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Quand le flux de la nuit me coule sur les lèvres (Jules Supervielle)

Posted by arbrealettres sur 10 novembre 2016



 

Quand le flux de la nuit me coule sur les lèvres
Me couvrant le menton avec un sang tout noir,
Lentement soulevé par le boeuf du sommeil,
Je sens tourner en moi l’axe de mon regard.
J’entre dans le champ clos de ma chair attentive
Au pays qui respire et qui bat sous ma peau.
Mes os sont les rochers de ces plaines rétives
Où pousse une herbe rare appelée arlisane,
Et comme un voyageur qui arrive de loin
Je découvre en intrus mon paysage lointain.

(Jules Supervielle)

Illustration: Marina Podgaevskaya

 

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L’hygiène de l’âme (Zbigniew Herbert)

Posted by arbrealettres sur 29 août 2016



L’hygiène de l’âme

Nous vivons dans le lit étroit de notre corps.
Il n’y a que les novices pour s’y retourner sans cesse.
Il ne faut pas tourner sur son axe,
sinon des fils aigus s’enroulent autour du coeur
comme autour d’une bobine.
Il faut croiser les bras derrière la tête, fermer les yeux
et flotter sur la rivière paresseuse de la Source des Cheveux
jusqu’à la première Cataracte du Gros Orteil.

(Zbigniew Herbert)

Illustration: Gunther Von Hagens

 

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Impromptu (Alfred de Musset)

Posted by arbrealettres sur 20 juin 2016



Impromptu
(En réponse à la question : Qu’est-ce que la Poésie ? )

Chasser tout souvenir et fixer sa pensée,
Sur un bel axe d’or la tenir balancée,
Incertaine, inquiète, immobile pourtant,
Peut-être éterniser le rêve d’un instant ;
Aimer le vrai, le beau, chercher leur harmonie ;
Écouter dans son cœur l’écho de son génie ;
Chanter, rire, pleurer, seul, sans but, au hasard ;
D’un sourire, d’un mot, d’un soupir, d’un regard
Faire un travail exquis, plein de crainte et de charme
Faire une perle d’une larme :
Du poète ici-bas voilà la passion,
Voilà son bien, sa vie et son ambition.

(Alfred de Musset)

Découvert ici: https://eleonoreb.wordpress.com/

 

 

 

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LE GRAND DÉFI (Jacques Rabemananjara)

Posted by arbrealettres sur 3 novembre 2015




LE GRAND DÉFI

I

Ton corps était tendu de grâce et d’insolence :
Le grand défi brillait d’un feu de diamant
dans tes yeux où l’amour en pleine virulence
rutilait comme un astre au fond du firmament.

Nous reprîmes le chant de nos premières fêtes :
Le monde de nouveau chancela sous nos poids,
tellement nous étions lourds de tous nos émois ;
royale tu m’ouvris les alcôves secrètes.

Aussitôt jaillissant du sarcophage d’or
telle tu m’apparus qu’en songe j’avais prise :
reine Néfertiti sans voile ni trésor,

ayant pour seul atour sa beauté reconquise
ou bien, livrée à la caresse de nos brises,
ondine d’Alassour, nymphe des lacs du Nord.

II

Royale tu m’ouvris les alcôves du ciel :
Par quel prodige, par quelle métamorphose
dans ton lit devenu l’axe de toute chose,
l’Univers retrouva son centre essentiel !

Ce fut le tourbillon fantastique des sens
pris soudain dans la ronde éternelle des astres.
Et tel fut le combat que jouant les désastres
il nous rongea les os et nous brilla le sang.

Cherchant de nos volcans les plus riches vestiges
nous tournions, nous tournions sur nos propres vertiges
avant la chute d’or dans le cratère en feu.

Le bonheur renaissait de la chaude coulée
des laves dévalant les flancs nus et nerveux
de ta divinité de nouveau révélée.

III

O Déesse, voici le temps de l’apogée :
La terre disparaît avec son rituel
et son cortège de soucis habituels.
C’est l’ivresse du ciel par l’amour propagée

qui déferle sur nous en beaux cyclones d’or.
Quelle force nous lance au-delà de nous-mêmes,
plus haut que notre rêve et plus loin que la mort.
Le zénith nous délivre un message suprême

pour franchir la frontière au col de l’infini.
Nous avons à passer la charge la plus lourde
dont un simple mortel se soit jamais muni.

Notre soif est si grande et si fraîche la gourde
que du désert brillant le sable et les rocailles
s’en trouvent attendris jusque dans les entrailles.

(Jacques Rabemananjara)

Illustration

 

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Errant asile (Octavio Paz)

Posted by arbrealettres sur 29 septembre 2015




Le vent se délie et rassemble le feuillage,
la nation des nuages se disperse.

Fragile est le réel et inconstant;
et aussi, sa loi le changement, infatigable :

tourne la roue des apparences
sur l’axe du temps, sa fixité.

La lumière dessine tout et tout enflamme,
elle plante dans la mer des poignards qui sont des torches,

elle fait du monde un bûcher de reflets :
nous autres ne sommes que moutonnements.

Elle n’est pas la lumière de Plotin, mais lumière terrestre,
lumière d’ici, mais lumière intelligente.

Elle me réconcilie avec mon exil :
patrie est sa vacuité, errant asile.

(Octavio Paz)

Illustration: ArbreaPhotos
 

 

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Fontaine sourde du sang (Eric Brogniet)

Posted by arbrealettres sur 12 septembre 2015




Fontaine sourde du sang
combien de dormeurs
au fond de tes jaillissements

L’oeil du ciel
à travers le toit des roseaux
il y a plus que la rugueuse rive
à étreindre

Contre les opacités massives
tu chantes l’axe du monde

(Eric Brogniet)

Illustration: Salvador Dali

 

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Entendre l’axe de la terre (Ossip Mandelstam)

Posted by arbrealettres sur 18 avril 2015



J’ai pris leur sens de la vue aux guêpes menues
Qui sucent l’axe de la terre, l’axe de la terre,
Je pressens tout ce qui m’est advenu
Et m’en souviens par cœur et par chimère.

Je ne joue pas de la voix noire de l’archet,
Et je ne chante pas et non plus ne dessine,
Je ne fais que boire la vie et il me plaît
D’envier les guêpes majestueuses et malignes.

Ô ! s’il était possible qu’un jour moi aussi,
La chaleur de l’été et l’aiguillon de l’air
Me donnent, dépassant mort et sommeil d’ici,
D’entendre l’axe de la terre, l’axe de la terre.

(Ossip Mandelstam)

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