dispersé,
Dans la nuit sans clarté, dans le ciel sans personne.

***

Decidme anoche

La presencia del frío junto al miedo invisible
Hiela a gotas oscuras la sangre entre la niebla,
Entre la niebla viva, hacia la niebla vaga
Por un espacio ciego de rígidas espinas.

Con vida misteriosa quizá los hombres duermen
Mientras desiertos blancos representan el mundo;
Son espacios pequeños como tímida mano,
Silenciosos, vacíos bajo una luz sin vida.

Sí, la tierra está sola, bien sola con sus muertos,
Al acecho quizá de inerte transeúnte
Que sin gestos arrostre su látigo nocturno;
Mas ningún cuerpo viene ciegamente soñando.

El dolor también busca, errante entre la noche,
Tras la sombra fugaz de algún gozo indefenso;
Y sus pálidos pasos callados se entrelazan,
Incesante fantasma con mirada de hastío.

Fantasma que desfila prisionero de nadie,
Falto de voz, de manos, apariencia sin vida,
Como llanto impotente por las ramas ahogado
O repentina fuga estrellada en un muro.

Sí, la tierra está sola; a solas canta, habla,
Con una voz tan débil que no la alcanza el cielo;
Canta risas o plumas atravesando espacio
Bajo un sol calcinante reflejado en la arena.

Es íntima esa voz, sólo para ella misma;
Al exterior la sombra presta asilo inseguro.
Un grito acaso pasa disfrazado con luces,
Luchando vanamente contra el miedo y el frío.

c Dónde palpita el hielo ? Dentro, aquí, entre la vida,
En un centro perdido de apagados recuerdos,
De huesos ateridos en donde silba el aire
Con un rumor de hojas que se van una a una.

Sus plumas moribundas van extendiendo la niebla
Para dormir en tierra un ensueño harapiento,
Ensueño de amenazas erizado de nieve,
Olvidado en el suelo, amor menospreciado.

Se detiene la sangre por los miembros de piedra
Como al coral sombrío fija el mar enemigo,
Como coral helado en el cuerpo deshecho,
En la noche sin luz, en el cielo sin nadie.

(Luis Cernuda)

 

Recueil: Un fleuve, un amour
Traduction: Jacques Ancet
Editions: Fata Morgana

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LE DÉSIR N’A PAS DE LÉGENDE (X) (Lucien Becker)

Posted by arbrealettres sur 1 septembre 2017



    

LE DÉSIR N’A PAS DE LÉGENDE (X)

Derrière tes dents, ta chair commence
avec ses aubépines de fièvre et de sang.
Tu sais qu’elle est une prison
dont mon désir te délivre.

La caresse fait son bruit de poumon
en cherchant dans tes cuisses
le papillon qui s’y est posé,
presque fermé en toi de ses ailes.

Avec l’aveuglement d’une taupe,
tu creuses l’air de tes seins.
Autour d’eux mes mains s’élèvent
comme une montagne coupée en deux.

(Lucien Becker)

 

Recueil: Rien que l’amour
Editions: La Table Ronde

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