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Posts Tagged ‘aveuglement’

C’EST LE PAPILLON DE NUIT (Gerhard Frisch)

Posted by arbrealettres sur 31 janvier 2022



Illustration: Ryszard Tyszkiewicz  
    
C’EST LE PAPILLON DE NUIT

C’est le papillon de nuit qui lance
son corps de dragon or vert contre l’abat-jour,
tenace et aveugle
il frappe

C’est le ruisseau du moulin qui achemine ses eaux
vers la calandre en bois
à travers les prés, c’est le vent dans le tilleul
devant la fenêtre qui commence à parler
comme l’eau entre les pierres, en aval.

C’est le bois qui se rapproche
tels les nuages de la montagne noire
et qui éteint les vers luisants
encore avant qu’il ne pleuve.

C’est le premier éclair qui dans la vallée
lance sa torche vers les granges.
Tout est aveugle et sauvage
et se précipite sur la terre.
Dans la tempête seul l’amour
n’écoute pas que lui-même.
aveuglément.
Seul l’amour.

(Gerhard Frisch)

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Exercice du matin (Henry Bauchau)

Posted by arbrealettres sur 1 juin 2021



Exercice du matin

Chaque matin sans église
sur le béton farouche
entre l’ignorance et l’amour
je me prosterne
je me prosterne devant rien.

Quand je suis à ma juste place
instant, instincts, intermittences
de lumière et d’aveuglement
je me prosterne
je me prosterne devant tout.

(Henry Bauchau)

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D’un seul élan (André Velter)

Posted by arbrealettres sur 20 septembre 2018



boule de muscles
ramassés au grand galop
l’homme et sa monture
chargent d’un seul élan
l’aveuglement et la lumière

(André Velter)


Illustration

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Déchirure (Bernard Mazo)

Posted by arbrealettres sur 28 août 2018



Déchirure

Si tout se délite
par l’aveuglement des hommes
combien serons-nous à la fin

Sur cette terre démembrée
fissurée saccagée

Combien serons-nous à survivre
à l’éclat soudain meurtrier du soleil

(Bernard Mazo)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

Illustration: Gao Xingjian

 

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VIE (Andrée Chedid)

Posted by arbrealettres sur 23 juillet 2018



 

Cristina Pérez de Villar  El sueño de Blancanieves_Cristina Pérez de Villar

VIE

Il y a tes rives piégées.
Il y a ta source d’étoiles.

Dans ma géographie :
J’ai buriné tes crimes,
J’ai tracé d’une même main
Le tour de tes étangs.

Ô ma très fluide
— entre alouette et gouffres —
Tu traverses l’algue des pensées,
Tu emportes le temps.

Ô ma dérobée,
Où tu vas
J’habite.

Je le sais,
Aveuglément.

(Andrée Chedid)

Illustration: Cristina Pérez de Villar

 

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Les images (Jean Follain)

Posted by arbrealettres sur 6 mai 2018



Un enfant qu’on soulève un peu
un vin foncé
des feuilles tressées en couronnes
un corps vibrant
jusqu’au plus doux aveuglement
n’imposent parfois
aucun désir de dénouement
mais forment dans les yeux
d’éphémères images
qu’on se remémore
au crépuscule
à bruyères noires.

(Jean Follain)

Illustration: Júlia Fernández Sánchez

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UNE FÉE EN HIVER (René Depestre)

Posted by arbrealettres sur 22 février 2018




    
à Hadriana Siloé
UNE FÉE EN HIVER

Une fée s’est réveillée
dans le poivre gris de l’hiver.
Un papillon l’a précédée
au-dessus de la cheminée.
Une fête ! Une fête d’amour
autour des vivants et des morts !
le feu brille dans mes mots du soir :
chaque instant est un éclat de rire
qui fait battre la vie à se rompre !

voici la fée qui se déshabille
sur l’égarement de mes cinq sens.
Une odeur de brûlé s’élève
de sa justice de femme.
Sa chaude lune est
le songe d’un très vieux songe de poète.
Sa force tendrement animale
est un pollen de papillon
sur l’oreiller d’un pharaon d’Egypte !

que la nuit apporte sa tendresse
aux yeux de reine vigilante !
que la maison reste en fleur
dans la neige de son souvenir !
salut, ombre bien-aimée d’Hadriana !
tes semences sont à ma porte
ta joie saute dans mon lit
pour rendre soudain la vue
à l’aveuglement de mes années !

(René Depestre)

 

Recueil: Anthologie personnelle
Traduction:
Editions: Actes Sud

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Fantômes (Luis Mizón)

Posted by arbrealettres sur 15 février 2018



Des fantômes laissent des traces
dans l’écume des vagues

des chaussettes des chapeaux
des pyjamas en lambeaux

caresse et silence
d’amis perdus
dans l’aveuglement de l’éclipse.

***

Fantasmas dejan huellas
en la espuma de las olas

calcetines y sombreros
piyamas desgarrados

caricia y silencio
de amigos perdidos
en la ceguera del eclipse.

(Luis Mizón)


Illustration

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Ville assoupie (Aya Cheddadi)

Posted by arbrealettres sur 15 janvier 2018




    
Ville assoupie cubes blancs
À travers les jalousies bleues
nul ne guette nos deux ombres
se tenant par la main

Ceux qui voudraient se glisser entre nous
mourraient étranglés par nos caresses
et les yeux pleins d’envie
risquent l’aveuglement

Soleil dans la ville blanche
pourquoi voilerais-tu nos amours
Que chacun brûle au feu de sa propre géhenne
Nous avons trop marché le long des routes vaines

(Aya Cheddadi)

 

Recueil: Tunis marine
Traduction:
Editions: Gallimard

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Rive ancienne (Luis Cernuda)

Posted by arbrealettres sur 29 décembre 2017




Illustration
    
Rive ancienne

Il a tant plu depuis lors,
Quand les dents n’étaient pas chair, mais jours
Tout petits comme un fleuve ignorant
Appelant ses parents car il sent le sommeil,
Il a tant plu depuis lors,
Que les pas s’oublient déjà dans la tête.

Les uns disent que oui, d’autres disent que non ;
Mais oui et non sont deux petites ailes,
Equilibre d’un ciel au cœur d’un autre ciel,
Comme un amour est au-dedans d’un autre,
Comme l’oubli est au coeur de l’oubli.

Si, furieux, le supplice réclame des fêtes
Parmi les nuits les plus viriles,
Nous ne ferons rien d’autre que poignarder la vie,
Sourire aveuglément à la déroute,
Tandis que les années, mortes comme des morts,
Ouvrent leur tombe d’étoiles éteintes.

***

Vieja ribera

Tanto ha llovido desde entonces,
Entonces, cuando los dientes no eran carne, sino días
Pequeños como un río ignorante
A sus padres llamando porque siente sueño,
Tanto ha llovido desde entonces,
Que ya el paso se olvida en la cabeza.

Unos dicen que sí, otros dicen que no;
Mas sí y no son dos alas pequeñas,
Equilibrio de un cielo dentro de otro cielo,
Como un amor está dentro de otro,
Como el olvido está dentro del olvido.

Si el suplicio con ira pide fiestas
Entre las noches más viriles,
No haremos otra cosa que apuñalar la vida,
Sonreír ciegamente a la derrota,
Mientras los años, muertos como un muerto,
Abren su tumba de estrellas apagadas.

(Luis Cernuda)

 

Recueil: Un fleuve, un amour
Traduction: Jacques Ancet
Editions: Fata Morgana

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