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Posts Tagged ‘bagage’

NOCTURNE (George Bacovia)

Posted by arbrealettres sur 30 janvier 2019



NOCTURNE

Je suis là… brume, pluie et boue… un temps de chien…
Oh ! ne plus rien savoir… comme ce serait bien !
Un bec de gaz se meurt – mais est-ce qu’il existe ?
Un ivrogne s’en va par la place si triste.

Toute la ville dort en son linceul humide
Mon aimée en ces murs dort peut-être, candide…
Maisons faites de pierre aux coffres-forts d’acier,
Et aux portes aussi qu’on voit se refermer.

Léger, un piano fredonne à un étage,
Mon ombre dans la boue est un triste bagage.
Les gouttes sautent à terre
La neige sale, ici et là,
Et à une fenêtre, dans un verre,
Une rose jaune regarde en bas.

(George Bacovia)

Illustration: René Magritte

 

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Emmenez-moi (Charles Aznavour)

Posted by arbrealettres sur 3 octobre 2018




    
Emmenez-moi

Vers les docks où le poids et l’ennui
Me courbent le dos
Ils arrivent le ventre alourdi
De fruits des bateaux

Ils viennent du bout du monde
Apportant avec eux des idées vagabondes
Aux reflets de ciels bleus
De mirages

Traînant des senteurs poivrées
De pays inconnus
Et d’éternels étés où l’on vit presque nus
Sur les plages

Moi qui n’ai connu toute ma vie
Que le ciel du nord
J’aimerais débarbouiller ce gris
En virant de bord

[Refrain]
Emmenez-moi au bout de la terre
Emmenez-moi au pays des merveilles
Il me semble que la misère
Serait moins pénible au soleil

Dans les bars à la tombée du jour
Avec les marins
Quand on parle de filles et d’amour
Un verre à la main

Je perds la notion des choses
Et soudain ma pensée
M’enlève et me dépose
Un merveilleux été
Sur la grève

Où je vois tendant les bras
L’amour qui comme un fou
Court au devant de moi
Et je me pends au cou
De mon rêve

Quand les bars ferment, que les marins
Rejoignent leur bord
Moi je rêve encore jusqu’au matin
Debout sur le port

[Refrain]
Emmenez-moi au bout de la terre
Emmenez-moi au pays des merveilles
Il me semble que la misère
Serait moins pénible au soleil

Un beau jour sur un rafiot craquant
De la coque au pont
Pour partir je travaillerais dans
La soute à charbon

Prenant la route qui mène
À mes rêves d’enfant
Sur des îles lointaines
Où rien n’est important
Que de vivre

Où les filles alanguies
Vous ravissent le cœur
En tressant m’a t’on dit
De ces colliers de fleurs
Qui enivrent

Je fuirais laissant là mon passé
Sans aucun remords
Sans bagage et le cœur libéré
En chantant très fort

[Refrain]
Emmenez-moi au bout de la terre
Emmenez-moi au pays des merveilles
Il me semble que la misère
Serait moins pénible au soleil…

Emmenez-moi au bout de la terre
Emmenez-moi au pays des merveilles
Il me semble que la misère
Serait moins pénible au soleil…
Lalalalalalalalalalalalalalalala…
Il me semble que la misère
Serait moins pénible au soleil…
Lalalalalalalalalalalalalalalala…

(Charles Aznavour)

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A la recherche du temps perdu (Marcel Proust)

Posted by arbrealettres sur 31 août 2018



 

madeleine

Il y avait déjà bien des années que, de Combray, tout ce qui n’était pas le théâtre et le drame de mon coucher n’existait plus pour moi,
quand un jour d’hiver, comme je rentrais à la maison, ma mère, voyant que j’avais froid, me proposa de me faire prendre, contre mon habitude, un peu de thé.
Je refusai d’abord et, je ne sais pourquoi, me ravisai.

Elle envoya chercher un de ces gâteaux courts et dodus appelés Petites Madeleines qui semblaient avoir été moulées dans la valve rainurée d’une coquille de Saint-Jacques.
Et bientôt, machinalement, accablé par la morne journée et la perspective d’un triste lendemain, je portai à mes lèvres une cuillerée du thé
où j’avais laissé s’amollir un morceau de madeleine.

Mais à l’instant même où la gorgée mêlée des miettes du gâteau toucha mon palais, je tressaillis,
attentif à ce qui se passait d’extraordinaire en moi.
Un plaisir délicieux m’avait envahi, isolé, sans la notion de sa cause.
Il m’avait aussitôt rendu les vicissitudes de la vie indifférentes, ses désastres inoffensifs, sa brièveté illusoire,
de la même façon qu’opère l’amour, en me remplissant d’une essence précieuse: ou plutôt cette essence n’était pas en moi, elle était moi.

J’avais cessé de me sentir médiocre, contingent, mortel.
D’où avait pu me venir cette puissante joie ?

