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Poésie

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Maison à la campagne (Jean-Baptiste Besnard)

Posted by arbrealettres sur 26 juillet 2021



Maison à la campagne

Les routes s’égarent
Avant de traverser des villages accueillants
Au pied desquels coulent de paisibles rivières
Et des arbres vagabondent
Dans une campagne qui perle du silence
Le vent s’affûte sur un rocher
Pour aiguiser le bec de l’oiseau
Écorcher le champ
Et griffer le toit
En ricanant

Peu à peu le jour s’évanouit
Un reste de clarté se cramponne encore à la maison
Tandis que la vitre se glace
Qu’une étoile y glisse
Le sommeil caresse ton visage
Et baigne tes yeux sombres.

(Jean-Baptiste Besnard)


Illustration

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Été avec toi (Jean-Baptiste Besnard)

Posted by arbrealettres sur 29 juin 2021



Été avec toi

L’été nous rassasie d’odeurs
Et de couleurs qui chatoient
Dans l’herbe grasse
Des prairies où se lève
Une aube de lait
Sur la rousseur des bovins
À l’ombre de l’arbre
Qui tressaille sous son écorce

Blanc visage du jour
Le vent dévale la pente
Et notre village jaillit
Dans un cantique de lumière

Le soleil engrosse la terre féconde
De fruits d’oiseaux
De fleurs hautes comme des arbustes
Où la moindre goutte de rosée
Enfante tout un arc-en-ciel

Le vent du large soulève ta robe
Son souffle humide baigne ton corps
Et ton visage rit comme une fleur
Tu prêtes la couleur de tes yeux
À la vague qui s’en empare à jamais
Et tu laisses tes rêves voguer
Au gré des flots vers des îles
Que tu imagines derrière l’horizon

Le soir tombe sur nous comme un caillou.

(Jean-Baptiste Besnard)


Illustration: Gaëlle Boissonnard

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Quelqu’un a-t-il déjà vu le cheval ? (António Ramos Rosa)

Posted by arbrealettres sur 20 juin 2021



Illustration: Nisaburo Ito  
    
Quelqu’un a-t-il déjà vu le cheval ? Je le
dessine dans le jeu des syllabes
musculaires. Haleine longue, volume de
désir, air pulsé des naseaux, jour clair.

Ici le pied ne pèse pas plus que l’ombre
du cheval en liberté lente,
pour que le cheval perde son halo, pour
que la main soit fidèle au regard lent,

et le profil de cendre bleue baigné
d’une clarté hivernale. Haletant, le temps
du cheval est une terre piétinée,

dénudée, aux vertèbres apparentes,
lisez le cheval dans l’ombre, en alerte,
dans la solitude de la plaine. Et d’une montagne.

(António Ramos Rosa)

 

Recueil: Le cycle du cheval
Traduction: du portugais par Michel Chandeigne
Editions: Gallimard

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AUX CHUTES DE DONGYANG (Xie Lingyun)

Posted by arbrealettres sur 16 juin 2021



Illustration: Jean-Yves Beck
    
AUX CHUTES DE DONGYANG

Une belle inconnue
baigne ses pieds blancs
dans les eaux claires
de la source.
La lune, lointaine, taciturne,
traverse le ciel
sans révéler son mystère.

(Xie Lingyun)

 

Recueil: Neige sur la montagne du lotus Chants et vers de la Chine ancienne
Traduction: Ferdinand Stočes
Editions: Picquier poche

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S’asseoir sous la cascade de branches bruissantes (Brigitte Garel)

Posted by arbrealettres sur 16 janvier 2021



    

S’asseoir sous la cascade de branches bruissantes
Contempler la tendre esquisse de feuilles transparentes et moussues
Savourer l’averse de couleur de ces pompons fragiles
Caresser les mamelons baignés de lumière rasante
Plonger dans l’eau azur de la rivière nuage

Renouer, relier, fusionner
S’apaiser
Saisir avec urgence
Cet éphémère tableau
D’un avril enchanté

Murmurer avec la fontaine feuille
L’intensité de la sève toujours renaissante
Clamer avec l’azalée de papier
Le puissant vertige des saisons
Je suis un maillon du grand monde
Ne suis que cela

(Brigitte Garel)

 

Recueil: Bruissement d’elles
Traduction:
Editions: L’Harmattan

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Après l’hiver (Victor Hugo)

Posted by arbrealettres sur 6 janvier 2021



    

Après l’hiver

Tout revit, ma bien aimée !
Le ciel gris perd sa pâleur ;
Quand la terre est embaumée,
Le coeur de l’homme est meilleur.

