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Posts Tagged ‘bagne’

ORDINAIRE D’UN BAGNE (Axel Toursky)

Posted by arbrealettres sur 22 mai 2018



 

ORDINAIRE D’UN BAGNE

Autrefois l’homme conversait
avec des bêtes fabuleuses,
regardait en face les dieux
et les mythes étaient dociles.

L’or et la foudre lui parlaient
un langage compréhensible.
L’odeur du sol après la pluie
ne l’emplissait pas de luxure.

La nourriture, les présages,
se partageaient les animaux,
et la mort se rangeait au nombre
des exigences domestiques.

Mais maintenant si le vent souffle
ou si les ombres de la rue
ne sont pas celles attendues
par la mémoire quotidienne,

Si les portes battent sans bruit
sur d’invisibles visiteurs,
ce sont des imaginations
insensibles à la tendresse
qui nous entourent et nous pressent
et nous condamnent sur les murs.

(Axel Toursky)

Illustration: Roger Vandersteene

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Au bagne des sentiments (Sergueï Essénine)

Posted by arbrealettres sur 4 avril 2018



Sergueï Essénine
    
Au bagne des sentiments je suis condamné
à tourner sans cesse la meule des poèmes.

(Sergueï Essénine)

 

Recueil: Journal d’un poète
Traduction: Christiane Pighetti
Editions: De la Différence

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DERNIER POÈME (Lucien Becker)

Posted by arbrealettres sur 2 octobre 2017




    
DERNIER POÈME

Tu es née sur un ordre de la lumière
qui partage avec toi ses richesses
comme le feu partage son or avec la nuit,
pourtant pleine jusqu’aux montagnes.

Ton corps s’éclaire de l’intérieur
comme la moisson ou comme la rivière
lorsque la clarté se suspend encore
au couchant coupé soudain du jour.

Il ne faut pas que tu aies peur
dans l’immense bagne de l’horizon
puisque ton coeur peut battre à l’aise
derrière mes doigts tendus sur toi.

L’amour nous donne alors la force
de poursuivre l’aventure du soleil
à la seule lueur de nos veines
entre des murs qui nous serrent à la gorge.

(Lucien Becker)

 

Recueil: Rien que l’amour
Editions: La Table Ronde

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Le soleil (Robert Ganzo)

Posted by arbrealettres sur 15 avril 2017



Le soleil mène à coups de trique
Un bagne dans un paradis
Sur une plage noire où stagne
Un appel rauque de jadis.

(Robert Ganzo)

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Aspiration (Verlaine)

Posted by arbrealettres sur 9 février 2017



Cette vallée est triste et grise: un froid brouillard
Pèse sur elle;
L’horizon est ridé comme un front de vieillard;
Oiseau, gazelle,
Prêtez-moi votre vol; éclair, emporte-moi!
Vite, bien vite,
Vers ces plaines du ciel où le printemps est roi,
Et nous invite
À la fête éternelle, au concert éclatant
Qui toujours vibre,
Et dont l’écho lointain, de mon cœur palpitant
Trouble la fibre.
Là, rayonnent, sous l’oeil de Dieu qui les bénit,
Des fleurs étranges,
Là, sont des arbres où gazouillent comme un nid
Des milliers d’anges;
Là, tous les sons rêvés, là, toutes les splendeurs
Inabordables
Forment, par un hymen miraculeux, des chœurs
Inénarrables!
Là, des vaisseaux sans nombre, aux cordages de feu
Fendent les ondes
D’un lac de diamant où se peint le ciel bleu
Avec les mondes;

Là, dans les airs charmés, volètent des odeurs
Enchanteresses,
Enivrant à la fois les cerveaux et les cœurs
De leurs caresses.
Des vierges, à la chair phosphorescente, aux yeux
Dont l’orbe austère
Contient l’immensité sidérale des cieux
Et du mystère,
Y baisent chastement, comme il sied aux péris,
Le saint poète,
Qui voit tourbillonner des légions d’esprits
Dessus sa tête.
L’âme, dans cet Éden, boit à flots l’idéal,
Torrent splendide,
Qui tombe des hauts lieux et roule son cristal
Sans une ride.
Ah! pour me transporter dans ce septième ciel,
Moi, pauvre hère,

Moi, frêle fils d’Adam, cœur tout matériel,
Loin de la terre,
Loin de ce monde impur où le fait chaque jour
Détruit le rêve,
Où l’or remplace tout, la beauté, l’art, l’amour,
Où ne se lève
Aucune gloire un peu pure que les siffleurs
Ne la déflorent,
Où les artistes pour désarmer les railleurs
Se déshonorent,
Loin de ce bagne où, hors le débauché qui dort,
Tous sont infâmes,
Loin de tout ce qui vit, loin des hommes, encor
Plus loin des femmes,
Aigle, au rêveur hardi, pour l’enlever du sol,
Ouvre ton aile!
Éclair, emporte-moi! Prêtez-moi votre vol,
Oiseau, gazelle!

(Verlaine)

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Le Chat borgne (Paul Fort)

Posted by arbrealettres sur 18 janvier 2017



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Le Chat borgne

La femme est aux varechs,
l’homme est à la Guyane,
et la petite maison est seule tout le jour.

Seule ?
Mais à travers les persiennes vertes,
on voit luire dans l’ombre comme une goutte de mer.

Quand le bagne est à l’homme, la mer est à la femme,
et la petite maison au chat borgne tout le jour.

(Paul Fort)

 Illustration

 

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PETIT HAMEAU (Emile Nelligan)

Posted by arbrealettres sur 20 février 2015


PETIT HAMEAU

Or voici que verdoie un hameau sur les côtes
Plein de houx, orgueilleux de ses misères hautes.

Des bergers s’étonnant contemplent dans la plaine,
Et mon cheval qui sue à la hauteur se traîne.

Pour y vivre l’Octobre et ses paix pastorales
Je vous apporte, ô Pan, mes lyres vespérales.

Les boeufs sont vite entrés. Ils meuglent dans
l’étable,
Et la soupe qui fume a réjoui ma table.

Que vous êtes heureux, hommes bons des
campagnes,
Loin du faubourg qui pue et des clameurs de bagnes.

Jé vous bénis. Que la joie habite à vos portes,
En campagne, ô ces soirs de primes feuilles mortes!

(Emile Nelligan)


Illustration: Lucien de Maleville

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