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Dimanche matin (Michel Butor)

Posted by arbrealettres sur 27 novembre 2019




    
Dimanche matin

La neige au-dessus des mimosas, les paquets de
journaux près des flaques, la fontaine dans les bois où le
receveur des contributions nettoie sa voiture.

En bas les bâches bleues et rouges tendues sur les piles
de sacs de ciment et les taches de rouille ou de minium sur
les coques des cargos qui viennent de Limassol ou d’Odessa.

Plus loin quelques fleurs mauves dans les rochers
blancs, les nudistes parcourent le sentier des douaniers,
baisers dans les coins, chiens qui flairent, la mer lape les
galets et les retourne comme des pièces fausses.

Au large les yachts frétillent après une semaine de
somnolence, les mouettes virent à l’assaut, claquent un
peu et plongent vers les épluchures que les cuisiniers
laissent tomber dans leur sillage.

Puis l’heure sonne à travers le frisson des branches
et le tintement des câbles métalliques dans l’accalmie de
la circulation.

Soudain le nid du phénix s’enflamme dans les collines et les mots éperdus, comme lâchés après des mois
de claustration, se cherchent dans ma tête au galop.

Alors je ramasse au bord du chemin les fragments
d’un vieux prospectus vantant les mérites d’une voyante, et
m’appuie sur le dossier d’un banc pour écrire ceci au verso.

(Michel Butor)

 

Recueil: Collation précédé de HORS-D’OEUVRE scandés par les SOUVENIRS ILLUSOIRES D’UN JAPON TRES ANCIENS
Traduction:
Editions: Seghers

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PRESENTE (René Guy Cadou)

Posted by arbrealettres sur 23 janvier 2018



Illustration: Ivan Rabuzin
    
PRESENTE

Loin
Sous les bâches du ciel
Avec le dernier train
Les villages sans téléphone
Et pour celui qui se souvient
Les fumées courtes de l’automne

Je suis là
Où tu sais
Dans les combes dorées
Et dans l’anonymat terrible des gibiers
Confondu
Ne sachant si la main est un signe
Ou si l’homme est pareil aux chiens aventuriers

C’est encor le moment de t’appeler
D’attendre
Un visage parmi les feuillages de cendre
Clairière, tu ne peux toujours te refuser

Je te soulève en moi
Je t’enveloppe d’arbres
Je te donne le nom de pays étrangers
Tu passes dans mes doigts
Tu mesures ma bouche
Tu m’appartiens déjà
Comme un nouvel été.

(René Guy Cadou)

 

Recueil: Poésie la vie entière
Traduction:
Editions: Seghers

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Que deviennent (Guy Lévis Mano)

Posted by arbrealettres sur 11 mai 2017



 

Shoji Ueda 1

Les trains apportent tous les jours de Pologne
leur cargaison de froid sous la bâche de leur neige.
Sur les plumages des corbeaux stationne et sautille avec mon désespoir vague.

Les corbeaux.
La faim des corbeaux blesse l’unité de la neige.
Où dorment l’hiver les corbeaux ?

Et que deviennent — le printemps revenu —
les feuilles mortes des arbres ?

(Guy Lévis Mano)

Illustration: Shoji Ueda

 

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FACE À FACE (Tomas Tranströmer)

Posted by arbrealettres sur 6 avril 2016



FACE À FACE

En février, la vie était à l’arrêt.
Les oiseaux volaient à contre coeur et l’âme
raclait le paysage comme un bateau
se frotte au ponton où on l’a amarré.

Les arbres avaient tourné le dos de ce côté.
L’épaisseur de la neige se mesurait aux herbes mortes.
Les traces de pas vieillissaient sur les congères.
Et sous une bâche, le verbe s’étiolait.

Un jour, quelque chose s’approcha de la fenêtre.
Le travail s’arrêta, je levai le regard.
Les couleurs irradiaient. Tout se retournait.
Nous bondîmes l’un vers l’autre, le sol et moi.

(Tomas Tranströmer)

Illustration: Leonid Afremov

 

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