En haut, d’où l’amour ruiselle,
En bas, où meurt la douleur,
La même immense étincelle
Allume l’astre et la fleur.

L’hiver fuit, saison d’alarmes,
Noir avril mystérieux
Où l’âpre sève des larmes
Coule, et du coeur monte aux yeux.

O douce désuétude
De souffrir et de pleurer !
Veux-tu, dans la solitude,
Nous mettre à nous adorer ?

La branche au soleil se dore
Et penche, pour l’abriter,
Ses boutons qui vont éclore
Sur l’oiseau qui va chanter.

L’aurore où nous nous aimâmes
Semble renaître à nos yeux ;
Et mai sourit dans nos âmes
Comme il sourit dans les cieux.

On entend rire, on voit luire
Tous les êtres tour à tour,
La nuit les astres bruire,
Et les abeilles le jour.

Et partout nos regards lisent,
Et, dans l’herbe et dans les nids,
De petites voix nous disent :
« Les aimants sont les bénis ! »

L’air enivre ; tu reposes
A mon cou tes bras vainqueurs.
Sur les rosiers que de roses !
Que de soupirs dans nos coeurs !

Comme l’aube, tu me charmes ;
Ta bouche et tes yeux chéris
Ont, quand tu pleures, ses larmes,
Et ses perles quand tu ris.

La nature, soeur jumelle
D’Eve et d’Adam et du jour,
Nous aime, nous berce et mêle
Son mystère à notre amour.

Il Suffit que tu paraisses
Pour que le ciel, t’adorant,
Te contemple ; et, nos caresses,
Toute l’ombre nous les rend !

Clartés et parfums nous-mêmes,
Nous baignons nos coeurs heureux
Dans les effluves suprêmes
Des éléments amoureux.

Et, sans qu’un souci t’oppresse,
Sans que ce soit mon tourment,
J’ai l’étoile pour maîtresse ;
Le soleil est ton amant ;

Et nous donnons notre fièvre
Aux fleurs où nous appuyons
Nos bouches, et notre lèvre
Sent le baiser des rayons.

(Victor Hugo)

 

Recueil: Cent poèmes de Vivtor Hugo
Traduction:
Editions: Omnibus

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Jour nuit soleil et arbres (Jean Tardieu)

Posted by arbrealettres sur 19 juin 2020



Jean Tardieu
    
(Recueil Jours pétrifiés)
Jour nuit soleil et arbres

Certains mots sont tellement élimés, distendus, que ‘l’on peut voir le jour au travers.
Immenses lieux communs, légers comme des nappes de brouillard – par cela même difficile à manœuvrer.
Mais ces hautes figures vidées, termes interchangeables, déjà près de passer dans le camp des signes algébriques,
ne prenant un sens que par leur place et leur fonction, semblent propres à des combinaisons précises
chaque fois que l’esprit touche au mystère de l’apparition et de l’évanouissement des objets.

I
Est-ce pour moi ce jour ces tremblantes prairies
ce soleil dans les yeux ce gravier encore chaud
ces volets agités par le vent, cette pluie
sur les feuilles, ce mur sans drame, cet oiseau ?

II
L’esprit porté vers le bruit de la mer
que je ne peux entendre
ou bien vers cet espace interdit aux étoiles
dont je garde le souvenir
je rencontre la voix la chaleur
l’odeur des arbres surprenants
j’embrasse un corps mystérieux
je serre les mains des amis

III
De quelle vie et de quel monde ont-ils parlé ?

– De jours pleins de soleil où nous nous avançons,
d’espace qui résiste à peine à nos mains et de nuits
que n’épaissira plus l’obscurité légère.

IV
Entre les murs un visage survint
qui se donnait le devoir de sourire
et m’entraîna vers une autre fenêtre
d’où le nuage à ce moment sortait.

Tout était lourd d’un orage secret
un homme en bleu sur le seuil s’avançait
le tonnerre éclata dans ma poitrine
un chien les oreilles basses
rentrait à reculons.

V
Mémoire
Et l’ombre encor tournait autour des arbres
et le soleil perdait ses larges feuilles
et l’étendue le temps engloutissait
et j’étais là je regardais.