Je sentais qu’elle était liée au goût du thé et du gâteau, mais qu’elle le dépassait infiniment, ne devait pas être de même nature.
D’où venait-elle ? Que signifiait-elle ? Où l’appréhender ?

Je bois une seconde gorgée où je ne trouve rien de plus que dans la première, une troisième qui m’apporte un peu moins que la seconde.
Il est temps que je m’arrête, la vertu du breuvage semble diminuer.
Il est clair que la vérité que je cherche n’est pas en lui, mais en moi.

Il l’y a éveillée, mais ne la connaît pas, et ne peut que répéter indéfiniment,
avec de moins en moins de force, ce même témoignage que je ne sais pas interpréter
et que je veux au moins pouvoir lui redemander et retrouver intact, à ma disposition, tout à l’heure, pour un éclaircissement décisif.

Je pose la tasse et me tourne vers mon esprit. C’est à lui de trouver la vérité.
Mais comment ? Grave incertitude, toutes les fois que l’esprit se sent dépassé par lui-même ;
quand lui, le chercheur, est tout ensemble le pays obscur où il doit chercher et où tout son bagage ne lui sera de rien.

Chercher ? pas seulement : créer.
Il est en face de quelque chose qui n’est pas encore et que seul il peut réaliser, puis faire entrer dans sa lumière.

(Marcel Proust)

 

 

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Et quand viendra le jour du dernier voyage (Antonio Machado)

Posted by arbrealettres sur 31 juillet 2018


 


tombe-de-machado-collioure

Et quand viendra le jour du dernier voyage,
quand partira la nef qui jamais ne revient,
vous me verrez à bord, et mon maigre bagage,
quasiment nu, comme les enfants de la mer.

(Ces vers sont gravés sur sa tombe à Collioure.)

(Antonio Machado)

Découvert chez Lara ici

 

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AVARE (Michel Leiris)

Posted by arbrealettres sur 12 juillet 2018




Illustration: Folon

    
AVARE

M’alléger
me dépouiller

réduire mon bagage à l’essentiel

Abandonnant ma longue traîne de plumes
de plumages
de plumetis et de plumets

devenir oiseau avare
ivre du seul vol de ses ailes

(Michel Leiris)

 

Recueil: Haut Mal suivi de Autres lancers
Traduction:
Editions: Gallimard

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LE PONT DES SOURIRES (Jean-Charles Michel)

Posted by arbrealettres sur 31 mai 2018



Le-pont-des-sourires

 

LE PONT DES SOURIRES

Y a toujours un pont quelque part,
Pour que la rive aille au rivage,
Un village à l’autre village,
Pour l’aïeul et pour le moutard,
Pour les baladins du voyage
Éternellement de passage,
Y a toujours un pont quelque part.
Dans un repli du paysage,
Rudimentaire… ouvrage d’art,
Pour sécuriser le têtard,
En place du vieux gué sauvage,
Pour joindre la terre en partage,
Y a toujours un pont quelque part.
Que tu sois fou, que tu sois sage,
Quel que soit ton choix, ton bagage,
Ta fortune, ton étendard,
Ta misère que l’on outrage,
Si tu sais bannir haine et rage,
Pour l’arrivée et le départ,
Y a toujours un pont quelque part.

(Jean-Charles Michel)

Illustration

 

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La pluie (Yi Pyông-Ki)

Posted by arbrealettres sur 27 mai 2018


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Je vois que tu es sur le point de partir
Tes bagages sont faits
L’innocente pluie a débuté, elle tombe depuis l’aube
Pluie, continue à tomber jusqu’à demain!
Et les jours suivants!

(Yi Pyông-Ki)

Illustration

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Ma plus belle histoire d’amour (Barbara)

Posted by arbrealettres sur 24 mai 2018




    
Ma plus belle histoire d’amour

Du plus loin, que me revienne,
L´ombre de mes amours anciennes,
Du plus loin, du premier rendez-vous,
Du temps des premières peines,
Lors, j´avais quinze ans, à peine,
Cœur tout blanc, et griffes aux genoux,
Que ce furent, j´étais précoce,

De tendres amours de gosse,
Ou les morsures d´un amour fou,
Du plus loin qu´il m´en souvienne,
Si depuis, j´ai dit « je t´aime »,
Ma plus belle histoire d´amour, c´est vous,

C´est vrai, je ne fus pas sage,
Et j´ai tourné bien des pages,
Sans les lire, blanches, et puis rien dessus,
C´est vrai, je ne fus pas sage,
Et mes guerriers de passage,
A peine vus, déjà disparus,
Mais à travers leur visage,

C´était déjà votre image,
C´était vous déjà et le cœur nu,
Je refaisais mes bagages,
Et poursuivais mon mirage,
Ma plus belle histoire d´amour, c´est vous,

Sur la longue route,
Qui menait vers vous,
Sur la longue route,
J´allais le cœur fou,
Le vent de décembre,
Me gelait au cou,
Qu´importait décembre,
Si c´était pour vous,

Elle fut longue la route,
Mais je l´ai faite, la route,
Celle-là, qui menait jusqu´à vous,
Et je ne suis pas parjure,
Si ce soir, je vous jure,
Que, pour vous, je l´eus faite à genoux,
Il en eut fallu bien d´autres,
Que quelques mauvais apôtres,
Que l´hiver ou la neige à mon cou,
Pour que je perde patience,
Et j´ai calmé ma violence,
Ma plus belle histoire d´amour, c´est vous,

Mais tant d’hiver et d’automne
De nuit, de jour, et personne,
Vous n´étiez jamais au rendez-vous,
Et de vous, perdant courage,
Soudain, me prenait la rage,
Mon Dieu, que j´avais besoin de vous,
Que le Diable vous emporte,
D´autres m´ont ouvert leur porte,
Heureuse, je m´en allais loin de vous,
Oui, je vous fus infidèle,
Mais vous revenais quand même,
Ma plus belle histoire d´amour, c´est vous,

J´ai pleuré mes larmes,
Mais qu´il me fut doux,
Oh, qu´il me fut doux,
Ce premier sourire de vous,
Et pour une larme,
Qui venait de vous,
J´ai pleuré d´amour,
Vous souvenez-vous?

Ce fut, un soir, en septembre,
Vous étiez venus m´attendre,
Ici même, vous en souvenez-vous?
A vous regarder sourire,
A vous aimer, sans rien dire,
C´est là que j´ai compris, tout à coup,
J´avais fini mon voyage,
Et j´ai posé mes bagages,
Vous étiez venus au rendez-vous,
Qu´importe ce qu´on peut en dire,
Je tenais à vous le dire,
Ce soir je vous remercie de vous,
Qu´importe ce qu´on peut en dire,
Je suis venue pour vous dire,
Ma plus belle histoire d´amour, c´est vous…

(Barbara)

 

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Le bien que rien ne contient (Guy Lévis Mano)

Posted by arbrealettres sur 11 mai 2018


 


 

Patricia Traub 14

Le bien que rien ne contient

Il avait son bien.
C’était le seul bien qui lui importait.
Rien ne pouvait le contenir, ni une poche, ni la paume de sa main.
On pouvait, parfois, en capter une trace dans ses yeux.
Il voulait partir. Partir avec son bien. Il fit ses valises.
Aux barrières les douaniers lui dirent : Vous ne pouvez pas passer ce que vous avez.
Ils n’avaient pas ouvert ses valises. Il s’en revint avec son bien.
Il se fit couper un vêtement sans plis, ni poches, et se présenta aux barrières, sans bagages.
Les douaniers lui dirent : Vous ne pouvez pas passer ce que vous avez.
Il s’en retourna. Mais il lui fallait vraiment partir. Avec son bien.
Alors il alla, nu, aux barrières.
Les douaniers lui dirent : Vous ne pouvez pas passer ce que vous avez.
Il demeura nu. Avec son bien. Que rien ne pouvait contenir.

(Guy Lévis Mano)

Illustration: Patricia Traub

 

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L’ÉTRANGER (Gilles Vigneault)

Posted by arbrealettres sur 14 mars 2018



 

L’ÉTRANGER

Ce sont vos bagages
Qui font nos voyages
Nous restons toujours
Dans le lit des jours
L’âme sédentaire
Rivée à la terre
N’y échappe point
Nous n’allons pas loin

Le bonheur
Voyage toujours à pied
Le bonheur
Dort au fond d’un vieux soulier

Planètes permises
Faites vos valises
Rien n’est plus ailleurs
Que l’intérieur
Entre neige et pluie
J’ai cherché ma Vie
Des siècles des mois
Elle était chez moi

Le bonheur
Voyage toujours à pied
Le bonheur
Dort au fond d’un vieux soulier

Seule à sa fenêtre
A regarder naître
D’octobre en avril
Les fleurs du grésil

Vivante d’attendre
La flamme est à vendre
Me voici songeur
Pauvre voyageur…

Le bonheur
Voyage toujours à pied
Le bonheur
Dort au fond d’un vieux soulier

Était-ce une femme
Était-ce ton âme
En tous ses atours
Guettant ton retour
Et ce coeur nomade
Qui bat la chamade
Au moindre départ
Est-il en retard ?

Le bonheur
Voyage toujours à pied
Le bonheur
Dort au fond d’un vieux soulier

Amour est mon guide
J’arrive mains vides
J’arrive de nuit
Mûri comme un fruit
Tombé des étoiles
J’arrive à la voile
Le coeur en danger
Comme un étranger

Le bonheur
Voyage toujours à pied
Le bonheur
Dort au fond de ton soulier

(Gilles Vigneault)

Illustration: Vincent Van Gogh

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