VI
Je dissipe un bien que j’ignore
je me repais d’un inconnu
je ne sais pas quel est ce jour ni comment faire
pour être admis.

VII
Comme alors le soleil (il était dans la nuit
il roule il apparaît avec silence
avec amour, gardant pour lui l’horreur)
ainsi viendront les jours du tonnerre enchaîné
ainsi les monstres souriants ainsi les arbres
les bras ouverts, ainsi les derniers criminels
ainsi
la joie.

VIII
Quand la nuit de mon coeur descendra dans mes mains
et de mes mains dans l’eau qui baigne toutes choses
ayant plongé je remonterai nu
dans toutes les images :
un mot pour chaque feuille un geste pour chaque ombre
« c’est moi je vous entends c’est moi qui vous connais
et c’est moi qui vous change. »

IX
Je n’attends pas un dieu plus pur que le jour même
il monte je le vois ma vie est dans ses mains :
la terre qui s’étend sous les arbres que j’aime
prolonge dans le ciel les fleuves les chemins…
Je pars j’ai cent mille ans pour cet heureux voyage.

X
Epitaphe
Pour briser le lien du jour et des saisons
pour savoir quelle était cette voix inconnue
sur le pont du soleil à l’écart de ma vie
je me suis arrêté.
Et les fleuves ont fui, l’ombre s’est reconnue
espace les yeux blancs j’écoute et parle encore
je me souviens de tout même d’avoir été.

(Jean Tardieu)

 

Recueil: Jean Tardieu Un poète
Traduction:
Editions: Gallimard Jeunesse

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Te souvient-il (Gérard Le Gouic)

Posted by arbrealettres sur 3 avril 2020



Tronoën [800x600]

Te souvient-il
de cette maison à vendre
qui nous plaisait tant ?

De ses fenêtres nues
nous apercevions Tronoën,
hache émoussée sortant de terre,
et par-dessus d’autres maisons basses
un pollen d’écume sur la mer.

Nous baignions dans une lumière
que nous buvions les yeux fermés,
que nous aspirions par l’oreille,
par le nez
comme le parfum d’une prairie coupée,
par les paumes
comme la tiédeur d’une hanche.

Te souvient-il
de cette maison à vendre
qui nous plaisait tant ?
Je ne sais plus pourquoi
nous ne l’avons pas achetée.
Ah si !
Nous n’avions pas l’argent.

Ici le ciel prend toute la fenêtre
où passent des oiseaux
et de silencieux aéronefs.
J’y reçois des amours
douces puis amères,
j’y loge mes amis poètes
et quand je m’assois pour écrire
j’aperçois la cathédrale de Quimper
dans son bateau vert.

(Gérard Le Gouic)

Illustration

 

 

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CONSOLATION (Gyula Illyès)

Posted by arbrealettres sur 24 mars 2020



 

Oskar Kokoschka 2 [1280x768]

CONSOLATION

Tu te plaignais; j’ai laissé le ruisseau
qui courait sur les galets
baigner mes mains; c’est ainsi
que je t’écoutais.

Limpide, l’eau coulait
entre mes doigts, le temps
sans couleur fuyait
presque sensible, entre mes doigts.

J’écoutais le temps
caresser mes paumes
et murmurer sa fuite;
je recueillais ta plainte.

J’étais triste… mais déjà,
sous la passagère
meurtrissure du temps,
mes mains pressentaient l’apaisement.

(Gyula Illyès)

Illustration: Oskar Kokoschka

 

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L’EAU DISCRÈTE (Claude Roy)

Posted by arbrealettres sur 5 février 2020



Illustration: Pascal Baudot
    
L’EAU DISCRÈTE

Une eau glacée qui coule On l’entend sans la voir
(La pensée de l’été qui chantonne sous l’herbe)
Les toutes petites abeilles noires leur bourdon continu
(Le rêve que le soleil fait à bouche fermée)

À onze heures en août le monde est transparent
Il sera brûlant après la méridienne
Une très modeste éternité baigne de clarté vive
l’eau qui court les abeilles le soleil triomphant

Une éphémère éternité qui nous habite toi et moi
Elle fondra dans le jour comme le sucre dans l’eau
comme le temps dans le temps

(Claude Roy)

 

Recueil: Claude Roy un poète
Traduction:
Editions: Gallimard Jeunesse

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